A la mémoire de  Damien CHAUVIN                              19RAC_Chauvin_Damien 

19e R.A.C.

                                          

né le 11 mai 1894

à l'Alpe du Mont de Lans (Isère)

Lieu-dit La Renardière


Un grand merci

  à son petit-fils Rémy qui nous a transmis le journal,

  à Claudie et Dan, précieux intermédiaires 



1914 - Nîmes

...

Alors cela me rappela qu'en gare de St Auban, en montant, il y avait le 3ème régiment d'infanterie de Digne qui retournait de manoeuvres anticipées. L'approche de la guerre se faisait sentir.

De retour à Marseille, après ces quelques jours passés dans une bonne ambiance, les rumeurs de la guerre se faisaient de plus en plus sûres.

Le 2 août se fut la mobilisation générale. Quel enthousiasme ! L'esprit patriotique, la revanche de 1870 étaient dans la pensée de chacun et c'est avec des chants que l'on apprît cette nouvelle. Toute la population avait dans l'idée que ce serait fini dans 3 mois  (hélas ça devait durer 4 annnées).

J'avais plus de responsabilités dans mon travail, car mon patron (réserviste) fut rappelé à Nice et le beau-fils de l'oncle à Nîmes dans l'artillerie. J'allais seul me ravitailler à l'abattoir où un oncle de M. Achard, mon patron, était contrôleur (M. Chaffard). Il m'aidait dans les achats et cela jusqu'à mon départ le 1er septembre 1914.

Pendant ce long mois, les clients me disaient :"Vous n'êtes pas Français ? Mon mari, mon frère, mon père sont tous partis, pourquoi pas vous ?" car je paraissais plus que mon âge. Mais mon tour vint le 1er septembre 1914.

caserne19RAC1

Je fus incorporé au 19ème d'artillerie de campagne à Nîmes avec un ami de La Javie avec qui j'avais passé le conseil de révision, Abel Besson, mais pas dans la  même batterie : lui à la 16ème, moi à la 64ème. On pouvait se voir car les bâtiments étaient contigus.

Après mon départ ce fut le vide à la maison Achard. Ils durent prendre un garçon espagnol, mais ce dernier profitant qu'il avait à faire qu'à des femmes, travaillait à sa guise. Heureusement M. Achard fut réformé au bout de quelques mois et revint mettre de l'ordre.

Pendant ma période de classes, j'eus plusieurs permissions qui me permirent de garder le contact avec mes patrons où j'allais comme chez moi. Je les considérais comme mes parents. J'allais le dimanche à St Gilles, chez la famille de Moïse où venait de naître un garçon René. Je fis la connaissance de René bien avant son père, car celui-ci était parti au front au début des hostilités.

1915 - Mort-Homme - Bois de la Gruerie

Le 15 février 1915 ce fut mon tour de rejoindre les camarades au front.

Nous partîmes de Nîmes un après-midi de janvier. A notre passage en gare d'Avignon, nous fûmes insultés par des soldats qui se trouvaient dans un train évacuant des soldats d'artillerie venant du nord, ce fut la bagarre. Tout ça parce qu'on avait calomnié les soldats du Midi. Enfin tout se calma avec leur départ. On nous distribua le repas du soir et du fourrage pour les chevaux que nous accompagnions.

Le surlendemain nous débarquons à Dombasle et par la route, à pied, nous prenons la direction de Verdun. Mon régiment, le 19e A.C. était dans les environs de cette ville, cantonné à Chattancourt (Capitaine Portal) et en batterie au Mort-Homme ouest, face à Montfaucon où étaient les Allemands.

Mort_homme

Je fus affecté au 2ème groupe, 6ème batterie, 3ème pièce, comme canonnier (hautpied).  C'est à dire que je montais en ligne comme servant et au repos, je soignais la jument du maréchal des logis Jules Cesari, sous-officier de carrière.

Notre canon était placé en plein air, sans abri, et nous, nous avions un trou recouvert de gerbes de paille et de terre. Il y pleuvait aussi bien dehors que dedans. Un soir de relève, on n'avait pas pu porter du pain pour 4 jours. Je fus désigné pour retourner à Chattancourt pour aller en chercher. De retour, il faisait nuit noire, je manque le chemin et je glisse dans un trou d'obus plein d'eau boueuse. Grâce aux hommes d'une batterie lourde qui se trouvaient à proximité, j'ai pu être sauvé d'un enlisement certain.  En arrivant à ma batterie, je devais prendre mon tour de garde. Je pris mon poste et tout en surveillant je râclais avec mon couteau mes vêtements couverts de boue. La neige commença à tomber et un projecteur allemand éclairait tout le coin et chaque fois que le faisceau lumineux passait sur moi, je me faisais tout petit dans la neige. Pour mon début au front, ce n'était pas brillant, mais le moral était bon.

Au printemps 1915, nous changeâmes de secteur après 4 jours de marche de nuit.

Pendant ce déplacement, j'ai pu voir des connaissances dont les régiments étaient sur notre passage : Camille Segond et Albert Burle. J'étais à ce moment là "conducteur". Nous nous sommes retrouvés au Mort-Homme Est, cantonné dans un village se trouvant à 2km de Chattancourt, nommé Marre.

Après un mois environ, nous sommes repartis en Argonne pour y passer une partie de l'été. Ensuite à Souain Trou-Bricot où nous avons remplacé les troupes coloniales du général Mangin (hiver 1915/1916).

champagne_front

Nous revenons dans le Bois de la Gruerie. En arrivant, nous avons eu l'avantage de trouver après la bataille des quantités de matériel pris aux Allemands. Dans les tranchées, les abris étaient remplis de cadavres et bouchés seulement avec de la terre et une odeur de cadavre s'en échappait. C'était presque insupportable avec la chaleur.

                                               à suivre...