05 mai 2008
A la peine puis à l'honneur !
Dans l'ECLAIREUR DE NICE du 5 mai 1916,
magnifiques citations pour le 163RI et le 111RI


13 avril 2008
Le 19è R.A.C. au combat de Dieuze
Souvenirs de Guerre
de Hugues DELPHIN,
maréchal-des-logis à la 2ème batterie du 19è R.A.C.
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DIEUZE, le 11 août 1914 (note 1)
Après la destruction de deux batteries de notre groupe, nous fûmes affectés à diverses missions et ce n'est qu'au bout de quelques jours que notre deuxième batterie du 19è R.A.C. fût affectée au 4è groupe du 38è R.A.C.
Auparavant, notre batterie restait avec le 38è R.A.C. en attendant l'affectation officielle et c'est à ce moment que nous prîmes la deuxième pilule.
Avec une intelligence remarquable, le Haut-Commandement nous avait fait placer en batterie sur le champs de tir de l'armée allemande (nous étions en Allemagne). La riposte fut rapide : en un clin d'oeil alors que j'étais au poste de commandement avec le commandant, car j'avais repris mon rôle d'éclaireur agent de liaison, nous vîmes des fantassins partant vers l'arrière à toute allure, sans leurs armes, certains même sur les chevaux des artilleurs qu'ils avaient volés au passage.
Le commandant nous donna pour mission d'arrêter les fuyards non blessés, et le cas échéant, de les abattre. Nous n'eûmes pas le temps d'intervenir ; les balles sifflaient et nous ne pouvions plus faire qu'une seule chose : sauver nos canons en utilisant les quelques chevaux qui restaient ; ce que nous avons pu faire grâce aux chasseurs alpins du 6è bataillon (note 2) qui , se repliant en combattant, se mirent devant nous pour nous permettre de partir. La plupart d'entre eux furent tués.
Notre retraite nous conduisit à 70 km à l'arrière. Nous étions restés deux jours et deux nuits dans la bagarre. Les chevaux étaient exténués, quant à nous, nous dormions sur nos chevaux en marche.
Cette aventure eut un épilogue : on annonça que le 15ème corps avait fuit. En réalité, plusieurs régiments avaient effectivement lâché, mais tous les bataillons de chasseurs, l'artillerie et la cavalerie, ainsi que plusieurs régiments d'infanterie s'étaient fait décimer.
Il fallut deux ans pour faire cesser cette triste réputation du 15ème corps. Il est vrai que l'on fusilla bon nombre de troufions pour des broutilles ; je cite à titre d'exemple : dans la Meuse, un soldat fusillé pour avoir volé des pommes de terre ...
------------------------------------encore merci à Norbert, son petit-fils
Notes :
1 - le 20 août d'après tous les récits
2 - ainsi que les 23 et 27e B.C.A.
09 avril 2008
Le 19è R.A.C. au combat de Lagarde
A la Mémoire de Hugues DELPHIN,
maréchal-des-logis à la 2ème batterie du 19è R.A.C.
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Merci à Norbert, son petit-fils,
de nous avoir confié ces souvenirs de guerre.
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En août 1914, Hugues DELPHIN de la classe 12, né à Lyon, mais élevé à Nice, effectuait son service militaire au 19e R.A.C. à Nîmes. C'est ce régiment qu'il a suivi durant toute la guerre, tout d'abord sur le front de l'Est, puis en Argonne, plus tard en Orient. Deux de ses frères étaient également sur le front.
En racontant "sa guerre" à ses petits-enfants, il aimait à dire : "Je n'ai été qu'un simple sous-officier d'artillerie de campagne, qui a déambulé du premier au dernier jour de la guerre sur tous les front avec sa batterie et son cheval..." (note 1) . Il s'est éteint en 1977.
"Le bal débute mal"
Arrivant en Lorraine, après un voyage de trois jours, nous débarquons dans un patelin, en attendant d'entrer en Allemagne, très tranquillement... On nous racontait que déjà les troupes françaises avaient pénétré dans le pays et avançaient en direction de Berlin.
Le 7 août 1914 (note 2), nous partons pour la forêt de Farroy (note 3) (de triste mémoire pour notre régiment le 19 R.A.C.). J'étais agent de liaison, c'est-à-dire que je devais faire la navette entre le commandant et le capitaine de notre batterie.
Nous attendions dans cette forêt qu'un ordre nous parvienne. A 10 heures je vis arriver à ma pièce (le canon) mon capitaine (Calliès). Il me dit qu'un riche Nîmois lui avait recommandé son fils et qu'il le désignait pour lui donner mon poste d'agent de liaison. Je ne fis aucune difficulté et je repris ma place avec mes hommes.
A 11 heures, ledit agent de liaison, qui était chez le commandant de l'autre côté du canal de la Marne au Rhin, arriva et dit à notre capitaine que le commandant lui donnait l'ordre d'aller mettre en position de l'autre côté du canal. Le capitaine refusa et chargea l'agent de liaison de dire au commandant qu'il ne pouvait exécuter un tel ordre sans un soutien d'infanterie suffisant.
A nouveau, l'agent de liaison, qui était allé porter la réponse du capitaine, revient en disant que le commandant exigeait que l'ordre soit exécuté. Une fois encore, notre capitaine refusa. Un quart d'heure après, nous entendîmes une fusillade accompagnée de cris et nous aperçûmes sur une crête, des uhlans allemands qui arrivaient. En trois minutes nous pliâmes bagages, à toute allure et nous fîmes une marche arrière mémorable.

Grâce à notre capitaine, nous étions sains et saufs, mais la première et la deuxième (note 4) avaient été anéanties, après une lutte de quelques minutes. Tous les officiers, y compris le commandant, avaient été tués ou blessés.
Le soir, j'eus l'occasion de voir passer des charrettes de paysans, conduites par des brancardiers, qui allaient chercher des blessés et des morts. A cette époque, c'est-à-dire au début de la guerre, il n'était pas rare de voir les charrettes des brancardiers allemands et celles des brancardiers français se balader au lieu du combat pour faire leur travail. Cet accord n'eut qu'un temps d'ailleurs...
Notes :
1 - le nom de son cheval : Nini
2 - 10 août d'après nos recherches
3 - certainement Parroy
4 - la première et la troisième
03 avril 2008
Dominique MONGE, l'enfant du régiment !
A coeur vaillant, rien d'impossible !
Parce qu'il voulait lui aussi défendre la Patrie, en novembre 1914, le jeune niçois Dominique MONGE, âgé seulement de 14 ans et demi, part à la suite d'un détachement du 2è régiment d'artillerie de montagne ...
ECLAIREUR DE NICE 2 AVRIL 1916 :

ECLAIREUR DE NICE 3 AVRIL 1916 :

26 mars 2008
Poème : A LEUR MEMOIRE !
Merci
à Marcel ORENGO
pour ce magnifique poème qu'il a écrit à la Mémoire
de son grand-père François ORENGO
du 41e R.I.C.M. (VOIR NOTE)
Ce poème que j'ai écrit pour mon grand-père, je l'adresse aussi à tous les Poilus du Midi... et d'ailleurs ! Marcel Orengo
A LEUR MEMOIRE !
A mon grand-père, le Poilu...
Des Flandres à Verdun, du Mort-Homme à l'Argonne
Et du Chemin des Dames au Plateau de Craonne,
J'ai suivi tes vingt ans dans les grands cimetières
Où les croix alignées couvrent la terre entière.
***
J'ai suivi tes vingt ans consumés dans l'enfer
De la boue et du sang, et du feu, et du fer,
J'ai suivi tes vingt ans, cheminant sur les crêtes,
Et j'y ai vu briller l'acier des baïonnettes.
***
J'ai guetté ton fantôme entre les forteresses
Et cherché ton regard, celui de ta jeunesse
Qui côtoyait la mort au fond de ces vallons
Où j'entendais le vent chanter "La Madelon"...
***
J'ai suivi tes vingt ans couleur bleu horizon
Et j'ai erré longtemps près de la Malmaison
Parmi les champs d'horreur, te cherchant, ô grand-père,
Le long des croix de bois, le long des croix de pierre,
Le long des souvenirs que hante l'hécatombe,
Rêvant, au vent d'été qui souffle sur les tombes...
***
Peyrolles-en-Provence, 24 novembre 1995
Note du poète :
Si François ORENGO, né à Marseille en 1897, n'a pas combattu avec les gars du XVè C.A., il a, avec le 41è R.I.C.M., participé à beaucoup de coups durs (qui lui ont valu 2 citations). Il était du même bois que ceux que l'on a salis injustement et lorsqu'on lui parlait du sénateur Gervais, il souriait et disait simplement : "Tiens ? Je ne l'ai jamais vu sortir d'une tranchée celui-là ..."
20 mars 2008
Dieuze, après le combat (2/2)
de Gaston RIOU
Extrait de 'Journal d'un simple soldat"
2ème partie
...
Le 28 août (suite)
A Dieuze, l'on nous fit faire le tour de la ville. Ce n'était pas nécessaire pour atteindre la gare ; et notre prise ne nous semblait point un motif de triomphe. L'on tint quand même à nous exhiber à la population qui ne souffla mot.
Huit jours plus tôt, arrivant à Dieuze en vainqueurs, les boutiquiers nous bourraient les poches de chocolat et de bonbons ; les marchands de vin nous restauraient gratis. "Surtout, nous disait-on sans détours, tâchez qu'ils ne remettent plus les pieds ici !"
Ayant envie d'un dictionnaire français-allemand, je priais un bourgeois de m'en procucrer un. "Je n'use pas de cette denrée, fit-il ; j'ignore l'allemand." Il appelle sa fille. Elle va me quérir son propre dictionnaire. "Payez-vous ! lui dis-je, lui tendant mon porte-monnaie. - Oh ! monsieur, faire payer un soldat français !" Cependant elle couronnait de vin de la Moselle, à mon intention, une espèce de hanap en cristal qui remplissant sa fonction de parade sur l'étagère.
C'était, dans toute la petite ville lorraine, un gai remuement de fête votive. L'armée et le peuple s'égayaient fraternellement. Cette joie du revoir paraissait si naturelle : Le soir tombait. La journée était limpide et doucement tiède. La bataille tonnait sur les coteaux. Les régiments prenaient leurs formations de combat dans les rues mêmes. A cent mètres des maisons, derrière des gerbes, une batterie française canonnait dans la direction de Vergaville. M'étant avancé jusqu'à elle, j'eus la seule vision de beauté de ma campagne.
Dans l'air calme, les panaches des shrapnells allemands floconnaient, comme un feu d'artifice. Près de nous, le n°... s'avançait parmi les avoines, en éventail, par masses de bataillon. Il avait passé la nuit dans la caserne des chevau-légers. La mine des hommes était dure et farouche. Là-bas, dans les chaumes et les prés verts, sous la pluie des obus, les alpins s'égaillaient entirailleurs. Ils gravissaient en bon ordre le penchant nord de la riante cuvette qui s'étend entre Dieuze et Vergaville. Lon eût dit d'un tableau de Van der Meulen. Le soleil se couchait. L'air était plein de rayons et de parfums. Après chaque détonation, l'on entendait le chant des oiseaux et le léger crissement des insectes... Puis, les avant-trains amenés, ma batterie partît au grand trot prendre position ailleurs.

Le 28, par contre, Dieuze était une ville morte. Personne aux fenêtres. De grands drapeaux allemands célébrant la chute de Manonviller, pendaient aux hampes, hissés sur criée publique. Un silence morne, sans grandeur ; un silence de taverne désertée ; le silence de Paris à 4 heures du matin ; et, au lieu des tombereaux des maraîchers et des boueux, des monceaux de sacs éventrés, de fusils brisés, de friperie souillées de sang et de glaise, qu'on charroyait du champ de bataille. Nous allions d'un pas vif - le pas français, - ce qui essoufflait nos gardes.
Des régiments gris-bleus passaient sans mot dire. Comme nous butions à un embarras de fourragères pleines de blessés, un grand diable de colonel prussien, à cheval, monocle à l'oeil, nous accoste, et, en français, nous dit :
"Fous n'afez pas honte, fous, la témocratie française, d'être les alliés des Russes, ces Parpares !" Pas un de nous ne lui répondit. Nous ne le regardions même pas. Il était là, impassible. Pourtant, lui montrant mon brassard :
"Sommes-nous retenus ou prisonniers ? lui fis-je.
- Prisonniers ! Vous tirez sur nos ambulances !
- Souffrez , monsieur, que je ne le croie point...."
Mais nous repartions.
La gare ; la longue attente sur la place ; l'encombrement des voitures de blessés qu'on évacue ; un chevau-léger démonté, la tête dans les bandages, qui s'avance sur nous, l'oeil plein de haine, et nous menace de son revolver ; la visite de nos sacs ; la remise de nos cartes, couteaux, fourchettes, rasoirs, poinçons, de tout ce qui pique et taille. Puis l'embarquement.
...
Après une pointe vers le nord, le train quitta Bensdorf, et nous nous trouvâmes à nuit tombée dans l'immense gare de Strasbourg.
17 mars 2008
17 mars 2008 - Adieu Lazare !
Adieu Lazare,
Toi, le dernier Poilu
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Dernier maillon de la chaîne
De millions de poilus sacrifiés,
Tu quittes ce jour la scène,
Tu rejoins tes frères de tranchées.
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Tu entreras par la plus grande porte
Au Paradis des poilus massacrés.
Ils t'attendaient, imposante cohorte...
La haie d'honneur était formée.
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Après toi, ultime témoin de la guerre,
Fermera-t-on le livre "quatorze-dix-huit" ?
Tant de souffrances ne s'oublient guère...
Nous sommes bien tristes aujourd'hui
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Adieu à toi Lazare,
qui fut le dernier Poilu
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de Monique BOURGEOIS-MARTELLI
17 mars 2008
11 mars 2008
Dieuze, après le combat (1/2)
Gaston RIOU
Extraits de "Journal d'un simple soldat"
Hachette 1916
Si on ignore toujours dans quelle unité servait Gaston Riou, le "simple soldat" ambulancier, on sait toutefois qu'il fut fait prisonnier à Dieuze le 20 août 1914.
Dans les premières pages de son récit, il donne des précisions intéressantes sur les lieux, le combat lui-même, les conditions de détention, ainsi que sur l'organisation de l'ambulance et le nombre de blessés parmi lesquels certainement pas mal de petits gars du Midi ...
...
Notre division était sacrifiée d'avance. Chargée, je crois de protéger la retraite, elle avait tenu. Comment ? Combien de temps ? Un simple soldat, dans la guerre moderne ne sait rien. Toujours est-il qu'elle était détruite. Le combat émigra. La canonnade séloigna. Il fit soudain un grand calme. De la lutte féroce dont mes oreilles tintaient encore, il ne restait que l'effroyable puanteur des morts en train de pourrir dans les guérets et les vignes du côté de la forêt de la Bride, et, montant par intervalles du fond des vallons déserts, les longues clameurs lamentables des nids de blessés à l'abandon. C'est là, dans le district de Dieuze, exactement à Kerprich, en Lorraine annexée, que j'ai passé mes huit premiers jours de captivité.

Quelle semaine ! Parmi les arrières de l'armée allemande qui s'épanchait comme un fleuve, défaillant de sommeil et de fatique, dix fois mis en joue par les patrouilles, jour et nuit, j'ai charrié de la chair humaine : des morts, encore des morts, des morts de toute espèce, combattants tués nets dans le feu de l'action, blessés saignés à blanc, blessés achevés par les éclaireurs d'un coup de fusil à bout portant come ils demandaient à boire ou essayaient de se sustenter avec de la luzerne ; et puis, les demi-morts, crânes percés d'une balle, torses lardés de mitraille, aines défoncées par un boulet. De voir ces pauvres ballots defigurés et gémissants, il me semblait qu'on me râpait les nerfs. Le reste des blessés s'amenait sans aide, courait, clopinait, se traînait sur deux, sur trois, sur quatre pieds. C'était un spectacle stupéfiant. J'ai vu un fantassin dont la balle avait transpercé la poitrine devant derrière, et qui avait marché au drapeau blanc, tout seul, l'espace d'une lieue. Il avait perdu presque tout son sang. Je ne sais par quel miracle de volonté il s'était mis en chemin. Devant la grille de l'ambulance : "J'ai attendu quatre jours qu'on vienne, dit-il. J'ai soif, ça va mieux ; mais j'ai soif!". Il souriait. Il était beau, cet adolescent, comme un saint Sébastien de cire. Puis, sans un mot, il s'affaisse ; il est mort.
L'on m'avait octroyé la tente où s'entassaient les blessés les plus graves. Ils étaient une quarantaine, posés sur une mince couche de paille, à même le sol. C'était plein de mouches. Cela puait les déjections et le cadavre. Aux heures de soleil, ils étouffaient. Le soir venu, ils claquaient des dents. Il y avait là des gars du 20è corps, de l'active, tous Parisiens,d 'un courage gentil et simple ; ils trouvaient le moyen de s'intéresser à leurs voisins de paillis. Des Provençaux, à qui la douleur arrachait des larmes, me confiaient leurs amours, comme à une soeur. Quand le mal les mordait plus fort, tous appelaient : "Maman !". C'était un concert à fendre l'âme.
Je pansais. Mille fois le jour, mille fois la nuit, je tendais le bassin et l'urinal. Il y en avait deux pour sept cent vingt blessés. Une douille d'obus m'en fournit un troisième. J'assistais les agonisants ; je consolais ; j'enterrais. Toujours flanqué de deux soldats Poméraniens, j'allais par le village mendier du bouillon pour les pauvres gars. Les habitants étaient complètement terrorisés. Quelques femmes, dont une boîteuse et une petite fille de douze ans m'étonnèrent par leur charité tenace. Sous l'oeil de l'Allemand, leur ardeur, simplement chrétienne, était de l'héroïsme. Pourtant, je devais suppléer parfois à la ration manquante par un discours bien gaillard, tout ruisselant d'espérance. Sans cesse, il fallait refaire l'oreiller de paille sous la tête des blessés, arranger leur couchage, les aider à se déplacer. C'était toujours, sous la toile basse, le même orchestre de cris, de souffles caverneux, de râles et de plaintes. Quelquefois, au milieu de la longue nuit froide, n'ayant pas la force de porter plus loin sur le pré des fosses le camarade qui venait de trépasser, je tombais comme une masse et m'endormais à côté de lui.
Le 20, - l'ambulance était à peu près installée, - passa un capitaine prussien avec sa compagnie. Il s'arrête, réquisitionne le cheval de notre médecin-chef, M. Bergé ; il l'enfourche aussitôt. Puis, dans un français râpeux et sonore. "Ne craignez rien, blessés ! Ah ! l'on dit dans vos journaux -je les lis vos journaux, je lis le Figaro, le Temps - que nous sommes des Barbares ! Nous ne sommes pas des Barbares ! Moi, je porte un nom de chez vous ; je descends de refugiés français ; je m'appelle Charles de Beaulieu. Je vous les jure, vous serez bien soignés en Allemagne. L'Allemagne respecte la Croix-Rouge."
Le 28, à midi, ayant expédié évacuables et inévacuables, coupé un dernier bras, enterré le restant des morts, nous partîmes, le ventre vide. Pour où ? Les naïfs dont j'étais, ne doutaient point qu'on ne nous rapatriât en France par la Suisse. Les autres, qui avaient vu achever des blessés - surtout des blessés galonnés - rétorquaient : "L'autorité militaire allemande est implacable, si le soldat est assez bon "zigue". C'est sur ordre, c'est par obéissance stricte, que les patrouilleurs ont achevé des officiers et quelques sergents-majors. Si c'eût été malice personnelle, offriraient-ils, comme ils le font souvent, du café et de l'eau-de-vie aux blessés ? S'arrêteraient-ils pour les panser ? Non, c'est le haut commandement qui est responsable de cette pratique ignoble. Lui qui fait si bon marché de la vie des blessés, respecterait-il la Croix-Rouge ?".
Ainsi, tout en gagnant Dieuze sous bonne escorte, notre petite troupe débattait la question : "Sommes-nous retenus ou prisonniers ?".
( à suivre)
21 février 2008
Poème : Jour mémorable (21 février 1916)
"La Guerre 1914-1918 en rimes"
"Les Presses Littéraires" - 2003
JOUR MEMORABLE
Vingt et un février : c'est le jour de l'attaque
Qui très tôt assombrit le beau ciel de Verdun ;
De nos vaillants chasseurs surpris dans leur baraque
Les Allemands jadis en tuèrent plus d'un.
***
C'était toujours la guerre en mille neuf cent seize :
On dénombrait des morts depuis déjà longtemps ;
Dans les bois d'alentours - faut-il que je le taise ? -
Beaucoup de nos poilus laissèrent leur vingt ans.
***
Combien de fantassins perdus dans ces dédales
Ne purent voir le bout du sinistre tunnel ?
Combien de tirailleurs périrent sous les balles
Victimes du devoir aux yeux de l'Eternel !
***
Ce jour de février restera mémorable ;
Dans la pluie et le sang et la boue et le froid,
Soldats, jeunes ou vieux au courage admirable
Tombèrent tout à coup, plusieurs en même temps...
***
13 janvier 2008
Prix de guerre
Etude de Maurice MISTRE-RIMBAUD
Auteur de "des Républicains diffamés pour l'exemple"
LE COÛT DES CHOSES
Extraits de carnets de soldats du 15è corps d'Armée de Provence

Lorraine, Août 1914
11 août : De là, nous allons cantonner à Tantonville, pays célèbre pour sa brasserie (bière Tourtel). Il fait une chaleur terrible, aussi, on s'enfile quelque chose comme "sérieux". Les sérieux sont des verres de bière contenant un litre, vendu 0,10 ou 0,15. (1)
14 août : Nous faisons une pause durant laquelle nous mangeons des prunes et des pommes, le vin se paye 1F le litre. (2)
16 août : Pendant que nous causions, j'entends une voix qui criait "Qui en veut ?" "2F le paquet de tabac". Je bondis aussitôt vers cet envoyé du ciel qui nous proposait une chose introuvable dans la région, devenant ainsi une chose de luxe, et qui, pour moi, comme pour tout bon poilu fumeur était mon principal soutien, mon "nerf de la guerre" et je fus bien content d'obtenir de ce poilu qui continuait à marcher avec sa colonne, ce précieux paque de gros tabac qu'il me vendait 2F, alors qu'il coûtait normalement o,15F. (3)
17 août : Départ de Parroy à 6 heures du matin pour un dernier village français occupé par les boches pendant deux jours [Xures], qui volent les valeurs dans la Poste et rançonnent les habitants. Ici, on trouve de l'eau de vie de mirabelle à 4F le litre et du vin blanc bouché à 1,25F la bouteille. (4)
18 août : A 16 heures, nous allons à Juvelise où nous passons une bonne nuit sur la paille. On nous vend du lait à 5 sous le litre et la bière à 4 sous. (5)
19 août : Ici [Dieuze], nous trouvons du vin, il y a déjà quelques jours que nous n'en avions pas bu, presque pas depuis Saint Nicolas. On achère du tabac à 0,35F le paquet de 100 grammes et le soir lorsqu'il fait nuit, on fait des beefs. On ne mange pas souvent ! (4)
19 août : Nous avons traversé la ville de Dieuze dans la matinée. Nous y sommes acclamés, les femmes distribuent du vin et du tabac à nos soldats, les jeunes filles leur donnent des bouquets de fleurs ; j'achète deux ou trois paquets de cigarettes, le tabac ne coûte pas cher en Allemagne, 0,40F les 100 grammes. (4)
19 août : Les batteries tirent autour de la ville [Dieuze], ça chauffe. Une femme me donne des bonbons. Une autre veut me faire boire un verre de vin pour 5 sous, toutes disent "bonjour" (5)
20 août : Les paquets de tabac que j'avais achetés 1F et même 2F à Xures, à Juvelize et que j'avais soigneusement cachés dans les souliers placés sur mon sac, tout ce tabac est perdu, je n'en n'ai presque plus sur moi et si je venais à en manquer, je souffrirais atrocement, on ne peut pas se faire une idée de l'importance du tabac pour un fumeur, surtout dans ces terribles instants : c'est aussi important, sinon plus que le ravitaillement. (3)
22 août : Nous allons coucher au village de Froville situé à 800 mètres environ. Là, je trouve dans une maison, du bon vin bouché à 0,75F le litre et de l'eau de vie à 3F. (4)
22 août : [Bayon] J'ai mis1,30F pour avoir un morceau de pain, une boite de sardines et un bidon de bière. (4)
23 août : On trouve de la bière qui est très bonne à 3,30F la bouteille. (4) ????? (6)
26 août : Puis nous ravitaillons la batterie et retournons former notre parc à Einvaux, où l'on arrive à la nuit toute noire et par la pluie et le froid. Heureusement ici, on trouve du vin d'Algérie à 0,50F le lietre. Depuuis longtemps, on était habitué à le payer 1,25F et plus. (4)
5 septembre : Départ vers 1h. Tantonville vers 10h exténués. Le commandant fait acheter une bouteille de bière par homme (0,25 le litre). (7)
Un franc 1914 vaut environ 2,21 € 2006
1 38è R.A.
2 141è R.I.
3 58è R.I.
4 3è R.A.L.
5 6è hussard
6 ? de ma part
7 6è B.C.A.






