Sur les traces des "Midi" du XVe Corps - guerre 1914-1918

soldats du Midi (de Nîmes à Menton, en passant par la Corse) diffamés lors de la bataille de Dieuze, le 20 août 1914

30 octobre 2005

Le "Crime" des Midis (4) - Dieuze 19-20 août 1914 > Maurice

Dieuze 19-20 aout 1914       récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud

Le 19 août, à 4h. du matin, le 15ème Corps s'élance.

L'ambiance est lourde et tendue.

"Cette fois-ci ça y est. Tu y es mon vieux, c'est pour de bon !" (6)

Pourtant informé, Castelnau avise ses divisions "qu'elles n'avaient rien devant elles". C'est le traquenard !

Le 173ème R.I. de Jean spinosi arrive en réserve à Dieuze.

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La 29ème D.I. passe Dieuze et s'achemine vers Bidestroff dans une région occupée depuis 1870 (44 ans déjà), organisée, jalonnée et signalée pour l'artillerie ennemie.

Du côté de la 30ème D.I., à 6h., le 55ème R.I. en marche d'approche franchit la Seille sur des ponceaux organisés par le 7ème Génie, traverse Dieuze avec le 61ème R.I., puis Kerprich. A la sortie de ce village s'engage le premier combat.

Le 55ème R.I. d'Aimé Vidal a pour objectif une ferme située entre la voie ferrée Dieuze-Vergaville et la corne nord-est d'un bois. Sous un feu violent d'artillerie lourde, le 3ème bataillon progresse jusqu'à la hauteur au sud-ouest de Guébling.

"Arrivons à 9h. au pont du chemin de fer, les obus nous arrêtent, on les regarde tomber avec curiosité, car c'est pour la première fois qu'on les voit de si près. Les Allemands tiennent bon et arrêtent notre marche sur Berlin  . Le combat est acharné. Le soir nous transportons beaucoup de blessés." (7)

Le 61ème R.I. avec Antoine Bay, à peine engagé dans la plaine de Vergaville, est accueilli par un violent feu de mousqueterie.

Le 58ème R.I. après avoir traversé Dieuze, a pour mission d'assurer la liaison entre le 20ème Corps d'armée dans la forêt de Koeking, au carrefour des routes Kerprich-Lidrequin et la route forestière.

Le 29ème marche sur Vergaville où une courte résistance ennemie se produit.

Le 3ème R.I. est en réserve de Division.

La fusillade fait rage en avant.

Le 112ème R.I. de Louis Trémallat se rassemble à 7h30 à 1 200 mètres nord-est de Dieuze, entre la route de Vergaville et le ruisseau de Verbach.

A 10h. il reçoit l'ordre d'attaquer par le sud le village de Bidestroff.

Le 111ème R.I. ayant pour objectif la cote 230 au nord du moulin de Bidestroff, longe le ruisseau de Verbach au nord du canal des Salines. Les hommes avancent dans la plaine bordée de collines où les Allemands sont retranchés. Pendant dix heures , c'est une pluie de fer !

Sous ce bombardement, Alfred Allègre du 111ème R.I. et Louis Trémallat du 112ème R.I. se plaquent au sol, formant la tortue, leur barda sur la tête pour se protéger des marmites, puis bondissent en avant.

A midi, le 112ème et le 141ème R.I. enlèvent Bidestroff, en passant par la ferme Steinbach.

"Elle s'empare de Bidestroff, malgré la mort qui fauche ses rangs ; elle se cramponne à la terre, mais vraiment ç'en est trop, le sang coule partout, partout des morts, des blessés qui hurlent et la mitraille traîtresse taille et retaille dans cette chair déjà pantelante, ou à l'agonie". (8)

Le 11ème R.I. s'en va occuper la ferme Wolfert, à droite.

Vers 21h., les Allemands attaquent Bidestroff, où sont retranchés le 112ème et le 141ème R.I. Ils résistent toute la nuit, sous un feu incessant.

Le 20 août, encouragée par un brouillard qui règne sur tout le champ de bataille, débute la grande contre-attaque allemande.

"A 5h30 du matin, l'ordre est donné d'attaquer les positions françaises à l'ouest de Dieuze. Les Français avaient une position avancée dans les bois de Monack au nord-ouest de Vergaville. En dépit des obstacles (l'avoine très haute  en était un dans les champs), nos mitrailleurs eurent bientôt raison de ces résistances. L'attaque à la baïonnette fut ordonnée contre l'aile droite. Les Français durent regagner leurs positions principales d'où leur artillerie tâchait de nous arrêter, mais en vain. Nous avançions toujours. Les champs jonchés de cadavres français montrent l'acharnement de la lutte. Notre artillerie prit l'ennemi sous ses feux. A gauche, les Français se replient sur Dieuze. Le chemin de Vergaville à Guebling était jonché de pantalons rouges"  (9)

Dès la pointe du jour, la fusillade et la canonnade recommencent.

Dans les années 20, les survivants qualifieront ce vécu d'holocauste. 

Depuis 5h45, la gauche du 15ème Corps est attaquée elle aussi, au nord-ouest de Kerprich. Le 2ème bataillon du 173ème R.I. a été envoyé dans la forêt pour couvrir la gauche de la 30ème D.I., mais le 55ème R.I. l'ignore : Il devait en résulter un incident regrettable.

Les Allemands progressent dans la forêt de Bride où la liaison avec le 20ème Corps est mal assuré par ce bataillon du 173ème R.I., et qui , à la suite d'un ordre mal compris, s'est replié vers le sud et a découvert le 59ème brigade.

"Le matin à l'aube, commencement du combat, toujours dans les bois ; beaucoup de camarades disparus" (10)

A 6h. du matin, des éléments d'abord clairsemés puis de plus en plus nombreux commencent à refluer du bois de Monacker.

"Maintenant, l'ennemi marche : il s'avance vers nous en lignes par petits bonds. Chaque tirailleur traîne avec lui une gerbe de blé ou d'avoine qu'il met devant lui dès qu'il s'arrête. Je vois tout cela très bien" (11)

Le 2ème bataillon du 55ème R.I. est anéanti. Le 3ème bataillon de son côté, se replie à Vergaville avec le 40ème R.I.

La 30ème division résiste jusqu'à 10h, alors lui parvient l'ordre de se replier. A droite, le 61ème R.I. abandonne Vergaville et bat en retraite.

Une fusillade plus intense encore éclate dans la forêt. Un mouvement de panique se produit dans les rangs du 173ème R.I. de Corse et du 55ème R.I. d'Aix/Privas. Il y a eu une confusion dans la forêt, les deux régiments se sont tirés dessus !

Au pied de la forêt de Bride-Koeking, l'Ardéchois du 61ème R.I. Antoine Bay, le Grand-Combien du 55ème R.I. Aimé Vidal et le Corse du 173ème R.I. Jean Spinosi, succombent au champ d'honneur. Ils avaient tous les trois 25 ans.

Au nord-est, l'infanterie bavaroise déferle par vagues énormes sur les positions françaises.

"Bientôt, pendant que le soleil se levait, nous eûmes une vision qu'il vaut vraiment la peine d'évoquer. Environ à 800 mètres de nous se profilait une crête. A cette crêtee apparurent d'abord les patrouilleurs, puis les unités ennemies qui, brusquement , se déployaient lorsqu'elles arrivaient à la ligne de faîte. On voyait les fantassins grisâtres se porter en courant vers la droite et vers la gauche, et dégringoler la pente au plus vite pour aller chercher un abri dans un chemin creux, en progressant droit sur nous" (12)

Le 112ème R.I. de Louis Trémallat se maintient péniblement à Bidestroff où il avait passé la nuit. A 4h50, pris à partie par un feu violent d'artillerie, combiné avec un mouvement offensif de l'infanterie allemande, des fractions du 141ème R.I. commencent à battre en retraite.  Vers 8h. l'ennemi à droite franchit le canal des Salines. Presque tout un bataillon est fait prisionnier. Le reste du 141ème abandonne, lui aussi, la position vers 9h.

A 10h, l'ordre de repli est donné ! En position sur 2km Bidestroff-Wolfert, le 111ème R.I. d'Alfred Allègre ne reçoit pas cet ordre, car ses agents de liaison envoyés aux nouvelles ne sont pas revenus.

Le 111ème R.I. avait été également attaqué avec violence dès 4h sur la position 230-Wolfert-222.

Wolfert est abruti par les marmites et des défenseurs anéantis. Il y résiste avec vigueur et ténacité jusqu'à 7h30. Son 2ème bataillon en vient même au corps à corps et doit laisser deux de ses compagnies aux mains de l'ennemi. Attaqué violemment de front, cerné par l'ennemi, le 111ème R.I. est obligé de se replier.

Cette matinée, la 29ème D.I. dont les 111ème et 112ème R.I. s'en acquittera au prix d'un lourd tribut. L'Azuréen Alfred Allègre, 29 ans et le Varois Louis Trémallat, 24 ans succombent à Bidestroff, après seize jours d'une campagne guerrière dantesque et inimaginable.

Les rescapés, à bout de force, retrouvant en chemin des fantassins égarés, se replient au sud et au nord de l'étang de Lindre, lieu où, en d'autres circonstances, nichent les cigognes. Toute la plaine de Dieuze est soumise à un feu formidable d'artillerie, d'infanterie et de mitrailleuses de l'ennemi qui est déjà au moulin de Bidestroff.

Commencé en bon ordre, le mouvement de repli se précipite. Dans l'eau jusqu'au cou, parfois à la nage, le ruisseau et le canal des Salines sont franchis, certains se noient.

A la douleur de ce repli, s'ajoute la tristesse d'abandonner sur le champ de bataille des morts non encore ensevelis, et des blessés, qui, laissés après quelques soins hâtifs, sur le terrain de combat ou dans les villages voisins, allaient être capturés par l'ennemi et commencer le dur calvaire d'une longue captivité.

Les 23ème et 27ème B.C.A., reformés rapidement vers midi, reçoivent l'ordre de se porter à Gelucourt, pour protéger le mouvement de repli de la Division et l'écoulement des convois et de l'artillerie du Corps d'Armée.

Deux mamelons dominant au nord le villge et masquant, vers le sud, la vue de la plaine à travers laquelle se retirent les troupes, sont hâtivement organisés par les deux bataillons qui s'y accrochent jusqu'au soir. Malgré la pression de l'ennemi, qui se glisse jusqu'à distance d'assaut à travers bois, malgré le feu de mitrailleuses invisibles qui battent sans relâche la position et déciment le détachement, le sacrifice de ces hommes, permet la retraite du 15ème Corps.

Bien avant la nuit, la plaine est libre, les convois se sont tous écoulés. Le reste de l'héroïque détachement bat en retraite à la nuit tombée.

Espinasse, commandant le 15ème Corps, recense les pertes de ces deux jours. Il a perdu 9 800 hommes et 180 officiers. Les effectifs rassemblés permettent la reconstitution d'un bataillon aux 40ème, 58ème et 111ème et deux aux 3ème, 55ème, 61ème, 112ème et 141ème.

Chez les Chasseurs, il ne reste que 1 200 hommes au 6ème,  350 au   23ème, 1 300 au 24ème et 550 au 27ème.

Depuis le 10 août, 12 846 hommes ont été mis hors de combat au 15ème Corps.

A Paris, en guise d' "épitaphe" de ces malheureux, paraît un article incendiaire dans LE MATIN contre ces "troupes de l'aimable Provence" accusées d'avoir  "lâché pied devant l'ennemi" , article dicté par Messimy le ministre de la guerre en personne au sénateur-journaliste Gervais.

La légende noire du 15ème Corps venait de naître.

Vexations publiques, insultes, refus de soins aux blessés, renvois en première ligne avant guérison "pas de lâches à l'hôpital !" seront leur lot quotidien.

La stupeur sera à son comble quand on apprendra que plusieurs soldats du 15ème Corps furent fusillés pour l'exemple pour abandon de poste par mutilation volontaire, sans instruction, ni interrogatoire préalables.

Ils avaient quitté leurs oliviers pour les mirabelliers, leurs collines provençales pour les côtes lorraines, eux qui pour la plupart, n'étaient jamais sortis de leurs "bastides".

_________________

(6) Réflexion d'un du 141è R.I.

(7) Journal d'un du 55è R.I.

(8) Carnet d'un du 112è R.I.

(9) Un combattant allemand

(10) Note d'un du 173è R.I.

(11) Carnet de route d'un du 61è R.I.

(12) Lettre d'un du 141è R.I.   

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25 octobre 2005

Le "Crime" des Midis (3) - Moncourt 14-15 août 1914 > Maurice

MONCOURT 14-15 août 1914       Récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud

Le 14 août, à 4 h., deux colonnes se forment. La 29ème D.I. (111ème, 112ème, 3ème et 141ème R.I.) suit l'itinéraire Drouville puis Serres. A 6h30, tout le 15ème C.A. est rassemblé sur les hauteurs Serres-Valhey.

A 8h30, la 30ème D.I. arrive à Serres.

La 29ème D.I. parvient vers midi aux environs de Bures.

Elle est arrêtée à la cote 279, entre Rechicourt et Bures aux environs de Coincourt. Les Provençaux de la 29ème Division comprennent que le baptême du feu est imminent. C'est dans les dernières heures de l'après midi, à la frontière même, entre Coincourt et Moncourt, qu'ils vont le recevoir.

Le 3ème R.I. avec Alphonse Richard à 11h30, reçoit l'ordre d'attaquer le bois du Haut de la Croix que la cavalerie a signalé comme fortement occupé par l'ennemi. Brusquement les premiers obus éclatent au-dessus de Coincourt révélant la présence d'une artillerie ennemie assez importante.

Le 3ème R.I. attaque sur un terrain défavorable, avec seulement quelques meules de foin. Alphonse Richard avance par bonds. Les compagnies de tête débouchent du village et sont aussitôt violemment prises à partie par les salves de l'artillerie ennemie. L'assaut mené à découvert et les pantalons rouges des hommes en font de cibles idéales.

14h, l'ordre d'attaquer Moncourt arrive, le 112ème R.I. de Louis Trémellat, fonce droit au but ; il est encadré au sud par le 3ème R.I. d'Alphonse Richard et au nord par le 111ème R.I. d'Alfred Allègre qui s'y glisse par un vallon. Ils franchissent la frontière et atteignent le sud-ouest du bois.

A 15h. le 141ème R.I. avec Eugène Gaillardon attaque vers le cimetière de Coincourt, fusils et mitrailleuses crépitent. La progression devient de plus en plus lente et coûteuse. L'ennemi caché dans ses tranchées est invisible. Les hommes s'abritent derrière les arbres et dans les fossés qui longent le bois. Celui-ci devient la cible de l'artillerie allemande pare que notre infanterie y a pénétré en masse. C'est un enfer ! C'est là que le Marseillais Eugène Gaillardon est tué à 24 ans.

A 18h30, les clairons de la 57ème brigade sonnent la charge. Alfred Allègre et Louis Trémellat subissent un feu nourri. Péniblement les premiers éléments du 2ème bataillon du 111ème R.I. atteignent la cote 284 qui domine Moncourt où ils sont criblés par notre artillerie dont le tir est trop court !

"A 6h10 (du soir) une grande clameur retentit, nous venons de franchir la frontière, nous mettons baïonnette au canon et en avant sous une pluie d'obus et de balles, les camarades commencent à tomber ; le feu devient de plus en plus horrible, nous ne rigolons plus, mais nous avançons toujours, nous entendons sonner la charge, nous nous mettons à l'abri derrière un talus et nous avançons par bonds, les balles sifflent sans discontinuer et les shrapnells éclatent à hauteur de la ceinture.

Enfin nous quittons cet abri et nous partons en avant, nous faisons un petit abri avec le sac et de la terre devant et nous attendons, enfin à 8h, on n'entend plus rien" (4)

Lorsque les bataillons d'attaque, au prix de pertes sévères, pendant les deux heures de l'approche et les trois heures où ils sont restés sans broncher sous un bombardement des plus violents, parviennent à hauteur et au sud de Moncourt, aux rafales d'artillerie se joint un feu intense d'infanterie et de mitrailleuses. Le Bas-Alpin Alphone Richard est fauché, il a 24 ans.

Après deux tentatives infructueuses et sanglantes pour déboucher du bois à l'ouest, Alfred Allègre et Louis Tremellat franchissent les haies qui masquent les tranchées allemandes, s'élançent vers le village qui est enlevé en une demi-heure. Ils chassent les mitrailleurs bavarois qui se replient.

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                                                                      Moncourt                                                             

Quand la nuit arrête le combat, les 3ème R.I. et 141ème R.I. mélangés sont parvenus à 500 mètres environ du bois de Haut de la Croix. Mais l'ennemi s'enfuit et son artillerie se tait. Le soir, les biffins s'inquiètent, les régiments sont à court de munitions, ils comprennent que personne ne les ravitaillera. Les rares habitants de Moncourt jusque là cachés dans leurs caves, apportent quelques provisions.

La 29ème D.I. a subi de lourdes pertes sous le feu d'une grosse artillerie habilement défilée. Péniblement elle se reforme. Des patrouilles vont à la recherche de nombreux blessés qui se croient abandonnés. Dans l'obscurité, on entend leurs gémissements.

Cette affaire coûte à la 29ème D.I. plus de 327 tués et 2 200 blessés, le 3ème R.I. et le 111ème R.I. étant particulièrement atteints.

Le 15 août, la pluie commence à tomber et ne cessera pas de plusieurs jours. Alfred Allègre et Louis Trémellat marchent à travers les blés où gisent des victimes du combat qui croyant à une retraite, supplient qu'on les emmène. Les infirmiers du 15ème corps les rassemblent dans des replis de terrain, situés non loin  des premières lignes, les premiers soins leur sont donnés. A Coincourt, ils réquisitionnent des charrettes et de la paille pour transporter les blessés.

Le 55ème R.I. d'Aimé Vidal occupe la lisière du plateau face à Coincourt. Le 61ème R.I. d'Antoine Bay est à sa gauche et ne peut déboucher du plateau à cause de l'artillerie lourde qui bombarde sans arrêts. Un engagement d'avant-garde se produit à Moncourt.

La 29ème D.I. est relevée et arrive, sous une pluie torrentielle, à 2h du matin, au bivouac à la Ferme Saint-Pancrace, entre Rechicourt et Bures dans la boue. Le 173ème avec Jean Spinosi débarque à Jarville.

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Le 16 août, la marche en avant d'Alfred Allègre et Louis Trémellat, reprend vers le bois du Haut de la Croix, puis Ommeray, direction Bourdonnay.

Par suite d'une méprise, les troupes du 112ème R.I. qui marchent en avant se fusillent entre elles pendant un quart d'heure. !

Les Bataillons de Chasseurs Alpins rattachés à la 29ème D.I. traversent la frontière, au nord de Lagarde, sur les talons d'un ennemi qui refuse le combat. C'est là qu'ils voient pour la première fois, les terribles traces des combats précédents du 11 août : village dévasté, premières ruines, premiers cadavres et premières tombes.

La progression continue en Lorraine annexée, l'ennemi restant insaisissable, sinon invisible.

Le 17 août, les Provençaux exténués, se dirigent vers Bourdonnay. A 4h30, ils en repartent pour le château de Marimont. Le 111ème R.I. cantonne à Gelucourt. La 30ème Division envoie ses avant-gardes sur la Seille, face à arsal. Le 55ème R.I. est aux avant-postes à Lezey.

Le 18 août, la marche est pénible, la pluie continue à tomber, le sol est détrempé, les fantassins s'enfoncent jusqu'au chevilles dans la boue. Ils arrivent aux abords de  Dieuze.

Aucune action n'est prévue ce jour-là ; les Méridionaux se reposent.

S'ils savaient ce qui les attend !

Des avant-gardes de la 29ème sont à Zommange.

Le 173ème R.I. de Jean Spinosi passe la frontière près de Lagarde et vient cantonner à Ommeray.

"Pour le moment tout va bien. Espérons que ce sera toujours la même chose" (5)

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(4)carnet d'un du 3ème RI

(5) carte postale d'un du 173ème RI

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18 octobre 2005

Le "Crime" des Midis (2) - Lagarde 10-11 août 1914 > Maurice

LAGARDE 10-11 août 1914                                   Récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud

Le 10 août, le 40ème R.I., le 58ème R.I. et le 19ème R.A. cantonnent dans la région de Xures. Les Allemands occupent le village de Lagarde à quelques kilomètres de là.

A part quelques rares coups de fusils entre éclaireurs, le secteur est calme. Les consignes de Castelnau, commandant la IIème Armée sont d'éviter tout accrochage tant que la concentration n'est pas terminée. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour connaître le dispositif ennemi.

"L'ennemi occupe le village de La Garde ainsi que la Cote 283 qu'il a organisée défensivement. On aperçoit une tranchée sur le versant ouest de 283. Le fond du ravin qui sépare cette position du mamelon est de Xures présente des éléments de haies, près desquels sont creusés quelques trous de tirailleurs. La route de La Garde à Ommeray est également occupée par de l'infanterie à laquelle se sont adjoints des Hussards et des Chevaux Légers. L'effectif de l'infanterie ne peut pas être fixé d'une façon certaine, le développement des ouvrages permet de supposer qu'il peut être de deux compagnies. L'effectif des cavaliers est incertain. Il n'a as été aperçu d'artillerie"

Le commandant du groupe envisage alors de prendre le village de Lagarde. L'assaut aura lieu à 19h15.

A 11h, le 2ème bataillon du 40ème R.I. avec Adolphe Roussel se déplace vers Parroy et doit attaquer dans la forêt.

A 15h, le 3ème bataillon du 58ème R.I. avec Louis Ribaud fonce sur Xures avec comme objectif d'occuper la Cote 283 dominant Lagarde.

A 16h30, les batteries du 19ème R.A. en position de tir au nord-ouest de Xures, pilonnent le village dont on aperçoit le clocher et la Cote 283 où se trouvent des tranchées ennemies.

A 19h15, comme prévu, le feu cesse. L'infanterie attaque, enlève sans peine la Cote 283, qui semble avoir été évacuée et entre dans le village à 21h.

Selon toutes apparences les Allemands se sont repliés en hâte.

Côté français, aucune perte n'est à déplorer. La manoeuvre a réussi.

Le commandant informe qu'il a enlevé Lagarde à la baïonnette ! Cette relation provoque une réaction violente, visiblement son initiative n'a pas été appréciée.

A 23h, les Gardois du 40ème R.I. s'organisent pour défendre le village côtés est et sud, les Vauclusiens du 58ème R.I. côtés nord et ouest. La nuit est tranquille. Dès le jour, le café pris, les travaux de défense sont poursuivis.

Le 11 août, vers 8h30, un fort détachement ennemi s'avance par le nord-est. Croyant n'avoir affaire qu'à  quelques éclaireurs ennemis, la mise en batterie tarde. Aussitôt les premiers obus français tirés , deux batteries du 19ème R.A. sont prises sous le feu d'une artillerie allemande très supérieure en nombre.

Vers 10h, les bavarois traversent le bois et surgissent à quelques deux cents mètres des canons de 75. Les artilleurs français se font tuer sur place défendant héroïquement leurs pièces.

Dans le village, la situation n'est guère meilleure, la position est intenable.

"la rue est balayée par une grêle de balles et d'obus ; les hommes tombent, nombreux ; d'autres se dispersent, s'abritent. On rameute des isolés éperdus" (2)

Le 40ème R.I. et le 58ème R.I. se défendent bravement. Sous ce terrible bombardement et sous ces rafales de mitrailleuses, le Gardois Adolphe Roussel à 24 ans et le Vauclusien Louis Ribaud, à 25 ans, tombent. Ils sont les premiers "Morts pour la France", sept jours après leur incorporation.

A 10h30, l'enveloppement est inévitable. L'ordre de repli est donné. Jusqu'à 14h c'est un repli sanglant.

Les restes des régiments reviennent à Serres vers 17h. Les deux bataillons sont exterminés.

Le bilan de cette attaque insensée est de 468 tués, 690 blessés, 928 disparus, 42 officiers et sous officiers hors de combat et 2 batteries dartillerie perdues alors qu'il fallait éviter les engagements inutiles et que la conquête de Lagarde ne revêtait aucun intérêt stratégique. On commence déjà à douter de la vaillance des Méridionaux :

"Il disait textuellement en parlant de ses soldats : "ils se sont enfuis comme des péteux..." Et Dieu seul  savait qu'il pensait en lui-même : "si j'en rencontre un, je le brûle  !..." Il avait ensuite enfourché son carcan et s'en était allé comme un fou..." (3)

Réflexion corroborée par un lieutenant d'état-Major du 20ème Corps qui sera lourde de conséquences !

Doc27

                              Lagarde -   Relevé des tombes

Pendant ce temps, les Azuréens du 111ème R.I. cantonnent à Ceintrey et les Varois du 112ème R.I. à Rosières. Les Bas-Alpins du 3ème R.I. sont à Drouville et les Marseillais du 141ème R.I. aux avant-postes à Haraucourt.

Le 12 août, tout le monde reste sur les positions. Le 1er bataillon du 55ème R.I. est dans les environs de Parroy. Le 3ème bataillon occupe la position du Four à Chaux et le 2ème bataillon, Hoéville.

Le soir, le 1er bataillon du 111ème R.I. est à Saffais, le 2ème bataillon à Ferrières et le 3ème bataillon à Vigneulles.

Pour Jean Spinosi et son 173ème R.I, c'est le départ de Marseille pour le front .

Le 13 août, dans la nuit, à Haraucourt, Castelnau, commandant la IIème Armée, suivant le plan XVII, donne l'ordre pour le lendemain d'attaquer et d'envahir la Lorraine annexée.

Les objectifs sont fixés : Moncourt pour la 57ème B.I. (111ème et 112ème R.I.) et le Bois du Haut de la Croix, occupé par les Bavarois pour la 58ème (3ème et 141ème).

Le village est entouré de collines boisées favorisant la défense, garnies de réseaux de fils barbelés et de chevaux de frise. Des batteries d'artillerie lourde y sont installées.

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(2) Etude  d'un du 40ème R.I.

(3) Carnet d'un du 58ème R.I.

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14 octobre 2005

Le "crime" des Midis (1) - Mobilisation > Maurice

Récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud, auteur des "Républicains diffamés pour l'exemple"

LA MOBILISATION : CONCENTRATION LE 2 AOUT ET LES JOURS SUIVANTS

Le dimanche 2 août 1914, l'ordre de mobilisation est affiché dans toutes les mairies de France.

Le garde-champêtre, au son de son cornet ou aux roulements de son tambour l'annonce gravement dans les communes de la XVème région.

Alphonse Richard, 24 ans, à Digne (04), Alphonse Allègre, 33 ans à Cannes (06), relisent l'affiche sur le panneau grillagé de leur mairie.

Antoine Bay, 25 ans, à Coucouron (07), Eugène Gaillardon, 24 ans, à Marseille (13), Jean Spinosi, 25 ans, à Galéria (20), sont concernés comme tant d'autres.

C'est un moment de tourments aussi à Allègre (30) pour Adolphe Roussel, 24 ans, et à La Grand Combe (30) pour Aimé Vidal, 25 ans.

A Sanary (83), Louis Trémellat, 24 ans, et à Vaison (84) Louis Ribaud, 25 ans, s'interrogent.

Ils vont abandonner leurs travaux en cours, leur famille et leur village pour ce que nous savons être la plus grande boucherie du XXème siècle.

"La mobilisation n'est pas la guerre ! "  mais elle n'en est pas loin.

A cette époque, le recrutement des régiments est régional, le 15ème Corps d'Armée de la XVème région militaire se compose de soldats de 20 à 33 ans, venant des Alpes Maritimes, d'Ardèche, des Basses-Alpes, des Bouches-du-Rhône, de Corse, du Gard, du Var et du Vaucluse.

Le 4 août, munis de leur feuille de route rose, Adolphe Roussel rejoint à Alès le 40ème Régiment d'Infanterie, Aimé Vidal réintègre  le 55ème R.I. à  la caserne Pépin de Pont-Saint-Esprit et Antoine Bay en fait autant à Privas, à la caserne Rampon du 61ème R.I.

Eugène Gaillardon retourne à Marseille au 141ème R.I. à la caserne du Muy, alors que Louis Ribaud se présente au 58ème Régiment d'Infanterie à Avignon. Alfred Allègre regagne le 111ème R.I. à la caserne Gazan à Antibes. Louis Trémallat, 24 ans rallie le 112ème R.I. à la caserne Grignan à Toulon. Alphonse Richard revient au 3ème R.I. de Digne dont deux bataillons se trouvent à Hyères. Jean Spinosi avec les autres corses est regroupé à Ajaccio.

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Tous retrouvent les autres mobilisés et ceux qui effectuent leur service militaire depuis trois ans.

Contrairement aux clichés enthousiastes "tous à Berlin !", la population est anxieuse. Le Sous-Préfet de Toulon écrit au Préfet de Draguignan: "les tentatives de mutilations et les suicides se multiplient de façon inquiétante, jusqu'à un par jour..."

Le 5 août, les premiers éléments du 15ème Corps d'Armée partent rejoindre la IIème Armée en Lorraine.

Le 1er bataillon du 58ème R.I. laisse sa garnison d'Avignon à 17h25 et s'embarque à la gare à 20h54.

Le 40ème R.I. quitte Nîmes avec le 19ème R.A. en 3 échelons : le 2ème bataillon d'Alès à 20h25, l'Etat-Major du R.I. et le 3ème bataillon de Nîmes à 21h25 et enfin le 1er bataillon d'Uzès à 22h25.

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Jean Spinosi et le 173ème R.I. sont acheminés par transport escorté à Marseille où ils débarquent le lendemain et où ils stationneront jusqu'au 12.

Le 6 août, un train part de Digne, transportant Alphonse Richard avec le 3ème R.I. pour le front de l'Est, au sud de Nancy. Les 2ème et 3ème bataillons du 58ème R.I. avec Louis Ribaud laissent Avignon. Le 61ème R.I. avec Antoine Bay quitte Privas. Ils vont former le 15ème Corps d'Armée.

Le 40ème R.I. arrive à Is-sur-Tille à 17h.

Le 7 août,  le 58ème R.I. débarque à la gare de Vézelise à 3h30, suivi du 40ème R.I. à 4h24, puis du 61ème R.I. Les premiers sudistes découvrent la Lorraine.

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Les 112ème R.I. et le 141ème quittent leur garnison pour l'Est.

Le 58ème R.I. va occuper les cantonnements suivants : 1er bataillon Crévechamps; 2ème bataillon Benney ; 3ème bataillon Ceintrey. A 17h, il reçoit l'ordre de se porter aux avant-postes à Velle-sur-Moselle. A 22h le 3ème bataillon du 40ème R.I. est sur la ligne Vigneulles-Barbonville, le 1er bataillon en liaison avec le 58ème R.I. au nord de Saffais et le 2ème bataillon cantonne à Velle-sur-Moselle et à Haussonville.

A Pont-St-Esprit, le 55ème R.I. avec Aimé Vidal s'en va entre 16h30 et 23h. Le 3ème R.I. arrive à Diarville dans la nuit.

Le 8 août dans la nuit, Louis Trémellat avec le 112ème R.I. débarque en  Lorraine. Eugène Gaillardon du 141ème R.I. suit les premiers arrivés à Diarville.

Le 55ème R.I. arrive dans la nuit : le 1er bataillon débarque à Diarville, les 2ème et 3ème bataillons à Vézelise et vont cantonner le 1er bataillon à Saint-remimont, le 2ème bataillon à Velle-sur-Moselle, le 3ème bataillon à Saffais.

A 10h30, le 40ème R.I. avec Adolphe Roussel se porte dans la région d'Anthelupt et à 11h le 58ème R.I. de Louis Ribaud le rejoint à la bifurcation de la route de Saffais et Ferrières, pour former la 59ème brigade.

Le 9 août, le 112ème R.I. de Toulon rejoint Tantonville, intègre la 29ème Division d'Infanterie composée des 57 et 58ème Brigades, avec le 3ème R.I. de Digne/Hyères et le 141ème R.I. de Marseille. Le Quartier Général de la 29ème D.I. est à St Nicolas, celui de la 30ème D.I. (19ème R.A.C., 40ème R.I. de Nîmes et 58ème R.I.) à Dombasle.

Entre 5h16 et 12h, trois trains partent d'Antibes avec le 111ème R.I. et Alfred Allègre, compléter la 57ème Brigade d'Infanterie en Lorraine.

"Le lendemain matin, à 3h on entend le sergent de semaine. D'un seul coup nous sommes tous debout, chacun boucla son sac et son fusil et nous fûmes tous rassemblés, le coeur content d'aller défendre notre pays la France... La gare était bondée de gens, de pauvres mères qui pleuraient, de filles de tout âge qui nous donnaient à boire et nous disaient aur revoir en même temps." (1)

Le 1er bataillon du 40ème R.I. est à Arracourt avec l'Etat-Major du régiment, le 2ème à Athienville, le 3ème dans la forêt de Bezange.

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(1) lettre d'un du 111ème R.I.

Posté par moniqueB à 22:35 - Le "crime" des Midis - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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