Sur les traces des "Midis" du XVe Corps - guerre 1914-1918

19 avril 2018

ORAISON (04) entretient le culte de ses Morts pour la France

Tous nos remerciements à
Mme Michèle Chenault
de l'Association Rancure d'Oraison
pour les renseignements fournis.

 

Oraison-Panneau

 

Oraison (Alpes de Haute-Provence)

Le passant, le touriste qui visite Oraison pour la première fois ne peut pas se douter qu'il se trouve dans une ville avec une caractéristique pratiquement unique en France.  

Au recensement de 1911, cette commune rurale de 38,4 Km2, située au confluent de la Durance et de l'Asse, avait une population de 2044 habitants .

 

Oraison-vue

 

A la fin de la guerre 14-18, à l'heure du bilan, Oraison pleure 63 de ses enfants, morts pour la France.

1921 -A Oraison comme dans toutes les communes de France la municipalité prépare l'édification d'un monument au souvenir, mais le maire Victor Gérard et son conseil municipal prennent de surcroît une initiative extraordinaire et émouvante en décidant de donner le nom du poilu disparu à la rue qu'il habitait... 
(Délibérations du 4 février et 3 juillet 1921)

 

Oraison-nom des rues 1921

 

 La séance du Conseil du 26 mai 1921, prévoit l'emplacement du "monument commémoratif aux enfants d'Oraison morts pour la France" dans le cimetière communal.

 

Oraison-erection monument aux morts 1921

 

 

et c'est pourquoi on peut flâner dans la rue Charles DOL du 163e RI...

 

rue Charles-Dol

 

ou dans l'avenue Abdon MARTIN du 122e RI...

Oraison-avenue Abdon-Martin

 

ou traverser la place Abel ROGER  du 157e RI

Oraison-placeAbel-Roger

 

ou la place Clément PLANE, lieutenant-pilote au 261e R.I

Oraison-placeClementPlane

 et bien d'autres.
Les Oraisonnais morts dans des conflits plus modernes ont également été ajoutés.

Voilà pourquoi on appelle  Oraison "une ville à la campagne". On peut dire que ses enfants, morts pour la patrie, ne sont vraiment pas oubliés, un bel exemple de reconnaissance !

Pour en savoir plus :
https://www.histoire-genealogie.com/A-Oraison-l-histoire-est-dans-la

 

 

Posté par moniqueB à 18:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 janvier 2018

LE 15e CORPS SE RACONTE à... VIDAUBAN et GRIMAUD (83)

 Le mardi 23 janvier 2018, extrait de presse de Richard FRECH  :

Avant la venue du spectacle « Pour l’exemple », de Félix Chabaud Vendredi 26 Janvier, Le Théâtre du Lézard de Flayosc a proposé, à Vidauban,une conférence sur « l’affaire du XVème corps » et les premiers fusillés pour l’exemple de la guerre 14-18, sujet principal du spectacle.
La conférence donnée par  Maurice Mistre a permis à près de 150 collégiens de 3ème de découvrir un épisode oublié des débuts de la guerre de 14-18 (au programme de 3ème) et du massacre des provençaux dont des jeunes de Vidauban, Draguignan, Brignoles, etc… et de la calomnie qui a suivi cette défaite due essentiellement à l’incompétence des généraux de l’époque faisant porter la responsabilité au XVème corps.

Abordant le sujet de façon très concrète et allégeant son propos à la manière d’un récit, Maurice Mistre a su captiver son auditoire avec un sujet très pointu et difficile pour des collégiens. Pour les adultes présents, professeurs, CPE et invités, cette conférence allégée a donné l’envie d’en connaître un peu plus sur cette affaire qui sonne comme une vengeance après 1851 et 1907 contre ces provençaux qui se sont révoltés contre l’injustice. Maurice Mistre en passeur de mémoire a laissé ouvert le champ de la réflexion et de la recherche, charge aux professeurs de compléter ce propos qui réhabilite la mémoire de ces soldats partis la « fleur au fusil » un matin d’Août 1914 et espérant être rentrés pour les vendanges.

****

le samedi 27 janvier 2018 à 15h15,
Maurice MISTRE participera à la 17e "rencontres Patrimoine et histoire des Maures", à GRIMAUD (Var)

grimaud-1

Parmi d'autres sujets très intéressants, le thème de sa causerie sera : "Première guerre mondiale : Non, pas de fleurs pour les soldats provençaux tombés au champ d'honneur" 

Intarissable lorsqu'il s'agit de défendre la cause des soldats du Midi, discrédités dans les premiers combats en août 1914, Maurice saura, comme toujours, tenir son auditoire en haleine.

Le programme :

grimaud-2

 

Posté par moniqueB à 09:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
11 janvier 2018

Abel BESSON et le 19e R.A.C.en Orient -2

Récit reconstituté par Jean-Marie BESSON,
petit-fils d'Abel BESSON

 

Le Front d’Orient du 2 février 1917 au  11 juin 1918
(les villes citées dans le carnet d'Abel -suite et fin)

Salukevo

Salukevo (anciennement), Marina (actuellement)

Dans la boucle de la Cerna, soldat sur un pont aux environs de Salukevo (mars 1917)

Dans la boucle de la Cerna : Elargissement du pont de Vakufköj (sur le Sakuleva) (mars 1917)

Dans la boucle de la Cerna, la Salukeva en amont de Salukevo (avril 1917)

Dans la boucle de la Cerna, le village de Salukevo (avril 1917)

Dans le secteur de Florina, les Italiens venant faire boire leurs chevaux sur les bords de la Cerna (octobre 1916)

Sur la route de Florina à Biklista. Le passage de l'artillerie à travers les ruisseaux et rivières

André se souvient (témoignage recueilli en septembre 2017), que son père, Abel, évoquait des endroits pierreux véritables nids de vipères, dont il fallait se méfier. (NDE)

Brod

Sur la Cerna : pont de Brod (1917)

Brod, sur le front de Monastir, centre de ravitaillement de la 35ème division italienne  (janvier 1917)

Monastir

Monastir (anciennement) ; Bitola (actuellement).

Monastir, carte parue le 28 septembre 1918 sur « L’Illustration »

Monastir vue générale

Campement aux environs de Monastir en 1917

Nord de Monastir, quartier d’artillerie

Bukovo

Dans le secteur de Monastir, un coin de Bukovo sous la neige (février 1917)

L’église de Bukovo

Itea

Virbeni (anciennement) ; Itéa (actuellement).

Itéa, dans le secteur de Florina, un groupe de 75 passe devant un dépôt d'obus   (décembre 1916)

 

Negotin

Negotin (anciennement) ; Negotsani ou Niki (actuellement).

La 35e Division italienne d’Infanterie s’installe dans le secteur de Negotin. Le détachement du 3/19e dans lequel sert Abel, viendra, à partir du 19 juillet 1917, appuyer de ses feux cette division .(NDE)

Négotin, sur le front de Monastir, arrivée de la 35e division italienne, les Italiens au repos (décembre 1916)

Négotin, sur le front de Monastir, arrivée de la 35e division italienne, les Italiens au repos (décembre 1916)

Négotin, sur le front de Monastir, arrivée de la 35e division italienne, les cuisines  (décembre 1916)

Négotin, sur le front de Monastir, arrivée de la 35e division italienne, installation d’un camp (décembre 1916)

Négotin, sur le front de Monastir, arrivée de la 35e division italienne, installation d’un camp (décembre 1916)

La Cerna en aval de Négotin (juin 1917)

Extrait de carte au 1/200.000 du GQG des AAO - Compagnie du 22e RI à Négotin

6 novembre 1917

Abel est l’avant dernier à droite, il porte la barbe…

Carte adressée à sa sœur Berthe (épouse Mariaud, pâtissier à Digne)

 

Compléments historiques

 

La composition type d’un régiment d’artillerie de campagne (RAC)

Le Régiment, équipé de la pièce de 75mm modèle 1897, possède 36 canons 

Il est constitué de 3 groupes d'artillerie de campagne 

Chaque groupe, commandé par un Chef d'escadron, comprend 3 batteries à 4 canons chacune.  

La composition d'une batterie de 75, commandée par un Capitaine d'active, est de:

4 Officiers :

         1 capitaine commandant la Batterie de 75 (Tir, Echelon, Train régimentaire).

         1 lieutenant commandant la Batterie de tir 

         1 lieutenant adjoint

         1 lieutenant commandant l'échelon

27 sous-officiers :

         1 adjudant ou adjudant-chef

         1 sergent-chef

         12 sergents

         1 sergent Maréchal Ferrand

         1 sergent Mécanicien

         11 caporaux.

148 hommes de troupe :

         136 artilleurs

         3 trompettes

         2 aides maréchaux

         2 bourreliers

         1 infirmier

         4 ouvriers

215 chevaux :

         5 chevaux d'officier

         77 chevaux de selle

         127 chevaux d'attelage

         6 chevaux d'attelage de réserve  

La batterie de tir :

Les 4 premières pièces (8 voitures) ont 1 canon, 1 caisson à 72 cartouches et leur avant-train respectifs contenant 24 cartouches chacun soit un total de 120 coups.

La 5e pièce (2 voitures) possède 2 caissons soit 192 cartouches.  

L'échelon :

La 6e pièce (3 voitures) a 3 caissons soit 288 cartouches.

La 7e pièce (3 voitures) a 3 caissons soit 288 cartouches.

La 8e  pièce (2 voitures) est constituée de la forge et du chariot de batterie  

Le train régimentaire :

La 9e pièce (4 voitures) est constituée de 3 fourgons à vivre et du chariot à fourrage.

Une 23e voiture est souvent ajoutée au train régimentaire.  

Chaque pièce est servie par 7 hommes:

1 Chef de pièce (sous-officier)  

Pour le canon:

1 Tireur (à droite) qui est également chargé d'ouvrir et de refermer la culasse "Nordenfeld"

1 Pointeur (à gauche)

1 Chargeur

Pour le caisson (arrière-train)

2 Pourvoyeurs

1 Déboucheur   

La dotation de la batterie est de 1248 cartouches soit 312 coups par pièce et la cadence moyenne de tir est de 6 cp/mn.  

Les casiers, contenant les différents types d'obus, ne permettant pas de savoir quel est le type de projectile à utiliser, les culots des douilles sont marqués à la peinture pour déterminer le type de cartouche à employer.

(Explo, Shrapnel, Aéro, décuivrage, demi-charge, etc.)  

Tout cela n'étant que théorie d'avant 1914… 

Source : http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/profil-5391.htm

 

L’organisation de la pièce de 75mm modèle 1897  

 La pièce est constituée de deux ensembles :

. Le canon de 75mmm relié à un avant-train tiré par six chevaux,

. Le caisson à munitions modèle 1897 relié également à un avant-train tiré par six chevaux.

Le peloton de pièce est composé de 14 artilleurs et 14 chevaux :

. Sont montés (c’est-à-dire assis sur un cheval), un sous-officier (du grade de maréchal-des-logis) chef de pièce, sur cheval de selle, le brigadier de pièce, sur cheval de selle (il n’est pas un servant, mais le responsable des avant-trains, de leurs attelages…), un maître pointeur, sur cheval de selle, six conducteurs sur les chevaux porteurs (les chevaux à gauche du timon, ceux à droite sous les "sous-verges" ;

. Sont sur les sièges des avant-trains (trois places par avant-train), un canonnier tireur,

un canonnier chargeur, un canonnier déboucheur, 2 canonniers pourvoyeurs.

La capacité d’emport en munitions est de 120 coups ainsi répartie :

. Caisson modèle 1897 : 72 coups

. Avant-train du caisson : 24 coups

. Avant-train du canon : 24 coups

 Source : http://basart.artillerie.asso.fr/article.php3?id_article=345

 

Le 19e régiment d’Artillerie de campagne (19e RAC)

En garnison à Nîmes, a été mobilisé le 4 août et les trois groupes d’artillerie rapidement mis sur pied rejoignent dès le 6 août le front de Lorraine.  

Il est subordonné à la 30e division d’infanterie du 15e corps d’armée avec 50 officiers et 1610 hommes, ses attelages sont tirés par 1576 chevaux.

Il se fait immédiatement apprécier par la qualité de l’appui de ses feux à l’infanterie durant tout ce mois d’août jusqu’au 3 septembre où suite à une marche forcée de nuit, il rejoint la Marne où l’ennemi mène sa grande offensive.

Du 6 au 12 septembre, la « bataille de la Marne « marquera la première victoire de l’armée française grâce à une résistance acharnée face à un ennemi supérieur en nombre et matériels.  

Le 19e régiment d’artillerie s’y distingue, dans la région de Vassincourt, par son engagement, sa ténacité, sa mobilité et sa capacité à appuyer l’infanterie en toutes conditions alliant le sens du sacrifice grâce auquel l’ennemi sera stoppé sur la Marne. 

Durant toute cette guerre, le 19e RA sera en Champagne en 1915, participera à la bataille de Verdun en 1916 qui lui vaudra une citation et l’inscription de «Verdun 1916» sur son étendard.  

Il rejoindra, en 1917, la Grèce avant d’être engagé en Macédoine, en appui des troupes russes puis du corps expéditionnaire italien avec la bataille de Monastir qui lui vaudra sa 2ème inscription sur son étendard «Monastir 1917».  

Le 19e régiment d’artillerie termine sa campagne le 28 août 1919.  

Sur tous les champs de bataille ou au cours des cinq années de guerre le régiment a été engagé, les grades et canonniers ont toujours fait preuve des grandes qualités qui distinguent le soldat français, ardeur au combat, courage et dévouement.  

Le 19e dans l’Armée d’Orient

 La 30e D.I. est relevée le 15 décembre 1916 par la 10e D.I, Elle est désignée pour l'Armée d'Orient.   

Tous, officiers, sous-officiers, brigadiers et canonniers quittent avec regret les champs de bataille de France où ils ont versé leur sang pour la défense du sol sacré de la Patrie, mais pénétrés du sentiment du devoir, ils font le serment de contribuer par leurs exploits, lâchas sur le front d'Orient, à maintenir dans tout son éclat et sa splendeur le drapeau de la France.  

Les unités sont transportées par voies ferrées et débarquées à Toulouse où la D.I. doit se réorganiser avant son embarquement pour Salonique. L'A.D/30 est formée des trois groupes du 19. R.A.C. d'un groupe du 2e R.A.M., d'une batterie de tranchée et du P.A.D. 30 composé de quatre S.M.  

Le 21 janvier 1917, l'A.D. 30 commence à quitter Toulouse à destination soit de Marseille, soit de Toulon. Du 30 janvier au 12 février, les diverses unités de l'A.D. sont transportées par mer ; après avoir fait escale la plupart à Malte et à Milo, elles sont débarquées à Salonique. Malgré une mer agitée et la menace des sous-marins, la traversée s'effectue pour l'A.D. sans incident sauf pour la batterie de tranchée qui, à. Malte, doit abandonner son bateau, le Saint-Laurent, détruit par une explosion. 

Au fur et à mesure de leur débarquement, les troupes sont bivouaquées au camp de Zeitenlick à 5-k. au N.E. de Salonique.   

La D.I. au complet est ensuite dirigée sur Topcin en réserve d'Armée.    

La partie de la Macédoine occupée par les troupes alliées où la D.I. va opérer est très accidentée. Les routes sont rares, et en mauvais état. Pas de carte exacte, aussi on ne s'engage sur un itinéraire qu'après l'avoir fait reconnaître. Le pays a un aspect désertique et un climat approprié. A l'été long et très chaud (50° à l'ombre) succède un hiver assez court mais très froid (- 20°). Les freins des canons de 65, ne fonctionnent l'hiver dans certaines positions (pied du Péristéri) qu'avec un réchaud pour les dégeler. Enfin le terrible paludisme fait rage et à Salonique où nous venons de débarquer les cimetières militaires sont aussi garnis que ceux de Verdun.   

Opération contre les Comitadji.  
Des naturels du pays inquiètent depuis quelques temps les troupes de passage et assassinent les isolés. Ces indigènes, appelés Comitadji, ont leur repaire dans les roseaux du lac de Yenidcé, Une opération est entreprise contre eux. La 4e batterie, du 19e  y prend part du 8 au 14 mars et tire à obus à balles sur le lac. Quelques Comitadji sont arrêtés et fusillés, le calme renaît aussitôt dans le pays et la sécurité des troupes est assurée.   

Opération du 2/19 dans la région de Monastir
 Le 1er avril, le 12/19 est mis à la disposition de l'Armée Française d'Orient (A.F.O.) Il se rend par étapes sur le front et relève dans la nuit du 9 au 10 avril un groupe de l'A.D. il, en position dans le secteur de Monastir-Est.  

Le groupe prend part aux combats de la première quinzaine de mai puis est retiré du front, pour rejoindre l'A.D. 30, le 2 juin 1917.

Opération de la 106e batterie dans la région de Monastir
La 106e batterie de tranchée est mise à la disposition de l'A.D. 11 pour les attaques de mai. Elle installe ses positions au Nord de ;Makovo et elle prend du 5 au 11 mai une part très activé à la préparation d'artillerie et fait l'admiration de la brigade Russe à laquelle elle est rattachée.  

« Hier et aujourd'hui j'ai eu l'occasion de beaucoup parler avec les officiers et soldats, qui ont participé à l'attaque. De toute part je n'ai entendu qu'un seul avis notre artillerie a  bien travaillé. Glorieux artilleurs, l'avis du fantassin sur votre travail est l'appréciation la plus vraie et la plus juste. Et quant au personnel des pièces de tranchées, l'avis général en est Ce sont des Héros ! »   

Concentration de la 30e D.I. en arrière du front.
 Pendantcette période, les autres éléments de l'A.D. se rassemblent avec toute la D.I. dans la région Krussograd-Zivonia à proximité du front, pour coopérer à une attaque générale des armées alliées.   

Le trajet est fait en 6 étapes de Topcin à Yenidze, puis Vertekop, Vladovo ; Ostrovo ; Banica et après un séjour dans cette région Krusovo. La D.I. est mise en réserve d'Armée. L'attaque des alliés ayant échoué elle n'est pas engagée. Le 22 mai, elle reçoit l'ordre de se porter sur Katerini.

Opération à Athènes.
Le roi de Grèce Constantin, ne se conforme pas aux conventions passées avec les alliés. Il favorise l'agitation des Comitadji dans la zone neutre et en Thessalie, il cherche à soustraire des mouvements de troupe et à cacher des armes au contrôle allié. Il faut qu'il se soumette ou qu'il se démette.  

Une opération d'ensemble est décidée. Un détachement occupera Corinthe pour empêcher l'utilisation de l'isthme, un deuxième, la 30e D.I. débarquera au Pirée et marchera sur Athènes pendant qu'un troisième s'emparera de la Thessalie et occupera Larissa. Au premier détachement l'A.D. 30 fournit la 4e batterie du 19e, et deux batteries de montagne. Au 2e, le 1/19.   

Le premier détachement s'embarque le 8 juin au matin à Salonique et débarque le 11 au matin à Isthimia. Les batteries sont mises en surveillance sur le canal de Corinthe jusqu'au 11 juillet, le 12, elles quittent cette région et par étapes gagnent les environs d'Athènes. Le 27, elles embarquent en chemin de fer et rejoignent l'A.D. à Armenhor près Florina.   

Le 1/19 embarque le 9 à Salonique et débarque le 12 à midi au Pirée. Les batteries sont mises immédiatement en surveillance sur Athènes. Le 25 Juin, la 30e D.l. occupe Athènes. Les batteries sont à nouveau mises en surveillance sur la ville. Constantin est en fuite et remplacé sur le trône par un de ses fils Alexandre.  

Le 8 Juillet, les unités embarquent successivement à deux jours d'intervalle à la gare du Rouf et débarquent à Larissa. Le 25 juillet, le 1/19 rejoint l'A.D. à Armenhor après des étapes dont la plupart sont très pénibles et très accidentées.  

Bien que pas un seul coup de canon n'ait été tiré pendant la démonstration militaire d'Athènes, le personnel et les animaux ont beaucoup souffert tant du ravitaillement défectueux que du fait de la forte chaleur.   

Pendant la première partie du mois de juin, le reste de l'AD. est bivouaquée à Vatiluck.   

Dans la deuxième quinzaine de Juin le 3/19 et le P.A.D. 30 font mouvement par étapes sur Banica. Le P.A.D. 30 relève le P.A.D. 156 à Vélusina.  

Extrait de l’historique du Régiment

 Le détachement du 3/19 dans lequel sert Abel, au profit du Corps Expéditionnaire Italien

 Le 3/19 désigné pour faire partie du C.E.I. prend position pendant la nuit du 18 au 19 juillet dans le secteur de la côte 1050, boucle de la Cerna où il relève un groupe du 274e R.A.C.  

Les batteries s'installent sur un terrain dominé par l'ennemi. Nos positions sont situées dans la partie basse de la boucle de la Cerna, région insalubre et désertique, sans un arbre ni un buisson, où l'on grille en été et qui n'offre l'hiver aucun abri contre le vent, où enfin le paludisme règne en maître.  

Sur les positions de batterie comme aux échelons, tout est à faire pour passer l'hiver et améliorer le sort des hommes et des animaux. Le personnel se met courageusement à l'ouvrage et, après un travail acharné qui ne cesse ni jour ni nuit, il arrive à faire en quelques mois une installation modèle.  

Le 3/19 restera dans ce secteur jusqu'à la rupture du front bulgare, en septembre 1918.   

Il participera à toutes les attaques et coups de main faits par les Italiens et s'attirera, des félicitations très élogieuses de la part du commandement italien, lequel ne craint pas de donner l'artillerie française en exemple à ses propres troupes.   

Extrait de l’historique du Régiment

  

Note complémentaire sur le « Corpo di Spedizione Italiano in Oriente »

 Le corps expéditionnaire italien en Orient ou « Corpo di Spedizione Italiano in Oriente » dépend du quartier-général italien de Rome mais à détaché la 35e division d’infanterie sous commandement français.

 La 35e division d’infanterie se compose de :  

. La Brigade Sicilia a deux régiments (61 & 62e R.I)  

. La Brigade Ivrea a deux régiments (161 & 162e R.I)  

. La Brigade Cagliari à deux régiments (63 & 64e R.I)  

. Deux escadrons de cavalerie Lucques

. Une escadrille d’aviation

. Huit batteries de montagne  

. Un contingent de génie à son arrivée à Salonique.

 Le commandement français lui a octroyé neuf batteries de 75, une lourde (sept batteries de 120 long, une batterie de 105 et deux batteries de 155 court) pendant son affectation en premier lieu autour du lac Dojran puis dans la boucle de la Cerna fin 1916.  

Cette campagne a coûté 8 324 tués et 10 000 blessés, à la division italienne, la plupart de froid et de maladie comme le paludisme, une grande part des tués reposent au cimetière de Zeitenlik.

  

Extrait du livret militaire d’Abel BESSON

Temps de services accomplis dans l’armée active : 
4 ans, 11 mois et 2 jours

Grade à l’époque de la libération du service actif : 
2ème canonnier servant  

Campagnes :

 Contre l’Allemagne en Guerre : du 4 septembre 1914 au 2 février 1917.  

En Orient du 2 février 1917 au 11 juin 1918 

En France du 11 juin 1918 au 8 août 1919  

 

Abel BESSON certificat de bonne conduite sous les drapeaux

 

Abel BESSON, brevet du 7 mars 1918, décoration italienne « Guerra per l’Unita d’Italia 1915-1918 »

Abel BESSON extrait du livret militaire

 

Les 3 frères BESSON, de l’enfance à la guerre

 

Abel, Alfred, Norbert

 

            

Abel (19e R.A)                                                                                                                 Alfred (111e R.I)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Norbert (7e R.A)

Encore MERCI aux membres de la famille Besson d'avoir généreusement partagé avec nous ces trésors  du  passé.                                                       

 

Posté par moniqueB à 06:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
04 janvier 2018

Abel BESSON et le 19e R.A.C. en Orient-1

Récit reconstituté par Jean-Marie BESSON,
petit fils d'Abel BESSON

 

Le Front d’Orient du 2 février 1917 au  11 juin 1918

 

Le périple d’Abel est reconstitué en exploitant :

. La liste qu’il a dressée des localités traversées.

. Les souvenirs confiés oralement à son fils André.

. « Le journal de route » de Damien Chauvin,  camarade de régiment et avec lequel il avait passé le conseil de révision.

. L’historique du Régiment, étant précisé que le brevet de la décoration italienne décernée à Abel nous précise qu’il était affecté au 3e groupe du 19e RAC.

 Ici sont rassemblées des photographies (source « Base Mémoire », Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Ministère de la culture), des cartes postales, une carte postale personnelle et des notes et cartes  illustrant ce périple.

Embarquement sur le «  Melbourne » le 02 février 1917

Le « Melbourne » (1)

(1) La carte postale ci-dessus précise que le « bateau est parti de Marseille le 2 février 1917, ayant à son bord…un détachement du 19e d’artillerie », et Abel avait confié à son fils André qu’il avait pris le Melbourne pour rejoindre le front d’Orient et que le commandant du navire, comme tous les autres commandants, redoutait la présence de sous-marins allemands en embuscade au passage du cap Matapan.

Le « Melbourne » 1881-1921, paquebot des Messageries Maritimes avait déjà été réquisitionné en Méditerranée, pour participer en 1916 avec 4 autres paquebots au transport de 50 000 soldats serbes de Corfou à Salonique. Le « Melbourne» était prévu pour accueillir 90 passagers en 1ère classe, 44 passagers en 2de classe, 75 passagers en 3° classe et 1200 hommes à l’entrepont. (NDE)

 

La Macédoine, théâtre des opérations
 

Carte ethnographique de la Macédoine, point de vue serbe

 

De Salonique à Monastir

Parmi les localités citées :

Salonique

Salonique du haut du Minaret de Atcha Mitchi Djami

Salonique « vers la victoire ! »

Salonique 19 avril 1917

Poilu français et habitants de Salonique

 

Salonique, le campement français

Salonique, musique dans le campement français

Route de Salonique à Monastir, convoi de ravitaillement

Route de Salonique à Monastir, convoi de ravitaillement

Zeitenlic

Zeitenlik (anciennement) ; Stavroupoli (actuellement)

Dans les Balkans, le camp de Zeitenlic 

Après le débarquement, on nous dirigea sur le camp de Zetinlik à plusieurs kilomètres de la ville. Ce camp se trouvait dans la plaine de Vardar. Pas un arbre, pas une ferme, la voie de chemin de fer à proximité et nous étions couchés sous des toiles de tente.  

Nous avons subi un mois de mauvais temps, pluie, vent. Les tentes étaient arrachées, le fourrage des chevaux enlevés, enfin, un vrai désastre.  

En février 1917, nous nous mettons en marche le long de la plaine de Vardar, traversant les rivières, marais à guet, ou pullulaient les sangsues qui collaient aux pattes des chevaux ou à leurs naseaux quand ils buvaient (NDE, in « Le journal de route » de Damien Chauvin).

 

Vatiluk  

Vatiluk (anciennement) ; Vathilakos (actuellement)

 

 La ligne de chemin de fer du Decauville(1), les mulets. (7-9 juin 1916) 

                                                      

  La ligne de chemin de fer Decauville Narès-Inglis-Topçin-Vatiluk ravin de Vatiluk, (décembre 1916)                    

  

Dans le secteur de Verketop – Vodena  

Verketop (anciennement) ;  Skidra (actuellement)  

Vodena(anciennement) ; Edhessa (actuellement)

 

La plaine inondée de la Moglenica et le massif du Moglena  (février 1917) 

(1) Decauville : Nom du constructeur français de matériel ferroviaire,  fournisseur du chemin de fer à voie de 60 cm utilisé par l’Armée,
sa grande facilité de transport permettait de reconstuire des voies ferrées sur le front.(NDE)   
 
                                                                   

Troupes et convois dans le brouillard (avril 1917)                                                  

 

Vue générale du camp aux environs de Vodena (mars 1917)

 

Un dépôt d’automobiles aux environs de Vodena (avril 1917)

 La boucle de la Cerna

 

La boucle de la Cerna avec les environs de Florina et de Monastir 
Les localités citées par Abel

 

La boucle de la Cerna

 

Le front en 1917, l’unité d’Abel est en appui des troupes italiennes

 

 

Florina

 

Florina, le marché central

 A Florina, Abel rencontrera Elie Charbonnier natif lui aussi de La Javie, lequel deviendra plus tard maire de la Javie. Ce dernier évoquera, à l’occasion des obsèques d’Abel en 1967, leur rencontre à Florina en 1917 :  

 « …comme moi, enfant du pays il s’est dépensé sans compter pour ses compatriotes auprès desquels il a rempli avec dévouement maintes fonctions locales avec seules récompenses, la satisfaction du devoir accompli. Je n’oublierai jamais les quelques moments heureux que nous passions ensemble à Florina (Macédoine) où notre cher village fut l’objet de toute notre attention… » (NDE, Carte de condoléances adressée à la famille, par Elie Charbonnier).

 

Match de football sur la grande place de Florina 1918

 

L’hôpital temporaire de Florina

Abel  vient rendre visite à son camarade Damien Chauvin. 

 « Le 10 mai (1917)  au soir (jour de mon anniversaire)  nous fumes bombardés par obus à gaz jusqu’à 4 heures du matin. Toute la nuit j’ai fermé la culasse du canon et tiré le cordon de mise à feu car en position, j’étais soit chargeur, soit tireur. 
Au cessez le feu j’avais tellement respiré des gaz, malgré le masque protecteur, que je tombais derrière l’affût du canon. Le lieutenant commandant la section fit monter tous les hommes sur un balcon de la maison où nous étions cantonnés afin d’être au-dessus de la nappe de gaz. S’apercevant de mon absence, il fit redescendre plusieurs collègues pour voir où j’étais. Ce fut un nommé Charles Dauphin, maître pointeur qui me trouva et me remonta sur ses épaules Je n’étais pas le seul à être atteint … On nous conduisit à l’infirmerie. Là le major, nous garda quelques jours en observation pour se rendre compte si vraiment nous étions malades. Il couchait dans la même pièce que nous.

On nous évacua au bout de quelques jours à l’hôpital temporaire de Florina en Grèce, proche de la frontière albanaise, où je fus bien soigné pendant 4 mois. Je reçus la visite d’Abel Besson de La Javie. » (NDE, in « Le journal de route » de Damien Chauvin).  http://lesmidi.canalblog.com/archives/2007/03/02/4186496.html

L’hôpital temporaire de Florina, vue générale

L’entrée de l’hôpital de Florina

 

 

  A SUIVRE...

 

 

Posté par moniqueB à 07:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
01 janvier 2018

BONNE ANNEE !!!

bonne annee-2

Posté par moniqueB à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 décembre 2017

Abel BESSON-19eRAC-CARNET DE ROUTE-5

 Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

 suite....JUILLET-OCTOBRE 1916

       Abel Besson

 

Juillet 1916  

1er juillet : Journée assez calme. 
Mon Parrain (1) est venu me voir. Cela nous a fait grand plaisir de nous revoir.
Le soir je suis monté ravitailler, les Boches nous ont fait deux tirs de barrage.   

2 juillet : Belle journée assez calme.   

3 juillet : Journée de pluie et assez calme.  
Bombardement vers 3 heures 30 du soir.   

4 juillet : Journée assez calme.  
J’ai appris que les deux beaux-frères de Louis Pichotin étaient enterrés à Issoncourt.    

5 juillet : Journée assez calme, violents orages. 
On doit changer de position.    

6 juillet : Grand calme, l’offensive Anglo-Française doit effrayer les Boches. 
Suis commandé pour aller changer les caissons de position. 
Ce n’est pas trop tôt de quitter Froide-Terre.  
On a de nouveau passé la nuit, cela ne fait rien car on est beaucoup mieux.  
La position est à la ferme de « Villers aux Moines ».   

7 juillet : Pluie durant toute la journée, calme dans le secteur.    

8 juillet : Journée assez calme.    

9 juillet : Journée assez calme.  
Les Boches ont tiré des fusants sur les saucisses qui sont près de nous. 
J’ai oublié de dire qu’après nos pertes ce sont des Noirs qui sont venus nous renforcer. Ils sont très gentils. Il y en a douze à la batterie.   

10 juillet : Journée assez calme.    

11 juillet : Violent bombardement durant la nuit.   

12 juillet : Journée assez calme.  
Je suis monté ravitailler à la ferme. 
De retour au « Bois de Ville » à 3 heures du matin.    

13 juillet : Journée de pluie et assez mouvementée.  
Le Capitaine Picheral a enfin foutu le camp. Ce n’est pas malheureux.   
(1) Parrain : Achille, Ludovic Besson (1878-1962) mobilisé au 112e RI (à.c du 2 août 1914), passé au 271e RI (le 20 février 1915).(NDE)

14 juillet : Jour de fête pour les Troupes. 
Voici le Menu : 
. Jambon cru, 
. Petits pois, 
. Demi-litre de vin, 
. Quart de Champagne, 
. Biscuits,  
. Cigare.   

15 juillet : Réveil en fanfare.  
Je crois que toute l’artillerie française doit donner. 
Quel enfer. Sans doute nous offrons la fête aux Boches. 
Tous les jours il passe des prisonniers.   

16 juillet : Journée de pluie et assez calme. 
Le soir je suis allé ravitailler à la 4e batterie. Cela a bien un peu bardé, mais on y est habitué.   

17 juillet : Journée assez calme. 
Le soir, réveillon avec Léon Roux.  
Une vingtaine de prisonniers sont encore passés dans l’après-midi.    

18 juillet : Journée assez calme. 
Nombreux prisonniers boches. 
On cause de nouveau de départ.    

19 juillet : Violent bombardement dans la soirée.  
Nos pertes depuis le 21 juin s’élèvent à 350 hommes pour le 19e.   

20 juillet : Journée assez calme. 
Monté ravitailler. 
140 prisonniers viennent de passer. Beaucoup sont très jeunes, de 16 à 17 ans.   

21 juillet : Journée assez calme. 
On parle toujours de partir. 
Les Boches ont tiré sur le « Bois de la Ville », où nous sommes bivouaqués. Pas d’accident de personnes. 

 

BoisdeVille-1916

Localisation du Bois de Ville, entre le Bois des Caures et l'Herbebois

  

22 juillet : Belle journée et assez calme.    

23 juillet : Belle journée et assez tiré toute la journée. 
80 prisonniers sont de nouveau passés. Un wagon de munitions a pris feu à Baleycourt, en pleine gare. 
Suis monté ravitailler à la position. Tir de barrage en arrivant là-haut. Cela bardait. 
Arrivé sans encombre.   

24 juillet : Journée assez calme.   

25 juillet : Bombardement très violent pendant toute la journée. 
On ne parle plus d’être relevé mais de faire les deux périodes de suite. 
Quel malheur. Quand sortirons-nous de Verdun, le tombeau de l’Armée française.   

26 juillet : Au réveil on m’a appris que le camarade Gabriel avait été tué en allant ravitailler. 
Il y a eu deux blessés et trois chevaux tués. Tout cela par un 105 fusant. 
L’enterrement de Gabriel a eu lieu ce soir.   

27 juillet : Bombardement violent. 
Beaucoup de fantassins de ma Division sont évacués pour Cholérine (1). Environ 300 par jour.   

28 juillet : Canonnade intermittente. 
J’ai appris que beaucoup de mariages étaient sous roche à La Javie. Quels sont les fiancés. 
Défilé de prisonniers boches.       

(1) Cholérine : violente diarrhée, signe ou forme atténuée du choléra. (NDE)

29 juillet : Journée assez calme. 
Comme dessert, les Boches ont balancé quelques marmites dans le bois où nous sommes.  Ni pertes ni dégâts.
Tous les ouvriers et moi nous sommes fait photographier.

                    

Abel est le deuxième en partant de la gauche, 
cliché pris le 29 juillet, et carte adressée à son frère Norbert le 31 juillet 1916


Verso de la carte postale adressée à Norbert

30 juillet : Journée très belle et très calme.
On parle d’une offensive pour le 1er août. 
Sera-ce vrai cette fois.     

31 juillet : Belle journée.  
Je suis allé à Souilly avec le chef acheter des vivres. 
Les troupes noires sont justes derrière nous.  
De nouveau on parle de partir. Qu’attend-t-on de nous relever. 
Le soir je suis monté ravitailler à la 6e batterie. Les Boches étaient bien tranquilles. 

Août 1916

1er août : La canonnade est très intense. 
Les gaz lacrymogènes arrivent à l’échelon. Ils sont assez violents. Plusieurs morts au Régiment.  

2 août : Journée assez tranquille. Violente canonnade à la tombée de la nuit. J’étais commandé pour aller ravitailler. Après avoir rouscaillé, l’adjudant m’a exempté de cela.  

3 août : Il a été dit que nous avions un peu avancé. C’est le 61e d’infanterie qui a fait l’attaque. Violent bombardement pendant la matinée. A une heure du soir, 400 prisonniers défilent devant nous. Hier il en est passé 60. 
Je suis allé voir les blessés qui sont soignés à Baleycourt. Leurs pertes sont sérieuses, du 45 au 50 %.

 4 août : Nouvelle attaque, le 61e devait à nouveau attaquer. La canonnade est fort vive. 
A 11 heures, 125 rangées de 4, les Boches passent où nous sommes. La canonnade continue, 128 nouvelles rangées de 4 passent à nouveau à 6 heures du soir. 
Le bilan à cette heure est de :  125 X 4 =   500  
                                                 128 X 4 =   512       
                             Total des prisonniers : 1 012 
Nous avons beaucoup avancé du côté de Fleury.   

5 août : Violente canonnade durant toute la journée.  
Toute la 30e Division a attaqué.  
60 prisonniers viennent encore de passer.    

6 août : la canonnade est toujours violente.   

7 août : Bombardement violent.  
Le soir je suis monté ravitailler à Froide-Terre. Nous sommes allés à la 3e batterie. Cela bardait un peu. En passant entre la 4e batterie et le carrefour après Belleville un fusant nous éclate juste au-dessus de nos têtes. Il n’y a pas eu de mal pour personne. 
Au retour, je suis tombé dans un trou d’obus. Blessé à la main  droite et aux deux genoux. En quittant Froide-Terre les tirs de barrage ont commencé, c’était les Boches qui attaquaient.    

8 août : On parle encore d’être relevés. Serait-ce le vrai « dit-on » ? 
Verdun est le tombeau de l’Armée française et aussi de l’Artillerie. Un Inspecteur Général a dit que nos usines ne pouvaient fabrique de 75 pour l’usure qui se fait à Verdun.  
La batterie a une pièce de 90.    

9 août : Violent bombardement.  
Le Général commandant la 30e Division ne répond plus du secteur vu la fatigue de l’Infanterie. Le Général est, je crois, Castaing.

10 août : Journée relativement calme. Pas un seul coup de canon. On dirait que les Boches ont foutu le camp.   

11 août : Journée assez calme. On parle encore de partir, ce serait pour le 15 août.   

Du 12 au 14 août : Journées très calmes.   

15 août : Journée assez calme. 
Malgré cela c’est encore une fête de passée dans les bois. 
Enfin, on sait à peu près officiellement que l’on doit partir dans la nuit du 18 au 19 courant. Quelle chance. 
Les Boches fauchent le blé juste devant nous.     

16 août : Journée très calme.    

17 août : On parle de partir.   

18 août : Départ fixé au 20. 
Le 18ème est de retour.   

19 août : Journée très calme.   

20 août : Voilà deux mois de passés à Verdun. 
Ce n’est pas malheureux d’être relevé. 
Départ du Bois la Ville à 5 heures du matin. On passe à Niexeville, les Soushesmes, Ippecourt, Saint-André en Barrois et on arrive à Deuxnouds devant Beauzée à 11 heures du matin. 
Il fait beau temps.    

21 août : Départ à 5 heures. 
On passe à Rambercourt aux Pots, Condé en Barrois, j’ai oublié les autres patelins. 
Arrivés à Mussey à 4 heures du soir.    

22 août : Départ de Mussey à 6 heures.  
On est passé à Trémont sur Saulx, Lisle en Rigault, Ville sur Saulx, Saudrupt, Anderville (1) et on arrive à midi à Rupt aux Nonains.   

23 août : On a repos. 
Grand déballage du magasin. On a tout distribué. Il ne reste rien de rien. 
Audibert est parti en permission car ces dernières ont recommencé.   

24 août : Départ à 5 heures du matin. 
On passe à La Houpette, Cousancelles, Chamouilley et on embarque à Eurville (2)
On prend une ligne que nous connaissons déjà. On embarque à Mezy et on repart de suite. 
On passe à Mont Saint-Père, Epieds et on arrive à Bézu Saint-Germain.   

(1) Non mentionnée sur la carte, serait ce Haironville ? (NDE)
(2) De Eurville SE de Saint-Dizier à Mezy N.NE de Château-Thierry est-ce un déplacement par voie ferrée ? (NDE)

Dans un jour on est passé dans 4 départements : Meuse, Haute-Marne, Marne et nous voilà dans l’Aisne. 

25 août : On m’engueule parce que je suis en retard pour atteler la charrette. 
Serais-je puni ? 
On est parti à 7 heures du matin, on passe à Brecy, Fère en Tardenois et nous arrivons à Lhuys à midi.   

26 août : On est toujours à Lhuys.   

27 août : Départ à 7 heures du matin.  
Il fait un temps épouvantable. On a pris un bon poisson. On fait halte à Septmonts. De nouveau grande averse. On repart à 7 heures du soir pour Buzancy. Orage tout le long de la route. Arrivés à Buzancy à 11 heures du soir.
On est tout trempé et on se couche tout trempé n’ayant rien pour changer de linge.   

28 août : Enfin nous voilà arrivés. 
Les positions sont aux environs de Soissons. L’échelon reste à Buzancy. 
Le secteur est très bon, il fait beau temps.    

29 août : Très mauvaise journée. 
Il pleut et il fait vent.     

30 et 31 août : Très belles journées. 
Le 30 un aéro boche a lâché deux bombes à côté du poste du Commandant.  

Septembre 1916

1er septembre : Journée très belle.   

2 septembre : Cauvain et moi faisons les charpentiers. On construit une casba pour pouvoir travailler.  

3 septembre : On s’installe dans la casba.   

4 septembre : Audibert et Bondil sont rentrés de permission.   

5 au 10 septembre : Toujours grand calme, on parle encore de partir.   

11 septembre : Revue du commandant Lacombe ; cela n’a guère bardé.   

12 septembre : Journée très calme.   

13 septembre : Le départ est fixé à demain.   

14 septembre : Journée bien tranquille. On prépare les charrettes. Départ à 7 heures du soir. On passe à Rozières sur Crise et Septmonts. On arrive à Jouaignes à 11 heures du soir.   

15 septembre : On passe la journée à Jouaignes, il pleut.   

16 septembre : Départ 6 heures du matin. On passe à Quincy sur le Mont, Mont Notre dame, Bazoches sur Vesle, Longueval, Villiers en Prayères et nous arrivons à Oeully à midi.   

17 septembre : On reste à Oeully. La 2e section a été relevée.   

18 septembre : Départ à 5 heures du soir. On passe à Serval et nous arrivons à Glennes. Nous sommes dans un bois à 500 mètres du patelin. Il est environ 6 heures 30 du soir.   

19 septembre : On aménage les cagnas et on est très bien. Le ravitaillement se fait de jour.   

20 septembre : Il fait presque froid et le temps est couvert.   

21 septembre : Journée assez froide.   

22 septembre : Très belle journée aussi, les avions font bonne garde. Un aéro boche a été violemment canonné. Canonnade peu vive.  

23 septembre : Rien à signaler.   

24 et 25 septembre : Toujours très pénard. Belles journées.

26 septembre : Très belle journée. Belmont de la 31e est venu me voir.  

27 septembre : Journée très belle et toujours très calme.   

28 septembre : Cauvin est rentré de perm. M. Gassend de Digne qui est ici à l’ambulance m’a fait appeler. Il donnera de mes nouvelles car il part demain en permission.   

29 septembre : Rien à signaler.   

30 septembre : Journée assez belle. Je suis allé voir Pellegrino à la 31e. Quelle tuile. 
Sur le journal on voit que les Poilus auront 7 jours de permission à dater du 1er octobre, et cela tous les 4 mois. Ce n’est pas malheureux.  

Octobre 1916

1er octobre : Les camarades sont venus me voir. Rendez-vous pour mardi. Les permissions marchent grand train. Mon tour approche.   

2 octobre : Journée froide et pluvieuse. Peut-être si cela continue, je serais dimanche à la maison.   

3 octobre : Malgré la pluie, je suis allé à Villers en Prayères. On s’est pas mal amusé et on est rentré à 10 heures 30 du soir. Tout a bien marché.   

4 octobre : La pluie continue. Journée très calme.   

5 octobre :

Le carnet de route d’Abel BESSON, n’est plus tenu à partir de cette date, seule y sera encore mentionnée la liste des localités traversées lors de la campagne du Front d’Orient.

 

honneur-au-19eRAC

  

Abel ne s’est jamais étendu sur les raisons de ce silence. A la question de son fils André (lequel devait alors avoir, selon ses souvenirs, 8 ou 9 ans) il répondit simplement « c’était trop dangereux ».   

Faisait-il allusion à une censure plus rigoureuse et aussi à son voyage « aller » qu’il fit sur Le « Melbourne» ?

    A SUIVRE ...

Posté par moniqueB à 09:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
24 décembre 2017

POEME : Il est grand temps de rallumer les étoiles...

 

de Guillaume APOLLINAIRE
"Prologue" des Mamelles de Tirésias (1917)

 

 

cieletoile

 

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES

... Puis le temps est venu le temps des hommes
J'ai fait la guerre ainsi que tous les hommes

C'était au temps où j'étais dans l'artillerie
Je commandais au front du nord ma batterie
Un soir que dans le ciel le regard des étoiles
Palpitait comme le regard des nouveaux-nés
Mille fusées issues de la tranchée adverse
Réveillèrent soudain les canons ennemis.

Je m'en souviens comme si cela s'était passé hier

... Et tous mes canonniers attentifs à leurs postes
Annoncèrent que les étoiles s'éteignaient une à une
Puis l'on entendit de grands cris parmi toute l'armée

ILS ETEIGNENT LES ETOILES A COUP DE CANON

Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d'automne
Comme la mémoire s'éteint dans le cerveau
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir

Nous étions là mourant de la mort des étoiles
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs
Nous ne savions plus que dire avec désespoir

ILS ONT MEME ASSASSINE LES CONSTELLATIONS

Mais une grand voix venue d'un mégaphone
Dont le pavillon sortait
De je ne sais quel unanime poste de commandement
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES

Et ce ne fut qu'un cri sur le grand front français

AU COLLIMATEUR A VOLONTE

Les servants se hâtèrent
Les pointeurs se pointèrent
Les tireurs tirèrent
Et les astres sublimes se rallumèrent l'un après l'autre
Nos obus enflammaient leur ardeur éternelle
L'artillerie ennemie se taisait éblouie
Par le scintillement de toutes les étoiles

Voilà, voilà l'histoire de toutes les étoiles
Et depuis ce soir-là, j'allume aussi l'un après l'autre
Tous les astres intérieurs que l'on avait éteints  ...

Posté par moniqueB à 19:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
20 décembre 2017

Abel BESSON-19eRAC-CARNET DE ROUTE-4

 Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

 suite....JANVIER-JUIN 1916

       Abel Besson

Janvier 1916

 

1er janvier : Belle journée, l’année commence par le beau temps. L’ordinaire n’est pas mauvais :

                . Champagne,                           

                . Cigare,

                . Jambon.

Voilà le supplément des autres jours. On fait des vœux et des souhaits pour la santé, mais on veut pour 1916 la fin de cette guerre.  

2 janvier : On rigole bien. On fait la guerre et on ne pense plus à cela tant on est habitué.   

3 janvier : On se met au travail.  Cauvin et Vanderbrughe sont montés à Reims. 

4 janvier : On joue presque tout le jour aux cartes, après s’être levé à 9 heures un quart. On ne s’en fait pas.   

5 janvier : Rien à signaler.   

6 au 10 janvier : Activité des deux Artilleries.   

11 janvier : L’Adjudant m’a puni de quatre jours de ravitaillement pour avoir manqué l’appel du matin. Les camarades Cauvin et Ben Sadoun sont avec moi. C’est ma première punition.   

12 au 18 janvier : L’Adjudant nous a fait grâce de deux jours. 

19 au 21 janvier : Rien à signaler.   

22 janvier : On prépare une petite fête pour demain.   

23 janvier : Journée très belle.  On est heureux de voir un peu de soleil. Le soir banquet. Deux ou trois civils de Bezannes étaient avec nous. Chansons variées.   

24 janvier : Rien à signaler.  On nous a dit que nous allons faire 15 jours de batterie attelée.  Nous serons relevés par la 6e batterie.  

25 janvier : On est allé à Ormes pour assister à des remises de Croix de Guerre.  Le Colonel Vincent a passé la revue avant la décoration.    

26 janvier : Suis de garde au parc.   On est bien car il fait beau soleil.  Je languis mon tour de permission.   

27 janvier : La nuit dernière un Zeppelin a survolé nos lignes et a jeté des bombes sur Epernay.   

28 janvier : Hier les Boches ont bombardé Reims.  Aujourd’hui, cela continue. Il y a déjà des morts et des blessés.     

29 janvier : Nouveau bombardement de Reims.  Activité des deux Artilleries. On se dirait un peu au Bois Carré.   

30 janvier : Belle journée.  Le soir, bon gueuleton chez un civil.    

31 janvier : Nouveau bombardement de Reims.   Les aéros sillonnnent l’air.   Le temps est très beau. Petite discussion avec mon chef de pièce au sujet de la vaccination.


Le Petit Journal du 30 janvier 1916 : « le Taube est passé »

 

Février 1916

 1er février : Journée très calme. 

2 février : Vaccination contre le typhus. Ce n’est pas le rêve.   

3 et 4 février : Journées de fièvre, je suis assez fatigué.    

5 février : Rien à signaler.    

6 au 11 février : Quelques obus sur Reims.   

12 février : Un aéro a capoté près de Bezannes.   Les aviateurs sont sains et saufs. Je suis allé le voir. L’appareil est sens dessus-dessous. L’hélice brisée avec quelques fuselages.   

13 février : Revue de santé pour toute la batterie.  Les Boches continuent de bombarder Reims.  Le soir revue comique à Bezannes.   

14 février : Le temps est beau, rien à signaler.   

15 février : Rien à signaler.   

16 février :.

 17 février : Cela barde dans notre secteur.   

18 et 19 février : On continue la même vie. On ne se fait pas de mauvais sang.   

20 février : Les Boches ont tiré une vingtaine de fusants sur la gare.  Aucun blessé et pas de dégâts.  

21 février : Rien à signaler.  

22 février : Les fonds sont en baisse, comme les marks boches.   

23 et 24 février : Rien à signaler.   

25 février : Je suis allé travailler à Champfleury.    

26 février : Me voulant faire prendre la garde je me suis fait porter raide.   

27 février : La flemme m’étant passée, je suis de garde au parc.

 

Mars 1916

 …mars : Me voilà de retour de permission.

Les permissionnaires, vus par l’Imagerie d’Epinal

 Quel cafard on a en retournant au front, car on regrette les bonnes journées au pays et après ces 6 jours, reprendre cette vie de bandits. Heureusement que tout cela passe encore assez vite en retrouvant les camarades avec lesquels on a vite fait de fêter ce retour.   

17 mars : C’est assez dur de se mettre au travail.  Heureusement que je n’ai pas eu le temps d’en perdre l’habitude.   

18 mars : Le cafard est passé.  Les Boches sont tranquilles. La bataille de Verdun fait rage. On a dit que les Généraux Herr, Humbert, Langle de Carry avaient été limogés.   

19 mars : Ce dimanche ne ressemble en rien au précédent.  La bataille de Verdun semble un peu calmée. Nos pertes sont sérieuses.  Les régiments du Midi ont de nouveau morflé.   

20 mars : On apprend que le 55e d’Artillerie (1) a eu beaucoup de pertes.  Six batteries détruites et trois prisonnières.  Le 27e (2) est anéanti.   

21 mars : Je ne reçois rien de la maison. Quel cafard. Le 3e d’Infanterie (3) est décimé. Pauvres camarades.  

22 mars : Les bruits circulent que nous allons partir. Est-ce vrai ? Le 42e (4) est déjà là.   

23 et 24 mars : Ma Division est partie.  Elle est remplacée par la 52e.  Le 42e est venu prêter main-forte car on craint une attaque.   

25 mars : Rien à signaler.   

26 et 27 mars : Pluie toute la journée.  Le canon gronde aux environs de Soissons.   

28 mars : L’ordre parait à la Division de ne plus faire de ressemelages.  Bombardement de Reims. Le 291e  (5) a eu des blessés. Grand concert donné par le 58e d’Infanterie (6)   

29 mars : Rien à signaler.  

30 et 31 mars : Combats d’aéros.

NOTES:

(1) Le 55e RAC 1e Groupe à Camaret, le 2e à Jonquières, le 3e à Courthézon. (NDE)
(2) le 27e BCA  à Menton. (NDE)
(3) Le 3e RI à Digne et  Hyères. (NDE)
(4) Le 42e RAC stationné à La Fère et à Stenay. (NDE)
(5) Le 291e RI à Mézières. (NDE) (6) Le 58e RI Avignon. (NDE)

Avril 1916

 1er avril : Sautage.  

2 au 6 avril : Violent bombardement des batteries et de Reims.  

7 au 13 avril : Bombardement moins violent.  

14 avril : Vacciné de nouveau. C’est plus douloureux que la première fois, mais j’ai trois jours de repos.   

15 au 17 avril : Bombardement de Reims.   

18 avril : J’ai appris que « Le Petit Marseillais » du 19 courant avait été suspendu parce qu’il donnait deux ordres du jour au sujet des évènements de Verdun et concernant les troupes du Midi : 141e (1), 3e et 111e d’Infanterie. Réellement le Midi ne plaît guère aux gens du Nord.   

19 avril : Journée calme.  Les roses, Ludes et nous arrivons à Ville en Selve à 2 heures du matin.   

20 avril : L’Artillerie est renforcée à Reims.   

21 avril : On se prépare à partir.  Le départ est fixé au 23 avril.   

22 avril : Je suis à fond de cale.    

23 avril : Départ à 6 heures du soir.  On passe à Villers aux Nœuds, Villers Allerand, Rilly la Montagne, Chigny.   Complet, les vivres ont diminué de 50%.    

24 avril : Le cantonnement est très bien, mais cela ne vaut pas Bezannes.   

25 avril : On commence à s’installer.   

26 avril : L’atelier est fort bien et on a toujours de bons plumards.   

27, 28, 29  avril et … : Nos positions sont violemment marmitées, malgré cela il n’y a pas de pertes.
 
(1) Lors de la mobilisation le 141e RI est en garnison à Marseille, Salon de Provence et Saint-Chamas. (NDE)

 

Mai 1916

Aucune note sur le carnet pour le mois de mai.

 

Le secteur d’Abel en mai 1916

 

Juin 1916 

1er juin : Les Boches marmitent avec de gros obus asphyxiants. 
Plusieurs de mes camarades en sont atteints mais sans gravité.  
Le sous-chef de la 8e batterie a été tué.           

2 juin : Le camarade Glénat a fait une chute de cheval et s’est tué.         
Quel malheur, il laisse une veuve enceinte et une fillette en bas âge.    

3 au 5 juin : On parle de partir soit dans la Somme, soit dans le secteur de Verdun.   

6 juin : On commence les préparatifs.          
Le magasin se vide et on doit partir demain au soir.         
Malgré cela on va bien dormir.            

7 juin : Départ de Ville en Selve à 7 heures trente du soir.               
On passe à Germaine, Avenay Val d’Or. Arrivée à Ay à 9 heures 30.      

8 juin : Départ de Ay à 10 heures du soir.         
On passe à Dizy, Epernay, Pont à Binson et on arrive à Chatillon sur Marne à 8 heures du matin.       
Les permissions sont suspendues et on attend l’heure de partir.
Sans doute irons-nous embarquer.
Défense est faite d’écrire où nous sommes et l’ordre est très sévère. Aussi on écrit que très rarement.      
Pendant notre voyage, pluie et vent. On dirait le mois de novembre.     
On est cantonné à la belle étoile…

10 au 13 juin :   

 14 juin : Départ de Villiers  à 4 heures, on arrive à Orquigny à 5 heures 30.       
On a fait juste 1 500 mètres. On est cantonné au Moulin.   
Départ d’Orquigny à 7 heures du soir, on va embarquer.              
On passe à Vandières, Verneuil, Dormans et on arrive à Mezy à minuit.        

15 juin : On a embarqué à minuit et demi.            
Quel bon somme après cela. Je m’éveille à Songy.     
On passe Vitry le François, Blesme, Revigny sur Ornain et on débarque à 13 heures du soir à Mussey.
On repart de suite et nous passons à Vassincourt – village tout démoli où il ne reste pas pierre sur pierre-, Contrisson et nous arrivons à Andernay à 5 heures du soir.       
Quel bon somme après cela.                     

17 juin : On se tient prêts à partir dans la nuit.                      

18 juin : Manqué l’appel du matin.            
Punition, un jour de prison à toute la 8e pièce.                    
Après rassemblement des gradés, le Capitaine annonce que nous devons avoir du courage, car c’est à Verdun que nous allons devoir aller. Nous tiendrons le secteur de Vaux, Damploup.      
Les pelotons sont déjà formés. Trois hommes par pièce et relevés toutes les 24 heures.
Cela donne peu à réfléchir, mais le plutôt c’est le meilleur.
Il faudra déjà en revenir et si le destin est favorable on s’en sortira.   
« Adiou leï godassos » (1).         
Sans doute serais-je à un peloton de pièce.         
On a appris que la 52e Division avait été faite prisonnière de sa bonne volonté. C’est pourquoi la 30e va la remplacer. Quels salauds.        

19 juin : Départ de bon matin.                
On passe à Hargeville sur Chèe, Condé en Barrois, Rembercourt aux Pots, Sommaisne et Beauzee sur Aire.
On arrive à 3 heures du soir.                  
Pour une fois  on l’a encore sauté.                  

20 juin : Départ à 6 heures du matin.                         
On passe à Saint-André en Barrois, Souilly, Senoncourt les Maujouy, Lemmes et on arrive à Nixéville à midi.      
On est dans un vaste terrain où il y a un formidable réservoir d’hommes.     
Les aéros font bonne garde, car on craint sans doute que les Boches aient la fantaisie de lâcher quelques bombes.    

21 juin : J’ai vu Chauvin (2) et on rôtit sous un soleil torride.                     
On entend très bien la canonnade. Dans la soirée, relève des pièces.         

22 juin : On change de patelin et nous à Baleycourt.        
Là, j’ai vu Léon Roux (3)  qui est au 2e de Montagne (4).
Nous voilà en pleine zone de feu à Verdun.    
Quel bourdonnement dans les oreilles. La batterie a été ravitaillée.                 
Pour le premier jour les choses ne marchent pas trop bien car les caissons n’ont pu passer et les chevaux ont été atteints de gaz asphyxiants. Canonnade ininterrompue.          

23 juin : La batterie a de mauvais débuts.              
Plusieurs hommes sont déjà amochés. Il y a trois morts, Leschiéra, Laporte et Vanderbrugghe.
Beaucoup ont été évacués à cause des gaz : Boët, Pons, Mallen, Rouveyrol, Sous-lieutenant Lauriol, Combe, Gleyse blessé au ventre.  Les Boches ont attaqué et se sont avancé à 400 mètre des pièces de la batterie.   
Le Capitaine a donné l’ordre de faire sauter les pièces. Trois ont sauté. Les servants ont approvisionné la carabine et avaient les grenades en main.
Une contre-attaque du 58e d'infanterie nous a dégagés et les Boches ont été repoussés.
Les pertes sont très sérieuses et les évacuations continuent.   

 NOTES :   
(1) Expression provençale : « Adieu les godasses ». (NDE)           
(2) Il s’agit vraisemblablement de Damien Chauvin, déjà cité le 1er juin 1915. (NDE)               
(3) Léon Roux était le maréchal-ferrant de La Javie, il est cité dans les Mémoires de Damien Chauvin, Roux, Chauvin et Besson se retrouveront  assez souvent lors de la campagne d’Orient  dans les cantonnements à proximité de Monastir, vers septembre 1918. (NDE)         
(4) Le 2e RAM (Régiment d’Artillerie de Montagne) est en garnison à Nice lors de la mobilisation. (NDE)

 L’obus qui a tué les trois camarades était un 305. Ils ont été ensevelis vivants dans la sape.     

24 juin : J’ai appris qu’Arnaud de Barles (1), était mort des suites des gaz.     
Il sera enterré ici à Baleycourt. Margueritt de la 7e est aussi mort des gaz.          
Le bombardement est intense. Le Capitaine de la batterie est aussi évacué.            
Les pertes pour ma batterie, à l’heure actuelle, sont de 4 morts et 21 évacués. Courtial blessé au mollet.      
Le soir j’ai quitté Léon Roux pour aller ravitailler.     
Il n’y a pas la vie, heureusement que nous avons évité le Ravin de la Mort.      
Les deux artilleries se croisaient, mais la nôtre était dominante de un à dix.      
Perdu en route.                 
Les percutants et les fusants rappliquaient mais pas de pertes. La 8e en a eu 3 ou 4.    
Passé la nuit.    
De retour à 4 heures du matin et on était parti à 7 heures du soir. On devait ravitailler coûte que coûte.       

25 juin : Les pertes continuent à la batterie.               
Le Capitaine doit être évacué. On ne sait pas si c’est pour les gaz ou pour avoir fait sauter les pièces.   
D’après les « Qu’en dira-t-on » on aurait avancé de 1 000m.          
Le soir je suis allé voir Léon Roux.
De retour je devais encore aller ravitailler, mais Audibert m’a averti et j’ai coupé à la corvée.
On n’a pas pu ravitailler et bon nombre de traits ont été coupés.
Pas de pertes à la batterie.
Blessés Bondil et Décugis. Honvault, Berbiguier et Roche sont montés à la batterie pour remplacer les pertes.    Mon tour doit approcher.          
26 juin : Je suis allé à l’enterrement de Margueritt et d’Arnaud de Barles.      
Arnaud a le n°124. Forget a été tué.              

27 juin : Levé à 9 heures, je suis allé ravitailler à la gare de Nixéville.   
Le soir, pluie.
Violent bombardement. Le dernier des Boches contre Verdun doit être le 29 courant.
Cela a été dit. Sera-ce vrai.
Hier les Boches ont bombardé la gare où je suis. Deux obus sont tombés sur l’ambulance, tuant un Major et deux aides.         

28 juin : Journée assez calme.   
Je suis allé ravitailler en obus la position.      
Les Boches n’ont pas tiré.       
Si je réchappe de Verdun (2), j’ai dit qu’après la guerre, j’irai faire un pèlerinage à Notre Dame de Lourdes. Que la Sainte Vierge nous préserve tous.         
29 juin : Violent bombardement dans la journée.     
Le soir je suis allé ravitailler au petit parc à Belleville en passant par Verdun.      
Rentré à 6 heures du matin.        

(1) Barles : village situé à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de La Javie. (NDE)  
(2) Entre février et décembre 1916, ce sont les combats les plus meurtriers de la Première Guerre Mondiale, les Français résistent victorieusement aux violentes offensives allemandes. Les pertes humaines furent très lourdes; tués et blessés : 362 000 Français, 336 000 Allemands. (NDE)

30 juin : Matinée assez calme.   
Violent bombardement des positions pendant la soirée.  
Temps pluvieux et mer de boue sur les routes. Cela est bien du temps de la Meuse.   
Le soir, je suis monté de nouveau ravitailler en obus.   
Les Boches n’ont pas tiré.

Carte postale : le langage des tranchées 4

   A SUIVRE...

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par moniqueB à 07:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
12 décembre 2017

Abel BESSON -19e RAC-CARNET DE ROUTE-3

 Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

 Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

suite....    SEPTEMBRE-DECEMBRE 1915

 

       Abel Besson

                                

Septembre 1915

 1er septembre : La vie est monotone. 
Vers le soir l’ordre arrive de partir. Le départ est à 6 heures du soir. On va quitter Ville en Selve. 
Au moment de partir, je suis désigné planton pour garder une charrette de bois et ramasser ce que les camarades auraient pu laisser.   

2 septembre : Il fait un temps de chien.
Deux orages se sont succédés. Les rues ressemblent à des torrents. 
Je suis allé chez de bonnes gens qui m’ont raconté ce qu’on fait les Boches lors de leur passage chez eux. Ils voulaient civiliser les Français, mais c’est honteux tout ce qu’ils ont fait. Il y en avait qui se promenaient en chemise par les rues et cela devant les femmes et les enfants.
Dans la soirée, le Brigadier Riom, Amiel et Ghigo sont venus chercher le bois. Avant de partir on a mangé deux gâteaux aux pommes et bu un litre de vin blanc. J’ai mangé de bon appétit car je n’avais rien mangé depuis une journée.
On est reparti à 4 heures. On est passé à La Neuville et à Craon de Ludes. 
Il a beaucoup plu et on est arrivé tout trempé.

3 septembre : Me voilà à Mailly. 
On est très bien et les civils y sont tous car le pays n’est pas bombardé, bon nombre de maisons appartenant à des Boches.   

4 septembre : La plaine est très belle et on voit très bien la ville de Reims avec la cathédrale à moitié démolie.
Dans la soirée les Boches ont tiré dessus, ainsi que (sur) nos batteries de Puisieulx, Prunay et Sillery.    

5 septembre : C’est la fête à Mailly.
Elle n’a pas eu lieu. Le soir la musique du 61e a joué sur la place Kellermann. 
L’année dernière c’était les Boches qui jouaient.    

6 septembre : Le Commandant ayant vu des signaux avec feux rouges a envoyé des militaires trouver celui qui faisait ces signaux, mais on n’a trouvé personne. 
Le 61e est relevé car Français et Boches avaient trop de fraternité. Ils sortaient de leurs tranchées et fumaient des cigarettes ensemble. 
Il a été relevé par le 40e.    

7 septembre : La tenue est très sévère en ville. 
Il faut sortir ciré et astiqué. Cela parce qu’il y a la Division.  
On continue à la sauter car on est toujours au 38e Corps.   

8 septembre : Les Boches ont de nouveau tiré sur Reims.  Il doit arriver une Division de réserve.
Dans la soirée on est allé diner chez une brave femme.
On était cinq : Audibert, Laujac, Ben
Sadoum, Marc et moi. Cela nous a coûté 3 Francs 50.   

9 septembre : Violent duel d’Artillerie. 
Il est question de prendre l’offensive et 1 million d’hommes sont massés au camp de Chalons (600 000 Français et 400 000 anglais). 
Les Boches tirent sur Reims.  

10 septembre : Les Boches ont bombardé Sillery, Prunay et Verzenay.
Canonnade intermittente toute la nuit.   

11 septembre : La canonnade continue très violente.
Le temps est beau.    

12 septembre : On a beaucoup de travail car il doit y avoir revue.   

13 septembre : La revue a eu lieu aujourd’hui, c’est le Commandant Fauconnet qui a passé la revue.   

14 septembre : On nous a dit qu’il doit y avoir une attaque.  

15 septembre : L’Adjudant nous a tout fait préparer en vue d’une attaque qui ne doit pas tarder. 
On a reconnu les caves pour le cas d’un bombardement prématuré.  

16 septembre : Les Boches ont de nouveau bombardé Reims.  

17 septembre : L’attaque n’a pas encore eu lieu, elle est renvoyée à une date ultérieure.  

18 septembre : Un aéro boche a survolé Reims et a laissé tomber des bulletins disant : « Nous vous attendons de pied ferme si vous attaquez ».  

19 septembre : Canonnade ininterrompue.
Les Boches ont bombardé Verzenay.  

20 septembre : Un dirigeable français a survolé les lignes ennemies et a bombardé les environs de Mézières. On a très bien distingué la forme et le bruit de son moteur. 
Lecture devant la batterie d’un ordre du Général Joffre en vue de l’offensive générale.   

21 septembre : Rien à signaler.   

22 septembre : Le 1er Groupe est parti, le 40e d’Infanterie aussi.
Ce dernier est remplacé par le 301e Territorial (1)
Le dirigeable a de nouveau fait son apparition.   

23 septembre : Bombardement continu des positions boches et françaises.  

 (1) Le 301e RIT (Régiment d’Infanterie Territorial) a son dépôt à Le Puy. (NDE)

24 et 25 septembre : Duels d’Artillerie.   

26 septembre : Offensive française sur plusieurs points.

Les organisations ennemies avant l’offensive française du 25 septembre 1915

 27 septembre : Notre offensive est très bonne ; 12 000 Boches prisonniers, 23 canons. 
Le choc a eu lieu entre Souain, Perthes, lès Hurlus et Ville sur Tourbe.     

28 septembre : Le nombre de prisonniers est de 23 000 hommes, 70 canons et un matériel important. 
D’après le dernier communiqué, les autres pertes ennemies s’élèvent à 26 000 hommes, 18 canons et 32 mitrailleuses. 

29 septembre : Il pleut et il fait froid.   

30 septembre : Il est question de partir de nouveau. 

Octobre 1915

1er   

2 octobre : On repart à 11 heures du soir. 
On passe à Germaine, Avenay Val d’Or, Fontaine, Mutry et on arrive à Bouzy.  
On est près du camp de Chalons. Là tout le 19e est ensemble. C’est la 1ère fois depuis le début.   

3 octobre : On repart à 7 heures du soir.    
On passe à Ambonnay, Isse, Conde sur Marne, Saint-Hilaire au Temple et Dampierre au Temple. Il est 2 heures du matin.    
Après ces 3 jours et 3 nuits de marche, on a séjourné et ce n’est pas malheureux.      

4 octobre : On est resté où on était.  
M. Coste de La Javie est venu me voir avec Lantelme de Chavailles (1).  
J’ai eu de la peine à les reconnaitre.      

5 et 6 octobre : Dans la soirée l’ordre arrive de partir pour Souain, Perthes lès Hurlus.
On part à 8 heures du soir. On passe à Cuperly, Suippes et on s’arrête à quelques pas de Souain. 
Il est 4 heures du matin. Il fait très froid et on ne peut dormir.
Nous voilà dans la danse ; ce n’est qu’un bruit confus de coups de canons.  
A 8 heures on fait deux régiments prisonniers, nos 75 allongent leurs tirs et nous avons avancé de 4 kilomètres.
Le terrain est couvert de cadavres. Les pertes boches sont très sérieuses ; les nôtres assez fortes en blessés car la division Marocaine a donné l’assaut.  
Dans la journée, bombardement continuel.   
A 8 heures, on retourne en arrière et on revient à Juvisy  (2).       

7, 8 et 9 octobre : On est toujours au même endroit.  
On attend l’ordre de mettre en batterie.     

10 octobre : On est parti à la nuit.   
On met en position entre Souain Perthes lès Hurlus et Tahure.   
On est sur le terrain reconquis, le champ de carnage est terrifiant. Beaucoup de soldats n’ont pas de sépulture et sont étendus sur le sol.  
La batterie n’est pas à l’abri et est en rase campagne.    
L’échelon est dans un bois où il y a un cimetière où beaucoup de fantassins des 14e et 271e sont enterrés. 

NOTES: 
(1) Chavailles : village situé à une douzaine de kilomètres à l’Est de la Javie. 
(2) Juvisy ou Juvigny ? (NDE)

14 octobre : Violente canonnade. 
Les aéros boches ont descendu un avion français.   

15 au 23 octobre : Duels d’Artillerie où nous conservons l’avantage.    

24 octobre : Les Boches cherchent à repérer nos positions au moyen de leurs avions.   

25 octobre : Une pièce de la 8e batterie a sauté en blessant 3 hommes et en tuant 2.     

26 octobre : En faisant du feu, Valz a reçu une balle dans l’œil gauche.  
La balle était cachée dans la terre. 
On parle de partir et on doute pour la Serbie.      

27 octobre : Rien à signaler.     

28 octobre : Le départ est fixé dans la nuit du 29 au 30.    
On est relevé par le 37e d’Artillerie (1).    

29 octobre : On charge les charrettes malgré la pluie et le froid.   
On attend pour partir, on n’aura pas chaud.    

30 octobre : Le départ a lieu à 11 heures du soir.   

Novembre 1915

1er novembre : Départ dans la nuit à 3 heures. On est passé à Bussy le Château, Saint-Etienne au Temple, Chalons, Saint-Martin sur le Prè, Fagnières et on arrive à 10 heures à Saint-Gibrien. 
Il pleut et il fait très froid. 
Voilà comment j’ai passé la fête de la Toussaint. 
Le départ est de nouveau fixé à 2 heures du matin. 
On a touché des casques et on dirait que l’on ressemble aux Boches

La seule photo d’Abel coiffé d’un casque, prise chez un photographe (date inconnue).

 2 novembre : On repart à 2 heures du matin.  
On passe à Matougues, Jalons, Athis, Plivot, Mareuil sur Ay, Ay, Disy, Cumières et Damery. 
On est arrivé à 8 heures du matin. 
Il pleut et on n’a pas encore séché le manteau.    

3 novembre : On est toujours à Damery et on est très bien. 
Le soir gueuleton avec Coucol, Audibert, Lombard, Laujac, Cauvin, Vanderbrughe. 
On s’est bien amusé.  

4 novembre : On repart à 8 heures du soir. On passe à Cormoyeux, Nanteuil la Forêt, Marfaux, Chaumusy, Bligny, Saint-Euphraise et Vrigny.   

5 novembre : On est toujours à Vrigny, je suis relevé de bottier sans punition et passe à la 3ème pièce avec le Logis (1) Faissat. Mon remplaçant est Jourdan, de dix années plus vieux que moi. Joli patelin où l’on est très bien.   

6 novembre : Départ à 6 heures du soir, toujours avec la pluie. 
Le cheval de derrière de mon canon tombe et est trainé sur un parcours de 20 mètres. En voulant doubler un caisson, verse sans occasionner de dégâts. 
On passe à Bezannes et on met en batterie à Reims même à 9 heures du soir. 
Nous relevons le 42 (2).    

7 novembre : On est en batterie devant les casernes du 22e (3) et 16e Dragons (4)
On a de bons abris de combat et on est très bien. Ceux du 42 ont été fâchés de partir aussi nous ont-ils mal reçu. De cela, on s’en fout.   

8 novembre : Le matin on a croissants et chocolat, on ne tire pas et on dirait ne pas être en guerre. On a cantine et éclairage à l’électricité. 
Avec nous il y a une section du 1e lourd (5).    

9 novembre : N’ayant pas d’abri de repos, on travaille à en faire un.   

10 au 14 novembre : On travaille toujours à l’abri de repos.
Nous avons tiré 2 coups de canon : un contre avion, car nous sommes pour cela aussi et l’autre pour pointer la pièce.   

15 novembre : Rien de nouveau à signaler. 
J’ai envoyé à Marraine l’intérieur de la cathédrale de Reims après l’incendie allumé par les barbares.    

16 novembre : Il a neigé et il pleut. 
Le soir alerte pour les tirs de barrage. 
Envoyé à Norbert, la carte représentant une batterie de 75 allant prendre position près de Reims.   

17 novembre : Neige et pluie. 
Envoyé à Aline, le cimetière de Reims, siège d’un violent combat du 10 septembre au 2 octobre 1914.  

18 novembre : Voilà deux nuits que je suis de garde, hier de minuit à trois heures, ce soir de neuf heures à minuit. Journée très calme.   

NOTES:

(1) Lire : le Maréchal des logis. (NDE)
(2) Le 42e RAC est stationné à Stenay à la mobilisation. (NDE)
(3) et (4) Le 22e RD et le 16e RD forment la 3e Brigade de Dragons, les 2 régiments sont en garnison à Reims lors de la mobilisation. (NDE) 
(5) Le 1e RAL (Régiment d’Artillerie Lourde) est composé de canons de 155 et de 120. (NDE)

19 novembre : Belle journée. 
Après avoir tiré six coups de canon, les Boches ont répondu par six eux aussi. Ils ont tapé près de la batterie et à côté de la cantine. 
Le soir un avion boche qui passait a été canonné par nous, nous lui avons adressé 22 obus, notre tir était très mauvais, vu que c’était la première fois que nous tirons.   

20 novembre : Manœuvre à pied pour avoir l’allure martiale. 
Envoyé à marraine la vue d’Ay-Magenta. A Norbert, une tranchée dans les rues de Betheny près Reims.  

21 novembre : Aujourd’hui je suis allé à la messe dans l’église Saint-Jacques. 
J’ai vu la Cathédrale, mais elle est bien amochée, surtout le côté gauche de la façade principale. 
Journée calme.    

22 novembre : Rien à signaler, à part un gros mal aux dents.   

23 novembre : Brouillard intense, on ne voit pas à 15 pas. Les arbres sont couverts de givre. 
Le mal aux dents a à peu près passé. 
Gavaudan étant monté, demain j’irai causer au Capitaine.
Il est 11 heures du soir et j’écris mon journal. 
J’ai envoyé à Norbert une vue de Chatillon sur Marne.   

24 novembre : De garde de minuit à 3 heures du matin. 
Rien d’important.   

25 novembre : Il neige et il fait froid. 
Dans la soirée j’ai manqué le ravitaillement. 
Je devais descendre pour faire le « pégot ». C’était Jourdan qui me remplaçait à la 3e pièce. On l’a relevé pour sa paresse et son incapacité au travail.  

26 novembre : J’arrive à Bezannes à 7 heures 15 du soir.
Je suis fêté par les anciens camarades car ils languissaient que je retourne parmi eux.   

27 novembre : Travail en pagaille. 
Il fait très froid.   

28 novembre : Temps très vif. 
Le soir on a mangé un lapin avec Audibert, Cauvin, Carle, Ben Sadoun, Laujac, Riom, Delannoy et Ghigo.   

29 novembre : Pluie continuelle toute la journée.   

30 novembre : Les Boches ont tiré sur Reims sans occasionner de gros dégâts. 
Belle journée. 
On est passé à Suippes et on est arrivé à Saint-Rémy sur Bussy à 7 heures du matin.

(1)     Lors de la mobilisation, le 37e RAC est en garnison à Bourges. (NDE)

Décembre 1915 

2 décembre : Les Boches continuent à bombarder nos positions. 
Hier, Bauliac été blessé ; aujourd’hui c’est Maurel le cycliste.   

3 décembre : Un 150 est tombé à la maison Valbaum blessant deux chevaux.   

4 décembre : La batterie a à déplorer la mort de trois téléphonistes : Le Logis  Pénard, le Brigadier Raffaeli et Roux. Il y a eu aussi deux morts à la 8e et un blessé, le bras emporté. Ils ont été tués en réparant le poste téléphonique du Commandant.
Suis de garde au parc. Dans la soirée les Boches ont encore tiré et ont tué quatre chevaux et blessé deux autres. Ils ont envoyé environ 150 obus de 150.    

5 décembre : Je garde le camarade Laffont qui est en prévention du Conseil de Guerre. 
J’ai été relevé à midi.
Le soir, funérailles des camarades qui ont été tués. Il pleut toujours.    

6 décembre : Quelques-uns de la batterie partent pour le dépôt, former une autre batterie.
Le Tailleur Marc vient de recevoir l’ordre de partir pour Bessages, travailler dans l’usine de Tamaris.  

7 décembre : Rien à signaler.   

8 décembre : Marc est parti avec Audibert, ce dernier part en permission.   

9 au 14 décembre : On fait toujours bonne vie, quoique l’on dit se réserver pour Noël.   

15 décembre : Pluie et boue.   

16, 17, et 18 décembre : Rien à signaler, on ne se fait pas de mauvais sang, quoique étant dans la purée complète.  

19 décembre : Violent bombardement du côté de la Pompelle.   

20 décembre : Le camarade Audibert est arrivé à 1 heure du matin, il est enchanté de son voyage et a vu Papa.  

21 décembre : Le Brigadier d’ordinaire a reçu son ordre de départ pour les Tringlots (1).   

(1) Tringlot: militaire servant dans le train des équipages. (NDE)

On a beaucoup fêté l’arrivée d’Audibert et du cabot (1) Riom.   

22 et 23 décembre : Rien à signaler.   

24 décembre : Avec Audibert je suis allé à Reims. 
Nous avons tellement roulé par la ville que l’on s’était trompé et on est revenu sur nos pas pour prendre la bonne route. A 11 heures et demie on a été à la messe et ensuite on réveillonné avec quelques copains.   

25 décembre : Journée plutôt triste car il pleut et il y a peu d’entrain. 
L’ordinaire de la batterie est un peu plus varié. Le soir on s’est un peu amusés.   

26 au 29 décembre : Rien à signaler.   

30 décembre : On change de cantonnement et on vient tout près de l’église.    

31 décembre : On travaille fort à notre installation.  
On a du large, mais c’est humide. 
Malgré cela on ne se fait pas de bile.

1) Cabot: caporal en argot militaire. (NDE)


Carte postale : le langage des tranchées 3   

 

A SUIVRE....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Posté par moniqueB à 07:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
06 décembre 2017

Abel BESSON -19eRAC-CARNET DE ROUTE-2

Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

suite....    Mai - Août 1915


      Abel Besson

    

Mai 1915

 1er mai : J’ai vu M. Nicaise, il est venu au bureau où avec Audibert, Cauvin, Marc et Riffard on déjeunait. On buvait au tonneau avec un tuyau en papier et on avait noix, confitures et fromages. 
Les chats étant à la revue, les rats étaient les maîtres. 
Je voulais faire rentrer M. Nicaise, mais il n’a pas voulu. Il m’a donné des nouvelles des camarades qui sont ici tout près et cela m’a fait plaisir.    
M. Ravel (1) et le beau-frère à Albert Gay auraient été tués.  

2 mai : Je suis de garde à la pièce contre les aéros, on ne fatigue pas trop.

Pièce contre les aéros, photo prise à Dombasle en mai 1916

3 mai : M. Polleti est venu pour me voir mais comme j’étais absent, nous n’avons pu causer, aussi ai-je regretté d’être parti.    

4 mai : Des rumeurs que l’on doit partir pour un autre secteur.  
Le 58e a été relevé par le 161e(2). Je suis affecté au train régimentaire et je dois partir demain soir pour Charny. On a tout emballé au bureau.   

6 mai : Rien à signaler.    

7 mai : Les Boches ont lancé 35 obus de 210 sur Chattancourt. Les dégâts sont importants, 12 chevaux de la 2e  pièce ont été tués et tout le matériel détruit. L’église qui était leur objectif est détruite. Puech a été blessé à la nuque et évacué.

15 mai 1915: Les batteries sont arrivées aux Eparges ont mis en position et tiré. Elles ont pris place où il y avait le 17e d'Artillerie (3) qui a été amoché.
Le 8e bataillon de Chasseurs (4) qui cherchait à se rendre a reçu nos obus de 75. 
Le temps est très beau, aussi nos aéros sillonnent l'air. Le froid m'a légèrement empêché de dormir. 

16 mai 1915: Nous avons eu de la chance de quitter nos positions du Mort-Homme car, à l'emplacement de la batterie, une marmite (5) est tombée en plein sur un canon de 75  du 5e d'Artillerie (6) qui nous avait remplacé.

 NOTES: 
(1) Louis Ravel, de La Javie, 363e RI, mort pour la France le 16 mars 1915. (NDE)
(2) Le 161e RI est en garnison à Reims lors de la mobilisation. (NDE)
(3) Le 17e RAC est en garnison à Amiens lors de la mobilisation. (NDE)
(4) Le 8e B° de Chasseurs à pied est en garnison à Etain (près de Verdun) au moment de la mobilisation. (NDE)
(5) Marmite: obus de gros calibre en argot militaire des poilus. (NDE)
(6) Le 5e RAC est en garnison à Besançon lors de la mobilisation. (NDE)

Nos pièces qui sont aux Eparges, sont à 3 000 mètres des boches. On veut avancer à 1 200 mètres. La position est dangereuse et on ne cesse de tirer tout le temps. 

27 mai 1915: On passe le temps comme on peut, on fait des sifflets et on pêche des grenouilles. On attend de repartir de nouveau.   

30 mai 1915  :Arrivé à Braux Ste Cohière le 29 mai à 1 heure du matin.
Suis dans la purée complète. La 8e batterie a été mettre en batterie à 1 heure du matin. La lutte est chaude et l'a été, car on fait un cimetière où il n'y a que des soldats et tous de la coloniale. 
Le temps est beau et je me languis.

La bataille des Eparges.

Du 17 février au 5 avril 1915, de très violents combats font rage autour du point X.  
Côté français, c’est « la bataille des Eparges ». 
Côté allemand, la bataille de Combres, du nom du village situé au pied des côtes.  
Bilan : 12.000 pertes (tués, blessés, disparus) pour les deux camps, sur 800 mètres de front. 
Il ne faudrait pas croire, toutefois, que les combats cessèrent dans cette région; ils continuèrent jusqu'à la fin de la guerre, sans doute avec moins d'intensité mais, toujours, avec la même âpreté :  
 «Ce brasier des Éparges, qui venait de s'enflammer en février 1915, ne s'éteindra plus jusqu'à la fin de la guerre. La violence de la lutte qui va se poursuivre sera due à la conformation des lieux ; il faut tuer ou être tué ; l'inaction est interdite. En même temps se révélera un adversaire aussi implacable que l'homme : la boue des Éparges, cette boue d'argile et peu à peu de chair putréfiée.» Lieutenant Péricard, Verdun. Librairie de France. 
Parmi les écrivains célèbres qui participèrent à ces combats : Maurice Genevoix du côté français et Ernst Jünger du côté allemand : 
« L’argile de ces champs colle à nos semelles, enveloppe nos souliers, peu à peu, d’une gangue énorme qui nous retient au sol. Mais des balles, sifflant par-dessus le ravin, viennent claquer autour de nous, faisant jaillir la boue des flaques. Notre allure s’accélère, les sections s’étirent par les mornes friches, louvoyant à travers les trous d’obus emplis d’eau croupissante. […] A notre droite, le Montgirmont étale ses pentes désolées, où des lignes d’arbres rabougris grelottent. A notre gauche, la crête chauve des Eparges s’estompe dans une poussière d’eau.» Maurice Genevoix, Ceux de 14, Nuits de guerre.  
« La jeune verdure de la forêt luisait dans le matin. Nous suivîmes des sentiers cachés qui serpentaient jusqu’à une gorge étroite, derrière la première ligne […].  
Le long de la sente forestière, des coups sourds firent trembler des fourrés sous les sapins ; des branches et de la terre plurent sur nous.» Ernst Jünger, Orages d’acier, chap. « Les Eparges ». (NDE)

Juin 1915

 1er juin : Le 2e groupe est arrivé, j’ai vu Chauvin (1).

Damien Chauvin (photo « Le journal de route de Damien Chauvin »)

J’ai aussi vu les fils de Marius Maurel du Brusquet (2). Ils sont au 38ed’Artillerie.
Norbert m’a appris la mort d’Antonin Monges (3).   

2 juin : Les Boches ne tirant pas très loin, la 8e pièce de la 7e batterie a eu un blessé par éclat d’obus destiné à un aéro. Il a été blessé au chichi
Le soir, je suis de garde à la poudrière près du cimetière. Le mot est Landrecie. Je suis avec Gounon et Pellegrino. James et Delannoy sont montés aux batteries. La colonne à pied est réduite à 12.  

3 juin : Durant mes loisirs j’ai compté les militaires enterrés à Braux en Cohière. Ils sont au nombre de 175, tous ou à peu près de la Coloniale.
Monseigneur Castellan, Evêque de Digne, est nommé Archevêque à Chambéry. Son remplaçant est l’Abbé Lenfant de Paris.   

4 juin : Je suis parti de Braux en Cohière à midi pour rejoindre la batterie. Je suis passé par Lafontaine et La Neuville au Pont. Je suis arrivé à 4 heures. La soirée s’est terminée par une partie de pêche.    

5 juin : Je suis parti à 5 heures pour les positions. 
A droite, il y a Berzieux, à gauche, Malmy et un peu en avant Ville sur Tourbe. Le village de Malmy est français et la gare est occupée par les Boches.

 NOTES:  
 (1) Il s’agit de Damien Chauvin, avec lequel Abel avait passé le conseil de révision, les 2 amis se sont revus à plusieurs reprises pendant la Grande Guerre, y compris lors des opérations sur le front d’Orient ; cf. « Le Journal de Route » de Damien Chauvin. (NDE) 
http://lesmidi.canalblog.com/archives/2007/02/20/4011449.html
(2) Le Brusquet : village situé à 5 kilomètres en aval de La Javie. (NDE)  
(3) Antonin Monges, de La Javie, 3e RI, mort pour la France le 15 mai 1915. (NDE)

 Ce matin, les Boches ont tiré 5 fusants pour nous empêcher de travailler aux tranchées car on fait un abri pour le Commandant. Hier ils ont tiré 56 marmites, dont 6 seulement ont éclaté. 
A l’heure où j’écris encore deux marmites ont fait fougasse.    

6 juin : Je suis descendu à 8 heures du matin. 
A 10 heures, les Boches ont tiré sur l’échelon, mais sans résultat. Trois de leurs obus n’ont pas éclaté. Tout de même cela nous a un peu surpris et le soir comme ils tiraient des fusants, on a commencé à faire des abris pour se garantir. Avec Audibert, je suis allé à la pêche et ensuite on s’est mis à l’ombre d’un arbre en regardant éclater les marmites. J’ai reçu 3 lettres de la maison et une de Norbert. J’ai fait réponse à la maison dans la soirée.    

7 juin : Je suis remonté à la position, le temps est clair et les Boches n’ont pas tiré.    

8 juin : Je suis descendu à 7 heures de la position. 
Le soir il y a eu attaque du côté de la Gruerie. Les pièces n’ont pas cessé de tirer de 8 heures à 2 heures du matin.  

9 juin : Je me suis fait porter malade et suis resté au bivouac.  

10 juin : Je suis remonté à la position et le soir il y a eu attaque.
Il a fait orage et les Boches n’ont guère tiré sur les batteries.
D’après les dire d’un fantassin du 40e (1), 200 Boches se seraient rendus et les autres, beaucoup de morts, car ils étaient sortis de leur tranchée qui était pleine d’eau.
Nos pertes seraient de 4 morts et 21 blessés.    

11 juin : Journée calme sauf du côté de Vauquois où cela barde vers le soir.
J’ai vu le camarade Pillafort.    

12 juin : Le temps est couvert, les Boches sont tranquilles et nous aussi. 
J’ai vu mon cousin d’Auzet (2) et reçu des nouvelles d’Adrien Lombard. 
Dans la soirée, j’ai revu le brave Pillafort.   

13 juin : Journée calme dans mon secteur.  

14 juin : Je suis à la position, les Boches sont calmes et, nous à peu près car le matin on leur a donné le réveil en fanfare.

 NOTES:

(1) Le 40e RI est en garnison à Nîmes lors de la mobilisation. (NDE)
(2) Auzet : village situé à une vingtaine de kilomètres au Nord de La Javie. 
Le cousin est très certainement Louis Jules Audemard (lequel avait effectué son service d’octobre 1906 à septembre 1908, et dans le cadre de la réserve de l’armée d’active il était affecté au 19e, rappelé à l’activité par le décret du 01 août 1914, il rejoint le 19e le 03 août 1914 ; cf. état signalétique et des services). Abel et Jules sont cousins issus de germains (Jean-Joseph Lombard et Marie Victoire Arnaud sont leurs arrière-grands-parents). Louis sera le père d’Alfred Audemard, lequel Alfred épousera Laurence Paglia, la cousine germaine d’Eliane Soula, laquelle épousera Henri Besson, fils d’Abel. Les deux familles resteront très liées, Jean-Pierre Audemard petit fils de Louis sera le parrain de Jean-Bernard Besson petit fils d’Abel, Jean-Marie Besson petit fils d’Abel sera le parrain d’Agnès Audemard arrière-petite fille de Louis…(NDE)

J’ai reçu une lettre d’Alfred (1).

Un mois de permission et 1 000 Francs à celui qui ira chercher un Commandant boche entre les deux premières lignes de tranchées, boche et française.   

15 juin : Je suis toujours à la position. Jusqu’à maintenant le temps est calme. 
J’ai reçu une lettre d’Aline (2) et j’ai fait réponse. J’ai aussi écrit à Norbert.
Dans la soirée on a tiré sur la batterie sans résultats.    

16 juin : Les Boches ont tiré des fusants sur la 4e pièce et ont démoli l’abri. 
Aucun homme n’a été blessé. 
J’ai vu Florent du 40e. L’Adjudant est allé à la pièce avancée, 230 mètres des Boches.   

17 juin : Ma pièce est de garde, mais on n’a pas tiré. 
J’ai reçu une lettre de la maison m’annonçant un colis. 
Journée calme. J’ai vu Puech du 40e.    

18 juin : J’ai reçu une lettre avec 5 Francs de Norbert. 
J’ai fait réponse à la maison et à Norbert.
Pendant que j’écrivais, la 7e et la 8e batterie ont tiré sur les lignes boches.
J’ai vu le combat entre deux avions. Ils n’ont abouti à aucun résultat.
On m’a dit qu’Antonin Lombard (3) avait été blessé.
Au Calvaire, les Boches ont lancé des marmites et ont tué 40 hommes du 40e et blessé 40 autres.  

19 juin : J’ai reçu le colis de la maison.
Le soir on a fait un prisonnier boche qui nous a prévenus d’une attaque entre 2 et 3 heures du matin. Cela n’a pas manqué.  

20 juin : A l’heure indiquée par le prisonnier, l’attaque a commencé de Vauquois jusqu’à la limite de mon secteur. L’avantage nous est resté, mais le combat continue.  

21 juin : Le canon tonne toujours, ma pièce est de garde, et on a vidé un caisson sur une batterie boche située à 7250 mètres. Une autre batterie boche qui nous prenait de flanc, nous a envoyé quelques fusants de 123 au nombre de 25 ou 30. Aucun de nous a été atteint, mais un percutant est tombé à 1 mètre 50 du canon sans éclater.
Cinq des obus boches n'ont pas éclaté. A 3 heures 30 du soir, on a tiré 2 salves de 8 obus. Les Boches ne répondent pas.  
On continue de tirer.    
J'ai reçu une lettre de la maison. On vient me chercher pour ravitailler le caisson de la pièce de garde.   
Les Français ont repris les tranchées qu'ils avaient dû évacuer à cause des gaz asphyxiants.  

 NOTES:

(1) Alfred, Bienvenu Besson  (1898-1979) est l’un des deux frères d’Abel, incorporé le 20 mars 1917, il servira dans l’infanterie, au 111e RI puis au 289e RI, où le 18 août 1918  en montant à l’assaut, il fera prisonnier un groupe de mitrailleurs allemands avec d’être blessé. Après sa convalescence  il s’engage en 1919 au 1e Régiment de Tirailleurs Marocains et fait campagne au Maroc. En 1920 il rejoindra le Noviciat des Capucins à Lyon. Voir « Les mémoires de la Grande Guerre d’Alfred Besson ». (NDE)  
(2) Aline, Virginie Besson (1892-1969) l’une des sœurs d’Abel. (NDE)  
3) Antonin Lombard, de La Javie, 61e RI, mort pour la France, le 17 juin 1915. (NDE)     

  

28 juin : On a (sic) descendu à l’échelon.
Le soir comme Baude était malade, je suis monté à sa place à la pièce avancée, 250 mètres des boches.

Photo du manuscrit, l’original est conservé au Musée de l’Artillerie à Draguignan

 

29 juin : Journée très calme dans notre secteur. Dans le Bois de la Gruerie, violente attaque.  

30 juin : Les Boches ont tiré sur la pièce. 
Ils ont lancé environ 60 marmites de 210. J’étais sous l’abri et je n’avais nullement la trouille.
Dans la soirée, les Boches ont de nouveau attaqué à la Gruerie. Ils se sont servi des gaz asphyxiants, les Français ont évacué les tranchées. 
La faute a été au 40e d’Artillerie (1) qui n’a pas voulu soutenir l’infanterie du XVe Corps.
Un Commandant et un Capitaine ont été fusillés devant tout le 40e d’Artillerie. Six heures ont suffi de l’arrestation à l’exécution. 
Deux compagnies du 58e d’infanterie se seraient rendues. Dans cette attaque, les 112e (2) et 111e de ligne (3) ont beaucoup été atteints. Dans mon secteur, 4 fantassins du 40e et 2 du 58e se sont rendus. A cause de cela, on a changé les heures de relève. 
En face de la Gruerie, il y a l’Armée du Kronprinz. Les Boches ont attaqué avec 6 Divisions de Cavalerie et 4 d’Infanterie.

 NOTES :

(1) Le 40e RAC est en garnison à Saint –Mihiel à la mobilisation. (NDE)
(2) et (3) Lors de la mobilisation, le 112e Ri est en garnison à Toulon et le 111e RI à Antibes. (NDE)

  

Juillet 1915

1er juillet : Dernier jour où je reste à la position avancée. Les boches ont tiré du 210 sur l'abri. Le bombardement étant violent, je suis allé dans la sape du génie où j'étais mieux à l'abri. Là il y avait 3 mètres de terre vierge et les marmites n'y font rien.
J'ai tiré 2 coups de mousqueton sur les boches, bientôt, ils m'ont répondu, mais trop tard, j'étais à l'abri.
De cette position, j'ai vu l'effet de notre artillerie, le 75 fait un bon travail et nos torpilles aussi. Dans une nuit, un homme a tiré 173 torpilles. Lorsqu'elles éclatent, on voit les boches sauter à 50 mètres de terre. Les effets sont terribles. Les torpilles boches font moins d'effet et on les entend bien venir, cela fait que l'on a le temps de s'abriter. Les françaises sont silencieuses et éclatent de suite. Avec les périscopes des fantassins, j'ai vu les boches se promener dans leurs tranchées.
Durant le bombardement, les obus de 210 ont démoli 20 mètres de tranchées françaises. Les fantassins ont été couverts de terre mais ont été retirés sains et saufs.
A cette pièce on a des lunettes et des tampons pour les gaz asphyxiants. En cas de recul, la pièce avancée doit sauter après avoir balancé les 100 obus explosifs et les 108 à balles.
Voilà une journée bien intéressante. La relève arrive et on part.
Je suis passé à Ville sur Tourbe. C'est terrible, pas une maison n’est debout.

 
Photo du manuscrit, l’original est conservé au Musée de l’Artillerie à Draguignan

Jamais je n'avais vu pareils effets d'un bombardement.
On ne reconnaît plus l'église et le cimetière est labouré par les obus. Les cadavres à demi-déterrés laissent échapper une odeur suffocante. On passe vite car on languit de sortir de ce charnier.
On arrive à la batterie à 10 heures du soir. Les poux et les puces vous portent, tellement il y en a. La bataille continue dans la Gruerie. Le 173e (1) a beaucoup payé et ne veut marcher qu'avec l'Artillerie du XVe Corps.  

2 juillet : Je suis descendu à l'échelon et de suite j'ai pris un bain pour chasser cette vermine de poux et de puces. On m'a relevé de la 2e pièce et suis de nouveau à la 8e. L'attaque continue dans la Gruerie. Le 100e (2) et le 106e de ligne (3) passent et vont renforcer nos lignes. Les fusées font un beau feu d'artifice blanc, bleu, vert et rouge.  

3 juillet : La bataille continue. Les aéros reconnaissent les positions. Les boches sont repoussés et nos tranches reprises. Dans la soirée tout le 19e est allé ravitailler le 40e d'Artillerie, la lutte se poursuivait toujours très violente.  

4 juillet : Dans la soirée il y a eu une contre-attaque française. D'après les "dit-on", tout le bois de la Gruerie serait aux mains des Français. Un nouveau régiment d'Infanterie va prêter main forte à nos fantassins.  

5 juillet : L'attaque du bois de la Gruerie est terminée et nos positions sont les mêmes, ni recul ni avance. Le Kronprinz avait attaqué avec 45 000 Wurtembergeois; il y a eu 10 000 hommes hors de combat. Dans la soirée un taube (4)qui réglait le tir au-dessus de notre batterie, a été, du moins on le pense, car il descendait en piquant du nez, abattu par un obus ayant éclaté au-dessus de l'aile. Les servants ont subi un bombardement de 2 heures à 3 heures 30. Aucun d'eux a été tué ni blessé.  

6 juillet : Journée calme, sauf l'installation de 2 ou 3 nouvelles pièces de 155 court de Marine. Nos avions sillonnent l'air.  

7 juillet : La journée est aussi très calme. Le capitaine a donné un litre de vin comme récompense aux servants de la batterie qui avaient assisté au bombardement du 6 juillet. Il a trouvé étonnant que les servants n'aient pas quitté leurs abris, les marmites tombant à 2 mètres de là.  

8 juillet : Les Boches croyant à la relève ont tiré sur Berzieux. Ils ont été joués car la relève a été changée. Leur pièce sonore a tiré sur le ravitaillement et sur La Neuville au pont.
Le commandant du groupe 7-8-9e batteries, a reçu les félicitations du commandant des Armées aux Eparges, pour remercier les hommes du 3e groupe du 19e d'Artillerie de leur bonne tenue au feu et de la précision dans leur tir du 10 au 22 mai. Les trois batteries avaient fait un bon travail et étaient restées deux jours en plus.

 NOTES:
(1) Le 173e RI est en garnison à Bastia à la mobilisation. (NDE)
(2) et (3) A la mobilisation le 100e de ligne  est en garnison à Tulle et le 106e de ligne à Châlons-sur-Marne. (NDE)
(4) Taube : pigeon, en allemand, nom donné à un avion allemand qui de par sa forme rappelait celle de cet oiseau. (NDE)

9 juillet : Bombardement intense de nos positions par les batteries boches. Vienne la Ville a été de nouveau bombardée. 
J'ai vu mon cousin d'Auzet  et (il) m'a dit que les gares étaient encombrées d'obus. Hier soir, une corvée qui a duré jusqu'à 3 heures du matin a transporté bon nombre de caisses de munitions. Ces dernières sont placées dans la terre en lieu sûr et sont là pour un jour d'attaque qui ne peut tarder.
A la tombée de la nuit une compagnie du 173e de ligne est allé renforcer nos fantassins du côté de la Gruerie. Trois heures, il y a eu une petite attaque. Le village de Berzieux, à gauche de la batterie a été de nouveau bombardé. La canonnade a duré toute la nuit.  

10 juillet : La canonnade est continue et les aéros sillonnent le ciel. La batterie est de nouveau bombardée. Pour nous distraire, ce soir à 4 heures, il y a eu manœuvre à pied. Encore une idée du capitaine: faire de la manœuvre en guerre !

On parlait de permissions, mais je crois qu'elles seront supprimées. Dans la soirée, la canonnade a redoublée d'intensité. Cela a duré toute la nuit.  

11 juillet : Journée calme dans le secteur. C'est dimanche et on a eu une messe à 10 heures 30 par M. l’Abbé Guyon. Le soir il y a eu le culte protestant. Le colonel qui est de cette religion y assistait. La religion catholique l'emporte sur la protestante. C'est très beau une messe dans le bois surtout par une belle matinée où les aéros volent dans l'air. On dirait qu'ils volent pour nous préserver d'un danger quelconque.  

12 juillet : Nous ne sommes pas dépourvus de munitions, car le groupe n'a pas cessé de tirer de la journée. Les boches ont très peu tiré. Presque pas du tout.
Les permissions vont commencer. Ils partent deux par deux. Mon tour n'est pas encore arrivé car je n'ai pas encore six mois de présence au front. Il arrivera quand même mon tour. Deux sont partis cette nuit.  

13 juillet : Les permissionnaires qui étaient partis sont retournés de la gare de Malmy. C'est le contre ordre qui est arrivé car on s'attend à une attaque générale sur tout le front. On leur a joué un sale tour. La canonnade a été intense du côté français et nos aéros sillonnent le ciel, sans doute préparent-ils l'attaque ?
Maffrecourt sur notre gauche a été violemment bombardée. Courtemont a subi le même sort et trois officiers de l'Artillerie lourde ont été tués.
A la Neuville au pont, des marmites sont arrivées mais sans faire de dégâts.
La pièce sonore a tiré mais notre 155 de Marine l'a vite réduite au silence.  

14 juillet : De bon matin, l'artillerie a donné. La canonnade a duré jusqu'à 11 heures, mais sans action d'infanterie. Le 55e qui était venu en réserve et soutien d'infanterie n'a pas bougé du bois où il était venu tout près de nous. J'ai causé avec plusieurs, chacun m'a dit qu'ils étaient heureux de retrouver le 19e.
Dans l'attaque du 20 juin, le 55e a perdu 1 500 hommes et le 112e 2 500; cela faute à l'artillerie qui n'avait pas donné. Le menu pour ce jour de fête nationale a été de:
. Jambon.
. Petits pois.
. 1 litre de vin.
. Mouton.
. Bœuf.
. Macaronis.
. Cigare.
C'est 8 heures 30 du soir, les biffins portent de la paille qu'on leur a donnée pour coucher dans le bois. L'attaque ne s'est pas encore produite. On attend.  

15 juillet : L’attaque que l’on attendait ne s’est pas produite.
Le 55e a quitté le bois. Le Capitaine de la 7e batterie a anéanti une batterie boche.
Journée assez calme.  

16 juillet : Canonnade assez violente sur tout le front du secteur.
J’ai appris que le Capitaine Clémens avait, par son tir tué deux fantassins et blessé plusieurs autres.  

17 juillet : Les Boches commencent à tirer de bonne heure.
Dès le matin, ils bombardent Vienne la Ville et La Neuville au Pont. Les obus passent au-dessus de nos têtes en sifflant. Les dégâts sont peu importants, car leur tir était long et à gauche des deux villages.
Rien d’intéressant à part cela.  

18 juillet : Ce matin on a remis la Croix de Guerre au Brigadier Coucol.
Il était allé chercher un caisson qu’on avait abandonné à Vassincourt malgré un feu violent d’Infanterie. Le Brigadier Coucol était et est toujours de ma pièce, la 8e.
On a ouvert le ban, pour cette décoration, par trois coups de canon destinés aux Boches et on l’a fermé par trois nouveaux coups.
Toute la pièce y était et beaucoup de camarades. La décoration a eu lieu à la position devant la batterie. J’oubliais de dire que le Brigadier Coucol est réserviste. Rien à signaler différemment.


« Il était allé chercher un caisson, qu’on avait abandonné… »
Un caisson d’artillerie en batterie, extrait du « livre du gradé d’Artillerie »

 

19 juillet : Journée a été assez calme.    

20 juillet : A 3 heures du matin, réveil en fantaisie par la pièce sonore des Boches.   
Ils bombardaient Sainte-Menehould et La Neuville au Pont. Un aéro réglait le tir et ils ont balancé 72 obus sur Sainte-Menehould et 20 sur La Neuville au Pont. Les dégâts sont insignifiants. Dès que l’aéro boche a été vu des avions français la chasse a commencé et les trois biplans français sont venus à bout de chasse de l’aéro boche.
Durant toute la journée, les Boches ont tiré des fusants sur la route pour empêcher les travailleurs d’une petite voie de petits wagons Decauville. Plusieurs obus n’ont pas éclaté.         
Le soir les aéros boches reviennent sur nos lignes, mais ils sont chassés par nos avions.          
A la tombée de la nuit deux caissons sont partis ravitailler la 7e batterie.         

 

21 juillet : Journée assez calme, seulement vers huit heures du soir, les Boches ont de nouveau bombardé Vienne la Ville.               
Ils tiraient de gros obus par rafales de cinq ou six. Quelques-uns n’ont pas éclaté, mais on voyait bien où cela tombait car ce n’est qu’à deux kilomètres 200 du bois de la Charmeresse.     

22 juillet : Journée calme dans son ensemble.         
Dans la matinée, les Boches ont de nouveau bombardé Berzieux.             
Dans la soirée j’ai expédié un petit colis à la maison. Il contient deux bagues en aluminium et un petit porte-monnaie en peau de mouton. J’ai aussi reçu les outils de cordonnier après presque cinq mois d’attente.   
Dans la soirée un avion est venu très tard, 9 heures 30, survoler le cantonnement. Il a laissé tomber deux fusées.   

23 juillet : Journée calme sur tout le front du secteur.             
On a appris que l’aéro qui avait réglé le tir sur Sainte Menehould et La Neuville a été descendu par nos soldats et a atterri dans nos lignes. L’aéro qui hier soir était venu sur le cantonnement était français et les fusées qu’il a laissé tomber était un signal pour ne pas lui tirer dessus.             

24 juillet : Journée calme, les aéros sillonnent l’air.            

25 juillet : Rien à signaler.       
Les journaux font mention de l’article concernant la capture de l’avion boche. J’ai signalé cela le 23 juillet.     

26 juillet : Journées sans commentaires.              
Par conséquent rien à dire.     
Les Boches ont tout de même bombardé la 7e batterie.                  

27 juillet : Journée de pluie.      
Il fait presque froid.      
La pièce sonore, profitant du brouillard, a tiré six coups de canon. Le 155 de Marine l’a vite réduite au silence.  
Dans la soirée, petit incident de bougies.            

28 juillet : L’affaire des bougies est allée au Commandant et au Capitaine.          
Les hommes fautifs doivent être punis sévèrement : « Huit jours de prison ».               
D’après enquête du Lieutenant Albus, nous ne serons pas punis car la bougie était dans la lanterne.   
Canonnade assez intense dans la soirée. Les aéros sillonnnent le ciel.     
J’ai appris dans la soirée qu’un obus étant tombé sur une casemate avait blessé Martel, Delannoy et Wetter.       

29 juillet : Violente canonnade durant toute la matinée.    
Les camarades blessés le sont peu gravement, car c’est un obus de 123 qui a fait tomber les poutres. Ils sont de 2e pièce, mon ancienne.    
Les aéros boches essayent de franchir nos lignes. Nuit assez calme.


Affiche d’identification des avions ennemis

 

30 juillet : Les Boches bombardent nos positions.         
Honnion, le tampon (1) de l’Aspirant Guillemin a été grièvement blessé au nez par un éclat d’obus de 123. Il est évacué de suite.     
Le soir, remise de la Croix de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre au Commandant Audibert. Par la même occasion on a remis la Croix de Guerre à des Sous-officiers et Canonniers des différentes batteries du 19e.    
A la tombée de la nuit, combat entre aéros boches et français. Les Boches ont fui nos aéros chasseurs.     

31 juillet : Journée très calme dans notre secteur.         

(1) Tampon: militaire ordonnance, mis au service d’un officier pour s’occuper de ses affaires personnelles. (NDE)

Août 1915

1er août : Veille de l’anniversaire de la mobilisation générale en France. Journée très calme sauf quelques marmites qui tombent sur la batterie.  

2 août : Anniversaire de la mobilisation générale en France. La journée est assez calme mais dans la soirée les Boches ont tiré sur la ferme Radja, avec de gros obus. Cette ferme est éloignée d’un kilomètre d’où je suis. A la tombée de la nuit ils tirent sur Sainte-Menehould avec la pièce sonore.   
Pour la première fois je fais une paire de souliers neufs. 
Il fait un orage épouvantable.

3 août : Anniversaire de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.
Journée calme mais pluie.     

4 août : Journée très calme aussi. Le temps est couvert.      

5 août : Anniversaire de la déclaration de guerre de l’Autriche à la Russie.   
Le temps est toujours couvert.      

6 août : Journée toujours pluvieuse.  
La canonnade n’est pas trop ardente.        

7 et 8 août : Rien de bien intéressant.     

9 août : Journée assez calme, cependant dans la soirée canonnade assez intense.     

10 août : Journée calme. Dans la soirée les avions boches qui volaient au-dessus de nos lignes n’ont pu les franchir, la précision de notre tir les a fait retourner immédiatement.     

11 août : La pièce sonore s’est fait de nouveau entendre, mais nos pièces de 155 l’ont vite réduite au silence. 
Vive canonnade dans notre droite. Il est question de changer de secteur.   
Défense est faite par le Général Joffre d’écrire dans les lettres toutes les petites choses intéressant les actions des Armées pouvant compromettre les plans des opérations.    

12 août : Journée de pluie.  
Depuis deux mois et demi, il n’avait pas encore autant bardé. La canonnade est très violente et remplit les oreilles d’un son tout à fait lugubre.  J’ai assisté à une revue de bricoles (1), j’avais quatre chevaux.     

(1) Bricole: partie du harnais, voir ci-après extrait du « livre du gradé d’Artillerie ». (NDE)

Extrait du « livre du gradé d’Artillerie »

 13 août : On est parti du Bois de la Charmeresse à minuit.  
Toute la soirée on a travaillé à charger les charrettes. On voulait me balancer au train régimentaire, mais Audibert a insisté et je suis resté à la batterie.  
Il a plu presque tout le temps.       

14 août : On est passé à La Neuville au Pont, Chaudefontaine, Sainte-Menehould et Elise.    
On est cantonné à la ferme d’Elise, il y a un petit lac et on est très bien.   
On est arrivé à 7 heures du matin.        

15 août : On reste où on est, en plein champ et on attend.    
On m’a affecté à la 7e pièce.   
On est parti et on est venu à Sainte-Menehould en passant par Verrières. Dans la soirée on m’a envoyé reconnaitre le cantonnement, mais le travail était déjà fait.   
On a couché dans la sucrerie.

Sainte-Menehould, la Sucrerie

16 août : Je suis allé ravitailler à Vieil Dampierre en passant par Elise et Daucourt. 
A Daucourt, j’ai vu le fils Garcin du Brusquet, qui est au 61e (1) d’Infanterie. 
Il est question que l’on va embarquer.     

17 août : On a fait des préparatifs d’embarquement.  
Le soir j’étais de garde à la sucrerie.        

18 août : On part et on embarque à Sainte-Menehould à 8 heures du matin.   
On est parti à 11 heures. On est passé à Villiers, Daucourt, Givry en Argonne, Somemeilles, Nettancourt, Sermaize les Bains, Pargny sur Saulx, Blesme, Haussignemont, Vitry le François, Songy, Vitry la Ville, Mairy sur Marne, Saint-Germain la Ville, Coolus, Chalons sur Marne, Matouges, Jalon les Vignes, Athis, Oiry, Mareuil sur Ay, Epernay. 
Là on a débarqué en face de la fabrique du Champagne Mercier. Les Boches y étaient entrés et avaient pillé les caves.  Sitôt débarqué on est parti et on a passé la Marne. On est passé à Dizy. Là il y a eu halte.  
On est arrivé à 8 heures du soir. 
Les gens sont très gentils et cela fait plaisir. Les Boches y étaient restés pendant 10 ou 12 jours. A la ferme où nous sommes la fermière nous dit que le Général Moltke y avait logé et heureusement que les jeunes filles avaient pu se sauver juste avant que les Boches arrivent car ils les ont cherchées partout pour les violer. 
On souffre car on ne mange que singe (2) et pain ; on ne touche ni pain ni viande.

NOTES :

(1) Lors de la mobilisation le 61e RI est en garnison  à Privas. (NDE)   
(2) Singe : Viande en boîte de conserve, équivalent du "corned beef" américain. La qualité médiocre de la viande lui confère ce nom imagé. (NDE)

19 août : Toujours à Dizy et la même vie, Sautage et c’est tout. 
On compte aller en position ce soir et aller près de la ville martyre de Reims.  
Je n’ai plus le sou et suis à fond de cale.  
On est reparti à 6 heures du soir. A 600 mètres, ordre est donné de reculer. On ne partira que demain matin.    

20 août : On est parti à six heures du matin pour aller à une douzaine de kilomètres en arrière de la batterie de tir.  On est passé à Champillon, Saint-Imoges, Germaine, Vauremont et Ville en Selve. 
Pour l’instant on est cantonné dans un bois. Les pays traversés sont plus riches que ceux de la Meuse. Il y a beaucoup de vignes.    

21 août : On a pris possession de notre cantonnement à Ville en Selve.  
On a cuisine, salle à manger et chambre à coucher. On est très bien quoique l’on couche sur des planches. 
Le soir j’étais de garde aux issues avec le Brigadier Judicely.

Carte postale : le langage des tranchées 2

22 août : Je suis toujours de garde. La batterie est à 12 kilomètres en avant de nous.
Elle est près de Puisieulx. La population y est encore et nos abris sont éclairés à l’électricité. Même qu’à 200 mètres de Boches, entre les deux lignes de tranchées il y a encore un patelin habité.  
Nos officiers logent dans un magnifique château. Les Boches sont bien tranquilles et nous aussi. 
Tous ces pays si près du feu sont peu bombardés. 
On a vu arriver le 7e Dragons (1). Ce n’est pas trop tôt, au moins prendront-ils la garde avec nous. 
Eynard m’a photographié.

La photo d’Abel faite par Eynard le 22 août 1915

(1) Le 7e Régiment de Dragons est en garnison à Fontainebleau au moment de la mobilisation. (NDE)

 

23 et 24 août : Toujours pénards. On est très bien.  
J’ai pris le relevé des réfugiés qui sont à La Javie : 
. Prévost André 69 ans et sa femme,  
. Bridance Léonie 68 ans, de Houplin,
. Cambien née Renaud 32 ans, Kleber 2 ans, de Wavrin,  
. Mazinguier Sophie 18 ans de Signy, 
. Lecomte Clémence 52 ans, Aimé 55 ans,   
. Diérich Elise de Roncq,   
. Braye Mathilde 30 ans,    
. Coudron Armandine épouse Hotyn 37 ans,    
. Adeline 24 ans,       
. Marie 17 ans,     
. Madeleine 14 ans,     
. Pierre 10 ans,      
. Louise 12 ans,    
. Germaine 9 ans,    
. Maurice 3 ans,      
. Andréa 3 ans,      
. Julien 23 ans de Neuville,   
. Chantry Veuve Quengebeur 35 ans,    
. Quengebeur Aurore 16 ans,      
. Paul 4 mois de Lille.          

25 août : Rien à signaler.       
On a changé de cantonnement. On est au café Maraudon. On est encore mieux qu’auparavant. Deux vastes salles et la cuisine.     
Nous avons fait place à la 4e batterie. Le 19e est sous les ordres, pour le cantonnement, du capitaine du 7e Dragons.

 26 et 27 août : rien de nouveau.    

28 et 29 août : Je suis revenu à la 8e pièce.    
Marraine (1) me demande encore des bagues, il me sera difficile car les Boches n’envoient pas de marmites sur la batterie.    

30 et 31 août : Rien de nouveau à signaler.   
Le travail est pressant mais on fait ce que l’on peut.   

(1) Marraine : Berthe, Elisa, Besson (1888-1957), sœur aînée d’Abel. (NDE)     

                          A suivre....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


 

 

 

Posté par moniqueB à 07:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]