MONCOURT 14-15 août 1914       Récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud

Le 14 août, à 4 h., deux colonnes se forment. La 29ème D.I. (111ème, 112ème, 3ème et 141ème R.I.) suit l'itinéraire Drouville puis Serres. A 6h30, tout le 15ème C.A. est rassemblé sur les hauteurs Serres-Valhey.

A 8h30, la 30ème D.I. arrive à Serres.

La 29ème D.I. parvient vers midi aux environs de Bures.

Elle est arrêtée à la cote 279, entre Rechicourt et Bures aux environs de Coincourt. Les Provençaux de la 29ème Division comprennent que le baptême du feu est imminent. C'est dans les dernières heures de l'après midi, à la frontière même, entre Coincourt et Moncourt, qu'ils vont le recevoir.

Le 3ème R.I. avec Alphonse Richard à 11h30, reçoit l'ordre d'attaquer le bois du Haut de la Croix que la cavalerie a signalé comme fortement occupé par l'ennemi. Brusquement les premiers obus éclatent au-dessus de Coincourt révélant la présence d'une artillerie ennemie assez importante.

Le 3ème R.I. attaque sur un terrain défavorable, avec seulement quelques meules de foin. Alphonse Richard avance par bonds. Les compagnies de tête débouchent du village et sont aussitôt violemment prises à partie par les salves de l'artillerie ennemie. L'assaut mené à découvert et les pantalons rouges des hommes en font de cibles idéales.

14h, l'ordre d'attaquer Moncourt arrive, le 112ème R.I. de Louis Trémellat, fonce droit au but ; il est encadré au sud par le 3ème R.I. d'Alphonse Richard et au nord par le 111ème R.I. d'Alfred Allègre qui s'y glisse par un vallon. Ils franchissent la frontière et atteignent le sud-ouest du bois.

A 15h. le 141ème R.I. avec Eugène Gaillardon attaque vers le cimetière de Coincourt, fusils et mitrailleuses crépitent. La progression devient de plus en plus lente et coûteuse. L'ennemi caché dans ses tranchées est invisible. Les hommes s'abritent derrière les arbres et dans les fossés qui longent le bois. Celui-ci devient la cible de l'artillerie allemande pare que notre infanterie y a pénétré en masse. C'est un enfer ! C'est là que le Marseillais Eugène Gaillardon est tué à 24 ans.

A 18h30, les clairons de la 57ème brigade sonnent la charge. Alfred Allègre et Louis Trémellat subissent un feu nourri. Péniblement les premiers éléments du 2ème bataillon du 111ème R.I. atteignent la cote 284 qui domine Moncourt où ils sont criblés par notre artillerie dont le tir est trop court !

"A 6h10 (du soir) une grande clameur retentit, nous venons de franchir la frontière, nous mettons baïonnette au canon et en avant sous une pluie d'obus et de balles, les camarades commencent à tomber ; le feu devient de plus en plus horrible, nous ne rigolons plus, mais nous avançons toujours, nous entendons sonner la charge, nous nous mettons à l'abri derrière un talus et nous avançons par bonds, les balles sifflent sans discontinuer et les shrapnells éclatent à hauteur de la ceinture.

Enfin nous quittons cet abri et nous partons en avant, nous faisons un petit abri avec le sac et de la terre devant et nous attendons, enfin à 8h, on n'entend plus rien" (4)

Lorsque les bataillons d'attaque, au prix de pertes sévères, pendant les deux heures de l'approche et les trois heures où ils sont restés sans broncher sous un bombardement des plus violents, parviennent à hauteur et au sud de Moncourt, aux rafales d'artillerie se joint un feu intense d'infanterie et de mitrailleuses. Le Bas-Alpin Alphone Richard est fauché, il a 24 ans.

Après deux tentatives infructueuses et sanglantes pour déboucher du bois à l'ouest, Alfred Allègre et Louis Tremellat franchissent les haies qui masquent les tranchées allemandes, s'élançent vers le village qui est enlevé en une demi-heure. Ils chassent les mitrailleurs bavarois qui se replient.

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                                                                      Moncourt                                                             

Quand la nuit arrête le combat, les 3ème R.I. et 141ème R.I. mélangés sont parvenus à 500 mètres environ du bois de Haut de la Croix. Mais l'ennemi s'enfuit et son artillerie se tait. Le soir, les biffins s'inquiètent, les régiments sont à court de munitions, ils comprennent que personne ne les ravitaillera. Les rares habitants de Moncourt jusque là cachés dans leurs caves, apportent quelques provisions.

La 29ème D.I. a subi de lourdes pertes sous le feu d'une grosse artillerie habilement défilée. Péniblement elle se reforme. Des patrouilles vont à la recherche de nombreux blessés qui se croient abandonnés. Dans l'obscurité, on entend leurs gémissements.

Cette affaire coûte à la 29ème D.I. plus de 327 tués et 2 200 blessés, le 3ème R.I. et le 111ème R.I. étant particulièrement atteints.

Le 15 août, la pluie commence à tomber et ne cessera pas de plusieurs jours. Alfred Allègre et Louis Trémellat marchent à travers les blés où gisent des victimes du combat qui croyant à une retraite, supplient qu'on les emmène. Les infirmiers du 15ème corps les rassemblent dans des replis de terrain, situés non loin  des premières lignes, les premiers soins leur sont donnés. A Coincourt, ils réquisitionnent des charrettes et de la paille pour transporter les blessés.

Le 55ème R.I. d'Aimé Vidal occupe la lisière du plateau face à Coincourt. Le 61ème R.I. d'Antoine Bay est à sa gauche et ne peut déboucher du plateau à cause de l'artillerie lourde qui bombarde sans arrêts. Un engagement d'avant-garde se produit à Moncourt.

La 29ème D.I. est relevée et arrive, sous une pluie torrentielle, à 2h du matin, au bivouac à la Ferme Saint-Pancrace, entre Rechicourt et Bures dans la boue. Le 173ème avec Jean Spinosi débarque à Jarville.

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Le 16 août, la marche en avant d'Alfred Allègre et Louis Trémellat, reprend vers le bois du Haut de la Croix, puis Ommeray, direction Bourdonnay.

Par suite d'une méprise, les troupes du 112ème R.I. qui marchent en avant se fusillent entre elles pendant un quart d'heure. !

Les Bataillons de Chasseurs Alpins rattachés à la 29ème D.I. traversent la frontière, au nord de Lagarde, sur les talons d'un ennemi qui refuse le combat. C'est là qu'ils voient pour la première fois, les terribles traces des combats précédents du 11 août : village dévasté, premières ruines, premiers cadavres et premières tombes.

La progression continue en Lorraine annexée, l'ennemi restant insaisissable, sinon invisible.

Le 17 août, les Provençaux exténués, se dirigent vers Bourdonnay. A 4h30, ils en repartent pour le château de Marimont. Le 111ème R.I. cantonne à Gelucourt. La 30ème Division envoie ses avant-gardes sur la Seille, face à arsal. Le 55ème R.I. est aux avant-postes à Lezey.

Le 18 août, la marche est pénible, la pluie continue à tomber, le sol est détrempé, les fantassins s'enfoncent jusqu'au chevilles dans la boue. Ils arrivent aux abords de  Dieuze.

Aucune action n'est prévue ce jour-là ; les Méridionaux se reposent.

S'ils savaient ce qui les attend !

Des avant-gardes de la 29ème sont à Zommange.

Le 173ème R.I. de Jean Spinosi passe la frontière près de Lagarde et vient cantonner à Ommeray.

"Pour le moment tout va bien. Espérons que ce sera toujours la même chose" (5)

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(4)carnet d'un du 3ème RI

(5) carte postale d'un du 173ème RI