Sur les traces des "Midis" du XVe Corps - guerre 1914-1918

30 novembre 2016

Le "Russenbrücke" (pont des Russes) était français !

  de Michel BENOIT 
Ce texte est la propriété de son auteur-La reproduction n'est pas autorisée

 

Le « Russenbrücke » (pont des russes) était français !

Morhange-Dieuze 20 août 1914 

Le 2 aout 1914, les trois frères ALAUZEN de St-CHRISTOL-LES-ALES sont mobilisés à la 9e compagnie du 61e R.I. de PRIVAT (15e corps d’armée). Cette dernière grande unité du sud est immédiatement dirigée sur l’est de la France pour participer, au sein de la 2e armée du général de CASTELNAU, à la bataille des frontières.                            

Les 19 et 20 août, l’engagement hasardeux de nos forces dans la plaine de DIEUZE voit une hécatombe de tués, blessés et prisonniers. Les trois frères ALAUZEN n’échappent pas à la tragédie.

Emile Alauzen 20

 

 

 

 

 

 

Emile est tué,

Fernand Alauzen prisonnier - Copie

 

 

 

 

Fernand est blessé et prisonnier,

Alauzen Marcel S Lieutenant au 61e RI - Copie - Copie

 

 

 

 

 

 

seul Marcel parvient à quitter le champ de bataille non sans avoir échappé plusieurs fois à la mort. Il terminera la guerre lieutenant sur le front d’Orient. 

 

- le camp de DILLINGEN (Bavière)

Nous allons suivre les pas de Fernand, car c’est lui qui sera par la suite l’objet de cet article.
Quand je dis les pas, ils sont plutôt claudicants car il a reçu un éclat d’obus dans un genou.
Déposé dans un premier temps dans la gare de VERGAVILLE, il est dirigé sur une ambulance française du 15e corps capturée par les troupes bavaroises. C’est un officier de santé allemand qui permettra de sauver sa jambe que les médecins français, dans l’urgence allaient certainement amputer.

Interné au Lazaret du camp de DILLINGEN, Fernand ALAUZEN se remet rapidement de sa blessure.
Au cours de l’année 1915, il est affecté à une annexe du camp à ESCHENHOF dans la banlieue de MUNICH, à la croisée de quatre communes qui donneront plus tard naissance à la petite ville de GRÖBENZELL. 

Les prisonniers français construisent trois ponts  

Les prisonniers, sur la base du volontariat, mais surtout pour améliorer leur ordinaire, participent à des travaux d’intérêt civil.
Ceux d’ESCHENHOF, sont affectés à la construction de trois ponts sur les canaux de la proche région du camp. En effet, le secteur est très humide, l’exploitation de la tourbe fait partie de l’économie locale.

Eschenhof Janvier 1916 construction d'un pont - Copie


Malgré les restrictions de la captivité, les prisonniers français bénéficient de quelques aménagements pour tromper leur ennui, un labo photo (important pour la suite), un théâtre avec sa troupe, des jeux de boules, etc.
Mais la vie au camp n’a rien à voir avec un VVF…

 

Les charpentiers du pont - Copie

 

En hiver 1916, les trois ponts sont terminés et donnent lieu à des prises de vues « souvenir ».

Eschenhof janvier 1916 le pont construit - Copie


Les soldats français transmettent à leurs familles ces témoignages qui vont sommeiller des décennies, au fond des tiroirs des commodes.

Mais….

Le Centenaire de la première guerre mondiale 

Le centenaire de cette inoubliable tragédie, fait émerger dans cette période du souvenir des histoires oubliées, un temps perdues et retrouvées au hasard des vides greniers, des ventes de maisons, ou de recherches généalogiques familiales.
Des passionnés tentent de reconstituer le cheminement de ces histoires le plus fidèlement possible pour témoigner de la souffrance des individus qui ont vécu cette guerre. Michel BENOIT est de ceux là,  passionné par les déboires du 15e corps, les troupes du sud si vilipendées par JOFFRE et son état-major. Contacté par Jean-Claude MARTIN, un Bagnolais, descendant du prisonnier d’ESCHENHOF, Fernand ALAUZEN, son grand père, qui lui confie une quinzaine de photographies d’époque réalisées pendant la construction des ponts.
Il y a 5 ans environ, notre passionné, Michel BENOIT dépose les photographies  sur un site internet consultable par tous « LE CHTIMISTE »  qui seront par la suite une preuve irréfutable de la construction des ponts par des prisonniers français.  

Les recherches de nos amis allemands    

 Le « centenaire » ne se manifeste pas qu’en France, nos amis Allemands eux aussi ont eu à souffrir de cette période, ils s’y intéressent également, surtout ceux de la ville de GRÖBENZELL.
En effet, sur le territoire de la commune se dresse encore, très beau et fier, un petit pont de béton désigné
« Russenbrücke» ou en français « Le pont des Russes ».

L’association du patrimoine local et la municipalité participent à sa restauration, organisent une exposition, et une inauguration, mais subsiste un point d’interrogation, qui a construit le pont ? Les Russes prisonniers ? Une enquête est ouverte pour trouver la vérité. 

Parmi les chercheurs, Walter ENSINGER, ingénieur du génie civil ayant souvent travaillé sur le territoire français, membre d’une association Franco-Allemande. Il trouve rapidement les photos déposées par Michel BENOIT, un contact internet est établi, très cordial et constructif.
La preuve est établie que ce sont bien des prisonniers français qui ont construit les trois ponts. Alors pourquoi le Pont des Russes ? Pour la simple raison que la route qui aboutit au « Russenbrücke » a été réalisée par des prisonniers Russes du camp tout proche, la population locale n’a pas fait la distinction, tous étaient prisonniers. Ces échanges empreints de sincère coopération et de cordialité ont abouti à l’invitation de MM. MARTIN et BENOIT à la visite du fameux pont et de l’exposition par l’association du patrimoine,  de l’association Franco-Allemande ainsi que de la municipalité de GRÖBENZELL.   

Réception à GRÖBENZELL 

 

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Jean-Claude MARTIN et Michel BENOIT ont été reçus avec convivialité par M. Le maire et  leur hôtes de GRÖBENZELL les 14 et 15 juin 2016.

Une réception protocolaire sur le « Russenbrücke » a donné lieu à quelques beaux discours de nos amis allemands des associations, avec réponses des invités français. Beaucoup d’humour mais également de recueillement pour les souffrances de ceux qui cent ans avant ont œuvré pour la construction de cet ouvrage remarquable dans sa conception art-déco.

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Mais qu’est-il advenu des deux autres ponts ?
Les éléments du second ont été retrouvés dans une propriété privée, un club de golf. Les garde-corps ouvragés ont été renversés pour laisser le passage à des engins de chantiers, mais les culés, piles et tablier sont toujours en place.
Quant au troisième mystère ! L’association de sauvegarde du patrimoine a organisé une exposition à partir des photographies d’époque, également sur les différentes phases de la restauration du pont.
Celui-ci est maintenant l’objet de toutes les attentions, reparti pour cent années de plus !  

Mais, ce n’était pas fini…   

Fernand ALAUZEN, qui était charpentier sur le pont, est affecté début 1917 dans une ferme du village de DENKLINGEN à une cinquantaine de kilomètres, toujours en Bavière.

Gardien camp Eschenhof

Lorenz Waibl
Gardien du Camp d'ESCHENHOF
Maire de Denklingen


Il y travaillera un an, jusqu’à sa libération en novembre 1918. Plusieurs photos le représentent au milieu de la famille de Lorenz WAIBL, le maire de la commune. 

 

 

ALAUZEN Fernand 1916 1917 avec famille fermiers allemands - Copie

Il semble qu’il ait été accueilli plus comme un ami qu’un prisonnier, en témoigne une dédicace au dos de sa photo qu’il remettra à son départ « A mon bon patron, Fernand ALAUZEN ».

2016 - Treffen b 

Ce témoignage figure toujours dans les archives de la famille WAIBL que Jean-Claude MARTIN et Michel BENOIT ont rencontré grâce aux recherches de Walter ENSINGER.

Une histoire bâtie sur un fait de guerre qui se termine cent ans après par de chaleureuses rencontres et des amitiés, malheureusement ce ne fut pas toujours le cas, retenons celle-ci.  

 

2016 - Treffen b

 

      

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13 novembre 2016

15e corps - Soldats du Var

Draguignan-Chabran

Très beau diaporama, créé par Michel Delannoy, sur les casernes et les hommes du Var, 1914-1918

https://www.youtube.com/watch?v=wDVsFMBD-y0&feature=em-upload_owner

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12 novembre 2016

Toujours en hommage au 15e corps...

2016:
Deux Ronds-Points au nom du 15e corps.

Dans les Bouches du Rhône : la 21ème ville en France

Istres-inaug

Istres - 19 mai 2016

 

Dans les Alpes de Haute-Provence : la 22ème ville

les m+®es inaug rond point

Les Mées - le 11 novembre 2016

 

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A qui le tour en 2017 ???

 

 

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11 novembre 2016

Poème : LA FRANCE AUX MORTS

de Mathilde MAYEN

 

Francepleurant-a

 

LA FRANCE AUX MORTS

Vous êtes morts pour que mon jour de gloire arrive
Et soit l'aube d'un temps nouveau ;
Pour que, toujours plus grande et plus belle, je vive
Levant plus haut toujours mon immortel flambeau.

Votre sang a sauvé l'avenir d'une race...
Dormez sans nuls trésaillements,
Sous mes ceps champenois et mes sapins d'Alsace,
Et sous l'or onduleux de mes grands blés flamands !

O mes sacrifiés, dormez dans l'assurance
Que les vôtres seront heureux.
Vous êtes morts pour moi, je m'appelle la France,
Je suis deux fois leur mère et veillerai sur eux !

Dormez ! Pour vos petits j'aurai des nids encore.
Je les y réchaufferai tous,
Et tous retrouveront des sourires d'aurore
En sentant sur leurs fronts mes longs baisers très doux !

Dormez ! Ils grandiront, vos fils, sous mon égide,
Bercés par votre souvenir !
Je serai leur tendresse et je serai leur guide,
Comme ils sont, je le sais, eux tous, mon avenir !

Dormez ! Je soutiendrai toutes les pauvres femmes
Que vous laissez sur le chemin,
La France en fait serment, ô fières grandes âmes,
Celles que vous aimiez ne tendront pas la main !

O martyrs ! Ouvriers de cette délivrance
Qu'appelaient les peuples unis.
Dormez, mes fils ! Je suis votre mère la France,
J'étends sur vous mon aile immense et vous bénis.

*

 

 

 

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01 novembre 2016

Poème : LA COURONNE

de Marcel ANDRE dit ANDRE-BELLOT
(poète aveugle et sourd)
auteur de Fleurs de sang - Nîmes 1921

 

couronne-3 - Copie

 

LA COURONNE

Là-bas, au champ d'honneur, il avait dû tomber,

Blessé grièvement, il vient de succomber,

Le major, bien souvent, examinant ce brave,

En secouant la tête, il répétait : C'est grave !

Déjà, dans le jardin, le char funèbre attend

Ce sublime héros, cet ardent combattant,

 

Aux abords de l'hospice et jusques à la grille,

La foule au fantassin, lui tient lieu de famille,

Ah ! quel recueillement ! chacun verse des pleurs !

Sur le char, on a mis le drap aux trois couleurs.

Dans cette foule émue, où chaque âme frissonne,

Une d'elles aperçoit le char nu, sans couronne.

 

Vos aïeules, jadis, livrèrent des combats,

Devant vous, je m'incline et je dis : « Chapeau bas !

Dans votre dévouement, vous bravâtes la peste,

Femme de Marseille, humble et toujours modeste

Et, celle que je chante au cœur noble ignoré,

Surgit subitement, dans un groupe éploré.

 

Son regard ne pouvait voir ce char sans couronne ;

Ce luxe, à cet enfant, il faut qu'on le lui donne !

Et soudain, relevant les coins du tablier,

Sans penser au refus, qui peut l'humilier,

D'un pas ferme, elle part, avec cette sébille,

Quêtant dans tous les rangs de la foule immobile !

 

« Donnez, mes bons amis ! donnez un petit sou,

« C'est pour une couronne à ce brave pioupiou !

Tandis qu'à ce héros, on présente les armes,

La foule émue a peine à retenir ses larmes, 

 

Cette couronne, avec son ruban violet,

Donne, à cette heure triste, encore un gai reflet,

Sur cet emblème, on lit : “Aux morts pour la Patrie” !

Derrière le convoi, la foule pleure et prie.

 

 A Marseille, 3 Novembre 1914.

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23 octobre 2016

Auguste Caremil du 111e R.I. (3/4)

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suite 3/4

 

 

 

 



        Auguste Caremil

Mardi 29/09 : Voilà exactement un mois que nous avons pris contact avec l'ennemi. Hier une patrouille française opérait devant nous et s'est rapproché des Prussiens. Nous avons suivi tous les mouvements et nous pensions pouvoir marcher en avant. Nous sommes toujours à notre poste et voilà la sixième nuit passée au grand air. Il fait très froid et la pluie a commencé à nous arriver. La nuit dernière nous recevons une grêle de balles à la tombée de la nuit, les Prussiens nous tâtent mais nous ne répondons presque pas, on leur laisse ignorer le nombre des troupes qui sont devant eux. Nous allons encore coucher à la tranchée cela fait la septième nuit.


Mercredi 30/09 : Jamais je n'avais eu aussi froid que cette nuit ci. Enfin à 07h00 on vient nous donner l'ordre de partir. Nous voici au quartier général où nous sommes ensemble, qu'allons nous y faire? Après marche et contremarche nous nous installons à la nuit tombante à la lisière d'un bois pour dormir. A peine installés on nous donne l'ordre de partir et nous faisons quatre kilomètres sous bois pour nous rendre à MONTZEVILLE où nous cantonnons.

 

montzeville

 


Jeudi 1er octobre : Bonne nuit passée à MONTZEVILLE. Départ à 14h00 et nous venons à PAROIS, où nous avons séjourné trois jours il y a une semaine. Nous arrivons à 18h00. Je suis chef du poste de police. A PAROIS nous trouvons du changement. Bien que l'ennemi ait reculé, les arbres sont coupés, les habitants partis et tout le village entouré de barrages et de tranchées. Je me demande quelle manoeœuvre nous faisons. Nous tournons toujours autour de MONTFAUCON, Tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Nous prépare-t-on une campagne d'hiver ?


Vendredi 2/10 : Réveil à 05h00 et prêts à partir, comme toujours on attend des ordres. Nous demeurons à PAROIS et sur ma demande je reste au poste de police. Nous sommes très bien logés et les hommes sont très heureux que j'ai obtenu de rester là.


Samedi 3/10 : PAROIS encore, et poste de police pour ma demi-section. Demain à 6h00 j'irai à la messe pour mes pauvres camarades morts depuis le début de la guerre.


Dimanche 4/10 : Ce matin à 6h00 je suis allé à la messe. J'en sors tout impressionné et ému. En voyant le prêtre monter à l'autel, les larmes me sont venues aux yeux et je me suis retenu pour ne pas pleurer à chaudes larmes. Je voyais ma mère, ma femme, mon grand-père et tous les miens agenouillés à l'église de mon cher pays priant pour ceux qui sont loin d'eux. Ce soir nous repartons aux tranchées en première ligne face à l'ennemi. Nous allons à la forêt de HESSE.

hesse-messe - Copie



Lundi 5/10 : Nous avons quitté PAROIS à 16h45 et nous arrivons aux tranchées à 19h00. Nuit tranquille. On nous a apporté de la paille pour mettre dans les tranchées sur nos jambes. Nous avons moins froid.


Mardi 6/10 : Journée tranquille aux tranchées.


Mercredi 7/10 : Attaque par notre artillerie à 08h00. J'ai passé une partie de la soirée d'hier à faire des barrages en fil de fer devant l'ennemi. A 09h00 notre artillerie attaque le bois de CHEPPY et le bombardement continue jusqu'à 14h00. Sur notre droite une compagnie du 112e monte prudemment par section jusqu'à 100 mètres du bois. Arrivée là et protégée par le feu de nos mitrailleuses et par l'artillerie elle monte à l'assaut en essuyant le feu de l'ennemi. Elle est arrêtée à la lisière du bois par les fils de fer allemands et est obligée de se replier en arrière. Je crois qu'il n'y a pas eu beaucoup de morts. Cette attaque ayant manqué, nous passons encore la nuit en haleine car on ne vient pas nous relever.


Jeudi 8/10 : Nous avons reçu hier des obus toute la journée. La nuit a été très froide. Ce matin tout était blanc autour de nous. Les Allemands commencent le feu avec leur artillerie, il est 08h00. Les nôtres ne répondent pas. A 17h00 ils commencent et à 19h00 le 3e de ligne vient après avoir mangé nous nous couchons et le matin à 5h00 nous allons faire des tranchées. La journée se passe bien et nous nous reposons.


Vendredi 9/10 : PAROIS et repos.

parois2




Samedi 10/10 : Repos


Dimanche 11/10 : Repos, je crois que nous partirons ce soir. J'ai quitté PAROIS à midi pour aller avec les sous-officiers du régiment pour reconnaître les emplacements occupés par le 3e de ligne que nous allons relever. Au moment où nous avions terminé la reconnaissance les obus sont tombés en quantité et les balles des shrapnels sifflaient à nos oreilles. Cinq ou six hommes sont blessés à côté de moi et un autre pauvre malheureux décapité. A 07h00 nous allons rejoindre le régiment pour l'emmener à sa place. Nuit assez tranquille.


Lundi 12/10 : Journée peu mouvementée. Le soir nous plaçons des fils de fer devant les tranchées pour nous protéger des attaques. Fusillade de nuit très courte.


Mardi 13/10 : Grêle d'obus dans l'après-midi. Nos tranchées sont couvertes de terre et les éclats tombent à côté. Personne n'est blessé à la compagnie. Le soir, vive canonnade, fusillade sur la gauche.

Mercredi 14/10 : Journée mouvementée. Les obus tombent à côté de nous et tuent quatre artilleurs et en blessent cinq autres à 10 mètres de la tranchée de notre capitaine. On doit venir nous relever ce soir. A 13h00 on nous annonce que l'infanterie allemande va nous attaquer. Nous sommes prêts à la recevoir. Passerons nous pour cela une nuit et un jour de plus aux tranchées ? A 17h00 une grêle d'obus encadre notre tranchée. Nous n'avons qu'un blessé, c'est vraiment miracle. Le 3e de ligne peut nous relever. Nous partons et arrivons à BRABANT EN ARGONNE à 09h00 du matin.


Jeudi 15/10 : Repos à BRABANT.


Vendredi 16/10 : Repos.


Samedi 17/10 : Repos. Nous comptions partir ce soir mais nous restons une nuit de plus.


Dimanche 18/10 : Départ à midi pour les tranchées. Nous arrivons à 7h00 du soir pour relever le 3e de ligne. Je suis avec ma section aux avant-postes. Nous sommes à 60 mètres de l'ennemi et nous n'avons qu'un petit ruisseau qui nous sépare. Nous sommes au "pont des quatre enfants" au pied des forêts de HESSE et de CHEPPY.


Lundi 19/10 : Réveil par les coups de fusil. Journée tranquille, mais impossible de faire un mouvement, si nous nous montrions on ne manquerait pas de nous tirer dessus. A la nuit on nous apporte les vivres et nous mangeons tout froid.


Mardi 20 et mercredi 21/10 : Toujours même position.


Jeudi 22/10 : On a reçu hier à la nuit un paquet de lettres. Il y en a quatre pour moi. Avec quelle impatience j'ai attendu le petit jour pour les lire ! J'en suis tout heureux. Maintenant nous allons prendre le café froid que l'on nous a apporté hier. Ce soir nous serons relevés. Sommes relevés à 7h00. Nous recommandons la vigilance à nos remplaçants car le poste que nous venons d'occuper est des plus dangereux. La relève nous prend un temps infini en raison de la clarté. Nous arrivons à PAROIS à 01h00 du matin. Notre brave capitaine nous avait fait préparer un repas chaud et en route il nous avait laissé des cuisiniers qui nous attendaient avec du thé chaud ; délicate attention dont nous lui serons tous, moi en particulier, très reconnaissants.


Vendredi 23/10 : Bonne nuit passée dans un lit avec le sergent major. C'est la première fois depuis deux mois que je me déshabille pour dormir. Nous apprenons avec peine au réveil que le petit poste que nous venions de quitter hier, a été enlevé pendant la nuit. Les hommes et gradés du 3e n'avaient sûrement pas écouté nos recommandations et devaient s'être endormis. Il y a eu plusieurs morts et des prisonniers. Le jour même que nous étions venus l'occuper il y avait eu également quatre hommes du 3e qui avaient été tués.


Samedi 24/10 : Repos. Avons travaillé aux tranchées ce matin.


Dimanche 25/10 : Repos.

                                                 à suivre---------------------------------

 

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07 octobre 2016

Le monument de Vassincourt dans la Meuse

de MoniqueB

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Situé à l'entrée ouest du village, cet imposant monument, 
à la Gloire des combattants de Vassincourt,
6 - 11 septembre 1914
peut surprendre. Il a une histoire...
 

 

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A son origine, un habitant de Fréjus, Pierre BRAVO, du 6e hussards, qui avait participé à la Bataille de la Marne en qualité d'agent de liaison du 111e R.I.  et de la 57e Brigade commandée par le général Tocanne.

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Revenu en pèlerinage sur les lieux en 1936,  il ne trouve plus aucune trace de ses nombreux compagnons inhumés sur place, à Vassincourt, les corps ayant été regroupés depuis 1922 dans la nécropole nationale de Révigny-sur-Ornain.
Plus rien ne rappelle le sacrifice des  troupes venant du Midi qui, pour empêcher l'ennemi d'atteindre Bar-le-Duc, ont mené, en septembre 1914, des combats acharnés pendant 4 jours et 4 nuits, déplorant plus de 750 morts.

De retour dans le Var,  au cours du XIVe congrès départemental des Anciens Combattants et Victimes de la guerre, le 20 mars 1937  à Saint-Raphaël, il lance l'idée d'édifier un monument  à Vassincourt en Lorraine, où s'illustrèrent les soldats du 15e corps.

 

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"Varois, que vous soyez riches ou pauvres, apportez tous votre modeste obole à la mémoire des enfants de Provence tombés face à l'ennemi, à Vassincourt en septembre 1914"

Les souscriptions sont lancées par le Comité d'érection, présidé par Pierre BRAVO.
Un autre comité se forme également dans la Meuse, sous l'autorité du Chanoine  Lucien POLIMANN, député et du maire de Vassincourt, Jules NOEL.
Le projet suscite partout un très grand intérêt.  Les Associations des A.C. du Front, le
Souvenir Français, les Mutilés, les Orphelins de guerre participent. 
La commune de Vassincourt vote une somme de 500 fr. 
pour le monument ; Antibes 1.000 fr. D'autres communes et des particuliers suivent ce geste. 

J
Le 23 avril 1938, le président de la République autorise l'érection du monument.

Louis Pétetin, architecte à Toulon, ancien du 15e corps, se voit confier la conception du Monument. 

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L'inauguration a lieu le 6 août 1939, en présence de nombreuses personnalités : 

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"... C'est en présence d'une grande affluence que s'est déroulée la cérémonie d'inauguration.
Un bataillon du 94. R.I., avec musique et drapeau, sous les ordres du colonel Conquet, rendait les honneurs, et, outre les drapeaux des associations patriotiques de Provence et de la Meuse, on remarquait les drapeaux des régiments dissous du XVe corps d'armée, drapeaux provenant des Invalides..."

Journal Le Var 28 août 1939 

 

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PN7AOUT1939 - Copie

"...La guerre d'hier a meurtri durement le sol de nos frontières du Nord et de l'Est. Si tous les Français des autres provinces n'ont pas été éprouvés dans leurs foyers même, tous ont combattu, souffert, ou se sont sacrifiés pour la défense de ce même lambeau de notre pays.

Ceux du Midi, qui se sont battus loin de leurs villes, de leurs villages, n'ont pas voulu que leur effort, parfois méconnu ou oublié, ne fût glorifié qu'auprès de leurs demeures. Ils ont désiré qu'un témoignage de leur effort s'élevât sur la terre même où ils l'avaient donné, réalisant un hommage à leurs souffrances, montrant en même temps le lien qui, sous l'égide de la Patrie, unit tous les Français.

C'est le sens de ce monument élevé sur la terre meusienne, à la gloire des combattants de Vassincourt, par les anciens du 15e corps..."

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"... La charnière entre la IVe et la IIIe armée, est à Vassincourt ; elle est tenue par le 5e corps de la IIIe armée qui, en butte à l'effort de percée allemand, est à bout de souffle. S'il succombe, la IIIe armée est en danger.
C'est le 15e corps qui est appelé à sauvegarder la liaison entre les deux armées. Est-ce une troupe fraîche, ce 15e corps ? Non ! il arrive, à marches forcées de l'armée de Lorraine, où il a déjà pris part à de nombreux combats. Le 11 août, deux de ses bataillons et un de ses groupes ont été anéantis à Lagarde. Les 14 et 15, engagé à Moncourt, à Eidentroff (??), il a eu de beaux succès, mais à quel prix ? Pendant la retraite générale qui a suivi, deux des ses B.C.A., les 23e et 27e, se sont sacrifiés. Au 20 août, le bilan de ses pertes est de 200 officiers et 10 000 hommes de troupes. Et ce n'est pas fini. Il a repris l'offensive dans la région de Lunéville, du 25 août au 2 septembre, laissant là encore une partie de son sang,  y gagnant les honneurs du communiqué.

C'est à cette troupe épuisée qu'il doit être fait appel. Elle arrive ici après une marche de quatre jours, succédant à ses rudes combats, hâve, affamée parfois, exténuée toujours, mais avec un moral intact.
Il était temps. La 19e brigade du 5e corps n'a plus que 600 hommes et vient d'être rejetée de Vassincourt. La 58e brigade de la 29e division l'étaie. La 57e brigade de la même division et la 30e division à sa gauche, s'engagent en face et à l'ouest de Vassincourt.
Ici même, ce sont les 6e et 24e B.C.A., avec le 112e R.I.,  plus tard le 111e, qui mènent le combat." ......

Extraits du discours du Général Olry

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Mme Mistral, veuve du célèbre Félibre a fait parvenir un message pour les fils de Provence tombés à Vassincourt :

"Soldats alertes et courageux, vous avez gardé dans nos âmes ce qui provoque l'amour de la patrie ; vous  vous êtes battus pour elle et votre héroïsme l'a sauvée ! Vos vaillants chefs tressaillent de joie : c'est l'heure de la victoire.

Salut ! salut ! Glorieux enfants de la Provence qui  sur l'ordre de Joffre, avez préféré la mort à la défaite !  Que Dieu vous tienne compte d'un tel sacrifice !

C'est pour vous que Mistral a écrit :
Coupe sainte, et débordante - Verse à pleins bords - verse à flots - les enthousiasmes - et l'énergie des forts"


LE MONUMENT :

Sur un terrain mis à disposition par la commune de Vassincourt, le monument consiste en un monolithe quadrangulaire à la base, puis hexagonal vers le haut, surmonté d’une urne de porphyre contenant  de la terre du Midi ornée d'une plaque de cuivre gravée :


"Terre de Provence - Hommage à ses fils tombés pour la Patrie -
septembre 1914"

Le socle est prolongé à l'arrière par un demi-cercle bordé de  6 bornes symbolisant les 6 jours de combat.

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Fixée sur la base de la colonne, une plaque en bronze, fondue à Fréjus, rappelle les unités présentes lors des combats de Vassincourt

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D'autres plaques :
L’une rappelle l’ordre de Joffre, le 6 août 1914 – « se faire tuer sur place plutôt que de reculer » 
 

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et une autre celui de Sarrail au général Carbillet, commandant la 29e division :

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Chaque année la commune de Vassincourt organise une Cérémonie du Souvenir, rassemblant les autorités et la population meusiennes ainsi que des délégations du Midi.

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La délégation de Pont-St-Esprit (Gard) en 2014

 A LIRE ET ECOUTER :
Sonnet pour le Centenaire composé par  Pascal Lefèvre
http://www.francememoire.fr/1000-sonnets-pour-le-centenaire/france-lorraine/sonnet-pour-le-centenaire-n-0075-le-monument-du-15e-corps-a-vassincourt-55/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 septembre 2016

Auguste Caremil du 111e R.I. (2/4)

SUITE 2/4

caremil-a

    

Résumé:
Dimanche 13/09 : BAR-LE-DUC à VASSINCOURT, nous poursuivons l'armée allemande que nous avons mise en déroute à VASSINCOURT, REMBERCOURT 15h30 BLANZEE nous marchons depuis le matin et nous continuons toujours. Enfin après avoir traversé maints villages complètement brûlés et pillés (c'est un spectacle lamentable) nous croyons toucher au but et nous reposer, il est 18h00. Nous recevons l'ordre de revenir en arrière pour cantonner dans un autre pays, c'est 5 km de plus à faire, nous les faisons très lentement à cause des troupes qui viennent en sens inverse. Nous finissons par passer la nuit en plein champ sous la pluie, je suis éreinté.

     Auguste Caremil
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Lundi 14/09 : Réveil à 03h00 et départ. Nous croyons marcher sur VERDUN et nous changeons de route. Enfin après huit heures de marche nous arrivons à BLERCOURT. Trempés, nous avons de la paille et du foin dans une grange. En profiterons-nous ?


Mardi 15/09 : Nous avons couché à BLERCOURT. Nous quittons notre cantonnement à 06h00 et nous marchons à travers champ jusqu'à GERMONVILLE, nous sommes depuis trois quarts d'heure au repos devant le village sans pouvoir y aller. Il y a avec nous presque un corps d'armée, nous attendons les ordres. Nous partons et nous venons coucher à MARRE.

marre


Mercredi 16/09: nous devions coucher hier mardi dans les champs, heureusement pour nous, l'ennemi a été arrêté par les autres armées qui devaient le rabattre sur nous. Nous sommes en ce moment sous les forts de VERDUN. Entre MALANCOURT et CUMIERES, il est 16h00 et nous n'avons pas encore bougé bien que les obus fassent rage autour de nous. Un capitaine d'artillerie et trois artilleurs sont l'un tué et les autres blessés. Le 112e a été atteint sérieusement et il n'est pas éloigné de nous. Il paraît que nous devons cette grêle d'obus à un espion qui a été pris à CHATTANCOURT entrain de faire des signaux à l'ennemi.


Jeudi 17/09 : Nous avons passé la nuit en plein air, il faisait vraiment très froid. Ce matin la compagnie reçoit l'ordre d'aller occuper une ferme appelée "le Moulin", voisine de BETHINCOURT. A l'approche de la ferme les obus pleuvent et nous sommes obligés de rentrer sous bois, ensuite nous allons occuper notre poste un par un. Là, je reçois une mission spéciale, il faut que j'aille avec quatre hommes dire au capitaine de la deuxième compagnie qui occupe BETHINCOURT que nous sommes ses voisins. Le village est en flamme, comme nous arrivons à sa hauteur une vive fusillade nous arrête, les mitrailleuses donnent et nous sommes obligés de nous coucher sur le chemin. Les canons allemands partent devant nous à faible distance et leurs obus éclatent à 20 m derrière nous. Enfin notre artillerie s'en mêle et après un long quart d'heure de canonnade nous pouvons en rampant atteindre le village. Tout brûle ici, nous passons dans les rues au milieu des flammes. Poulets, cochons, vaches courent pêle-mêle et nous ne trouveront qu'un bon pauvre vieux qui n'a pas pu abandonner le pays. Je n'ai pas encore trouvé le capitaine et je ne le trouverai pas puisque j'apprends qu'il a battu en retraite de 1500 mètres. Je retourne au Moulin de BETHINCOURT, mauvaise nuit passée sous les obus, trois qui tombent à côté de notre grange n'éclatent heureusement pas car nous aurions sauté. je me recommande à Dieu et à la Vierge et je pense plus que jamais à ma famille.

 

Raffecourt1

                            situation du Moulin de Raffecourt, souvent appelé Moulin de Bethincourt


Vendredi 18/09 : Nous procédons à une bien triste cérémonie. Un caporal du 112e qui a été tué la veille est enterré par quatre hommes. Quatre autres présentent les armes et toute la compagnie ensuite salue militairement ce pauvre camarade mort pour la patrie. Je n'avais jamais entendu comme oraison funèbre le bruit sourd du canon et le crépitement des obus qui éclatent. Que c'est triste ! Nous venons de quitter le Moulin de BETHINCOURT ; ma section est restée la dernière pour attendre la compagnie qui doit nous remplacer. Je suis étonné de voir arriver le restant du dépôt que nous avons laissé à ANTIBES. Je vois Martin et n'ai pas le temps de lui demander des nouvelles. Demain je l'espère nous nous reverrons, nous aurons le temps de causer. Nous voici dans les champs, une batterie allemande nous repère et nous envoie deux volées d'obus qui ne nous atteignent pas. La compagnie qui nous précédait de peu, a eu huit blessés, ce qui nous fait onze depuis hier matin. Maintenant nous sommes en arrière dans des tranchées et près de CHATTANCOURT, je crois que nous cantonnerons au village.


Samedi 19/09 : Nous avons cantonné au village, nous avons enfin mangé convenablement. Il y avait plus de deux jours que nous vivions de pain, biscuits et viande de conserve. Nous attendons et faisons pendant ce temps un bon pot au feu. Le soir nous partons pour aller coucher à MARRE.


Dimanche 20/09 : On nous réveille à 02h00 du matin et nous partons. Les Allemands nous ont attaqués. La 30e division est devant nous et la fusillade est très vive. Nous sommes en réserve et attendons les ordres dans un pré, nous avons les pieds trempés et il fait froid. Nous passons la journée en plein champ sous une pluie torrentielle. A la nuit nous faisons 25 km pour aller cantonner à FROMEREVILLE, nous nous couchons à 01h00 le matin et repartons à 05h00.


Lundi 21/09 : Nous passons à DOMBASLE en ARGONNE, nous nous arrêtons à RECICOURT et après la pause nous allons à PAROIS où nous cantonnons.

Parois4



Mardi 22/09 : Avons pris une bonne nuit coupée par une fausse alerte. Il est midi et nous sommes prêts à partir. Le départ a lieu à 14h00. Nous faisons 6 km et nous voilà à NEUVILLY et nous faisons la pause tout en reprenant contact avec l'ennemi.


Mercredi 23/09 : Nous sommes revenus à PAROIS, j'en suis à me demander ce que l'on veut faire de nous. Nous y passons la journée et le soir à 18h00 nous venons protéger l'état-major et nous couchons en plein air.


Jeudi 24/09 : Nous venons à AUBREVILLE et nous le quittons immédiatement pour venir sur la ligne de feu. Nous sommes en face de l'ennemi à 800 m. Nous creusons des tranchées dans un terrain argileux très difficile à travailler. De temps en temps quelques coups de feu. Enfin les tranchées sont prêtes, les petits postes en place et comme je suis sergent depuis hier je reste avec ma demi-section. Mauvaise nuit. Nous avons dissimulé les tranchées sous des branches, mais le froid se fait sentir et comme la nuit précédente, j'en souffre beaucoup. Nous n'avons rien mangé depuis 36 heures ; En arrivant nous faisons une bonne soupe avec du riz et un potage de conserve. Nous faisons bouillir quelques pommes de terre et c'est tout notre repas. A la nuit on distribue le pain (…) que nous mordons à belles dents et nous essayons de dormir ensuite.

Vendredi 25/09 : Nous sommes debout depuis 04h00 du matin, nous faisons le café et nous cuisons la viande que nous mangerons dans un instant, les fusils et cartouches près de nous qui sommes attentifs à ce qui se passe dans le bois en face. A 16h00 la fusillade commence les Allemands nous tirent dessus. Pour cacher notre effectif nous ne répondons pas à leur feu. Personne n'est blessé car les tranchées nous abritent bien. On devait nous relever, mais devant cette attaque, pour ne pas faire de mouvement de troupes, on nous laisse, ce qui fait trois nuits à masser à la belle étoile.


Samedi 26/09 : La nuit a été très froide, mais exempte de faits. Je souffre beaucoup du froid. Ce matin et cet après-midi nous supportons une vive fusillade et les obus tombent dru. Nous gardons nos positions. Je crois que l'ennemi se retire vers notre gauche. Réussira-t-on à le déloger de MONTFAUCON où ils sont fortement retranchés ? Nous attendons la relève. La relève ne vient pas et nous restons. Je suis placé en petit poste avec trois escouades devant l'ennemi. Nous les entendons toute la nuit aller et venir, mais ils ne nous attaquent pas.


Dimanche 27/09 : Au réveil on relève mon poste. Je retourne avec mes hommes à ma tranchée. Nous apprenons que nous resterons encore ici plusieurs jours. Nous allons attaquer l'ennemi. L'artillerie prépare le terrain et nous attendons le moment favorable. Deux armées ont livré un grand combat sur notre gauche, de ce combat le sort de la victoire dépendra. Nous devons tenir une armée ennemie, celle qui est devant nous, c'est notre rôle, nous tacherons de le remplir de notre mieux et Dieu fasse que la paix soit prochaine.

Aubreville-vue-generale




Lundi 28/09 : La nuit de dimanche à lundi a été assez tranquille. Fin d'après-midi après un duel d'artillerie, nous avons commencé l'attaque. La fusillade est vive de part et d'autre. Je crois que nous n'avons aucun blessé, les chasseurs ont avancé sur la gauche pour pousser l'ennemi vers nous. Nous sommes toujours dans les tranchées en expectative. De temps à autre la fusillade éclate ce qui ne nous empêche pas de faire la soupe et le café et de manger assez tranquillement. Voilà cinq nuits que nous passons à la belle étoile et il fait rudement froid. Je crains fort qu'on ne vienne pas nous relever aujourd'hui et ce soir nous dormirons probablement ici. Nous sommes au nord d'AUBREVILLE et nous avons AVOCOURT à l'ouest.

                                                                 à suivre----------------------

 

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25 septembre 2016

Général TOCANNE - EXPOSITION A CESSON (77)

CESSON (77) Galerie Guy Michel Boix
Jusqu'au 1er octobre 2016

 

Il ne reste plus que quelques jours pour visiter l'exposition consacrée au Général TOCANNE,  commandant la 57e brigade d'infanterie du XVe corps d'Armée en août 1914.

Général TOCANNE - PARCOURS D'UN ENFANT DE CESSON

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POUR EN SAVOIR PLUS :
- Exposition à Cesson 
- Hommage au Général Tocanne

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11 septembre 2016

Auguste Caremil du 111e R.I. (1/4)

Par MoniqueB

En 2005, le carnet d'Auguste CAREMIL a été présenté sur le forum du 15e corps et a été publié dans diverses revues.

Il m'a semblé intéressant, à l'approche de l'anniversaire de la bataille de la Marne et des combats de Vassincourt, de le mettre en ligne sur ce site dédié aux héros du Midi.

Et d'abord pour en savoir plus sur le personnage : 

 

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Auguste Jules CAREMIL est né à Grasse (06) le 30 novembre 1881,
fils de Nicolas Joseph et d'Antoinette Clara SICARD, qui habitent rue Porte Neuve.

Cuisinier de métier il travaille dans des palaces de la Côte d'Azur et à l'étranger.

De la classe 1901, il effectue son service militaire au 99e R.I. 
Il est nommé caporal le 24 mai 1903.

En 1911 il épouse Marie-Louise RICORD.
Un fils naît en 1912, une fillette en 1913 et un autre fils en juillet 1914.

A la mobilisation, il rejoint le dépôt du 111e R.I. à Antibes.
Le 25 août, un renfort de 847 hommes (dont CAREMIL) + 13 officiers et sous-officiers,  rejoint le régiment particulièrement décimé après le combat de Dieuze.

CAREMIL est un bon soldat. Sa bravoure lui vaut d'être nommé sergent le 23 septembre 1914, puis adjudant le 9 novembre 1914.

Il meurt au combat le 21 décembre 1914.

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Le carnet a été retrouvé et transcrit en 2002 par son petit-fils Jean-Luc, qui en fait la description :


"C'est un petit carnet à couverture de toile noire d'une quarantaine de pages, de dimensions 8x11 cm.
A l'intérieur de la couverture il est écrit au crayon : "29e Cie – 13e escouade – Carnet de Prêt".
En première page quelques notes, un plan de coupe d'une tranchée avec les cotes, au verso est inscrit : "8e escouade – caporal CAREMIL" et une liste en deux colonnes d'une vingtaine de noms.
Les quatre dernières pages ainsi que la deuxième couverture sont occupées par des notes, listes de noms et plusieurs autres plans de tranchées. Tout le reste du carnet est parcouru d'une écriture serrée au crayon, de couleur violette. Ce sont des notes au jour le jour, datées du 25 août au 14 décembre 1914.

Le 111e R.I. d'ANTIBES (régiment d'infanterie où était incorporé Auguste CAREMIL) avec le 40e de NIMES, le 58e d'AVIGNON, le 112e de TOULON, le 141e de MARSEILLE et le 173e de la CORSE, composaient le 15e C.A. (corps d'armée) au sein de la 2e ARMEE du général CASTELNAU. La mobilisation générale venait d'être décrétée le dimanche 2 août 1914.
Toute l'action de ce journal s'inscrit dans ce qui est historiquement connu sous le nom de "Bataille des Frontières" et qui va durer de très longues années.

Je voudrais dire l'émotion que j'ai ressentie à la découverte de ce manuscrit qui n'avait jamais été lu depuis 1914. On y trouve des mentions laconiques sur le quotidien du soldat, mais aussi un récit détaillé de la situation, avec de la compassion et une profonde foi chrétienne, l'espoir d'une guerre rapide et la volonté de comprendre le sens de l'action, des interrogations sans que jamais perce le désespoir.

En voici la transcription, intégrale à un ou deux détails près, que je n'ai pu déchiffrer, et qui sont alors entre parenthèses. J'ai dû rétablir, en reconstituant le calendrier de 1914, les dates et les jours qui étaient en pleine confusion au tout début de ce journal.
J'ai rectifié la toponymie en m'aidant de la carte Michelin "n° 307 LOCAL" (Meurthe et Moselle, Meuse, Moselle).
Cette carte permet de suivre l'itinéraire en arc de cercle, dans le sens sud / sud-ouest / ouest jusqu'à VERDUN.
Pour la compréhension de ceux qui ne sont pas de la famille proche je précise que LOUISE est ma grand-mère, femme d'AUGUSTE, mon grand-père (auteur et acteur de ce récit). Né en 1881 à GRASSE Auguste CAREMIL était chef de cuisine, en 1914, à l'Hôtel de Grande Bretagne" au CANNET, qui existe encore aujourd'hui, mais en moins important, après reconstruction.
Lisette, ma tante née en 1913 et Jean, mon père qui venait de naître le 4 juillet 1914, sont les deux enfants.



Jean-Luc CAREMIL

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1914

Départ d'ANTIBES mardi 25 août.

Arrivée mercredi 26 à 02h00 du matin VEZELISE et à 06h00 TANTONVILLE, départ TANTONVILLE pour St MARD, arrivée après 30 km de marche.

vezelise-gare




Jeudi 27 : départ St MARD à 02h00, après-midi arrivée à MEHONCOURT à 17h15, vu Germain CARLAVAN et première sépulture de soldat.


Vendredi 28 : constitution du régiment actif, premiers obus dirigés sur nous pendant la soupe. Tout le jour canonnade, travail aux tranchées. Soir : départ des positions, nuit passée à LAMATH.


Samedi 29/08 : la canonnade reprend, levés depuis 3h00, attendons le départ et faisons le café. Matin : exercices école de bataillon et école de section. A 14h00 départ pour les avant-postes, nous passerons la nuit en sentinelle devant l'ennemi. Nous voilà dans les tranchées. A la nuit tombante un avion nous signale aux Prussiens qui sont à 500 mètres de nous. Une grêle d'obus éclatent sur nos têtes, j'ai caché la mienne sous mon sac et à chaque explosion je suis heureux de me retrouver entier, trois hommes sont éventrés, un quatrième blessé.


Lundi 31/08 : nous passons la journée dans le bois. A 18h00 je prends le commandement d'un petit poste et nous voilà en sentinelle devant les Prussiens, nous passons la nuit sac au dos, les obus nous épargnent.


Mercredi 2 septembre : 03h00 la fusillade crépite, personne n'est touché. A 15h00, un obus à mélinite tombe à côté de ma section, un homme est blessé. Le soir nous couchons sur la terre, en plein air.


Jeudi 3/09 : au réveil les obus font rage autour de nous, j'écris sous la mitraille et nous attendons les ordres. 07h00 départ pour LAMATH poursuivis par les obus. Passons la journée entre XERMAMENIL et LAMATH. Déception, la compagnie assure la garde d'un pont, nous logerons encore en plein air sous les obus allemands. A 23h00 alerte, nous partons à 24h00 et après trois heures de marche, faisons le café à BAYON 15 km de LAMATH en arrière de la frontière. Je pense que nous serons dirigés sur la Belgique.

lamath




Vendredi 4/09 : arrivés à BAYON à 03h00 repos toute la journée, attendons des ordres. Les ordres sont arrivés nous quittons le pays à 20h00 pour HAMMEVILLE, encore 22 km à ajouter à ceux faits ce matin, la moitié du bataillon reste et nous nous retrouvons difficilement samedi 5 septembre à 03h00 du matin à l'arrivée. Nous devons partir pour VAUCOULEURS à 19h00, 35 km en perspective.


Samedi 5/09 : avons passé la nuit à …HAMMEVILLE. Partis à 5h00 passons à GOVILLER-CREPEY-COLOMBEY ; avons passé la nuit à HOUSSELMONT.


Dimanche 6/09 : départ d'HOUSSELPONT à 03h00, PAGNY LA BLANCHE COTE, CHAMPOUGNY, MAXEY SUR VAISE, arrivés à GERAUVILLIERS à 12h00, départ à 15h00 pour MAUVAGES 7 km de plus, total 33 dans la journée. Avons embarqué à 18h00, attendons le départ du train, débarqués à NANCOIS, TRONVILLE à 23h20, 3 km en plus et nous arrivons à SILMONT où nous ne pouvons nous coucher qu'à 1h00 du matin.


Lundi 7/09 : départ à 03h00 LONGEVILLE à 06h30, BAR-LE-DUC à 09h30, réception enthousiaste des habitants, recevons du vin des confitures, du pain qui tombent à pic car il y a 36 heures que nous n'avons pas mangé. Départ de BAR-LE-DUC pour les positions. L'ennemi est à quelques kilomètres, l'attaquerons probablement demain. Total des kilomètres en 24 heures, sans avoir dormi : 50. Les positions occupées par la 29e division sont les bosses de VEEL. Départ des bosses de VEEL à 19h30, campement en plein champ. Désigné avec 4 hommes dévoués pour former un petit poste. Fusillade et canonnade de nuit.


Mardi 8/09 : La compagnie garde la ferme à proximité de la route de GOULOT  
(note 1) où nous avons l'artillerie qui s'apprête au combat. Le combat est acharné, je pense que c'est aujourd'hui la Notre Dame. Les obus font rage autour de nous, nous maintenons notre position, nous partons ensuite en éclaireur sur BEURREY. Nous y voilà. Je garde avec 4 hommes la route. Le sergent de ma section garde un pont avec le restant de la section. Les obus ne cessent de tomber. Je me recommande à Notre Dame. Nous passons l'après-midi ici. Les Ulhans approchent, nous ne pouvons y tirer dessus. Le soir à 19h00 nous revenons sur nos pas pour rejoindre le bataillon qui nous avait perdus. C'est une chance pour nous que notre capitaine ait mal compris les ordres, car le régiment a perdu plus de 400 hommes pendant la nuit. Nous avons couché dans la ferme que nous gardions le matin, nous ne sommes pas très rassurés, car quelques instants avant notre arrivée un obus est tombé dessus et a tué 3 blessés parmi tous ceux qui y étaient couchés.

note 1- la ferme du Goulot se trouve entre Couvonges et Veel, au croisement de la D146 et de la D2.


Mercredi 9/09 : Le capitaine fait prévenir la section afin qu'elle aille rejoindre les trois autres. Nous nous mettons en route sous bois et sous la mitraille. MOUTET de Grasse vient nous donner la direction, mais le capitaine a encore oublié de laisser un homme de liaison pour nous indiquer la route à suivre ce qui fait que nous sommes encore seuls. La fusillade bat son plein, la route est jalonnée de blessés qui attendent des soins, c'est un spectacle épouvantable à voir. Dans l'après-midi nous rencontrons un capitaine qui après l'assaut du matin s'était égaré, nous faisons route ensemble et après maints détours dans les bois nous pouvons rejoindre notre régiment. Nous passons l'après-midi et la nuit dans la tranchée sous une grêle d'obus, un soldat du 220 qui nous avait rejoints a été tué à côté de nous. Les éclats tombent de toute part, c'est miracle que de n'être pas atteint.


Jeudi 10/09 : Nous sommes toujours dans les tranchées, nos canons tonnent depuis ce matin. Les Prussiens ne répondent pas, je me demande ce qu'ils comptent faire. Nous avons fait le café ce matin, il y avait cinq jours que nous n'avions rien mangé de chaud. Maintenant nous venons de manger la soupe et des pommes de terre frites, nous allons reprendre le café. J'oublié de dire que hier au soir vers 06h00 il nous est arrivé 150 hommes (note 2) du dépôt d'ANTIBES. Notre capitaine a été tué mardi soir d'une balle au front, on l'a enterré hier matin. Nous avons repoussé l'ennemi et avons avancé de 1500 mètres. Nous passons la nuit dans d'autres tranchées ne avant, sous la pluie.

note 2 - le renfort comprenait 113 hommes de troupe + 1 officier + 11 sous-officiers.


Vendredi 11/09 (Annotation en marge "bataille de VASSINCOURT") : Le soleil se montre enfin, il est 07h00, nous sommes trempés et plein de boue, aurons-nous le temps de nous sécher ? La canonnade commence mais très irrégulièrement. Nos tranchées sont à la droite du village de VASSINCOURT que les Allemands occupaient il y a trois jours. Il ne reste que les murs, les meubles sont éventrés, tout a été incendié, c'est un spectacle lamentable à voir. Nous quittons les tranchées ce matin pour faire une marche en avant. Nous voilà arrivés à MUSSEY. Les Allemands ont abandonné le village hier au soir. Les habitants qui ne tarderont pas à revenir ne seront pas si malheureux que ceux de VASSINCOURT, les dégâts sont insignifiants. Nous quittons MUSSEY à 14h00 et nous venons cantonner à FAINS, arrivée à 18h30. (Marie VANOLA à FAINS. Meuse. Rue du château n°10)


Dimanche 13/09 : BAR-LE-DUC à VASSINCOURT, nous poursuivons l'armée allemande que nous avons mise en déroute à VASSINCOURT, REMBERCOURT 15h30 BLANZEE nous marchons depuis le matin et nous continuons toujours. Enfin après avoir traversé maints villages complètement brûlés et pillés (c'est un spectacle lamentable) nous croyons toucher au but et nous reposer, il est 18h00. Nous recevons l'ordre de revenir en arrière pour cantonner dans un autre pays, c'est 5 km de plus à faire, nous les faisons très lentement à cause des troupes qui viennent en sens inverse. Nous finissons par passer la nuit en plein champ sous la pluie, je suis éreinté.

                                                                                                   à suivre -------------------

Pour en savoir plus sur la Bataille de Vassincourt :
https://vassincourt.wordpress.com/2014/03/02/la-bataille-de-vassincourt/
http://badaboo.pagesperso-orange.fr/Residences/Vassincourt/VAS_ART001.htm
http://memoires52.blogspot.fr/2011/01/coup-darret-dans-le-triangle-6-11.html
http://1914ancien.free.fr/palat_16.htm
http://1914ancien.free.fr/hanot111.htm


 

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