Sur les traces des "Midis" du XVe Corps - guerre 1914-1918

13 novembre 2017

A FORCALQUIER (04), HOMMAGE AU XVe CORPS

Forcalquier, 11 novembre 2017 : 
Cérémonie au Monument aux Morts accompagné de l'Echo Forcalquiéren pour l'anniversaire de la fin de la Grande Guerre. Les enfants des écoles déposeront des fleurs et chanteront LA MARSEILLAISE.
Dévoilement d'une plaque en hommage au XVe corps.

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Un nouveau "rond-point du 15e corps" dans le 13

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Le 11 novembre 2017, VITROLLES (13) a inauguré le ROND POINT DU 15e CORPS, au coeur de la ville. 
C'est la 23e ville en France a rendre hommage aux soldats provençaux du 15e Corps, lâchement calomniés après le combat de Dieuze, le 20 août 1914.

 

Rond point XV-2017

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11 novembre 2017

POEME : LA VICTOIRE

de Marcelle Davet-Dutemps
           1886-1968

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La Victoire

La Victoire a chanté l’hymne de la délivrance.
Elle a couru les vals, les plaines et les monts.
Sa grande aile a passé sur la terre de France...
La Victoire a chanté jusqu'au creux des sillons.

Elle a vibré dans l’air ainsi qu’une fanfare,
A sa voix sont partis tous les oiseaux de mort.
Elle a fait fuir au loin la cohorte barbare...
La Victoire a plané d’un merveilleux essor.

Elle a pris par la main sa noble soeur: la Gloire!
Et la Gloire a baisé le front de nos soldats.
Ainsi, vers chacun d’eux s’est penchée la Victoire...
Elle a mis un frisson dans le coeur de nos gars.

La Victoire a brillé dans les beaux yeux des femmes,
Le long des clairs berceaux elle a mis un espoir. 
Les mères l’ont sentie passer jusqu’en leur âme...
Les vierges ont souri dans la douceur du soir.

Puis, dans le vaste ciel ouvrant ses larges ailes,
Au-dessus d’humbles croix... au-dessus des tombeaux...
Comme pour réveiller leurs âmes immortelles,
La Victoire a chanté la chanson des Héros!...


 

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03 novembre 2017

LE 15e CORPS SE RACONTE A... PLAN DE LA TOUR (83) LE 11 NOVEMBRE

 

Invité par la Municipalité de Plan de la Tour (Golfe de Saint-Tropez), Maurice MISTRE, spécialiste du 15e corps et de la bataille de Dieuze, donnera une conférence sur son sujet favori, le 11 novembre 2017, à 15h au Foyer des Campagnes

 

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01 novembre 2017

POEME : PRO PATRIA

Rita del Noiram
Septembre 1914
Des accords sur le luth, 1920

ProPatria - Copie

 

PRO PATRIA

C'est un fils du soleil, un enfant de Provence,
Et sa taille bien prise comme un jeune aubépin,
Oeil de jais, teint bronzé sous le béret alpin,
Habile aux jeux d'amour, prompt à venger l'offense.

Sur la Marne, choc rude ! Il faut garder l'avance,
L'orchestre bavarois fait rage ce matin ;
Dans l'ombre des taillis, au repli du chemin,
La Mort s'embusque et rode en traitre connivence.

Tel un éphèbe grec, au jour du Marathon,
Le chasseur est tombé sous un obus teuton,
La soif le brûle... et rien ne peut calmer sa fièvre.

Mais stoïque il s'endort du suprême sommeil,
Car son rêve croit voir, dans un halo vermeil,
         La victoire en chantant, le baiser sur la lèvre.        

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11 octobre 2017

Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-5- 289e R.I.

Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

...suite et fin

Attaque générale du 20 août.

Le 20, à 5 heures du matin, notre préparation d’artillerie se déclenche d’un seul coup. Toutes les pièces donnent à la fois, je ne sais à quelle tempête, à quel bruit comparer ce tir d’artillerie, c’est inimaginable, indescriptible. Toute la terre tremble, une pluie d’éclats fait ressembler le sol à la surface de l’eau par temps d’orage de grêle ; cette préparation doit durer exactement 2 heures ; les Allemands répondent mais ils ont nettement le dessous.

Un peu avant 7 heures, le lieutenant chef de section me nomme de garde dans la tranchée, mais il n'y a pas 5 minutes que je suis de faction qu’un obus éclate devant moi et me renverse sur l'autre paroi de la tranchée sans cependant ne me faire aucun mal. Il va être 7 heures, les camarades sortent de la sape, se répandent dans la tranchée, le lieutenant tient sa montre à la main, nous avons tous les yeux fixés sur lui, et à 7 heures précises : « allez, les gars, dit-il, c’est l'heure, tout le monde dehors », et le premier, il enjambe le parapet, tous nous faisons comme lui. Nous devons progresser derrière notre barrage d’artillerie qui avance seulement de 100 m. en 4 minutes « ne vous groupez pas » dit encore le lieutenant, « gardez vos intervalles, à 4 pas les uns des autres et suivez-moi ».

Pour commencer nous descendons le mamelon au sommet duquel nous nous trouvions et nous avançons un peu trop vite de sorte que 2 ou 3 camarades de ma section sont blessés par notre propre artillerie; le plus atteint est le breton de mon escouade dont un éclat traverse la jambe juste au-dessus du genou et il est obligé de s'arrêter, il se fait évacuer, je le plains de tout mon coeur : « quel dommage pour lui, pensais-je, il ne verra pas la belle fête à laquelle nous allons ! » Un instant après je reçois moi-même un éclat sur le bras droit mais la blessure n’est que superficielle, je ne dis rien et continue à avancer avec les autres. Au bas du mamelon il y a un terrain marécageux et parsemé de trous de marmites. Mon tireur tombe dans un de ces trous et n’arrive pas à s'en sortir car il est petit et court sur jambes, alors je l'aide et il s’en tire mais il est plein de boue et ne peut marcher assez vite, je prends donc le fusil-mitrailleur et ainsi nous nous mettons à marcher à la hauteur des autres.

Je prends une mitrailleuse.

 

Fusil mitrailleur 1915

 

Après avoir traversé ce terrain marécageux il faut monter un autre mamelon couvert de taillis parsemés de clairières. Mais pendant que nous nous dépêtrions de notre marécage notre barrage d’artillerie a continué sa progression et maintenant nous sommes assez loin derrière lui. De plus il faut monter, et à travers les taillis on ne va pas vite comme en terrain libre et forcément nous sommes en file indienne.

Soudain je me trouve nez à nez avec une mitrailleuse allemande, les 3 mitrailleurs ne nous attendaient sans doute pas à ce moment, (ils étaient dans leur trou, derrière leur mitrailleuse). Quand ils m’aperçoivent j’ai déjà le fusil-mitrailleur braqué sur eux à 1 mètre de leur poitrine ils font camarade, c’est normal. Je garde mon fusil-mitrailleur braqué sur eux et attend qu’ils défassent leur ceinturon pour leur faire signe de passer derrière nous. (Tout soldat qui se rend doit déposer les armes et aussi son ceinturon car le port du ceinturon est signe que l'on est en « service », or le prisonnier renonce au service il doit donc se défaire du ceinturon). Mais les pauvres types sont tellement troublés de se voir dans pareille situation qu’ils ne pensent pas à défaire leur ceinturon, ils lèvent les bras et crient : « Kamerad ! Kamerad ! » . D’une main je leur fais le geste de défaire les ceinturons mais les camarades qui sont derrière moi et qui ne risquent rien puisqu’ils sont derrière, si quelqu’un pouvait risquer quelque chose c'était moi qui était face à face avec les allemands, mais j’étais bien tranquille, ils ne risquaient ni de me faire de mal, ni de s’échapper. Mes camarades donc qui sont derrière moi, s’impatientent (ils étaient sur le front depuis 5 ou 4 ans) et tirent, un Allemand tombe mort, le 2ème a un bras traversé par une balle, mais de son bras valide il se hâte de défaire son ceinturon et le 3ème a compris tout de suite il a quitté son ceinturon, on les laisse passer derrière nous. Je peux dire ainsi que… sans le faire exprès mais en toute vérité j'ai pris une mitrailleuse et fais, prisonniers les servants.

Pendant des années et des années j’ai pensé que mes camarades qui avaient tiré sur ces Allemands qui se rendaient, étaient des assassins et cette pensée me torturait, car enfin ces Allemands étaient des hommes comme nous. Ils avaient eux aussi un papa, une maman qui les attendaient… Ils avaient des frères, des soeurs, des amis, une femme peut-être et des enfants. Pourquoi donc les tuer ainsi ? Ils ne pouvaient plus nous faire de mal et ils ne demandaient qu’à vivre. Ce n'est que longtemps après que j'ai compris ce que j'ai dit plus haut, que la guerre (et c'est l’un de ses grands maux) risque de faire oublier et fait oublier à certains de ceux qui la font depuis longtemps le respect des choses et des gens et même de la vie humaine, alors j'ai excusé mes camarades mais j'ai un peu plus détesté la guerre.

Le Capitaine WELSCHINGER.

Cne WelschingerAprès cet incident nous reprenons notre marche en avant et voilà qu'on aperçoit des allemands qui se sauvent. Notre Capitaine, Capitaine LAURENT (c'est un ancien sous-officier de carrière, il a un fusil à la main comme un simple soldat) se met à crier : « baïonnette au canon ! Faites passer baïonnette au canon ! » Mais des baïonnettes il y en a bien peu qui en ont, un ou deux par escouade peut-être, alors les Allemands ont le temps de se sauver. D'ailleurs à ce moment notre tir de barrage étant très loin en avant de nous, les mitrailleurs allemands qui n'ont pas été touchés sortent de leurs trous et de tous côtés tirent sur nous, nous avançons dans une nappe de balles.  

J'ai devant moi le Capitaine WELSCHINGER, très aimé de tous, officiers et soldats, à son baudrier il a son étui de revolver mais à la main il n'a qu'une canne et il avance comme cela. J'avance derrière lui mais à un moment je ne sais pourquoi, je regarde en arrière et je m'aperçois que nous sommes tous les deux en avance de 100 mètres sur les autres qui se sont arrêtés, un genou à terre et attendent que le feu des mitrailleuses ennemies soit un peu moins violent. Nous arrivons à la lisière d'une clairière, je fais mine de m’arrêter car malgré tout je ne veux pas que les camarades s'imaginent que je veux faire le brave. Le capitaine WELSCHINGER se rend sans doute compte de ce qui se passe dans ma tête car il me dit : « continuez avec moi, vous n'allez pas me laisser avancer seul ? » En l'entendant ainsi parler je pense au fond de moi-même : « Il se croit au cinéma, le capitaine ! » Mais bien sûr je ne le laisse pas seul, j'avance avec lui.

 Nos remerciements à Henri WELSCHINGER
petit fils du Capitaine WELSCHINGER
qui a bien voulu nous communiquer une photographie de son grand-père

Extraits de l’historique du 289ème Régiment d’Infanterie (ndr)

Le 18 août, à 18 heures, le 289e reçoit comme objectifs d’attaque :

- 1° un objectif normal (tranchée de la Socialdémokratie et de Landrath)

- 2° un objectif éventuel jalonné par une série de creutes (sic).

Précédemment, le 289e a été avisé à 12 h. 15 que le front d’attaque a été étendu. En conséquence, le 4e bataillon prendra part à l’attaque en prolongeant à droite le 5e bataillon.

A 18 heures, les trois bataillons mènent rapidement l’attaque. Les 5e et 6e bataillons s’établissent sur l’objectif normal et poussent des postes sur l’objectif éventuel. Le 4e bataillon se heurte devant son centre à deux îlots de résistance qui tiennent pendant une heure. Il atteint enfin son objectif. Les prisonniers faits au cours de l’avance appartiennent à la 202e division : 408e, 411e, 412e régiments d’infanterie.

Cette opération du 18 au soir terminée et les premiers objectifs atteints, le régiment se prépare à prendre le dispositif prévu pour le jour J. Les 5e et 6e bataillons en ligne, 4ebataillon en réserve d’infanterie divisionnaire, 36e bataillon sénégalais à la disposition du régiment.

Le 19, au point du jour, une reconnaissance du 6e bataillon est poussée sur Audignicourt, une du 5ebataillon sur Vézin. Elles confirment la présence de l’ennemi au bas des pentes nord du ravin d’Audignicourt-Le Mesnil.

Le 20 août, jour J, à l’heure H (7 h. 10), les 5e et 6e bataillons, précédés par un barrage roulant, dévalent le ravin d’Audignicourt malgré le tir d’artillerie ennemie et les feux des mitrailleuses. En raison des difficultés du terrain, les vagues d’assaut ne peuvent coller exactement au barrage et subissent des pertes du fait des mitrailleuses ennemies qui garnissent les pentes.

Le 5e bataillon gagne les abords du village du Mesnil sous de violentes rafales de mitrailleuses partant de la creute (sic) du Mesnil ; un canon contre tanks tire de la lisière et arrête la progression aux abords du village ; finalement il est enlevé et 80 Allemands sont faits prisonniers.

Le 6e bataillon prend pied sur les pentes nord d’Audignicourt ; la 21e compagnie commence l’encerclement de la creute (sic) du Mesnil. A 10 heures, la creute (sic) est enlevée et 200 Allemands faits prisonniers ; une dizaine de mitrailleuses et une batterie d’artillerie sont également prises.

Le capitaine adjudant-major WELSCHINGER, pendant toute cette progression, ne cesse pas un moment de marcher en tête du bataillon. Revolver au poing, il tient l’entrée d’un abri oblige une trentaine de Boches à se rendre.

Le 5e bataillon, malgré des pertes sensibles, reprend sa marche en avant ; il est arrêté à 200 mètres au nord de la creute (sic) par un feu intense de mitrailleuses ; toutefois, la 21e compagnie peut progresser par infiltration jusqu’à 1.000 mètres au nord de la creute (sic). Le 6e bataillon est lui aussi obligé de se terrer. A 11 h. 30, le 30e bataillon de Sénégalais et le 4e bataillon du 289e s’installent à la creute (sic) ouest du Mesnil ; le régiment reste sur ses positions jusqu’au soir 19 h. 30. Après une préparation d’artillerie et derrière un barrage roulant, les deux bataillons de tête (5e et 6e) se portent en avant et conquièrent la tranchée du Canal où 200 prisonniers sont capturés.

Le capitaine LAURENT, commandant la 21e compagnie est blessé à la fin de la deuxième attaque.

Le 21 août, la 55e division doit reprendre l’attaque à 7 h 30 ; le régiment a ses trois bataillons échelonnés en profondeur dans l’ordre suivant :
- 4e bataillon en première ligne -
- 6e bataillon en deuxième ligne
- 5e bataillon en 3e ligne (réserve de l’infanterie divisionnaire).
Le bataillon de sénégalais fournit des éléments aux 4e et 5e bataillons.

 

JMO289e-besson

extrait du JMO du 289e RI -Alfred Besson blessé (3e ligne)

 

Blessé

La clairière dans laquelle nous venons d'entrer n'est pas grande. A notre droite, un excellent abri allemand, vide; à notre gauche un trou d'ordures à moitié plein. Je fais encore 8 ou 10 mètres et soudain, sur ma droite, à 60 mètres une mitrailleuse allemande se démasque et me tire dessus. Une balle me traverse les deux cuisses, le choc me fait faire un quart de tour sur moi-même et je tombe; je sens une masse chaude et gluante dans mon pantalon au-dessus des genoux où les molletières le ferment, c'est mon sang, et la mitrailleuse continue de me tirer dessus, je vois les balles qui entrent dans la terre en soulevant un peu de poussière à 20 cm. de mon côté gauche. L’impression que l'on a quand on sert de cible à une mitrailleuse qui tire à 60 mètres de vous ? « Que ça finisse vite » et « Pourvu que ça dure ». « Que ça finisse vite » car ce n’est pas du tout intéressant. « Pourvu que ça dure » car les balles me ratent mais si le tireur fait le moindre mouvement ou si son pourvoyeur en enlevant la bande ou le chargeur ou en en mettant un autre, fait bouger tant soit peu le canon de la mitrailleuse je suis perdu. En même temps que ces deux pensées étaient dans mon esprit, je voyais aussi défiler en grands tableaux toute ma vie devant les yeux de mon âme et je fis mon acte de contrition, il était environ 9 heures du matin. Certains disent que lorsqu'on est sur le point de mourir on revoit en un clin d'oeil toute sa vie passée, quelques uns le nient, pour moi ce fut vrai.

La mitrailleuse cesse enfin de tirer car les camarades ont repris leur marche en avant.

J'épingle sur ma poitrine le fanion du Sacré-Coeur afin d'être reconnu comme français et catholique si je viens à mourir et je me traîne en rampant car des balles sifflent de nouveau, jusqu’ au trou d'ordures où je serai un peu protégé. Un caporal de ma compagnie, blessé lui-même au mollet, prend mon paquet de pansement individuel et me fait un pansement sommaire, heureusement le sang a de lui-même cessé de couler, je fais fonctionner mes jambes, elles fonctionnent normalement, donc rien de grave n'a été touché, je suis content.

 

Fanion Sacré Coeur - Copie

 

Du champ de bataille au poste de secours.

Dans les quelques heures qui suivirent nous eûmes beaucoup de blessés, les mitrailleurs allemands travaillaient bien, nos brancardiers eurent donc eux aussi beaucoup de travail !

Après avoir transporté les blessés au ventre, ils me transportèrent à mon tour dans l’abri qui était à côté. Je n'avais gardé que ma boite à masque et mon bidon de vin avant de ramper vers le trou à ordures, j'avais laissé ma capote avec mes papiers et mon portefeuille plein d’argent sur le terrain (nous avions « touché » quelques jours plus tôt notre prêt et des rappels d'indemnité et de primes de combat), cela ne m’intéressait pas, mais les brancardiers de ma compagnie allèrent chercher mes affaires et me les apportèrent.

L’abri était plein de blessés lorsqu’ arriva un camarade qui n'avait aucune blessure, il avait vu tomber autour de lui les uns après les autres tous ses compagnons alors, pris de peur, il avait fui la bataille et voulait déserter à l’intérieur. Il nous fit pitié à tous et essayâmes tous de lui remonter le moral et de le persuader de retourner au combat. Il hésitait toujours, tellement il était traumatisé par la mort de ses compagnons alors quelqu’un lui dit : « Et puis, tu sais, mon vieux, si tu fous le camp, tu n’iras pas loin, penses un peu ! Tu es sûr d’être pris et fusillé, tu n’y coupes pas ! Retourne donc à la compagnie, tu risques beaucoup moins ! »

Après avoir réfléchi un instant notre camarade partit, où alla-t-il ? Faire son devoir comme les autres sans doute mais jamais je n'entendis plus parler de lui.

Le soir, vers 8 heures, les brancardiers divisionnaires me transportèrent au poste de secours où un major me fit de vrais pansements. On me mit ensuite sur un autre brancard et avec trois autres blessés couchés comme moi on nous enfourna dans une petite voiture ambulance de la Croix-Rouge.

Du poste de secours à l'intérieur.

L'ambulance nous conduisit à l'hôpital d’armée installé dans le parc du château de Pierrefonds où les blessés ne cessèrent d’affluer ce soir du 1er jour de la grande offensive de l'armée MANGIN.

Le lendemain, 21 août, je passai sur la table d'opération et comme je mettais trop de temps pour m'endormir on commença à me "charcuter" alors que je n'étais pas encore endormi.

Depuis ce jour-là j'ai une forte prévention contre la table d’opération.

Quelques jours après je fus évacué sur Orléans. Là, on me mit dans une grande salle vitrée aménagée, me semble-t-il, dans la cour d'un Lycée; toute la journée j'avais le soleil sur la tête, on était mal soigné et mal nourri (inutile que je précise davantage), j'eus une hémorragie telle que sur le drap de lit je ne distinguais plus mes mains. Elles étaient diaphanes. Je fis alors cette promesse à la Vierge Marie: « si dans 3 mois je suis guéri, je vous promets d'aller à Lourdes ».

 

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Montauban hôpital mixte

 Je ne restai pas longtemps à Orléans, quelques jours seulement, car les blessés graves étaient de plus en plus nombreux, alors je fus évacué sur Montauban à « l’Hôpital Mixte », d'où, lorsque mes blessures furent suffisamment cicatrisées, on m'envoya pour 8 jours de pré-convalescence à Montbeton. Phénomène curieux, c’est à l'Hôpital Mixte de Montauban que j'ai eu ce que j'appellerai … l’âge de raison. Un après-midi, j'étais assis dans mon lit et soudain j’ai eu une lumière intérieure, j’ai compris un certain nombre de choses autrement que je les avais comprises et mon comportement extérieur en a été modifié, il est devenu celui d'un homme, il a cessé d’être celui d’un enfant, d’un collégien.

Permission. Lourdes. La Javie. L'armistice.

Après 8 jours passés à me promener dans le jardin de l’hôpital complémentaire de Montbeton on me délivre enfin ma permission de détente de 10 jours avec 10 jours de convalescence.

 

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                                                                L’hôpital complémentaire de Montbeton

Mon titre de permission ne m’autorisait pas à aller à Lourdes, mais je m'y autorisais moimême puisque j'avais promis à la Sainte Vierge d’aller la remercier à Lourdes si j'étais guéri en 3 mois et je l'étais en un peu plus de deux mois. Alors à Toulouse, je changeais de train et j’allais à Lourdes.

La Sainte Vierge m’a bien aidé encore dans ce voyage mais ce n'est pas la peine de dire comment elle l’a fait, elle a fait tellement de choses plus extraordinaires mais enfin elle a fait ça pour moi.

Après avoir fait mes dévotions à Lourdes, Je repris le train pour Toulouse d'où sans encombre je me rendis à mon village natal : La Javie, Basses-Alpes.

Je m'y trouvais le 11 novembre et c'est moi qui montais au clocher sonner la cloche à haute volée et longtemps pour annoncer la cessation des hostilités.

 

La Javie l'église en couleurs

 L’église de La Javie, c’est là que le 11 novembre 1918,
Alfred sonne la cloche à haute volée pour célébrer la fin de la Grande Guerre.

 Après la Grande Guerre.

 

BESSON Alfred militaire en permission, Abel en casquette à c

 

Alfred permissionnaire (en uniforme), au côté de son frère Abel,
en visite chez les cousins de Seyne les Alpes (ou de Selonnet).

 Postface

Les « aventures » d’Alfred ne se terminent pas avec la fin de la Grande Guerre.

Après l’armistice, sa Division ayant été dissoute du fait des pertes subies pendant les combats sur l’Ailette, il est affecté au 47ème RI en Alsace, puis comme stagiaire au Conseil de Guerre de la 20ème DI.

Au printemps 1919, en permission de détente il est à Marseille, remontant la Canebière il croise son ancien lieutenant chef de section à la 21ème Cie du 289ème RI. Celui-ci lui demande pourquoi il ne porte pas sa Croix de guerre. Alfred apprend qu’il avait été cité, toutefois tous les officiers avaient été mis hors de combat, et le seul cadre qui restait à la Cie était un sous-officier anticlérical qui tenait souvent des propos obscènes et qu’Alfred avait « mouché » publiquement plusieurs fois. Ce sous-officier se garda bien de faire suivre la citation...

A l’automne 1919, la 20ème DI rejoint Rennes et le Conseil de Guerre est dissous. La vie en caserne ne lui souriant pas, Alfred veut rejoindre l’Armée de l’amiral KOLTCHAK en Sibérie (Russes blancs, luttant contre les Bolchéviques), car "il s’y trouvait quelqu’un qu’il avait connu à son village natal », mais ses parents l’en détournent.

Des volontaires étant demandés pour le Maroc, il s’engage. Rassemblés à Bordeaux plusieurs centaines de soldats sont, dans l’attente de leur embarquement, condamnés à l’inaction pendant 3 à 4 semaines. L’oisiveté lui pèse, Alfred en profite pour travailler comme docker sur le port ! Le départ arrive enfin le 20 novembre 1919, il embarque sur « Le Figuig » pour Casablanca. Affecté au 1er Régiment de Tirailleurs Marocains, il « fera colonne » et participera notamment au combat de Mahajibat le 31 janvier 1920. Il sera « rendu à la vie civile » le 1er juin 1920.

Mobilisé en 1940, il prétend ne savoir ni lire ni écrire pour être envoyé au front, mais reconnu par un des cadres de réserve (il était le confesseur de sa mère !) il se retrouve au contrôle téléphonique, il engage ensuite de nouvelles démarches pour être envoyé au front ce qu’il obtient le 21 mai 1940 date à laquelle il rejoint le 71ème Bataillon de Chasseurs à Pied en Lorraine. Son unité connaitra le baptême du feu le 5 juin sur la Somme près de Faverolles, prise pour cible par l’aviation allemande. Puis c’est le repli. Il se trouve séparé de son unité et poursuit la retraite de la Somme jusqu’à Bordeaux, par Pont Sainte Maxence, Paris, Chartres, Le Mans, Rennes, Nantes. Démobilisé le 15 juillet 1940, il regagne son couvent de Clermont –Ferrant par le « chemin des écoliers », en passant par Marseille Digne, La Javie, Volonne, Crest, Val Brian, Lyon, Saint Etienne.

Il demande, sans succès, au Ministère de la Guerre à Vichy d’être nommé aumônier dans une unité combattante.

Enfin, en 1943, il part comme prêtre ouvrier clandestin au service des travailleurs français en Allemagne.
Alfred a relaté cette époque de sa vie dans un livre :
« Prêtre ouvrier clandestin »,
Jean DAMASCENE de La Javie, o.f.m. cap.
Ed. France-Empire, 1967, 235 pages.

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voir Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-4

 

 

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06 octobre 2017

Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-4 - 289e RI

Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation
 

...suite

La nuit du 4 août.

Sur notre droite, loin, du côté de Soissons, les Allemands se retiraient, il y eut tant de fusées éclairantes envoyées cette nuit-là autour de nous que l'on aurait pu lire le journal dans la tranchée. Pour savoir si devant nous aussi les Allemands se repliaient et dans ce cas pour ne pas perdre le contact avec eux on envoya de nombreuses patrouilles, mais « ils » étaient toujours là ! Nous eûmes quand même cette nuit-là le plus beau feu d'artifices que j'ai vu de ma vie.

Au petit repos. Vandalisme de soldats.

Après avoir fait notre temps aux tranchées de 1ère ligne nous redescendons au «petit repos» dans un village (St Pierre-les-Bitry ?) entre Attichy et Vic-sur-Aisne. Les civils, les derniers du moins, l’avaient évacué au moment de l'avance allemande du 27 mai. Il y avait donc peu de temps et leur mobilier était resté là. Evidemment, nous la troupe, nous n'étions pas logés dans les bonnes maisons bourgeoises, elles étaient fermées. Avec mon escouade, je logeais un peu en dehors de l'agglomération, dans une espèce de poulailler où il n'y avait rien qu’un peu de paille. Et alors, je vis ceci.

Mes camarades et d’autres qui avaient déjà 2, 3 ou 4 ans de guerre et tous les mal-logés, à coups de crosse, défoncèrent les portes des bonnes maisons, puis les portes des appartements, les armoires,  les meubles, ils jetaient le linge au milieu des chambres et le piétinaient !
Et cela, le vandalisme, cette folie destructrice, je peux dire que c'était courant ! Général ! Le plaisir de détruire ou plutôt la rage ! Saccager pour saccager ! Le beau linge, les beaux meubles, tout saccagé !

Quand je vis ce qui se passait j'essayais d’arrêter cette rage insensée et je dis aux camarades :
« mais vous êtes fous ! Qu'est-ce qui vous prend ? Ce n’est pas à des Allemands, ça ! C’est à des Français comme vous que ça appartient ! Si on faisait ça chez vous, qu'est-ce que vous diriez·? Je comprends bien que si vous avez besoin de quelque chose vous le preniez, mais autrement pourquoi massacrer ce qui est aux Français ?

Allez, emportons des oreillers et des couvertures pour nous installer chez nous afin de bien profiter de notre repos ; si vous avez besoin de quelque chose, de plus ou si vous en avez tellement envie, ça va bien, prenez-le et puis, allez, laissez tout le reste tranquille, allons nous en »
et l’on fit comme j’avais dit.

C'est là à mon avis un des grands maux de la guerre, elle finit par faire perdre le respect des choses et de la vie humaine elle-même comme je le montrerai pour celle-ci un peu plus loin.

Moi qui était « bleu » j'avais encore ce respect mais mes camarades qui étaient tous de braves, de très braves gens, je l'assure car je les connaissais bien, avaient perdu ce respect, ils se battaient depuis 2, 3 et 4 ans !

Cette folie destructrice, on ne peut l'appeler autrement, les soldats l'exerçaient même à leur détriment (ce qui prouve bien que c'était de la folie) ainsi les trains de permissionnaires, surtout ceux qui les amenaient du front aux grandes gares régulatrices, manquaient souvent de vitres et même de portes, les soldats les avaient stupidement cassées ou démolies, alors en hiver on gelait dans des compartiments sans vitres ni portières. Après on le disait : « c'est le soldat qui fait son propre malheur… ».

Et cette manie de tout saccager, cette folie était contagieuse. Il suffisait que l'un commença, il avait bientôt des imitateurs comme les moutons de Panurge. Il fallait avoir du cran pour s'opposer à cette folie, mais en s'y opposant dès le début alors qu'elle n'était encore que le fait d’un ou de quelques individus on arrivait à la faire cesser car tout de même le Français civilisé vivait encore au fond du cœur de chacun, mais devenue collective, quand elle avait fait boule de neige, je ne sais comment on aurait pu la dominer.

Je crois que c'est là l’histoire des mutineries militaires de 1917, après l’offensive ratée du Chemin des Dames et le grand, principal mérite de PETAIN, vainqueur de Verdun fut, comme il le dit, d'avoir apaisé ces mutineries, d’avoir redonné confiance aux soldats .

Souvent, pendant les dernières guerres d’Indochine (1946-52) et d'Afrique du Nord (1954-62), des chrétiens français ont hurlé contre les excès de nos troupes au combat tandis qu'ils étaient tout miel, tout sucre pour nos adversaires qui faisaient 100 fois pire. Ces hurlements (à sens unique) m'ont toujours révolté et même écoeuré. Pourquoi donc ces chrétiens n'allaient-ils pas voir sur place ce qui se passait ? S'ils avaient mené la dure vie de nos soldats, s'ils avaient été comme eux aux prises avec un ennemi menteur et sans scrupule, je gage fort qu'ils auraient vite eu « compris » et que tout en réprouvant les abus ils se seraient abstenus de salir nos soldats, de saper le moral du pays, de glorifier nos adversaires.

 

JMO289e-CARTE

Carte extraite du Journal de Marche et d’Opérations du 289ème Régiment d’Infanterie,
on peut y voir le village de Saint Pierre les Bitry où Alfred se trouve au petit repos.

 

Saint-Pierre-les-Bitry-carte

 

 

60saint-pierre-les-bitry

 

Causes de la guerre 14-18.

Puisque je philosophe sur la guerre, pourquoi ne pas en profiter pour philosopher aussi sur les causes de la guerre ? Aucun historien, à me connaissance du moins, ne mentionne la plus indiscutable de toutes les causes de la guerre 1914-18 comme aussi de celle de 1939- 45 et de celle d'Algérie 1954-62 : la dénatalité française (face aux Allemands et aux Arabes normalement prolifiques). Il est bien certain que si la natalité française durant les décennies qui précédèrent la Guerre de 1914 avait été normale, c’est-à-dire si les familles françaises avaient eu une moyenne de 6 ou 7 enfants au lieu de ne point en avoir ou d'en avoir seulement 1 ou 2 ou peut-être 3, c'est-à-dire si les Français n'avaient pas, en violation, de la loi naturelle, fraudé dans le mariage, pratiqué l'avortement, nous aurions eu en 1914, 2 ou 3 millions de soldats de plus et jamais les Allemands n'auraient osé nous attaquer.

De grands hommes d'état ont indirectement reconnu cette cause des guerres de 1914 et de 1939.
CLEMENCEAU dans son discours au Sénat le 12 octobre 1919 pour l'approbation du « Traité de Versailles » dit ceci :
« Le traité ne porte pas que la France s'engage à avoir beaucoup d'enfants, mais c'est la première, chose qu'il aurait fallu y inscrire car si la France renonce aux familles nombreuses, vous aurez beau mettre dans les traités les plus belles clauses que vous voudrez, vous aurez beau prendre tous les canons de l'Allemagne, vous aurez beau faire tout ce qu’il vous plaira, la France sera perdue parce qu'il n' y aura plus de Francais. Eh bien, c’est un malheur, un grand malheur, c'est un acte de lâcheté. C'est un renoncement au fardeau nécessaire. Cette situation s'est produite sous Auguste, il a fait des lois pour obliger les Romains à avoir des familles nombreuses. Il n’y a pas réussi vous savez comment Rome a fini… »

PETAIN dans sa proclamation du 20 juin 1940 dit : "Trop peu d'enfants, trop peu d’armes, trop peu d'alliés, voilà les causes de notre défaite ».

Il est évident que si la natalité française avait été ce qu'elle eût dû être, la France eût été peuplée suffisamment pour qu'en face de l'Allemagne et de l'Italie alors surpeuplées et ayant besoin d'un « espace vital » elle ne constituât point un vide qui attira en lui ses voisins allemands et italiens.

Si les Français d 'Algérie avaient eu tous les enfants qu'ils auraient dû avoir, les arabes n'auraient jamais pu ni même songé à les chasser de ce pays que ces français avaient entièrement créé on peut le dire. Mais les Arabes pauvres de tout, riches seulement en enfants devaient nécessairement l'emporter dans leur lutte contre les Français riches de tout mais pauvres de berceaux. C'est le droit de la vie sur la stérilité et la mort.

Enfin, d’où vient que les « civilisés » ont peur du « péril jaune » ? D’où vient que les Chinois sont une menace pour l'Europe et l'Amérique ? C'est que la natalité des jaunes, des chinois est forte, très forte et la nôtre... Alors ces pauvres, ces « sauvages » font trembler les «civilisés » … repus et sans enfants !

La justice (la sainteté ou fidélité à Dieu) élève les nations, mais le péché rend les peuples malheureux » dit l’Ecriture. (Prov. 14/34).

La grande offensive : août 1918.

Préparation.

Le 15 août, nous étions encore au petit repos (le grand repos c'était quand on était retiré du front et qu'on s'en allait loin en arrière et pour un assez longtemps). Le matin un prêtre soldat avait dit la messe et il y avait eu pas mal de communions; moi-même j'avais pu me confesser et communier. Le soir nous savions que nous allions remonter en ligne et que ce serait la grande attaque.
Comme nous étions de l'armée MANGIN (10ème Armée) on disait que ce seraient les « noirs » qui seraient les premiers et que nous serions en 2ème position, ce qui sans être folichon est tout de même moins dangereux que d'aller à la baïonnette ou à la grenade, d'être au contact immédiat de l'ennemi. En fait il n'en fut pas ainsi. C'est nous qui fûmes en avant, les régiments noirs étant seulement en « soutien » ou en « réserve ». Avant de remonter nous nous disions entre nous : « combien en restera-t-il de nous dans quelques jours? » Et nous « remettons ça », nous remontons en ligne. Quelques jours plus tôt quand nous étions descendus nous n'avions pas vu d'artillerie sinon celle de notre Division, mais maintenant les pièces d'artillerie sont si nombreuses qu'elles se touchent toutes et sont prêtes à entrer en action. Les artilleurs nous saluent avec respect (au front c'était comme ça, les artilleurs s'inclinaient devant la biffe mais une fois à l'arrière les artilleurs se croyaient bien supérieurs aux fantassins !) et nous encouragent : « courage, les gars, on va vous aider comme il faut. » Et nous, tout r agaillardis nous disions : « qu'est ce qu'ils vont prendre cette fois ceux d'en face ! ».

MANGIN.

Un petit trait au sujet de MANGIN. Il était de bon ton parmi les soldats d'appeler Mangin: « Le boucher" , "le charcutier » ce qui était une pure ânerie mais enfin c’était ainsi. Or, quand je vins en permission après ma blessure dont je parlerai un peu plus loin, je rencontrai à une gare de la ligne Marseille-Digne (à Meyrargues) des camarades qui étaient avec des jeunes filles et qui plastronnaient devant elles et pour les épater leur disaient : « Nous, nous sommes de l'armée MANGIN ! » Je ne pus m'empêcher de leur dire : « espèces d'imbéciles ! Ici, devant les filles, vous faites les malins parce que vous êtes de l'armée MANGIN, il faudrait donc ne pas l’appeler le boucher, le charcutier comme vous faites quand il n'y a pas de filles pour vous écouter. Soyez un peu logiques ! »

general-mangin

Général Mangin

Première attaque : 18 août.

Le 18 au soir, à 18 heures, nous attaquons. Ma compagnie est compagnie de soutien, nous sommes donc la 2ème vague d'assaut. Nous avançons en colonne par un, à 100 mètres derrière la première vague déployée en tirailleurs. Les Allemands n'opposent guère de résistance et l'on fait pas mal de prisonniers. Nous étions en terrain mamelonné et à droite comme à gauche, à perte de vue on voyait la première vague déferler sur les tranchées ennemies, y descendre, grenader les abris, remonter et continuer son avance. Sur la gauche du côté de Nampcel c'était le 4ème Zouaves qui attaquait. Entre la 1ère vague et la nôtre, lesprisonniers allemands couraient vers l'arrière, les gros obus qui tombaient soulevaient à chaque coup comme un volcan de terre et nous avancions toujours.

 

2ebatnoyon29aout18

 

Lorsque l'objectif de la vague fut atteint, ma vague dépassa la première et occupa la position.

Nous y fûmes bientôt bombardés par obus à gaz asphyxiants. Que c'est mauvais cette affaire-là ! Heureusement nous étions bien entrainés par l'utilisation du masque à gaz mais le temps de sortir le masque de sa boite, de son étui et de l'ajuster sur la tête, il est bien difficile de ne pas respirer un petit peu de gaz, au moins celui qui est dans le masque et mes yeux n’arrêtaient pas de pleurer dans le masque. Je crois bien que je n’ai jamais de ma vie versé tant de larmes. Par bonheur ce bombardement par obus à gaz dura peu et j'enlevai le masque. Quel bonheur de pouvoir respirer librement.

Avant d’être au front, j’avais toujours pensé qu’il me répugnerait et même qu’il me serait impossible de marcher sur des morts, mais le 19 au soir, nous avions dû nous replier un peu car la veille nous avions trop avancé et il fallait nous mettre à l’alignement de la division et ne pas être sous le feu de notre barrage le lendemain matin quand toute l’armée attaquerait et en même temps, alors en nous repliant il fallait courir le dos courbé dans les tranchées et les boyaux (j’admire maintenant encore la rapidité de cette course constamment brisée par les redans auxquels forcement nous nous heurtions tous les 4 ou 6 mètres et en courant ainsi à fond de train il n’était pas rare de mettre le pied sur des cadavres de la veille qu’il était impossible d’éviter d’enjamber et je me souviens avoir eu cette impression en mettant le pied sur le ventre d’un mort « tiens, ça fait tremplin ». Et nous arrivons ainsi à la sape qui doit nous abriter jusqu’à l’heure « H » de la grande attaque du 20.

Je suis à la section d'assaut.

La sape où nous étions avait été faite par les Allemands, elle était très profonde, mais son ouverture était maintenant face à l’ennemi. Je n’aimais pas rester là-dedans. On y était en sécurité, bien sûr, (à moins qu’un obus n’y entrât de plein fouet), mais la paille était sale, humide. On n’était éclairé que par des bougies, on manquait d’air ; les vieux, eux, y étaient bien contents, quant à moi je préférais rester en dehors, dans la tranchée, à l’air libre. C’est là, dans la sape, qu’on nous distribua nos rôles pour l’attaque du 20 et je fus nommé à la « section d’assaut ». Quelle joie ! Je serai donc au premier rang, je vais pouvoir montrer ce qu’est un méridional. L’empoisonnant c’est que au lieu de me laisser grenadier ou grenadier voltigeur (avec le V.B.) je suis nommé 1er pourvoyeur (en fait le seul pourvoyeur) du fusilier mitrailleur.

Le tireur est le marseillais CHAMBRIER, mon camarade, depuis Antibes. J’avais donc le sac plein de chargeurs, le révolver (pas de fusil) mais je remplirai les poches de grenades car à la grenade je ne crains aucun Allemand tandis qu’avec le fusil-mitrailleur il y a tellement d’enrayages que l’on risque de ne pouvoir ni attaquer ne se défendre.

           A suivre...

Voir Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-3

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01 octobre 2017

Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-3 - 289e R.I.

 Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

 Note du webmaster :
Quittant le 111e RI, le bataillon d'Alfred Besson est versé au 289e RI,
Il ne s'agit donc plus du 15e corps, mais ce récit d'un enfant de Provence étant très
intéressant, nous avons décidé de le publier jusqu'à la dernère ligne.

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289e-vignette

 

Un bataillon de marche au Dépôt divisionnaire.

Je ne sais plus si nous avons embarqué à Eclarons ou à St-Dizier, mais je me rappelle que nous avons passé en train à Vitry-le-François, contourné Paris et débarqué à Crépy-en Valois ou peut-être un peu plus au nord-est de Crépy-en-Valois. Des camions nous prirent alors et nous portèrent au Dépôt divisionnaire (D.d.) encore dans une ferme près de Verberie. Je me rappelle aussi qu’entre Vitry-le-François et la grande ceinture de Paris, j’ai vu souvent dans les champs et les prés tantôt d'un côté de la voie ferrée, tantôt de l'autre, des tombes isolées de soldats français et je me disais : « moi aussi, si je suis tué, je veux être enterré là où je serai tombé et qu'une croix marque que là un soldat français est mort pour défendre le sol de la Patrie ».

Au Dépôt divisionnaire nous trouvons des soldats qui, évacués du front pour blessure ou maladie, s'apprêtent à y retourner après leur guérison; la vie y est tout à fait tranquille, on évite d'embêter ceux qui retournent au front.

On monte en ligne. En passant par la forêt de Compiègne.

On n'est pas resté longtemps au Dépôt divisionnaire. Vers le 10 juillet nous montons en ligne. Je me rappelle que traversant à pied, bien sûr, la forêt de Compiègne pour aller prendre nos positions, je remarquai une remise sur la porte de laquelle était cette inscription: « Matériel de lance-flammes ». Je fus indigné d'apprendre ainsi que nous,

français, nous avions un pareil matériel et je me disais que si malgré moi on me versait dans une compagnie de lance-flammes je préfèrerais déserter même à l'ennemi, plutôt que de me servir de pareil matériel. Je trouvais cela trop barbare, indigne de chrétiens, de civilisés.

J'avais entendu dire dans mon village natal que certains soldats du Midi (des zouaves, je crois!) parmi les premiers qui subirent une attaque d'allemands lance flammes en étaient devenus fous ! J'avais une telle horreur de cette barbarie que si je m'étais trouvé en face d’un lance-flammes je ne lui aurais certainement pas fait grâce, m'eût-il supplié pour l'amour du Christ !

La relève.

 

ruines-a-moulin-sous-touvent

ruines à Moulin-sous-Touvent

 

Le Poste de Commandement de mon régiment (du Colonel) était à Moulins-sous-Touvent.
Ma compagnie, la 21ème, Capitaine LAURENT, était dans les tranchées en avant du « ravin des peupliers » et du « point Y ». Pour monter en ligne faire la relève de ceux qui devaient en descendre pour aller au « repos » on attendait la nuit, c'est évident. Nous portions tout notre barda sur le dos et même des caisses de munitions (cartouches ou grenades) et des rouleaux de fil de fer pour faire des réseaux devant la tranchée ; nous étions chargés comme des mulets et c'est souvent que j'ai pensé aux « mulets de Marius » dont parle l’histoire romaine. Il fallait faire attention aussi à ne pas faire de bruit. Pour éviter de se perdre on tâchait de tenir le bas de la capote de celui qu'on avait devant soi mais avec les à-coups de la marche ce n’était pas toujours possible. Quand un obstacle, quand par exemple dans les boyaux trop boueux où l'on avait mis des caillebotis, quelques barreaux manquaient à ceuxci, celui qui marchait en tête le signalait bien : « attention, un trou, faites passer il y a un trou » et de l'un à l'autre on transmettait : « attention, un trou. Faites passer : y a un trou ».

Cela n'empêchait pas quelques-uns d'y tomber. Il est difficile de se faire une idée de la peine que l'on avait simplement pour monter aux tranchées, pour faire la relève. Heureux encore lorsqu'on n’était pas marmité ou pris sous un tir de mitrailleuses. Il y avait en effet des heures où les allemands bombardaient même sans raison apparente, mais ça  pouvait bien tomber sur quelqu’un. Il y avait aussi des endroits dangereux, soit parce qu'à découvert, soit parce que pris en enfilade par quelque mitrailleuse ennemie qui tirait au moindre bruit, au moindre signe de vie, alors on s'arrêtait un peu avant ces endroits pour prendre du souffle, on les traversait en courant et plié en deux. Une fois arrivés à la tranchée, on saluait à voix basse les camarades que l'on relevait, les chefs se passaient les consignes, on quittait son barda et chacun après avoir reconnu son poste de combat s'installait dans son trou. La tranchée que nous occupions cette fois-là était très large, alors on avait creusé des trous individuels dans son flanc en dehors des banquettes de tir ou des postes de guetteur aux créneaux. Dans ces trous on pouvait mettre toutes ses affaires personnelles et s’y mettre soi-même en recroquevillant les jambes et on était chez soi. Au besoin on tendait la toile de tente devant le trou et on était…pépère. 

Au petit poste.

J'étais à peine installé que mon chef de section m'appelle: « Besson, il faut aller au petit poste avec un tel et un tel et vous prendrez le commandement ». Celui qui était désigné pour y aller et être le chef n'avait pas voulu, je l'avais entendu se disputer à ce sujet avec le chef de section, c’était un « ancien » et il n'était pas du Midi ! Quant à moi, je fus heureux et fier au-delà de toute expression d'être envoyé au petit poste et d'y être envoyé comme chef, alors que je n’étais encore qu'un « bleu » et que je n’avais pas de galon. J’avais toujours voulu me distinguer, avoir des citations et montrer aux gens du Nord que ceux du Midi valaient n’importe quels autres. Depuis le début de la guerre, depuis la bataille de Dieuze-Morhange en effet, il était courant d’accuser les méridionaux et en particulier ceux de la région du XVème Corps (Marseille) de manquer de courage, de ne pas valoir ceux des autres régions de France. Tout de suite donc je reprends mes affaires et file au petit poste.

Notre Petit Poste était situé à 150 ou 200 mètres en avant de la tranchée. Ici les tranchées allemandes étaient à 7 ou 800 mètres des nôtres. Comme dans tout petit poste nous étions trois. Notre mission était de monter la garde continuellement et d'empêcher toute attaque surprise de la tranchée derrière nous. Si nous étions attaqués nous devions résister sur place et ne nous replier que si la consigne le permettait, mais toujours, cela va de soi, nous devions alerter la tranchée derrière nous.

Notre petit poste était dans un boyau derrière un rempart de sacs à terre. Le boyau continuait dans la direction de l’ennemi (le front n’était revenu là que depuis l'avance allemande du mois de mai) mais il y avait en avant du mur de sacs à terre une certaine longueur de réseau brun (fil de fer non barbelé) en sorte que l'ennemi ne pouvait s'y infiltrer sans signaler sa présence et donc se faire descendre.

Nous prenions la garde ensemble, tous les trois de 8 heures du soir à 5 heures du matin, c'est-à-dire toute la nuit. L'un surveillait devant, l’autre à droite et le 3ème à gauche. Le chef de poste avait des fusées de signalisation, chacun des trois tenait son fusil en main prêt à faire feu; chacun des trois avait aussi une caisse de grenades à portée immédiate de la main de façon à pouvoir en prendre sans cesser de voir le terrain devant lui. Pendant la journée chacun prenait encore 5 heures consécutives de garde. Comme j'étais très jeune et le moins entrainé, mes 5 heures de garde furent de 10 à 15 heures de façon que je sois bien éveillé dans la garde commune de nuit et dans mes heures de garde le jour.

Le ravitaillement nous arrivait vers les 3 heures du matin. C’était un bon moment. Je buvais tout de suite ma ration d'eau-de-vie (l/4 ou l/8 de quart, je ne me souviens plus bien mais cela n'avait rien d'excessif) car cela me donnait comme un coup de fouet, chassait l'envie de dormir et je pouvais ainsi tenir le coup pendant les dernières heures de veille les plus pénibles évidemment.

Une ineptie.

Je note tout de suite au sujet de l'eau de vie et de crainte de l’oublier, que des imbéciles (ils ne sont malheureusement pas rares !) ont dit que c’est le vin qui a gagné la guerre et que le Commandement français saoulait à l‘eau-de-vie et à l'éther les troupes qu’il lançait à l'attaque. Si c’était vrai cela se serait au et dit parmi les soldats je pense ! Or, jamais je ne l'ai entendu dire par mes camarades qui avaient fait toute la guerre, ni par aucun combattant sérieux et je puis affirmer, en tous cas, que cela, à ma connaissance, n'est jamais arrivé dans mon unité. Ce qui est vrai, c’est qu'avant des attaques qui devaient durer plusieurs jours on touchait le ravitaillement en vivres et en munitions pour plusieurs jours et alors celui qui aurait bu tout de suite tout son vin, toute son eau-de-vie aurait pu se saouler, ça c’est possible. Je n’ai cependant pas constaté que cela se soit produit. Je ne veux pas dire non plus qu’il n’y ait eu aucune brebis galeuse parmi les officiers mais si des faits particuliers se sont produits on n'a pas le droit de généraliser et de calomnier purement et simplement ni le Commandement ni la Troupe.

Pour mon compte personnel j’ajoute que lorsque je n'étais pas au petit poste mais dans la tranchée ou à plus forte raison à l’arrière, au lieu de boire ma ration d'eau-de-vie, je m’en faisais une lotion capillaire ou l’utilisait pour me débarbouiller. Dans les tranchées en effet l'eau était rare, à moins qu’il n’ait plu car alors on tendait la toile de tente dans la tranchée et on recueillait dans la gamelle, comme on pouvait, l’eau qui tombait du ciel !

Dans la tranchée de 1ère Ligne.

La vie au Petit Poste était donc très dure (3 hommes seuls entre les lignes, tendus dans une garde de 14 heures sur 24 !) aussi n'y restait on que 48 heures, après quoi on revenait à la tranchée et la vie de tranchée avec les camarades me semblait presque un paradis comparée à celle du P.P. (Petit Poste) Dans la tranchée en effet il n'y avait qu' un guetteur par section et la faction ne durait que 2 heures; on lisait, on écrivait , on jouait aux cartes, on blaguait, discutait, bref, on était tranquille, on faisait ce qu'on voulait pourvu que l'on n'attirât pas l'attention de l'ennemi.

 

petitposte-a

 

Je me rappelle qu’une fois le Capitaine WELSCHINGER (son père était membre de l'Institut) capitaine adjudant major du Bataillon vint nous voir et discuter familièrement avec nous sur les opérations militaires, il nous donna son journal (l'Echo de Paris) et prit le nôtre (le Petit Parisien ou un autre plus à gauche) et nous dit « lisez le mien, vous verrez, il est plus intéressant et donne mieux les nouvelles ». Je reparlerai de cet excellent capitaine WELSCHINGER mais à son occasion je crois devoir acter que tous les officiers que j'ai connus au front étaient épatants, très aimés de tous.

En patrouille.

Quelques jours après être revenu de mon premier séjour au « Petit Poste », je fus désigné pour aller en patrouille. Tous ceux qui devaient participer à cette patrouille furent rassemblés l'après-midi devant le P.C. du capitaine. On leur expliqua le but et le déroulement de cette manoeuvre. Nous étions nombreux (une vingtaine sûrement) et presque tous des « bleus » en sorte qu'après coup j'ai pensé que le vrai but de la patrouille avait été de nous entraîner au danger par cette leçon de choses et d’y voir notre comportement.

Le chef de patrouille était un tout jeune aspirant récemment promu lieutenant (peut-être même, mais je n’ose l'affirmer, promu en même temps chevalier de la Légion d'honneur); il trouvait qu'on le faisait marcher plus souvent qu'à son tour, mais il n'osait rien dire à ses chefs car précisément il était le plus jeune, il avait eu de l'avancement et il craignait de déchoir en ne marchant qu'à son tour. Il était estimé et aimé de tous, officiers et soldats.

Au rassemblement devant le P.C. du capitaine je fus pris subitement d'un tremblement nerveux de tout mon corps et malgré tout ce que je me disais intérieurement, malgré les pincements que je me faisais un peu partout, je ne pus le faire cesser ! Heureusement il cessa de lui-même au bout de quelques minutes qui me parurent un siècle tellement j'avais honte et craignais de me faire remarquer et renvoyer. Aucun médecin ni aucun psychologue

n'a jamais pu m'expliquer ce tremblement que d'ailleurs Je n'ai jamais plus éprouvé, même en présence de dangers immédiats et bien plus grands.

La nuit venue, nous partîmes en patrouille et tout se passa comme prévu. Nous allâmes jusque aux tranchées allemandes (une fusée éclairante tomba dans l'herbe tout près de moi) et après être restés suffisamment de temps en observation nous retournâmes dans notre tranchée sans incident. Tout s'était bien passé.

Quelques jours après, la 23ème Cie, notre voisine, envoya devant elle une patrouille comme la nôtre, j'y avais plusieurs camarades d’Antibes. Cette patrouille se heurta à une patrouille allemande; dans cette rencontre elle eut pas mal de blessés et revint alors précipitamment aux lignes françaises. Tous ceux qui participèrent à cette patrouille, blessés ou non, furent cités à l'ordre du régiment et reçurent la croix de guerre sauf deux hommes qui se perdirent entre les lignes et qui, ne sachant où ils se trouvaient, firent « Kamerad » au petit jour devant un petit poste français.

corvée de soupe.

Le plus ennuyeux quand on était en tranchée (habituellement on n'y restait que 6 jours, le tour de séjour était ainsi organisé au bataillon et à la compagnie) c'est qu'il fallait chaque jour aller au ravitaillement. Je détestais cette corvée, la corvée de soupe. Je préférais aller en patrouille et même faire « un coup de main », pourtant il fallait, chacun à son tour, aller à la corvée de soupe. On y allait deux par escouade avec les autres de la section et de la compagnie, et il y avait un chef de corvée, c'est normal. Quand des militaires sont en service commandé il y a toujours un chef. On prenait tous les bidons (de 2 litres chacun) des camarades et il y en avait toujours quelques-uns de rabiot alors cela faisait facilement la dizaine. Il fallait aussi ramener les boules de pain, l'alcool solidifié pour réchauffer notre rata, deux bouteillons de nourriture. Il fallait faire des kilomètres pour aller aux cuisines (1).

 

corveedesoupe

 

Cela pesait terriblement et faisait énormément transpirer. Je me rappelle qu'une fois j'avais tellement transpiré qu'en remontant à la position j'ai bu tout un bidon (2 litres) de café, cependant j'en avais déjà bu au moins 1 litre aux cuisines et cela ne m’a pas empêché de bien dormir dans un trou d'obus où nous nous étions couchés pour une pause, car si pour descendre des tranchées aux cuisines on allait vite (on était à vide et on s'éloignait de l'ennemi) quand on y remontait on ne se pressait pas, il suffisait d'ailleurs qu'on y arrivât de façon que les distributions soient faites avant le jour; de plus, chargés comme nous l'étions il eut été difficile d'aller vite, alors très souvent on faisait un bon somme en cours de remontée.

Les poux.

J’ai dit un peu plus haut que dans les tranchées l'eau était rare, on n’en avait pas assez pour faire sa toilette et se raser, de là vint que beaucoup de soldats surtout au commencement de cette guerre de tranchées, laissèrent pousser cheveux et barbe et c'est ainsi que le soldat devint le « poilu ». Le manque d'eau eut une autre conséquence à savoir la grande difficulté, l'impossibilité même d’être propre. Quand il pleuvait on était nécessairement dans la boue et qu’il plût ou que l'on fût au sec, toujours (je ne connais pas d'exception) dans l'abri individuel et plus encore dans les sapes, les cagnas, guitounes et autres abris collectifs, on était couvert de poux, les « totos » !

On se grattait donc et on en riait aussi. Un des grands bienfaits du « petit repos » quand on descendait des lignes, c'était de changer de linge ! On touchait alors chemise, caleçon, chaussettes propres et l'on donnait son linge sale (c’est la compagnie qui pourvoyait à cela)

et puis on pouvait enfin se laver, se débarbouiller et faire la chasse aux poux. De ceux-ci il y en avait ! Il y en avait ! On les prenait par pincée avec la bourre de la laine du pantalon à la face interne du genou, ailleurs il y en avait un peu moins cependant, mais cette engeance est (1) Dès qu'on s'était un peu éloigné des tranchées de première ligne on était tenté de marcher sur le terrain, hors dos boyaux, mais des écriteaux nous rappelaient souvent : « l'avion te cherche, la saucisse te voit, l'allemand te guette, prends le boyau ». Evidemment, la nuit, le danger n'était pas grand mais la prudence est une vertu la nuit comme le jour tellement vivace et tellement prolifique que jamais on ne parvenait à s'en défaire pour plus de 24 heures !

Mon escouade. Patriotisme des hommes.

A cette époque de la guerre, le recrutement des régiments était très mélangé. Dans mon escouade, par exemple (et dans les autres c'était bien à peu près pareil) sur les 7 hommes qui la composions il y avait : 1 ch’timi (ou gars du Nord), 1 parisien, 1 paysan de l'Yonne, 1 breton, 1 savoyard, 1 marseillais et moi provençal et … nous étions dans un régiment parisien. En temps de paix le 89ème R.I. régiment d’active dont le 289ème était en temps de guerre le régiment de réserve, avait plus d'effectifs à Paris qu'à Sens bien que le dépôt régimentaire fut Sens. Le marseillais (CHAMBRIER) et moi étions du même âge. Nous avions été incorporés ensemble à Antibes, nous n'avions pas 20 ans. Les autres étaient plus âgés, 35 ou 40 ans et étaient au front depuis le commencement de la guerre, sauf peut-être le breton qui était plus jeune que les autres. Tous désiraient vivement la fin de la guerre, ils en « avaient marre », mais ils désiraient encore plus vivement la victoire, ils étaient patriotes, ils aimaient vraiment la France, aussi ils éprouvèrent et manifestèrent une grande joie lorsque, un peu plus tard, on nous annonça que nous devions attaquer avec toute notre Division pour nous mettre à l'alignement de notre armée, la 10ème, Armée Mangin, qui prendrait « la grande offensive » le 20 août !

         A suivre.....

voir Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-2

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25 septembre 2017

Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-2- 111e R.I.

 Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation
 

suite...

D’Antibes à la zone des armées.

Je crois que c'est le 2 janvier 1918 après-midi qu'on nous emmena, musique en tête, pour embarquer à la gare dans des wagons à bestiaux : 8 chevaux - 40 hommes. Nous défilons donc une dernière fois dans la ville, nous sommes très acclamés, nous "les petits poilus" ! Les mimosas" ("Mimosa" était le nom de notre classe comme "bleuet" avait été celui de la précédente ou classe 17 et "Marie-Louise" celui de la classe 16). Le ciel est couvert mais il ne fait pas froid.

Le lendemain matin notre train est bloqué par la neige en gare de La Voulte (Ardèche); jamais jusqu'alors je n'ai vu tant de neige ! Enfin notre train finit par se remettre en marche et nous arrivons en Haute-Marne où nous débarquons à Eclarons. Nous étions tous gelés dans le train car évidemment nos wagons à bestiaux n'étaient pas chauffés.

 

eclaron-gare-train

 

Après avoir débarqué, nous sommes obligés d'attendre sur place, dans la neige, durant plusieurs heures avant d'être affectés aux différents cantonnements de notre bataillon. Ce jour-là est l'un de ceux où j'ai eu le plus froid dans ma vie ! Je croyais bien avoir les pieds gelés ! Heureusement il n'en fut rien. Lorsqu’enfin on nous eut attribué nos cantonnements, il fallut les rejoindre; mon détachement avait encore plusieurs kilomètres à faire à pied pour rejoindre le sien : la Ferme de la Marthée, près d'Humbécourt. 

LE 9e BATAILLON DE MARCHE DU 111e RI - constitution

JMO9eBM-1

JMO9eBM-2

Pour en savoir plus sur les 9e bataillon de marche

Zone des Armées

Janvier-Juin 1918

2eme G.B.I. ou « Groupe de Bataillon d’Instruction ».

Le bataillon de Marche ou 9ème Bataillon du 111ème R.I. auquel j'appartenais, formait, avec ceux des 25ème, 31ème, 48ème, 71ème, 82ème, et 113ème R.I., le deuxième G.B.I. de la 2ème Armée ou Armée de Verdun.

J'appartenais à la 34ème Compagnie, 3ème section, 9ème escouade, je cantonnais à la Ferme de la Marthée, à 2 kms environ d'Humbécourt, arrondissement de Wassy (Haute-Marne).

Pour les P.T.T. nous étions du S.P. (secteur postal) 20 A. Le Général inspecteur des G.B.I. de cette 2ème Armée était le Général MAC MAHON descendant du Maréchal de ce nom, 2ème Président de la 3ème République française. Ce général vint une fois inspecter mon bataillon, nous fîmes devant lui tout sortes d'exercices, il s'en déclara satisfait, surtout de notre lancer de grenades qui lui fit reconnaître en nous, provençaux, dit-il, les descendants des romains qui jouaient au disque, il nous demanda de nous appliquer à améliorer notre tir au fusil où, de fait, nous avions moins brillé.

La ferme de la Marthée.

 

Ferme Marthée
Ferme de la Marthée de nos jours 

Ferme Marthée-1

Notre cantonnement était une immense et très haute grange de la Ferme de la Marthée.
Des clayonnages à 80 cm au-dessus du sol et sur lesquels on déroulait un paillasson ou natte de paille servaient de lit (la paillasse des capucins est bien plus moelleuse évidemment que ces nattes ou paillassons !); nous avions un sac de couchage ou sac à viande et quelques couvertures. Nous étions là dans le royaume du froid, du vent (ils entraient de partout comme chez eux, c’est normal pour une grange ! La côte d’azur et son printemps éternel c'était bien loin maintenant !) et aussi de la poussière de paille et de foin.

Il n'était pas rare que notre pain fut gelé et qu'il faille en partager les "boules" avec une hache mais il était très bon tandis que celui des civils à cette époque ne méritait pas le nom de pain tellement il était mauvais ! Plus d'une fois aussi le vin fut gelé dans les seaux de toile au lieu de le boire on le suçait à moins de le faire fondre. Où sont les religieux qui supporteraient pareil régime ? Il leur faut des couvents confortables avec le chauffage central, une nourriture variée et bien préparée et tout et tout ! Cependant Dieu, dont ils sont les soldats ne vaut-il pas autant de sacrifices que la patrie terrestre pour laquelle nous, qui n'avions pas vingt ans, supportions tout cela ?

Service de santé.

Le service de santé était représenté par un médicastre (je ne peux vraiment pas l'appeler médecin) qui prescrivait toujours, quelque fut le mal dont on se plaignît, le même traitement : mal de tête, mal d'estomac, bronchite, mal de ventre, pieds gelés etc. : teinture d'iode et cachet d'aspirine. Ce n'était pas cher et cela ne traînait pas.

Quand ce singulier toubib partit en permission, le commandant de compagnie me demanda de le remplacer puisque j'étais étudiant ecclésiastique. Je lui répondis : "pour prescrire les traitements que prescrivait le major je pourrais bien le faire mais je ne me sens pas capable de faire le diagnostic des malades".

Ce fut alors un mécanicien-dentiste qui fut nommé. Et il arriva qu'un soldat qui avait mal aux dents vint à la visite; il y était déjà venu plusieurs fois et il avait été plutôt mal reçu car ni la teinture d'iode ni l'aspirine ne l’avaient guéri, ce pourquoi le médicastre le prenait presque pour un simulateur et le renvoyait immédiatement à l’exercice.

Cette fois, quand le mécanicien-dentiste le vit, il lui trouva un abcès à la mâchoire, il en avertit le commandant de compagnie et le fit immédiatement évacuer sur l’hôpital de St-Dizier où le malade mourrait quelques jours après. Cette affaire fit assez de bruit et quand le médicastre revint de permission et qu'il apprit ce qui était arrivé, il n’en menait pas large, il avait peur que la famille portât plainte mais c'était la guerre et l'affaire fut enterrée sans bruit… comme le mort.

Les stages.

Le séjour au Bataillon de marche dura pour nous de janvier à juin, il fut rempli par un apprentissage encore plus poussé de la guerre qu'à Antibes, c'est-à-dire par un entraînement plus intensif et toutes sortes d'exercices, de longues marches en tous terrains, de nuit comme de jour et surtout par des "stages" que nous allions faire dans des centres spéciaux .

Chef indigne.

Au sujet de l'entrainement intensif que l'on nous faisait faire, je dois noter que nous avions parmi nos chefs un gros sous-lieutenant qui sortait des "enfants de troupe". Croyant faire plaisir aux hommes il tenait facilement des propos obscènes, orduriers. Mais il avait des accès de colère folle et jurait alors de "nous avoir", de nous "faire pisser le sang". C'est effrayant ce que cet abruti a pu nous malmener et nous faire faire comme exercices : « En avant ! Pas gymnastique! Couchez-vous ! Debout ! En avant ! Pas gymnastique ! Couchez vous ! Debout ! Pour la marche en canard, en position. Partez ! Halte ! En avant. Pas gymnastique » et cela durait ce que cela durait.

Mais quand nous sommes montés en renfort, il n'est pas venu avec nous car il savait que des Marseillais avaient promis que leur première balle serait pour lui quand nous irions au feu. Et il savait aussi que pareille chose était arrivée à plus d’un de ses semblables.

Stage de liaison.

Le premier stage que je fis fut celui de "liaison" peut-être à Landricourt dans la Marne à moins que ce ne soit à Cousances dans la Meuse. J'ai conservé jusqu'à présent (1966) mon carnet de notes de ce stage et du stage de grenadier. C'est un officier qui était responsable des cours et qui en fin de stage faisait passer les examens et donnait les notes. Les 14 "stagiaires" venaient de tous les bataillons du groupe. Si mes souvenirs sont exacts le stage de "liaison" durait deux semaines, les autres stages seulement une semaine.

Dans sa partie théorique le stage de liaison comportait :

1°) un cours d'électricité générale,
2°) des leçons sur le téléphone, la télégraphie sans fil, la télégraphie par le sol, l’optique et les différents projecteurs, sur l'observation terrestre, l'observation aérienne, etc.
3°) des leçons sur l’emploi tactique de ces divers modes de liaison, sur la signalisation à bras et par panneaux, sur les pigeons voyageurs, les chiens-estafettes, etc.

La partie pratique du stage comportait évidemment des exercices de montage et de démontage de postes de téléphone, de télégraphie sans fil, de télégraphie par le sol, l'envoi et la réception de messages par projecteurs, par la signalisation soit à bras, soit par panneaux.

Tout cela était très intéressant, mais trop accéléré. Comme note j’obtins l'inverse de ce que j'avais pensé :"bon en théorie, assez bon en pratique" ou quelque chose comme cela. Je terminai ce stage le dimanche de Pâques.

Stage de grenadier.

Un stage que je redoutais (beaucoup de mes camarades le redoutaient aussi car nos sous-officiers de compagnie s'acharnaient à nous en donner la trouille (les imbéciles !) était celui de grenadier. Il ne durait que 8 jours. Je le fis du 15 au 21 avril à Landricourt (Marne) c'est marqué sur mon carnet de stage.

En 8 jours on avait largement le temps d'apprendre à goupiller, dégoupiller, lancer intelligemment les grenades, à en connaitre et utiliser toutes les variétés : offensives, défensives, lacrymogènes, v.b., suffocantes, incendiaires, ainsi que les différents explosifs.

Ce stage me passionna et je fus noté "bon grenadier" (v.b. = grenade et tromblon Viven - Bessières).

Canon 37 – Mitrailleuse.

Je fis aussi le stage du canon 37 ou canon d'accompagnement d'infanterie. J'aimais beaucoup ce canon à cause de sa précision. Je crois qu'à 400 mètres, j'aurais avec ce canon descendu un coq sur un clocher. Je dois dire que je n'ai jamais entendu parler de ce canon au front. Je crois que c'est au cours du stage du canon 37 qu'on apprenait aussi le maniement de différents engins dans le genre de ceux qui envoyaient 4 ou 8 petites torpilles à la fois, mais je n'ai jamais non plus entendu parler de ces engins hors du stage .

Par contre, le stage de mitrailleur le dernier que je fis, fut vraiment très utile. On nous apprenait à monter, à démonter ultra rapidement ces engins : Hotchkiss, St-Etienne, l'allemande "Maxim", à en réparer les enrayages. Quel bel instrument de mort que la mitrailleuse ! Quelle précision, quelle rapidité, quelle efficacité !

Permission de détente.

Ce qui permit de "tenir" au moral tant des soldats que des civils (cela permit aussi à la natalité de ne pas s'effondrer complètement pendant ces années de guerre) ce fut entre autres choses l'institution des "permissions de détente ».

Il y avait déjà 4 mois que j'étais dans la zone des armées, mon tour de permission allait arriver et je savais que je n'aurai pas d'autre permission avant d’être monté en ligne. J'avais écrit à mes frères qui étaient au front, Abel dans l'artillerie de campagne, Norbert dans l'artillerie lourde, pour leur annoncer la date probable de ma permission afin de nous rencontrer tous les trois si possible, dans notre famille. De fait, j'eus la joie de trouver le premier quand j'arrivai à La Javie mais il était en fin de permission et l'autre arriva quand je terminais la mienne.

 

la-javie-vue-generale-et-notre-dame

Si je parle de permission c'est pour rappeler la joie de l'arrivée et la peine du départ, cela marquait profondément dans notre vie militaire comme dans la vie de notre famille. Joie immense, inexprimable d'abord quand j'arrivais sur l'Ourme (1) (de Digne à La Javie je venais en bicyclette) et que je découvrais d'un coup tout le terroir de ma commune, les deux rivières : l'Arrigeol et la Bléone, le village : clocher, église, maisons au pied de la colline que dominent une grande croix et la blanche chapelle de Notre-Dame. A ce moment les souvenirs de mon enfance surgissaient en foule dans ma mémoire (2)… et que l'on pense de moi ce que l'on voudra, je ne pouvais m'empêcher d'être ému et presque de pleurer (dans les familles nombreuses et pauvres comme était la mienne, il y a ordinairement plus d’amour et d'union que dans les autres). Je m'arrêtais un moment pour m'emplir les yeux et le coeur de cette bienheureuse vision (3), de ces doux souvenirs puis, remettant les pieds sur les pédales, à fond de train je filais sur mon village… « Té, vé, le Fredde qui arrive !". J'avais à peine mis pied à terre que le papa, la maman, mes soeurs, toute la famille était là. Quel bonheur de les revoir, de les embrasser, de les voir si heureux de ce retour! Quel bonheur pour eux de revoir celui qui venait des souffrances de la guerre, du péril de la mort !

Mais, la permission passée, il fallait repartir et c'est là aussi ce que je veux rappeler. Quelle agonie pour toute la famille ! La maman, les grandes soeurs avaient bourré les musettes de tout ce qu'elles savaient faire le plus plaisir au partant et je vois encore toute la famille alignée dans la grande pièce du rez-de-chaussée (le magasin d'épicerie) ! Je commençais par embrasser mon père le chef de famille, puis la maman si bonne, enfin mes soeurs. « Ne vous inquiétez pas pour moi », leur disais-je pour dire quelque chose en les embrassant et essayer de faire diversion à l'angoisse qui nous étreignait tous, « au front on n'est pas si mal que ça !

Tout le monde ne meurt pas à la guerre ! Si elle n'est pas finie avant, dans 4 mois, je serai de nouveau en permission ! »

La maman et mes soeurs ne disaient rien, elles avaient le coeur trop gros et savaient que, si elles parlaient, les larmes dont leurs yeux étaient gonflés, elles ne pourraient les retenir ! Le papa, lui, faisait l'homme courageux et pour cacher son émotion disait quelque chose comme : « écris-nous dès que tu auras rejoint et donne-nous souvent de tes nouvelles ». Les ayant donc tous embrassés; je me hâtais de prendre la bicyclette pour aller à Digne prendre le train et remonter aux armées. Alors, papa, certainement afin que… les femmes ne le voient pas pleurer, disait : « Je vais faire quelques pas avec toi, je t’accompagne jusqu'au 16 pont (le pont sur la Bléone, à 2 ou 300 mètres de la maison). Arrivé au pont il disait : « Je t’accompagne encore un peu, jusqu'aux aires (à 2 ou 300 mètres du pont il y avait des aires où l'on foulait le blé après la moisson) tu as le temps d’arriver à. Digne ».

Mais enfin il fallait bien se séparer ! Et moitié riant, moitié sérieux, je disais : « allez, papa ! Ça suffit, il vous faut retourner à la maison, autrement la maman va croire que vous aussi vous êtes parti à la guerre ou que peut-être vous vous êtes noyé dans la Bléone ! ». Et après une dernière embrassade j'enfourchais ma bicyclette et forçais sur les pédales sans me retourner en arrière de crainte de voir que mon père me regardait encore et pleurait !

Arrivé sur l'Ourme je faisais une petite halte pour regarder une dernière fois cette petite patrie si douce que j'allais protéger en luttant pour la grande qui les rassemble toutes. Puis, remontant en bicyclette à toute allure, seul, sur la grande route, je fonçais vers Digne, le train, les camarades, la guerre. 

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la-javie-vue-panoramique

 

Enfin un beau jour on nous annonce que nous allons partir au front. La 55ème Division avait besoin de renfort, nous allions la renforcer. Elle était composée du 246ème, 276ème, 289ème R. I. C'était la Division de PEGUY qui était mort à la Marne, lieutenant au 276ème.

J’aurais bien voulu être affecté au 246ème avec mes meilleurs camarades ont P.M.BRET, mais je fus affecté au 289ème (4). La division était commandée par le général Mangin qui n'avait de commun que le nom propre avec l'illustre général MANGIN commandant alors la 10ème armée.

(1) L'Ourme est un col, une colline qui domine le terroir de La Javie au Sud.
(2) Avec les vers de Lamartine sur « Milly ou la terre natale »

« Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
Dans son brillant exil mon coeur en a frémi;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami. »

(3) « Ille terrarum praeter omnes angulus videt » comme disait Horace.
(4) Note du colonel (h) Jean-Marie BESSON :
Le 289ème Régiment d'Infanterie est un régiment d'infanterie constitué en 1914. Il est issu du 89ème Régiment d'Infanterie : à la mobilisation, chaque régiment d'active créé un régiment de réserve dont le numéro est le sien plus 200.

   A suivre.....

Voir Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-1

         

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19 septembre 2017

Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-1 - 111e R.I.

Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Il nous a été confié par Jean-Marie BESSON, que nous remerçions.  

Alfred BESSON,
Père Jean Damascène de La Javie o.f.m.cap.
(Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum)

Mémoires de la Grande Guerre 1914-1918

BESSON Alfred Bienvenu

Photographie prise en 1919 ou 1920,
Alfred est alors affecté au 1er Régiment de Tirailleurs Marocains

Préface

Alfred, Bienvenu BESSON,  notre grand–oncle capucin

Alfred est né le 27 novembre 1898 et a été baptisé le 3 décembre 1898 à La Javie, (Basses-Alpes), Alpes de Haute Provence ; il est décédé le 7 septembre 1979 à Besançon, Doubs.

Alfred BESSON portrait capucin

 Du « tonton capucin », nous, ses petits neveux et nièce, connaissions la jovialité, la finesse d’esprit et l’impressionnante barbe…mais de sa vie militaire, presque rien. 

Le premier témoignage fut ce texte, écrit par le Frère Philibert de Saint Didier, ofm.cap; lors du décès d'Alfred :
« Il est incorporé le 20 mars 1917 au 111ème Régiment d'Infanterie d'Antibes, versé au 289ème de ligne en janvier 1918, monte à l'assaut le 18 août, un groupe de mitrailleurs allemands se rend, il poursuit sa progression, blessé peu après, les deux cuisses traversées par une balle.

Guéri, il rejoint le 47ème Régiment d'Infanterie à Strasbourg puis Saint-Malo. L'inactivité lui pèse, il demande à partir pour le Maroc, s'embarque à Bordeaux le 20 novembre 1919, sert au 1er Régiment de Tirailleurs Marocains ("les hirondelles de la mort", ndr), participe à plusieurs accrochages notamment le 20 janvier 1920 dans le secteur de Knifra. Rapatrié à Marseille le 13 avril 1920. Rejoint le Noviciat des Capucins à Lyon; il refait sa prise d'habit le 13 juillet et redevient, Frère Jean Damascène de La Javie, et n'en bronchera plus jusqu'à sa mort. Au noviciat on lui confie quelque temps la charge de frère majeur qu'il exerce avec quelques réflexes militaires… »

Bien des années plus tard nous découvrirons plusieurs feuillets dactylographiés en 1966, ce sont ces documents, remis en forme et complétés de quelques photographies issues des archives familiales, de copies de pièces militaires et de diverses documentations, qui constituent ce livre édité à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre 1914-1918.

En hommage respectueux à notre grand-oncle.

 

Louis_Amable_BESSON_et_toute_sa_famille 001 - Copie recadrée 

Alfred BESSON enfant à côté de son père Louis Amable.

La famille BESSON, à La Javie, devant sa maison (probablement avant 1910).
Louis Amable, son épouse Eliza et leurs enfants.

Au premier rang et de gauche à droite : Aimée, les parents, et Alfred
Au second rang : Norbert, Aline, Berthe, et Abel (en noeud papillon clair).

Engagé volontaire et appelé

Le 2 août 1914, quand la guerre éclata, j'avais un peu plus de 15 ans et demi (je suis né le 27 novembre 1898), je venais d'achever mes études secondaires. Quelques jours plus tard j'entrai au noviciat des capucins de la Province de Lyon, d’où, après Pâques 1915, je revins dans ma famille.

En août 1915, je travaillais depuis 2 mois à Marseille, mais je brûlais du désir d'aller me battre pour la France. J'étais grand, robuste et je pouvais bien paraître avoir 18 ans. Je me présentai donc au Bureau de recrutement pour m'engager pour la durée de la guerre. Peu de jours après je passai le "conseil de révision" et fus déclaré "bon pour le service ". Quand on me demanda : « Dans quelle arme voulez-vous servir ? Je répondis : au 3ème Zouaves. Vous l'aurez sans difficulté, me répondit-on, vous n'avez pas beaucoup de concurrents pour ce régiment ».

J'avais demandé ce régiment parce que c’était un régiment d’élite, parce que son dépôt était à Constantine et que j'aimais Constantine (sans y être jamais allé, bien sûr, mais j'espérais y aller), parce que, enfin, DEROULEDE, poète et héros de la "revanche", avait lui-même servi dans ce régiment en 1870.

Hélas ! Quand mes parents apprirent ce que j'avais fait, ils s'opposèrent à mon départ; ils avaient déjà un fils au front, un deuxième ne devait pas tarder à être appelé sous les drapeaux et, bien malgré moi, je dus attendre d'être appelé avec ma classe.

Je n'ai donc commencé ma vie de soldat que le 20 mars 1917, date à laquelle je fus incorporé au 111ème régiment d'infanterie de ligne, caserne Gazan à Antibes. 

Alfred BESSON portrait guerre 14 - 18

 

  

antibes-entrée caserne-gazan

La caserne Gazan à Antibes

 

antibes-interieur caserne gazan

 

Antibes : 111e R.I. mars - décembre 1917

Aut Caesar, aut nihil : ni élève officier, ni élève caporal.

Quelques jours après qu’on nous eut équipés, on nous fit faire une marche d'épreuve. Au cours de cette marche, l’adjudant de compagnie, un parisien du nom de LANDRU, demanda quels étaient ceux qui voulaient se faire inscrire comme candidats-aspirants (élèves officiers).

Quand il arriva à mon rang, je demandai à être inscrit mais il me répondit : « Il y a déjà trop de demandes, vous serez élève-caporal. Ce n’est pas d’être élève-caporal que je demande, c’est d’être élève-officier. Vous n’avez pas à discuter ce que je vous dis, vous serez élève - caporal. Je n’en veux pas ».

Quelques jours après on vint me chercher pour aller au peloton des élèves-caporaux, je répondis que je n'étais pas élève caporal, et celui qui était venu me chercher s’en retourna sans moi mais il revint bientôt : « Ordre du Capitaine, vous devez venir au peloton », j’y allai donc, mais je m’y conduisis en si parfait imbécile que je fus renvoyé avant la fin de la réunion. Depuis lors mon avenir militaire fut stoppé…

Dans la suite, bien des années plus tard, quand des curieux me demandaient pourquoi je n’avais jamais eu de grade je répondais très sérieusement : « Que voulez- vous, il aurait fallu que je commence par être caporal et j’ai toujours eu peur d'aller finir Ste- Hélène comme un certain "petit caporal" » et l’on ne m’en demandait pas plus.

Camaraderie

J’étais assez bien vu des officiers et autres gradés intelligents (bien que j'aie eu de nombreux jours de consigne et de salle de police) mais par contre j’étais mal vu des caporaux et des sous- officiers qui ne faisaient pas leur travail et que je remettais publiquement à leur place, ce pour quoi ils n'osaient pas me punir car s'ils m’avaient puni, j’aurais dit pourquoi ils me punissaient et ils auraient été punis eux- mêmes.

De plus, j’étais grand et fort, j’avais la répartie facile (et piquante quand je le voulais) alors dans la Compagnie (surtout dans les premières semaines de caserne) ceux qui étaient brimés pour leur vie chrétienne avaient recours à moi pour être défendus ou vengés et ça ne tardait pas en sorte que j’avais assez d'amis un peu dans toute la caserne.

Dans la suite avec quelques étudiants sans le sou nous avions formé une association de … loisirs … culturels. Plusieurs académiciens à qui nous avions écrit (nous avions pris leur adresse dans le bottin) nous envoyèrent leurs oeuvres, quelques-unes même, dont E. ROSTAND, avec une belle dédicace. Nous nous entendions et entraidions parfaitement bien.

Nous pouvions ainsi manquer aux "appels", "faire le mur", aller à Nice voir à l’Eldorado quelque belle représentation, etc.

Un de ces bons camarades fut Paul MARTIN-BRET de Manosque qui mourut victime des allemands sous l’occupation en 1944 et que les P. T. T. ont glorifié en éditant un timbre-poste à son effigie.

 

MARTIN-BRET

 Epreuves et performances

Peu de jours après l’incorporation eurent lieu les "épreuves" pour nous répartir dans les groupes de gymnastique. En donnant mon maximum à la course (de 100, 400, 800 m) au saut (en longueur, en hauteur), au grimper (bigue, corde lisse, corde à noeuds, échelle de corde), au lancer, etc. je réussis à me classer parmi les "moyens" alors que de par ma taille, j'étais parmi les grands.

Quelques mois plus tard, du simple fait des exercices quotidiens de gymnastique, mes performances à de nouvelles épreuves me classaient parmi les "forts" et même parmi les premiers de cette catégorie. Chaque semaine la "progression" (série d'exercices de gymnastique pour la semaine) était affichée près du bureau de la compagnie et je me rappelle que je voulais la copier tant je la trouvais bien faite pour développer le corps, former, je ne dis pas des athlètes, mais au moins des corps aptes à bien servir l'âme.

Discipline force des armées ?

J'ai toujours admiré la sagesse des règlements militaires pour définir et employer les moyens les meilleurs pour la fin désirée. Par contre j’ai toujours professé (après mon service militaire) que le 1er principe de la "théorie" : "la discipline est la force des armées" tel du moins que le comprennent, l’expliquent et l'appliquent le commun des caporaux et des sous-officiers, qui professent en même temps : "pas vu, pas pris", "qu'ils haïssent mais qu'ils craignent" est absolument faux, ce qui est fort ou donne la force c'est l'amour, la crainte seule ne peut être un vrai principe de cohésion, de force.
Au sujet de la discipline, je dois dire que les mutineries militaires consécutives à l'échec de l'offensive du Chemin des Dames en mai de cette année 1917 n'eurent pas grande influence sur nous, pas plus que sur les autres troupes de l'intérieur. Sans doute (en l'absence des officiers, bien sûr !) nous chantions les chansons « défaitistes » mais sans leur attribuer plus d'importance qu'à des chansons et après avoir chanté :


"C'est à Craonne, sur le plateau
Qu'il faut laisser sa peau …
Nous sommes tous condamnés,
Nous sommes des sacrifiés …
Ceux qui ont le pognon
Ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on se crève !
Mais c'est bien fini car les troufions
Vont tous se mettre en grève.
A votre tour, messieurs les gros,
Montez sur le plateau,
Si vous voulez la guerre, payez-la de votre peau".

Nous "poussions" avec autant de coeur :

"Flotte, petit drapeau !
Flotte, flotte bien haut
Image de la France
Symbole d'espérance !
Tu réunis dans ta simplicité
La famille, le sol, la liberté !"

Au sujet encore de la discipline, le code militaire dont nous avions des extraits dans notre "livret individuel" était d'une rigueur excessive en ce qui concerne par exemple les injures, voies de fait envers les supérieurs, les refus d'obéissance… mais depuis lors on est passé presque à l'extrême opposé, ce qui ne vaut pas mieux.

 

Alfred BESSON avec son escouade au 111 RI recto-b

Antibes - 111e R.I. - 27e cie - 7e escouade
Alfred Besson debout 2è à gauche

 

Volontaire pour le front

La vie de caserne ne me plaisait guère et je ne sais combien de fois j'ai demandé à partir au front ou dans d'autres corps plus employés au front que l'infanterie de ligne mais je n'obtins jamais que cette réponse : "indispensable pour le besoin du service" et comme j'étais des plus jeunes de ma classe et que l'on ne partait d'Antibes pour les Armées que selon l'ordre de la date de naissance, je ne pus quitter Antibes qu'avec le dernier convoi de renfort, les tous premiers jours de janvier 1918.

                                                            A suivre ......

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