Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

suite....    Mai - Août 1915


      Abel Besson

    

Mai 1915

 1er mai : J’ai vu M. Nicaise, il est venu au bureau où avec Audibert, Cauvin, Marc et Riffard on déjeunait. On buvait au tonneau avec un tuyau en papier et on avait noix, confitures et fromages. 
Les chats étant à la revue, les rats étaient les maîtres. 
Je voulais faire rentrer M. Nicaise, mais il n’a pas voulu. Il m’a donné des nouvelles des camarades qui sont ici tout près et cela m’a fait plaisir.    
M. Ravel (1) et le beau-frère à Albert Gay auraient été tués.  

2 mai : Je suis de garde à la pièce contre les aéros, on ne fatigue pas trop.

Pièce contre les aéros, photo prise à Dombasle en mai 1916

3 mai : M. Polleti est venu pour me voir mais comme j’étais absent, nous n’avons pu causer, aussi ai-je regretté d’être parti.    

4 mai : Des rumeurs que l’on doit partir pour un autre secteur.  
Le 58e a été relevé par le 161e(2). Je suis affecté au train régimentaire et je dois partir demain soir pour Charny. On a tout emballé au bureau.   

6 mai : Rien à signaler.    

7 mai : Les Boches ont lancé 35 obus de 210 sur Chattancourt. Les dégâts sont importants, 12 chevaux de la 2e  pièce ont été tués et tout le matériel détruit. L’église qui était leur objectif est détruite. Puech a été blessé à la nuque et évacué.

15 mai 1915: Les batteries sont arrivées aux Eparges ont mis en position et tiré. Elles ont pris place où il y avait le 17e d'Artillerie (3) qui a été amoché.
Le 8e bataillon de Chasseurs (4) qui cherchait à se rendre a reçu nos obus de 75. 
Le temps est très beau, aussi nos aéros sillonnent l'air. Le froid m'a légèrement empêché de dormir. 

16 mai 1915: Nous avons eu de la chance de quitter nos positions du Mort-Homme car, à l'emplacement de la batterie, une marmite (5) est tombée en plein sur un canon de 75  du 5e d'Artillerie (6) qui nous avait remplacé.

 NOTES: 
(1) Louis Ravel, de La Javie, 363e RI, mort pour la France le 16 mars 1915. (NDE)
(2) Le 161e RI est en garnison à Reims lors de la mobilisation. (NDE)
(3) Le 17e RAC est en garnison à Amiens lors de la mobilisation. (NDE)
(4) Le 8e B° de Chasseurs à pied est en garnison à Etain (près de Verdun) au moment de la mobilisation. (NDE)
(5) Marmite: obus de gros calibre en argot militaire des poilus. (NDE)
(6) Le 5e RAC est en garnison à Besançon lors de la mobilisation. (NDE)

Nos pièces qui sont aux Eparges, sont à 3 000 mètres des boches. On veut avancer à 1 200 mètres. La position est dangereuse et on ne cesse de tirer tout le temps. 

27 mai 1915: On passe le temps comme on peut, on fait des sifflets et on pêche des grenouilles. On attend de repartir de nouveau.   

30 mai 1915  :Arrivé à Braux Ste Cohière le 29 mai à 1 heure du matin.
Suis dans la purée complète. La 8e batterie a été mettre en batterie à 1 heure du matin. La lutte est chaude et l'a été, car on fait un cimetière où il n'y a que des soldats et tous de la coloniale. 
Le temps est beau et je me languis.

La bataille des Eparges.

Du 17 février au 5 avril 1915, de très violents combats font rage autour du point X.  
Côté français, c’est « la bataille des Eparges ». 
Côté allemand, la bataille de Combres, du nom du village situé au pied des côtes.  
Bilan : 12.000 pertes (tués, blessés, disparus) pour les deux camps, sur 800 mètres de front. 
Il ne faudrait pas croire, toutefois, que les combats cessèrent dans cette région; ils continuèrent jusqu'à la fin de la guerre, sans doute avec moins d'intensité mais, toujours, avec la même âpreté :  
 «Ce brasier des Éparges, qui venait de s'enflammer en février 1915, ne s'éteindra plus jusqu'à la fin de la guerre. La violence de la lutte qui va se poursuivre sera due à la conformation des lieux ; il faut tuer ou être tué ; l'inaction est interdite. En même temps se révélera un adversaire aussi implacable que l'homme : la boue des Éparges, cette boue d'argile et peu à peu de chair putréfiée.» Lieutenant Péricard, Verdun. Librairie de France. 
Parmi les écrivains célèbres qui participèrent à ces combats : Maurice Genevoix du côté français et Ernst Jünger du côté allemand : 
« L’argile de ces champs colle à nos semelles, enveloppe nos souliers, peu à peu, d’une gangue énorme qui nous retient au sol. Mais des balles, sifflant par-dessus le ravin, viennent claquer autour de nous, faisant jaillir la boue des flaques. Notre allure s’accélère, les sections s’étirent par les mornes friches, louvoyant à travers les trous d’obus emplis d’eau croupissante. […] A notre droite, le Montgirmont étale ses pentes désolées, où des lignes d’arbres rabougris grelottent. A notre gauche, la crête chauve des Eparges s’estompe dans une poussière d’eau.» Maurice Genevoix, Ceux de 14, Nuits de guerre.  
« La jeune verdure de la forêt luisait dans le matin. Nous suivîmes des sentiers cachés qui serpentaient jusqu’à une gorge étroite, derrière la première ligne […].  
Le long de la sente forestière, des coups sourds firent trembler des fourrés sous les sapins ; des branches et de la terre plurent sur nous.» Ernst Jünger, Orages d’acier, chap. « Les Eparges ». (NDE)

Juin 1915

 1er juin : Le 2e groupe est arrivé, j’ai vu Chauvin (1).

Damien Chauvin (photo « Le journal de route de Damien Chauvin »)

J’ai aussi vu les fils de Marius Maurel du Brusquet (2). Ils sont au 38ed’Artillerie.
Norbert m’a appris la mort d’Antonin Monges (3).   

2 juin : Les Boches ne tirant pas très loin, la 8e pièce de la 7e batterie a eu un blessé par éclat d’obus destiné à un aéro. Il a été blessé au chichi
Le soir, je suis de garde à la poudrière près du cimetière. Le mot est Landrecie. Je suis avec Gounon et Pellegrino. James et Delannoy sont montés aux batteries. La colonne à pied est réduite à 12.  

3 juin : Durant mes loisirs j’ai compté les militaires enterrés à Braux en Cohière. Ils sont au nombre de 175, tous ou à peu près de la Coloniale.
Monseigneur Castellan, Evêque de Digne, est nommé Archevêque à Chambéry. Son remplaçant est l’Abbé Lenfant de Paris.   

4 juin : Je suis parti de Braux en Cohière à midi pour rejoindre la batterie. Je suis passé par Lafontaine et La Neuville au Pont. Je suis arrivé à 4 heures. La soirée s’est terminée par une partie de pêche.    

5 juin : Je suis parti à 5 heures pour les positions. 
A droite, il y a Berzieux, à gauche, Malmy et un peu en avant Ville sur Tourbe. Le village de Malmy est français et la gare est occupée par les Boches.

 NOTES:  
 (1) Il s’agit de Damien Chauvin, avec lequel Abel avait passé le conseil de révision, les 2 amis se sont revus à plusieurs reprises pendant la Grande Guerre, y compris lors des opérations sur le front d’Orient ; cf. « Le Journal de Route » de Damien Chauvin. (NDE) 
http://lesmidi.canalblog.com/archives/2007/02/20/4011449.html
(2) Le Brusquet : village situé à 5 kilomètres en aval de La Javie. (NDE)  
(3) Antonin Monges, de La Javie, 3e RI, mort pour la France le 15 mai 1915. (NDE)

 Ce matin, les Boches ont tiré 5 fusants pour nous empêcher de travailler aux tranchées car on fait un abri pour le Commandant. Hier ils ont tiré 56 marmites, dont 6 seulement ont éclaté. 
A l’heure où j’écris encore deux marmites ont fait fougasse.    

6 juin : Je suis descendu à 8 heures du matin. 
A 10 heures, les Boches ont tiré sur l’échelon, mais sans résultat. Trois de leurs obus n’ont pas éclaté. Tout de même cela nous a un peu surpris et le soir comme ils tiraient des fusants, on a commencé à faire des abris pour se garantir. Avec Audibert, je suis allé à la pêche et ensuite on s’est mis à l’ombre d’un arbre en regardant éclater les marmites. J’ai reçu 3 lettres de la maison et une de Norbert. J’ai fait réponse à la maison dans la soirée.    

7 juin : Je suis remonté à la position, le temps est clair et les Boches n’ont pas tiré.    

8 juin : Je suis descendu à 7 heures de la position. 
Le soir il y a eu attaque du côté de la Gruerie. Les pièces n’ont pas cessé de tirer de 8 heures à 2 heures du matin.  

9 juin : Je me suis fait porter malade et suis resté au bivouac.  

10 juin : Je suis remonté à la position et le soir il y a eu attaque.
Il a fait orage et les Boches n’ont guère tiré sur les batteries.
D’après les dire d’un fantassin du 40e (1), 200 Boches se seraient rendus et les autres, beaucoup de morts, car ils étaient sortis de leur tranchée qui était pleine d’eau.
Nos pertes seraient de 4 morts et 21 blessés.    

11 juin : Journée calme sauf du côté de Vauquois où cela barde vers le soir.
J’ai vu le camarade Pillafort.    

12 juin : Le temps est couvert, les Boches sont tranquilles et nous aussi. 
J’ai vu mon cousin d’Auzet (2) et reçu des nouvelles d’Adrien Lombard. 
Dans la soirée, j’ai revu le brave Pillafort.   

13 juin : Journée calme dans mon secteur.  

14 juin : Je suis à la position, les Boches sont calmes et, nous à peu près car le matin on leur a donné le réveil en fanfare.

 NOTES:

(1) Le 40e RI est en garnison à Nîmes lors de la mobilisation. (NDE)
(2) Auzet : village situé à une vingtaine de kilomètres au Nord de La Javie. 
Le cousin est très certainement Louis Jules Audemard (lequel avait effectué son service d’octobre 1906 à septembre 1908, et dans le cadre de la réserve de l’armée d’active il était affecté au 19e, rappelé à l’activité par le décret du 01 août 1914, il rejoint le 19e le 03 août 1914 ; cf. état signalétique et des services). Abel et Jules sont cousins issus de germains (Jean-Joseph Lombard et Marie Victoire Arnaud sont leurs arrière-grands-parents). Louis sera le père d’Alfred Audemard, lequel Alfred épousera Laurence Paglia, la cousine germaine d’Eliane Soula, laquelle épousera Henri Besson, fils d’Abel. Les deux familles resteront très liées, Jean-Pierre Audemard petit fils de Louis sera le parrain de Jean-Bernard Besson petit fils d’Abel, Jean-Marie Besson petit fils d’Abel sera le parrain d’Agnès Audemard arrière-petite fille de Louis…(NDE)

J’ai reçu une lettre d’Alfred (1).

Un mois de permission et 1 000 Francs à celui qui ira chercher un Commandant boche entre les deux premières lignes de tranchées, boche et française.   

15 juin : Je suis toujours à la position. Jusqu’à maintenant le temps est calme. 
J’ai reçu une lettre d’Aline (2) et j’ai fait réponse. J’ai aussi écrit à Norbert.
Dans la soirée on a tiré sur la batterie sans résultats.    

16 juin : Les Boches ont tiré des fusants sur la 4e pièce et ont démoli l’abri. 
Aucun homme n’a été blessé. 
J’ai vu Florent du 40e. L’Adjudant est allé à la pièce avancée, 230 mètres des Boches.   

17 juin : Ma pièce est de garde, mais on n’a pas tiré. 
J’ai reçu une lettre de la maison m’annonçant un colis. 
Journée calme. J’ai vu Puech du 40e.    

18 juin : J’ai reçu une lettre avec 5 Francs de Norbert. 
J’ai fait réponse à la maison et à Norbert.
Pendant que j’écrivais, la 7e et la 8e batterie ont tiré sur les lignes boches.
J’ai vu le combat entre deux avions. Ils n’ont abouti à aucun résultat.
On m’a dit qu’Antonin Lombard (3) avait été blessé.
Au Calvaire, les Boches ont lancé des marmites et ont tué 40 hommes du 40e et blessé 40 autres.  

19 juin : J’ai reçu le colis de la maison.
Le soir on a fait un prisonnier boche qui nous a prévenus d’une attaque entre 2 et 3 heures du matin. Cela n’a pas manqué.  

20 juin : A l’heure indiquée par le prisonnier, l’attaque a commencé de Vauquois jusqu’à la limite de mon secteur. L’avantage nous est resté, mais le combat continue.  

21 juin : Le canon tonne toujours, ma pièce est de garde, et on a vidé un caisson sur une batterie boche située à 7250 mètres. Une autre batterie boche qui nous prenait de flanc, nous a envoyé quelques fusants de 123 au nombre de 25 ou 30. Aucun de nous a été atteint, mais un percutant est tombé à 1 mètre 50 du canon sans éclater.
Cinq des obus boches n'ont pas éclaté. A 3 heures 30 du soir, on a tiré 2 salves de 8 obus. Les Boches ne répondent pas.  
On continue de tirer.    
J'ai reçu une lettre de la maison. On vient me chercher pour ravitailler le caisson de la pièce de garde.   
Les Français ont repris les tranchées qu'ils avaient dû évacuer à cause des gaz asphyxiants.  

 NOTES:

(1) Alfred, Bienvenu Besson  (1898-1979) est l’un des deux frères d’Abel, incorporé le 20 mars 1917, il servira dans l’infanterie, au 111e RI puis au 289e RI, où le 18 août 1918  en montant à l’assaut, il fera prisonnier un groupe de mitrailleurs allemands avec d’être blessé. Après sa convalescence  il s’engage en 1919 au 1e Régiment de Tirailleurs Marocains et fait campagne au Maroc. En 1920 il rejoindra le Noviciat des Capucins à Lyon. Voir « Les mémoires de la Grande Guerre d’Alfred Besson ». (NDE)  
(2) Aline, Virginie Besson (1892-1969) l’une des sœurs d’Abel. (NDE)  
3) Antonin Lombard, de La Javie, 61e RI, mort pour la France, le 17 juin 1915. (NDE)     

  

28 juin : On a (sic) descendu à l’échelon.
Le soir comme Baude était malade, je suis monté à sa place à la pièce avancée, 250 mètres des boches.

Photo du manuscrit, l’original est conservé au Musée de l’Artillerie à Draguignan

 

29 juin : Journée très calme dans notre secteur. Dans le Bois de la Gruerie, violente attaque.  

30 juin : Les Boches ont tiré sur la pièce. 
Ils ont lancé environ 60 marmites de 210. J’étais sous l’abri et je n’avais nullement la trouille.
Dans la soirée, les Boches ont de nouveau attaqué à la Gruerie. Ils se sont servi des gaz asphyxiants, les Français ont évacué les tranchées. 
La faute a été au 40e d’Artillerie (1) qui n’a pas voulu soutenir l’infanterie du XVe Corps.
Un Commandant et un Capitaine ont été fusillés devant tout le 40e d’Artillerie. Six heures ont suffi de l’arrestation à l’exécution. 
Deux compagnies du 58e d’infanterie se seraient rendues. Dans cette attaque, les 112e (2) et 111e de ligne (3) ont beaucoup été atteints. Dans mon secteur, 4 fantassins du 40e et 2 du 58e se sont rendus. A cause de cela, on a changé les heures de relève. 
En face de la Gruerie, il y a l’Armée du Kronprinz. Les Boches ont attaqué avec 6 Divisions de Cavalerie et 4 d’Infanterie.

 NOTES :

(1) Le 40e RAC est en garnison à Saint –Mihiel à la mobilisation. (NDE)
(2) et (3) Lors de la mobilisation, le 112e Ri est en garnison à Toulon et le 111e RI à Antibes. (NDE)

  

Juillet 1915

1er juillet : Dernier jour où je reste à la position avancée. Les boches ont tiré du 210 sur l'abri. Le bombardement étant violent, je suis allé dans la sape du génie où j'étais mieux à l'abri. Là il y avait 3 mètres de terre vierge et les marmites n'y font rien.
J'ai tiré 2 coups de mousqueton sur les boches, bientôt, ils m'ont répondu, mais trop tard, j'étais à l'abri.
De cette position, j'ai vu l'effet de notre artillerie, le 75 fait un bon travail et nos torpilles aussi. Dans une nuit, un homme a tiré 173 torpilles. Lorsqu'elles éclatent, on voit les boches sauter à 50 mètres de terre. Les effets sont terribles. Les torpilles boches font moins d'effet et on les entend bien venir, cela fait que l'on a le temps de s'abriter. Les françaises sont silencieuses et éclatent de suite. Avec les périscopes des fantassins, j'ai vu les boches se promener dans leurs tranchées.
Durant le bombardement, les obus de 210 ont démoli 20 mètres de tranchées françaises. Les fantassins ont été couverts de terre mais ont été retirés sains et saufs.
A cette pièce on a des lunettes et des tampons pour les gaz asphyxiants. En cas de recul, la pièce avancée doit sauter après avoir balancé les 100 obus explosifs et les 108 à balles.
Voilà une journée bien intéressante. La relève arrive et on part.
Je suis passé à Ville sur Tourbe. C'est terrible, pas une maison n’est debout.

 
Photo du manuscrit, l’original est conservé au Musée de l’Artillerie à Draguignan

Jamais je n'avais vu pareils effets d'un bombardement.
On ne reconnaît plus l'église et le cimetière est labouré par les obus. Les cadavres à demi-déterrés laissent échapper une odeur suffocante. On passe vite car on languit de sortir de ce charnier.
On arrive à la batterie à 10 heures du soir. Les poux et les puces vous portent, tellement il y en a. La bataille continue dans la Gruerie. Le 173e (1) a beaucoup payé et ne veut marcher qu'avec l'Artillerie du XVe Corps.  

2 juillet : Je suis descendu à l'échelon et de suite j'ai pris un bain pour chasser cette vermine de poux et de puces. On m'a relevé de la 2e pièce et suis de nouveau à la 8e. L'attaque continue dans la Gruerie. Le 100e (2) et le 106e de ligne (3) passent et vont renforcer nos lignes. Les fusées font un beau feu d'artifice blanc, bleu, vert et rouge.  

3 juillet : La bataille continue. Les aéros reconnaissent les positions. Les boches sont repoussés et nos tranches reprises. Dans la soirée tout le 19e est allé ravitailler le 40e d'Artillerie, la lutte se poursuivait toujours très violente.  

4 juillet : Dans la soirée il y a eu une contre-attaque française. D'après les "dit-on", tout le bois de la Gruerie serait aux mains des Français. Un nouveau régiment d'Infanterie va prêter main forte à nos fantassins.  

5 juillet : L'attaque du bois de la Gruerie est terminée et nos positions sont les mêmes, ni recul ni avance. Le Kronprinz avait attaqué avec 45 000 Wurtembergeois; il y a eu 10 000 hommes hors de combat. Dans la soirée un taube (4)qui réglait le tir au-dessus de notre batterie, a été, du moins on le pense, car il descendait en piquant du nez, abattu par un obus ayant éclaté au-dessus de l'aile. Les servants ont subi un bombardement de 2 heures à 3 heures 30. Aucun d'eux a été tué ni blessé.  

6 juillet : Journée calme, sauf l'installation de 2 ou 3 nouvelles pièces de 155 court de Marine. Nos avions sillonnent l'air.  

7 juillet : La journée est aussi très calme. Le capitaine a donné un litre de vin comme récompense aux servants de la batterie qui avaient assisté au bombardement du 6 juillet. Il a trouvé étonnant que les servants n'aient pas quitté leurs abris, les marmites tombant à 2 mètres de là.  

8 juillet : Les Boches croyant à la relève ont tiré sur Berzieux. Ils ont été joués car la relève a été changée. Leur pièce sonore a tiré sur le ravitaillement et sur La Neuville au pont.
Le commandant du groupe 7-8-9e batteries, a reçu les félicitations du commandant des Armées aux Eparges, pour remercier les hommes du 3e groupe du 19e d'Artillerie de leur bonne tenue au feu et de la précision dans leur tir du 10 au 22 mai. Les trois batteries avaient fait un bon travail et étaient restées deux jours en plus.

 NOTES:
(1) Le 173e RI est en garnison à Bastia à la mobilisation. (NDE)
(2) et (3) A la mobilisation le 100e de ligne  est en garnison à Tulle et le 106e de ligne à Châlons-sur-Marne. (NDE)
(4) Taube : pigeon, en allemand, nom donné à un avion allemand qui de par sa forme rappelait celle de cet oiseau. (NDE)

9 juillet : Bombardement intense de nos positions par les batteries boches. Vienne la Ville a été de nouveau bombardée. 
J'ai vu mon cousin d'Auzet  et (il) m'a dit que les gares étaient encombrées d'obus. Hier soir, une corvée qui a duré jusqu'à 3 heures du matin a transporté bon nombre de caisses de munitions. Ces dernières sont placées dans la terre en lieu sûr et sont là pour un jour d'attaque qui ne peut tarder.
A la tombée de la nuit une compagnie du 173e de ligne est allé renforcer nos fantassins du côté de la Gruerie. Trois heures, il y a eu une petite attaque. Le village de Berzieux, à gauche de la batterie a été de nouveau bombardé. La canonnade a duré toute la nuit.  

10 juillet : La canonnade est continue et les aéros sillonnent le ciel. La batterie est de nouveau bombardée. Pour nous distraire, ce soir à 4 heures, il y a eu manœuvre à pied. Encore une idée du capitaine: faire de la manœuvre en guerre !

On parlait de permissions, mais je crois qu'elles seront supprimées. Dans la soirée, la canonnade a redoublée d'intensité. Cela a duré toute la nuit.  

11 juillet : Journée calme dans le secteur. C'est dimanche et on a eu une messe à 10 heures 30 par M. l’Abbé Guyon. Le soir il y a eu le culte protestant. Le colonel qui est de cette religion y assistait. La religion catholique l'emporte sur la protestante. C'est très beau une messe dans le bois surtout par une belle matinée où les aéros volent dans l'air. On dirait qu'ils volent pour nous préserver d'un danger quelconque.  

12 juillet : Nous ne sommes pas dépourvus de munitions, car le groupe n'a pas cessé de tirer de la journée. Les boches ont très peu tiré. Presque pas du tout.
Les permissions vont commencer. Ils partent deux par deux. Mon tour n'est pas encore arrivé car je n'ai pas encore six mois de présence au front. Il arrivera quand même mon tour. Deux sont partis cette nuit.  

13 juillet : Les permissionnaires qui étaient partis sont retournés de la gare de Malmy. C'est le contre ordre qui est arrivé car on s'attend à une attaque générale sur tout le front. On leur a joué un sale tour. La canonnade a été intense du côté français et nos aéros sillonnent le ciel, sans doute préparent-ils l'attaque ?
Maffrecourt sur notre gauche a été violemment bombardée. Courtemont a subi le même sort et trois officiers de l'Artillerie lourde ont été tués.
A la Neuville au pont, des marmites sont arrivées mais sans faire de dégâts.
La pièce sonore a tiré mais notre 155 de Marine l'a vite réduite au silence.  

14 juillet : De bon matin, l'artillerie a donné. La canonnade a duré jusqu'à 11 heures, mais sans action d'infanterie. Le 55e qui était venu en réserve et soutien d'infanterie n'a pas bougé du bois où il était venu tout près de nous. J'ai causé avec plusieurs, chacun m'a dit qu'ils étaient heureux de retrouver le 19e.
Dans l'attaque du 20 juin, le 55e a perdu 1 500 hommes et le 112e 2 500; cela faute à l'artillerie qui n'avait pas donné. Le menu pour ce jour de fête nationale a été de:
. Jambon.
. Petits pois.
. 1 litre de vin.
. Mouton.
. Bœuf.
. Macaronis.
. Cigare.
C'est 8 heures 30 du soir, les biffins portent de la paille qu'on leur a donnée pour coucher dans le bois. L'attaque ne s'est pas encore produite. On attend.  

15 juillet : L’attaque que l’on attendait ne s’est pas produite.
Le 55e a quitté le bois. Le Capitaine de la 7e batterie a anéanti une batterie boche.
Journée assez calme.  

16 juillet : Canonnade assez violente sur tout le front du secteur.
J’ai appris que le Capitaine Clémens avait, par son tir tué deux fantassins et blessé plusieurs autres.  

17 juillet : Les Boches commencent à tirer de bonne heure.
Dès le matin, ils bombardent Vienne la Ville et La Neuville au Pont. Les obus passent au-dessus de nos têtes en sifflant. Les dégâts sont peu importants, car leur tir était long et à gauche des deux villages.
Rien d’intéressant à part cela.  

18 juillet : Ce matin on a remis la Croix de Guerre au Brigadier Coucol.
Il était allé chercher un caisson qu’on avait abandonné à Vassincourt malgré un feu violent d’Infanterie. Le Brigadier Coucol était et est toujours de ma pièce, la 8e.
On a ouvert le ban, pour cette décoration, par trois coups de canon destinés aux Boches et on l’a fermé par trois nouveaux coups.
Toute la pièce y était et beaucoup de camarades. La décoration a eu lieu à la position devant la batterie. J’oubliais de dire que le Brigadier Coucol est réserviste. Rien à signaler différemment.


« Il était allé chercher un caisson, qu’on avait abandonné… »
Un caisson d’artillerie en batterie, extrait du « livre du gradé d’Artillerie »

 

19 juillet : Journée a été assez calme.    

20 juillet : A 3 heures du matin, réveil en fantaisie par la pièce sonore des Boches.   
Ils bombardaient Sainte-Menehould et La Neuville au Pont. Un aéro réglait le tir et ils ont balancé 72 obus sur Sainte-Menehould et 20 sur La Neuville au Pont. Les dégâts sont insignifiants. Dès que l’aéro boche a été vu des avions français la chasse a commencé et les trois biplans français sont venus à bout de chasse de l’aéro boche.
Durant toute la journée, les Boches ont tiré des fusants sur la route pour empêcher les travailleurs d’une petite voie de petits wagons Decauville. Plusieurs obus n’ont pas éclaté.         
Le soir les aéros boches reviennent sur nos lignes, mais ils sont chassés par nos avions.          
A la tombée de la nuit deux caissons sont partis ravitailler la 7e batterie.         

 

21 juillet : Journée assez calme, seulement vers huit heures du soir, les Boches ont de nouveau bombardé Vienne la Ville.               
Ils tiraient de gros obus par rafales de cinq ou six. Quelques-uns n’ont pas éclaté, mais on voyait bien où cela tombait car ce n’est qu’à deux kilomètres 200 du bois de la Charmeresse.     

22 juillet : Journée calme dans son ensemble.         
Dans la matinée, les Boches ont de nouveau bombardé Berzieux.             
Dans la soirée j’ai expédié un petit colis à la maison. Il contient deux bagues en aluminium et un petit porte-monnaie en peau de mouton. J’ai aussi reçu les outils de cordonnier après presque cinq mois d’attente.   
Dans la soirée un avion est venu très tard, 9 heures 30, survoler le cantonnement. Il a laissé tomber deux fusées.   

23 juillet : Journée calme sur tout le front du secteur.             
On a appris que l’aéro qui avait réglé le tir sur Sainte Menehould et La Neuville a été descendu par nos soldats et a atterri dans nos lignes. L’aéro qui hier soir était venu sur le cantonnement était français et les fusées qu’il a laissé tomber était un signal pour ne pas lui tirer dessus.             

24 juillet : Journée calme, les aéros sillonnent l’air.            

25 juillet : Rien à signaler.       
Les journaux font mention de l’article concernant la capture de l’avion boche. J’ai signalé cela le 23 juillet.     

26 juillet : Journées sans commentaires.              
Par conséquent rien à dire.     
Les Boches ont tout de même bombardé la 7e batterie.                  

27 juillet : Journée de pluie.      
Il fait presque froid.      
La pièce sonore, profitant du brouillard, a tiré six coups de canon. Le 155 de Marine l’a vite réduite au silence.  
Dans la soirée, petit incident de bougies.            

28 juillet : L’affaire des bougies est allée au Commandant et au Capitaine.          
Les hommes fautifs doivent être punis sévèrement : « Huit jours de prison ».               
D’après enquête du Lieutenant Albus, nous ne serons pas punis car la bougie était dans la lanterne.   
Canonnade assez intense dans la soirée. Les aéros sillonnnent le ciel.     
J’ai appris dans la soirée qu’un obus étant tombé sur une casemate avait blessé Martel, Delannoy et Wetter.       

29 juillet : Violente canonnade durant toute la matinée.    
Les camarades blessés le sont peu gravement, car c’est un obus de 123 qui a fait tomber les poutres. Ils sont de 2e pièce, mon ancienne.    
Les aéros boches essayent de franchir nos lignes. Nuit assez calme.


Affiche d’identification des avions ennemis

 

30 juillet : Les Boches bombardent nos positions.         
Honnion, le tampon (1) de l’Aspirant Guillemin a été grièvement blessé au nez par un éclat d’obus de 123. Il est évacué de suite.     
Le soir, remise de la Croix de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre au Commandant Audibert. Par la même occasion on a remis la Croix de Guerre à des Sous-officiers et Canonniers des différentes batteries du 19e.    
A la tombée de la nuit, combat entre aéros boches et français. Les Boches ont fui nos aéros chasseurs.     

31 juillet : Journée très calme dans notre secteur.         

(1) Tampon: militaire ordonnance, mis au service d’un officier pour s’occuper de ses affaires personnelles. (NDE)

Août 1915

1er août : Veille de l’anniversaire de la mobilisation générale en France. Journée très calme sauf quelques marmites qui tombent sur la batterie.  

2 août : Anniversaire de la mobilisation générale en France. La journée est assez calme mais dans la soirée les Boches ont tiré sur la ferme Radja, avec de gros obus. Cette ferme est éloignée d’un kilomètre d’où je suis. A la tombée de la nuit ils tirent sur Sainte-Menehould avec la pièce sonore.   
Pour la première fois je fais une paire de souliers neufs. 
Il fait un orage épouvantable.

3 août : Anniversaire de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.
Journée calme mais pluie.     

4 août : Journée très calme aussi. Le temps est couvert.      

5 août : Anniversaire de la déclaration de guerre de l’Autriche à la Russie.   
Le temps est toujours couvert.      

6 août : Journée toujours pluvieuse.  
La canonnade n’est pas trop ardente.        

7 et 8 août : Rien de bien intéressant.     

9 août : Journée assez calme, cependant dans la soirée canonnade assez intense.     

10 août : Journée calme. Dans la soirée les avions boches qui volaient au-dessus de nos lignes n’ont pu les franchir, la précision de notre tir les a fait retourner immédiatement.     

11 août : La pièce sonore s’est fait de nouveau entendre, mais nos pièces de 155 l’ont vite réduite au silence. 
Vive canonnade dans notre droite. Il est question de changer de secteur.   
Défense est faite par le Général Joffre d’écrire dans les lettres toutes les petites choses intéressant les actions des Armées pouvant compromettre les plans des opérations.    

12 août : Journée de pluie.  
Depuis deux mois et demi, il n’avait pas encore autant bardé. La canonnade est très violente et remplit les oreilles d’un son tout à fait lugubre.  J’ai assisté à une revue de bricoles (1), j’avais quatre chevaux.     

(1) Bricole: partie du harnais, voir ci-après extrait du « livre du gradé d’Artillerie ». (NDE)

Extrait du « livre du gradé d’Artillerie »

 13 août : On est parti du Bois de la Charmeresse à minuit.  
Toute la soirée on a travaillé à charger les charrettes. On voulait me balancer au train régimentaire, mais Audibert a insisté et je suis resté à la batterie.  
Il a plu presque tout le temps.       

14 août : On est passé à La Neuville au Pont, Chaudefontaine, Sainte-Menehould et Elise.    
On est cantonné à la ferme d’Elise, il y a un petit lac et on est très bien.   
On est arrivé à 7 heures du matin.        

15 août : On reste où on est, en plein champ et on attend.    
On m’a affecté à la 7e pièce.   
On est parti et on est venu à Sainte-Menehould en passant par Verrières. Dans la soirée on m’a envoyé reconnaitre le cantonnement, mais le travail était déjà fait.   
On a couché dans la sucrerie.

Sainte-Menehould, la Sucrerie

16 août : Je suis allé ravitailler à Vieil Dampierre en passant par Elise et Daucourt. 
A Daucourt, j’ai vu le fils Garcin du Brusquet, qui est au 61e (1) d’Infanterie. 
Il est question que l’on va embarquer.     

17 août : On a fait des préparatifs d’embarquement.  
Le soir j’étais de garde à la sucrerie.        

18 août : On part et on embarque à Sainte-Menehould à 8 heures du matin.   
On est parti à 11 heures. On est passé à Villiers, Daucourt, Givry en Argonne, Somemeilles, Nettancourt, Sermaize les Bains, Pargny sur Saulx, Blesme, Haussignemont, Vitry le François, Songy, Vitry la Ville, Mairy sur Marne, Saint-Germain la Ville, Coolus, Chalons sur Marne, Matouges, Jalon les Vignes, Athis, Oiry, Mareuil sur Ay, Epernay. 
Là on a débarqué en face de la fabrique du Champagne Mercier. Les Boches y étaient entrés et avaient pillé les caves.  Sitôt débarqué on est parti et on a passé la Marne. On est passé à Dizy. Là il y a eu halte.  
On est arrivé à 8 heures du soir. 
Les gens sont très gentils et cela fait plaisir. Les Boches y étaient restés pendant 10 ou 12 jours. A la ferme où nous sommes la fermière nous dit que le Général Moltke y avait logé et heureusement que les jeunes filles avaient pu se sauver juste avant que les Boches arrivent car ils les ont cherchées partout pour les violer. 
On souffre car on ne mange que singe (2) et pain ; on ne touche ni pain ni viande.

NOTES :

(1) Lors de la mobilisation le 61e RI est en garnison  à Privas. (NDE)   
(2) Singe : Viande en boîte de conserve, équivalent du "corned beef" américain. La qualité médiocre de la viande lui confère ce nom imagé. (NDE)

19 août : Toujours à Dizy et la même vie, Sautage et c’est tout. 
On compte aller en position ce soir et aller près de la ville martyre de Reims.  
Je n’ai plus le sou et suis à fond de cale.  
On est reparti à 6 heures du soir. A 600 mètres, ordre est donné de reculer. On ne partira que demain matin.    

20 août : On est parti à six heures du matin pour aller à une douzaine de kilomètres en arrière de la batterie de tir.  On est passé à Champillon, Saint-Imoges, Germaine, Vauremont et Ville en Selve. 
Pour l’instant on est cantonné dans un bois. Les pays traversés sont plus riches que ceux de la Meuse. Il y a beaucoup de vignes.    

21 août : On a pris possession de notre cantonnement à Ville en Selve.  
On a cuisine, salle à manger et chambre à coucher. On est très bien quoique l’on couche sur des planches. 
Le soir j’étais de garde aux issues avec le Brigadier Judicely.

Carte postale : le langage des tranchées 2

22 août : Je suis toujours de garde. La batterie est à 12 kilomètres en avant de nous.
Elle est près de Puisieulx. La population y est encore et nos abris sont éclairés à l’électricité. Même qu’à 200 mètres de Boches, entre les deux lignes de tranchées il y a encore un patelin habité.  
Nos officiers logent dans un magnifique château. Les Boches sont bien tranquilles et nous aussi. 
Tous ces pays si près du feu sont peu bombardés. 
On a vu arriver le 7e Dragons (1). Ce n’est pas trop tôt, au moins prendront-ils la garde avec nous. 
Eynard m’a photographié.

La photo d’Abel faite par Eynard le 22 août 1915

(1) Le 7e Régiment de Dragons est en garnison à Fontainebleau au moment de la mobilisation. (NDE)

 

23 et 24 août : Toujours pénards. On est très bien.  
J’ai pris le relevé des réfugiés qui sont à La Javie : 
. Prévost André 69 ans et sa femme,  
. Bridance Léonie 68 ans, de Houplin,
. Cambien née Renaud 32 ans, Kleber 2 ans, de Wavrin,  
. Mazinguier Sophie 18 ans de Signy, 
. Lecomte Clémence 52 ans, Aimé 55 ans,   
. Diérich Elise de Roncq,   
. Braye Mathilde 30 ans,    
. Coudron Armandine épouse Hotyn 37 ans,    
. Adeline 24 ans,       
. Marie 17 ans,     
. Madeleine 14 ans,     
. Pierre 10 ans,      
. Louise 12 ans,    
. Germaine 9 ans,    
. Maurice 3 ans,      
. Andréa 3 ans,      
. Julien 23 ans de Neuville,   
. Chantry Veuve Quengebeur 35 ans,    
. Quengebeur Aurore 16 ans,      
. Paul 4 mois de Lille.          

25 août : Rien à signaler.       
On a changé de cantonnement. On est au café Maraudon. On est encore mieux qu’auparavant. Deux vastes salles et la cuisine.     
Nous avons fait place à la 4e batterie. Le 19e est sous les ordres, pour le cantonnement, du capitaine du 7e Dragons.

 26 et 27 août : rien de nouveau.    

28 et 29 août : Je suis revenu à la 8e pièce.    
Marraine (1) me demande encore des bagues, il me sera difficile car les Boches n’envoient pas de marmites sur la batterie.    

30 et 31 août : Rien de nouveau à signaler.   
Le travail est pressant mais on fait ce que l’on peut.   

(1) Marraine : Berthe, Elisa, Besson (1888-1957), sœur aînée d’Abel. (NDE)     

                          A suivre....