Récit reconstitué par Maurice Mistre-Rimbaud, auteur des "Républicains diffamés pour l'exemple"

LA MOBILISATION : CONCENTRATION LE 2 AOUT ET LES JOURS SUIVANTS

Le dimanche 2 août 1914, l'ordre de mobilisation est affiché dans toutes les mairies de France.

Le garde-champêtre, au son de son cornet ou aux roulements de son tambour l'annonce gravement dans les communes de la XVème région.

Alphonse Richard, 24 ans, à Digne (04), Alphonse Allègre, 33 ans à Cannes (06), relisent l'affiche sur le panneau grillagé de leur mairie.

Antoine Bay, 25 ans, à Coucouron (07), Eugène Gaillardon, 24 ans, à Marseille (13), Jean Spinosi, 25 ans, à Galéria (20), sont concernés comme tant d'autres.

C'est un moment de tourments aussi à Allègre (30) pour Adolphe Roussel, 24 ans, et à La Grand Combe (30) pour Aimé Vidal, 25 ans.

A Sanary (83), Louis Trémellat, 24 ans, et à Vaison (84) Louis Ribaud, 25 ans, s'interrogent.

Ils vont abandonner leurs travaux en cours, leur famille et leur village pour ce que nous savons être la plus grande boucherie du XXème siècle.

"La mobilisation n'est pas la guerre ! "  mais elle n'en est pas loin.

A cette époque, le recrutement des régiments est régional, le 15ème Corps d'Armée de la XVème région militaire se compose de soldats de 20 à 33 ans, venant des Alpes Maritimes, d'Ardèche, des Basses-Alpes, des Bouches-du-Rhône, de Corse, du Gard, du Var et du Vaucluse.

Le 4 août, munis de leur feuille de route rose, Adolphe Roussel rejoint à Alès le 40ème Régiment d'Infanterie, Aimé Vidal réintègre  le 55ème R.I. à  la caserne Pépin de Pont-Saint-Esprit et Antoine Bay en fait autant à Privas, à la caserne Rampon du 61ème R.I.

Eugène Gaillardon retourne à Marseille au 141ème R.I. à la caserne du Muy, alors que Louis Ribaud se présente au 58ème Régiment d'Infanterie à Avignon. Alfred Allègre regagne le 111ème R.I. à la caserne Gazan à Antibes. Louis Trémallat, 24 ans rallie le 112ème R.I. à la caserne Grignan à Toulon. Alphonse Richard revient au 3ème R.I. de Digne dont deux bataillons se trouvent à Hyères. Jean Spinosi avec les autres corses est regroupé à Ajaccio.

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Tous retrouvent les autres mobilisés et ceux qui effectuent leur service militaire depuis trois ans.

Contrairement aux clichés enthousiastes "tous à Berlin !", la population est anxieuse. Le Sous-Préfet de Toulon écrit au Préfet de Draguignan: "les tentatives de mutilations et les suicides se multiplient de façon inquiétante, jusqu'à un par jour..."

Le 5 août, les premiers éléments du 15ème Corps d'Armée partent rejoindre la IIème Armée en Lorraine.

Le 1er bataillon du 58ème R.I. laisse sa garnison d'Avignon à 17h25 et s'embarque à la gare à 20h54.

Le 40ème R.I. quitte Nîmes avec le 19ème R.A. en 3 échelons : le 2ème bataillon d'Alès à 20h25, l'Etat-Major du R.I. et le 3ème bataillon de Nîmes à 21h25 et enfin le 1er bataillon d'Uzès à 22h25.

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Jean Spinosi et le 173ème R.I. sont acheminés par transport escorté à Marseille où ils débarquent le lendemain et où ils stationneront jusqu'au 12.

Le 6 août, un train part de Digne, transportant Alphonse Richard avec le 3ème R.I. pour le front de l'Est, au sud de Nancy. Les 2ème et 3ème bataillons du 58ème R.I. avec Louis Ribaud laissent Avignon. Le 61ème R.I. avec Antoine Bay quitte Privas. Ils vont former le 15ème Corps d'Armée.

Le 40ème R.I. arrive à Is-sur-Tille à 17h.

Le 7 août,  le 58ème R.I. débarque à la gare de Vézelise à 3h30, suivi du 40ème R.I. à 4h24, puis du 61ème R.I. Les premiers sudistes découvrent la Lorraine.

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Les 112ème R.I. et le 141ème quittent leur garnison pour l'Est.

Le 58ème R.I. va occuper les cantonnements suivants : 1er bataillon Crévechamps; 2ème bataillon Benney ; 3ème bataillon Ceintrey. A 17h, il reçoit l'ordre de se porter aux avant-postes à Velle-sur-Moselle. A 22h le 3ème bataillon du 40ème R.I. est sur la ligne Vigneulles-Barbonville, le 1er bataillon en liaison avec le 58ème R.I. au nord de Saffais et le 2ème bataillon cantonne à Velle-sur-Moselle et à Haussonville.

A Pont-St-Esprit, le 55ème R.I. avec Aimé Vidal s'en va entre 16h30 et 23h. Le 3ème R.I. arrive à Diarville dans la nuit.

Le 8 août dans la nuit, Louis Trémellat avec le 112ème R.I. débarque en  Lorraine. Eugène Gaillardon du 141ème R.I. suit les premiers arrivés à Diarville.

Le 55ème R.I. arrive dans la nuit : le 1er bataillon débarque à Diarville, les 2ème et 3ème bataillons à Vézelise et vont cantonner le 1er bataillon à Saint-remimont, le 2ème bataillon à Velle-sur-Moselle, le 3ème bataillon à Saffais.

A 10h30, le 40ème R.I. avec Adolphe Roussel se porte dans la région d'Anthelupt et à 11h le 58ème R.I. de Louis Ribaud le rejoint à la bifurcation de la route de Saffais et Ferrières, pour former la 59ème brigade.

Le 9 août, le 112ème R.I. de Toulon rejoint Tantonville, intègre la 29ème Division d'Infanterie composée des 57 et 58ème Brigades, avec le 3ème R.I. de Digne/Hyères et le 141ème R.I. de Marseille. Le Quartier Général de la 29ème D.I. est à St Nicolas, celui de la 30ème D.I. (19ème R.A.C., 40ème R.I. de Nîmes et 58ème R.I.) à Dombasle.

Entre 5h16 et 12h, trois trains partent d'Antibes avec le 111ème R.I. et Alfred Allègre, compléter la 57ème Brigade d'Infanterie en Lorraine.

"Le lendemain matin, à 3h on entend le sergent de semaine. D'un seul coup nous sommes tous debout, chacun boucla son sac et son fusil et nous fûmes tous rassemblés, le coeur content d'aller défendre notre pays la France... La gare était bondée de gens, de pauvres mères qui pleuraient, de filles de tout âge qui nous donnaient à boire et nous disaient aur revoir en même temps." (1)

Le 1er bataillon du 40ème R.I. est à Arracourt avec l'Etat-Major du régiment, le 2ème à Athienville, le 3ème dans la forêt de Bezange.

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(1) lettre d'un du 111ème R.I.