24 avril 2009
LA BATAILLE DE LAGARDE 5/5
Par Maurice MISTRE
Récit reconstitué
LA BATAILLE DE LAGARDE 5eme partie
LES CONSEQUENCES
De l'église à la sortie ouest du village, et particulièrement autour de l'église et au carrefour des routes Xures-Ommeray, la rue est jonchée de cadavres de chevaux, de soldats français et allemands. Les caniveaux ruissellent de sang.
Pendant les combats les habitants se sont réfugiés dans les caves attendant l'issue. Les soldats allemands n'hésitent pas à tirer dans les soupiraux des maisons lorsqu'il entendent parler en français. Si aucun mort civil n'est à déplorer, il y aurait même eut une naissance, ils ont beaucoup souffert cette journée, apeurés par la canonnade, la fusillade et les charges. Deux Lagardois Auguste Leclère 21) et Joseph Meaux ont même été fusillés (le 11), à 3h de l'après midi au Moulin. Si bien lorsque les Français repassent à Lagarde, les 16-17 août :
"L'accueil n'est pas enthousiaste, les femmes qui s'étaient réfugiées dans leurs caves depuis trois jours, restent méfiantes, ayant assisté à la victoire des Allemands puis des Français. La peur se lit sur leur visage".
"Les habitants obéissent mais sans empressement, au contraire beaucoup de réserve". 22)
Une odeur de sang et de chair décomposée monte du sol. Sur la route gisent encore des cadavres de chevaux côte à côte : un spectacle épouvantable.
Des habits, des sacs, des armes, des bidons, des équipements aussi bien français qu'allemands traînent par terre. Quelques témoignages de combattants français :
"Le 16 août nous avons passé la frontière. A Lagarde, nous saluons les tombes des nôtres... Il fait une chaleur accablante, l'air est empuanti par des charognes de chevaux auxquelles on a mis le feu et qui brûlent encore et aussi par d'autres choses enterrées sous une mince couche de terre." 23)
"Nous trouvons des armes, des effets abandonnés, une batterie d'artillerie presque détruite, dont par mesure d'hygiène on a brûlé les chevaux morts. Qui ? Dans un champ de betteraves, je découvre la première tombe sur laquelle on a mis bien en évidence les écussons (19e artillerie) drôle d'impression ! Par la suite on découvre d'autres tombes (Français et Allemands).
Dans Lagarde même, amas d'effets, armes selles, caissons d'artillerie démolis, cadavres dans le canal, même des blessés français que les Allemands partis la veille n'ont pu amener." 24)
"C'est en ce point qu'il voit la première fois les traces douloureuses des combats précédents, les premiers cadavres; les premières ruines, les premières tombes". 25)
"Le 17 nous traversons le champ de bataille situé entre Xures, village français et Lagarde, village allemand... cependant la tristesse est apparente sur le visage de tout le monde car tout autour de nous on voit une multitude de tombes ou plutôt des petits monticules de terre remués à la hâte avec une petite croix de bois sur laquelle est écrit un ou plusieurs noms de français ou d'allemands, nous sommes en plein champ de bataille et on peut en juger par la quantité d'objets gisants de toute part, chemises déchirées, cartouchières, chaussures, képis, etc... et même cadavres non encore enterrés, le spectacle est plutôt impressionnant, personne ne dit mot, les coeurs sont serrés. C'est là notre première vision triste."26)
"A 8h nous arrivons à Lagarde. Là, sur le bord de la route, il y avait des fusils, des équipements, des sacs, des effets par parquets... Où il y en avait le plus, c'était à la mairie, d'un côté de la porte d'entrée on voyait les effets des Boches et de l'autre des Français. On nous loge dans une grange. C'était la maison du docteur, elle était complètement pillée, les meubles, les matelas, tout avait été éventré, le linge éparpillé sur le parquet avec d'autres objets, les glaces brisées dans le bureau, la bibliothèque était renversée, tous les livres déchirés, dans le salon, il ne restait que le piano, encore il lui manquait toutes les cordes.
En face se trouvait la maison du curé qui n'avait pas été épargnée non plus, de plus un obus l'avait ébréchée bien entendu les caves étaient vidées".27)
En Allemagne cette bataille a un retentissement énorme. De nombreuses gravures et cartes postales relateront cet épisode, illustrant la férocité de l'assaut final.
Allant même elle aussi jusqu'à travestir la vérité :
"Journée du 11, le gouvernement communique :
Dans cette même région, entre Château-Salins et Avricourt, le village de Lagarde, situé en territoire annexé, a été enlevé à la baïonnette avec un élan admirable ; les Allemands ne résistent décidemment pas à l'arme blanche".
La presse française méridionale relaie cette vision :
"Ils mentent ! nos confrères italiens ne se sont pas laissé prendre à ce grossissement intéressé. Au communiqué allemand, tenu pour suspect, ils ont eu soin d'opposer le communiqué français, combien plus sincère. Ils ont été bien inspirés. A Lagarde, il a pu y avoir un engagement, mais il n'y a pas eu de bataille. Ce qui est certain, c'est que le 15e corps n'a pas pu y prendre part, pour la bonne raison qu'il n'est pas là. Ce sont en effet les troupes en couverture du 20e corps qui occupent toute la région entre Lunéville et la frontière". 28)
Pourtant, L'Illustration, dans son numéro du 15 août 1914, n° 3729, note :
"Jeudi 13 août - "Par contre un échec : deux bataillons français qui s'étaient emparés du village de La Garde en sont chassés par une contre attaque et se retirent à Xures".
Dans celui du 22 août, n° 3730, cet alinéa a disparu ! Anastasie était passée par là. La vérité est toujours la première victime de la guerre. En France, on ne saura rien de Lagarde !
Le triste bilan de cette bataille ignorée, peut-être tue, est effroyable 29).
Nos recherches actuelles nous ont permis de retrouver 528 tués 30) dont :
292 au 58eRI
168 au 40e RI
68 au 19e RAC
Le nombre de tués allemands est 217, dont 63 au 131eRI
21 au 138eRI
30 au 2e Chasseurs
54 au 1er Uhlans
49 au 2e Uhlans
Les Allemands eux-mêmes, décomptant les pertes iront jusqu'à affirmer :
"Une estimation des pertes basée sur les nombres portés sur les tombes fait ressortir que sur les champs de bataille de Lorraine, les pertes françaises sont au moins doubles des pertes allemandes... tout autre est la proportion des morts allemands et français sur le champ de bataille de Lagarde". 31)
Ce combat a eu des conséquences très importantes aussi bien en Allemagne qu'en France sur le moral des combattants. D'un côté une énorme confiance dans la valeur des troupes allemandes avec cette victoire emblématique. De l'autre une monstrueuse défiance envers les soldats provençaux.
24 août : au lendemain de Dieuze "Les troupes de l'aimable Provence ont été prises d'un subit affolement. L'aveu public de leur impardonnable faiblesse s'ajoutera à la rigueur des châtiments militaires. 32) Le sénateur Gervais lance la polémique contre le 15e corps si injustement diffamé.
SOURCES:
Différents JMO
Journal de Martha BERGERFURTH, fille du propriétaire de Martincourt
Le 2e bataillon du 40eRI au combat de Lagarde. Colonel SIMONET
Mémoires. Lieutenant FICONNETTI, de la 3e batterie du 19e RA
Histoire d'un soldat de 1914. Camille MOREL
Documents locaux(du curé et de l'instituteur-secrétaire) Mairie de Lagarde
Travaux Claude CHANTELOUBE, Jacques DIDIER
Maurice MISTRE-RIMBAUD
Des républicains diffamés pour l'exemple 2004
La légende noire du 15e corps 2008
__________________________________
21) Maire de Lagarde d'après Joseph
22) Paul Fontanille, Sergent-Major au 6e BCA
23) Kerraoul, Lieutenant au 38e RA
24) Paul Fontanille, Sergent-Major au 6e BCA
25) Historique du 23e BCA
26) Un adjudant du 3e RAL
27) Laurent Gassin, soldat du 3e RI
28) Le Petit Niçois 13 août 1914
29) soit disant 42 officiers et 2023 hommes
30) Anomalie intrigante, le département qui a le plus donné : 85 tués
soit 16,93% est l'Hérault, département hors XVe région, étonnant !
31) Kriegs-echo 31 mars 1915
32) Auguste Gervais, journaliste-sénateur au journal parisien LE MATIN
Les Allemands dans un communiqué officiel du 11 août claironnent :
"Une brigade avancée, de toutes armes du XVe Corps d'armée français a été attaquée par nos troupes de sécurité, à Lagarde en Lorraine. L'ennemi, essuyant de lourdes pertes, a été refoulé dans la forêt de Parroy et a laissé entre nos mains un drapeau, deux batteries, quatre mitrailleuses et 700 prisonniers. Un général français a été tué"
Le 12 août, ce communiqué est complété par un autre, plus bref, mais aussi dur :
"A Lagarde, plus de 1000 prisonniers de guerre non blessés sont tombés aux mains des troupes allemandes : cela correspond à 1/6ème des deux régiments français qui combattaient".
La réaction française ne se fait pas attendre, démentant :
"Le Wolf Bureau annonce diverses nouvelles intéressantes à relever, pour la forme, car personne ne croit plus aux informations lancées par cette agence allemande.
A en croire le Bureau si bien nommé, une brigade du XVe Corps aurait essuyé une défaite près de La Garde en Lorraine, et se serait repliée dans la forêt de Parroy, au nord-est de Lunéville. Voyez-vous qu'on ait pris une brigade du XVe Corps pour la mettre juste devant la formidable couverture formée en avant de Nancy et de Lunéville par le XXe Corps et, en particulier, par la Division de fer ?
Le XVe Corps n'est pas en avant de Lunéville ; il ne peut ni ne doit y être : le Wolf Bureau, en inventant ses dépêches, ne devrait pas faire ainsi litière de la plus simple vraisemblance".
09 avril 2009
LA BATAILLE DE LAGARDE 4/5
Par Maurice MISTRE
Récit reconstitué
LA BATAILLE DE LAGARDE 4eme partie
LE 11 AOUT (suite)
10h, au sud, le 138e RI allemand débouche du bois de la Garenne et progresse lentement dans les cultures. La section des mitrailleuses, la 6e compagnie et la 4e section Michel de la 8e ont réussi à le fixer à 600 m. Le 138e RI pénètre par l'entrée est de Lagarde, une autre partie passe par la Tuilerie en direction du 2e BCP. Une canonnade s'abat sur la route Vaucourt-Xousse.
A peine avions nous un peu avancé, que nous reçûmes déjà un feu d'infanterie de la part de l'ennemi... Un ordre fut lancé : "En position - Commencez par avancer en sections"... Des bonds - feu - des bonds - maintenant l'ennemi fléchit. De notre côté, le tir des mitrailleuses avait déjà commencé depuis longtemps. Bientôt, notre propre artillerie se mit de la partie, alors que celle de l'ennemi s'était déjà manifestée auparavant. Notre propre tir d'artillerie, violent et efficace, soutenait le déplacement et les bonds furent exécutés lorsque les mitrailleuses tiraient.
En avançant plus loin, nous dépassâmes la position abandonnée par l'ennemi près de la route conduisant au village. Comme nous attaquions parallèlement au canal de la Marne au Rhin, nous dûmes rester allongés un petit moment jusqu'à ce que l'entrée du village, prise d'assaut par le 138e RI et le 2 b.Jager. Btl, soit entre nos mains. Maintenant, nous arrivons dans le village défendu avec acharnement par l'ennemi. Depuis les caves, les fenêtres et les lucarnes des toits, des tirs de mitrailleuses et de fusils s'abattaient sur nous. Mais la vive résistance de l'ennemi fut brisée par notre avance impétueuse. Crosses, baïonnettes et interventions sans ménagement de nos troupes amenèrent l'ennemi à fuir précipitamment, poursuivi par notre cavalerie...
Ma compagnie se regroupa aussitôt près du canal pour marcher vers l'entrée du village, là même où eut lieu le premier rassemblement après la bataille. Les groupes prenaient leur place comme toujours, et les vides nous rappelaient la chanson relative au camarade. 9)
Le 2e bataillon de chasseurs bavarois en profite à l'est et au nord-est, pour dévaler des pentes sur le ruisseau de Chanteraine où à l'abri de vues, il se masse et se prépare par un feu des plus nourris, à l'assaut.
"Maintenant, les chasseurs pénétraient à la lisière du village ; les 2e et 3e compagnies s'étaient déjà glissées dans la ligne avancée. Celle-ci était vide, mais dans la localité même, cela grouillait encore de "nids de Français". Ici, on voyait sortir des fusils, crosses en avant, de portes à moitié ouvertes et de là aussi sortaient les pantalons rouges. Des méridionaux avec des gestes animés, hurlant, riant, pleurant, criant: " Pardon, pardon, ami, ami !" D'autres, contre lesquels se tournait la fureur des chasseurs, se défendaient. Jusqu'à présent, il n'y avait que des chasseurs dans la localité ; maintenant arrivaient également des fantassins (131e RI). Il fallait prendre les maisons l'une après l'autre. Sur la place de l'église, il y avait une fontaine vers laquelle beaucoup couraient et se rassemblaient ; le feu ennemi ne les dérangeait pas, une soif brûlante leur faisait dédaigner le danger; Il était difficile de faire avancer les hommes pour occuper l'autre lisière du village, on devait commander, expliquer, vitupérer, finalement ça marchait. Les Français avaient disparu ; ceux qui étaient encore au village étaient prisonniers." 10)
Ce secteur est confié au capitaine Salicetti qui vient s'installer au carrefour de la route de Bourdonnay ; les 1ère et 3e sections de la 5e repoussent l'attaque ; mais la situation des sections est pénible ; les pertes sont sévères, les cartouches deviennent de plus en plus rares. Les 2e (Lt Sauzon) et 4e section (Lt Davet) de la 5e compagnie coopèrent à la défense du secteur nord.
A 10h45, à l'ouest du village, le 19e RA est anéanti et quelques minutes après, le 3e bataillon du 58e RI décimé, reçoit l'ordre de se replier. La 9e compagnie débordée ne peut exécuter le repli et se trouve anéantie avant d'avoir pu atteindre le cimetière, les survivants sont faits prisonniers.
La position de la 11e n'est plus tenable, l'ennemi est toujours invisible et tous ses efforts se portent sur la droite. Quelques hommes se lèvent, ils pivotent aussitôt sur eux-mêmes et s'abattent. Il ne faut pas songer à rester dans le cimetière. Son mur d'enceinte est en grande partie détruit ; toutes les compagnies battent en retraite dans un désarroi général.
Des cris qui n'ont plus rien d'humain se font entendre de tous côtés. Le sol est jonché de morts et de blessés, les explosions succèdent aux explosions, les cris d'effroi aux cris d'effroi.
A 11h10 environ, l'ordre de retraite parvient au 40e RI ; il est transmis aux fractions de la 5e (Lt Sauzon, Lt Davet et adjudant Viola) en position à la lisière nord ; ces derniers se rallient à leur capitaine à la mairie.
La rue est balayée par une grêle de balles et d'obus ; les hommes tombent, nombreux, d'autres se dispersent, s'abritent. On rameute des isolés éperdus. Ils se glissent le long des maisons, dans la grand' rue, vers l'église et la sortie ouest ; ainsi, entre l'église et la mairie, la 5e compagnie est partiellement réunie. Soudain de la sortie ouest débouche en trombe une charge de cavaliers par deux. La 5e compagnie les accueille par un feu à bout portant. La charge est enrayée mais une deuxième suit, arrêtée net : les cavaliers tourbillonnent dans un carnage d'hommes et de chevaux !
11)
"Soudain, à l'entrée de Lagarde, mon cheval s'effondre sous moi avec un coup dans le poitrail. Je ne l'ai plus revu non plus. Mes sacoches, ma selle, ma bouteille Thermos, mes objets de toilette, ma cape, du linge que j'avais sur moi, tout au diable. Je n'ai plus que mon sabre nu et mon revolver ! Avec deux de mes valeureux cavaliers, je m'abrite vite dans une tranchée au-dessus de laquelle sifflent de nombreuses balles. Ensuite, il y a une accalmie. A une certaine distance, je vois mon régiment se rassembler. Puis, à ma grande satisfaction, j'aperçois tout près de moi, ma propre infanterie. Avec mes cavaliers qui étaient passés au nombre de huit environ, je me plaçais aussitôt sous les ordres du capitaine et je participais au reste du combat avec cette compagnie, armé d'un revolver et d'une carabine... 12)
Devant la poussée de l'ennemi au nord-est et au sud, le 40e RI recule vers le centre du village, se retranche dans des maisons et tente de se replier vers la sortie ouest. C'est un combat de rue atroce ! Les Uhlans foncent, les fantassins s'affrontent au corps à corps, baïonnette au canon. Les Français tentent de fuir vers Xures.
Il est impossible de résister. Seul un repli sur la frontière peut sauver les rescapés qui utilisent le fossé qui borde la route.
Quelques chevaux dont les cavaliers ont été désarçonnés s'enfuient dans une course vertigineuse, la crinière hérissée.
Des hommes passent, accrochés à un caisson de munitions, probablement vide, qu'emportent à vive allure, deux chevaux enivrés par le bruit et l'odeur de la poudre.
Le crépitement des mitrailleuses est plus rapproché. Le pont sur le canal est naturellement repéré par les mitrailleurs et les artilleurs ennemis dont la préoccupation dominante est de couper toute retraite. Plusieurs cadavres passent aux trois quarts immergés dans le canal.
"Tu aurais dû voir comme les pantalons rouges détalaient dans le désordre le plus complet. Ce fut encore notre cavalerie qui prit les rênes et se chargea de la poursuite." 13)
Pressées de front et de flanc, entourées de tous côté par des forces supérieures, acculées au canal, les munitions épuisées elles sont décimées et leurs débris faits prisonniers. Ceux-ci sont débarrassés de leurs pantalons rouges et de leurs chemises.
"Ils venaient tous vers nous les mains en l'air. Finalement les pauvres gars, qui en partie étaient blessés et gisaient autour de nous, faisaient pitié"
Quant aux blessés :
"Spectacle pénible.. Il y a des blessés partout et des deux partis. On les porte dans les granges, on les y couche. L'évacuation se fait lentement jusqu'à 2h de la nuit et de nouveaux blessés arrivent sans cesse." 14)
A 11h30, Parroy : Lescot commandant la 2e DC demande des renforts à Colle commandant le 30e corps, il était temps !!! A ce moment, le combat est à peu près terminé. C'est la fin sinon glorieuse du moins honorable du 2e bataillon du 40e RI d'Alès dont une partie est faite prisonnière. Les pertes de part et d'autres sont énormes.
Le capitaine Rourissol de la 9e compagnie du 58e RI déclarera quelques jours plus tard : "sur 1000 hommes, ils sont revenus 109 et 2 officiers." 15)
Du côté de Vaucourt, la 5e compagnie du 2e BCP est surprise à midi par les Allemands poussant leur attaque et débouchant du bois du Tillot. Les "vitriers" 16) de la 10e DC qui ont 37 tués, se rapatrient sur Parroy.
Ainsi finit, entre 13h et 14h, le combat de Lagarde qui a duré sept heures, sous une chaleur accablante. Le village est aux mains des Allemands.
Les blessés sont faits prisonniers et prennent la direction de Bourdonnay. A 2h de l'après-midi, les débris de l'infanterie se replient sur la route longeant le canal. Les rescapés sont harassés de fatigue. C'est la débandade.
"La route est couverte de soldats débandés et de voitures d'infirmerie qui fuient. J'en arrête plusieurs, revolver au poing et tâche de remettre un peu d'ordre. En particulier, une voiture de munitions dont les chevaux lancés au galop sont tenaillés à tour de bras par un fantassin fou de peur... Ils s'arrêtent au moment où je presse la détente de mon revolver." 17)
Ces visions vont avoir de fâcheux prolongements. Le lieutenant d'Etat-Major Antoinat accuse les éléments du 15e corps, en affirmant :
"...que le [58e] régiment n'a pas fait ce qu'il devait faire, qu'il a manqué au devoir militaire en ne tenant pas sur ses positions. Que le temps des discours d'Avignon est terminé et que la seule façon de laver la faute était de se sacrifier ici, que les Provençaux avaient prouvé ce qu'ils étaient." 18)
"Dans la vallée, les 17e et 18e chasseurs à cheval de Lunéville, passent près de nous en disant :"Hardis les gars ! Faites voir aux régiments du Midi ce que peuvent faire les mecs de l'est. Il paraît que les méridionaux se sont fait mettre la pile, mais nous n'en savons rien". 19)
"Qu'est ce que vous avez donc fait ? Le 58e a une sale réputation, il paraît que vous avez tous foutu le camp à la vitesse V?" 20)
Réflexions lourdes de conséquences qui auront des répercussions plus tard.
à suivre ...
__________________________________
9) Schmidt soldat du 138e RI
10) Lettenmayeur commandant les chasseurs bavarois
11) travail de photographie de Claude Mollereau
12) un cavalier allemand
13) un combattant allemand
14) Walter, médecin allemand
15) Maurice Martin-Laval, infirmier au 58e RI
16) surnom donné aux chasseurs à cause de leur paquetage les faisant ressembler à des vitriers
17) Calliès, capitaine du 19e RA
18) Rapport du colonel Jaguin du 58e RI, dénonçant ce propos au colonel Marillier de la 59e brigade, 15 août 1914
19) Duperis soldat du 26e RI
20) Maurice Martin-Laval, infirmier au 58e RI
07 avril 2009
LA BATAILLE DE LAGARDE 3/5
Par Maurice MISTRE
Récit reconstitué
LA BATAILLE DE LAGARDE 3eme partie
LE 11 AOUT
Le 1er groupe du 19e RA repart à 3H30 occuper ses positions de la veille. Le Commandant Adeler établit les 1ère et 3e batteries à l'ouest de la cote 283. La 2e batterie reprend seule sa position à la lisière est de la forêt de Parroy.
A 5h du matin, on complète l'approvisionnement en cartouches et on organise la défense. La 9e compagnie du capitaine Rourissol a passé la nuit à creuser des tranchées. Elle prendra la place de la 12e compagnie du capitaine Carnoy au carrefour Xures-Bourdonnay, la route de Lagarde et s'installe sur la hauteur 273.
La tactique allemande est ainsi déterminée :
attaque frontale du 2e bataillon de chasseurs bavarois avec ses compagnies de mitrailleuses, au nord-est contre le 40e RI ;
attaque débordante sud du 138e RI allemand de Dieuze contre le 40e RI ;
attaque débordante nord du 131e RI contre le 58e RI et le 19e RA, avec un détachement du 7e dragon et deux régiments de Uhlans.
Entre 7 et 8h, quelques cavaliers allemands sont repérés vers la cote 280. Les éclaireurs montés du 40e et 58e vont en reconnaissance. De retour, ils signalent un fort contingent ennemi qui avance. Un avion allemand fait quelques tours au dessus puis repart en direction de ses lignes. La 11e compagnie du 58e RI se trouve aux abords du cimetière de Lagarde, une section est retranchée dans le cimetière même.
Au nord, le 2e bataillon du 58e (7e et 8e compagnies) occupe le bois du Haut de la Croix et au sud le 2e bataillon de chasseurs à pied de la 10e DC tient les débouchés nord-est de la forêt de Parroy. La 5e compagnie est en position à la cote 289 face à Vaucourt.
Le chef de bataillon Cornilliat du 58e RI s'attend à une attaque. Il en avise le capitaine Carnoy de la 12e, rappelle la 9e compagnie de Rourissol sur ses emplacements de nuit.
Une demi-heure après le passage du "Taube", un coup de canon ébranle l'air. L'artillerie adverse commence sa tâche. La bataille pour la reconquête de Lagarde débute. Dans le bois du Haut de la Croix, la 7e cie est ciblée.
"l'un des premiers (blessé) de ma section, ce fut mon sous-lieutenant, un nommé Vassas qui était sous-lieutenant de réserve, et à ce que l'on m'a dit, c'était un professeur du collège d'Arles ; il fut blessé non loin de moi". 5)
et la 8e aussi.
"Nous retournons dans le bois afin de nous reposer un peu et de casser la croûte, mais pas plus tôt installés, les obus nous pleuvent dessus ; nous avons été repérés, l'infanterie nous charge par devant et l'artillerie nous arrose de projectiles par derrière". 6)
Une section du 3e bataillon se précipite aussitôt dans un champ de pommes de terre se trouvant en face du cimetière, de l'autre côté de la route d'Ommeray. Vers 8h, le 40e RI, posté à l'entrée est et au sud, essuie les premiers coups de feu.
A 8h30, un fort détachement allemand (131e RI et Uhlans) s'avance par le nord-est. Croyant n'avoir affaire qu'à quelques éclaireurs allemands, la mise en batterie du 19e RA tarde.
Vers 9h, la 3e batterie occupe le mamelon sud, à environ 500 m au N-O de la cote 283, sa mise en batterie se fait avec précipitation sans affolement. Son objectif, comme batterie d'infanterie, est l'adversaire venant de l'est débouchant du bois Chanal.
La 1ère batterie va occuper sa position sur le mamelon nord à la gauche de la 3e. Elle met en batterie vers le nord, direction château de Marimont (N-E). La mise en batterie a été pénible, à cause du terrain très lourd. Elles vont bientôt subir leur baptême du feu.
Avant même que la 1ère batterie ait commencé la préparation de tir, l'artillerie ennemie ouvre le feu sur la 3e batterie. Une salve d'obus tombe en avant de la batterie, elle est suivie immédiatement de salves longues qui atteignent les avant-trains en arrière. Il en résulte un grand désordre. Les Français ripostent. La 3e a presque vidé ses caissons. Accalmie momentanée du feu adverse puis reprise. Une autre de ses batteries tire maintenant sur la lisière est du bois du Haut de la Croix. D'autres encore tirent à sa droite, mais assez loin. La fusillade paraît se rapprocher.
Les 11e (Chaud) et la 12e (Carnoy) compagnies du 58e RI sont rappelées et se tiennent en réserve à l'abri du mur du cimetière.
La 9e compagnie du 58e et la section de mitrailleuses tirent sur les forces allemandes. La 10e compagnie (Candau) occupe les vergers nord du village.
Les coups de canon se suivent à cadence rapide. Les obus passent au-dessus des têtes et vont tomber à deux ou trois cents mètres derrière. Leurs explosions se font dans un fracas de tonnerre, soulevant chaque fois un nuage de terre, pierres, herbes.
Brusquement quelques coups plus secs se font entendre. Ce sont des 75, reranchés en arrière qui répondent. Bientôt quelques balles sifflent, puis leur nombre s'accroît rapidement, mais l'ennemi est toujours invisible.
Ordre est donné de se retrancher dans le cimetière. Les balles de plus en plus nombreuses viennent s'écraser contre le mur. L'artillerie ennemie redouble d'ardeur ; elle a mis en action des pièces de gros calibre dont les obus en éclatant font des trous énormes dans le sol.
Le cimetière est maintenant le point de mire de l'artillerie ennemie et la position devient intenable. Il faut retourner dans le champ quitté trois quart d'heure auparavant. Il y a quelques blessés mais pas de morts. La 5e compagnie du 40e quitte ses travaux et se rassemble sur la place de l'église ; la 4e section de la 5e (Lt Davet) est sur son emplacement de combat au nord dans les vergers ; une partie de la 3e section de la 5e du sergent-major Brandibas est envoyé entre la 1ère et la 2e section de la 8e compagnie et s'installe dans un parc dont elle organise et garnit les murs par-dessus lesquels elle tire ; la 1ère section (Lt Bosquier) de la 5e compagnie prend des cartouches au Train de combat, vient se mettre en ligne entre la section Bellat et la section Gallis, ravitaille l'une et l'autre et s'engage.
Quittant leurs retranchements, les fantassins du 2e bataillon de Chasseurs bavarois entrent dans la bataille. Ils traversent le bois Chanal, en atteignent l'orée dans rencontrer la moindre résistance. Utilisant les haies et les meules de blé, ils progressent par bonds vers le village distant de 1km environ.
Du côté du bois du Haut de la Croix, le 2e bataillon du 58e RI reflue :
"Durant cette retraite jai failli y rester un morceau d'arbre arraché par un obus est venu me taper derrière le sac et m'a projeté plusieurs mètres en avant je me relève avec quelques égratignures aux mains, mais sans aucun mal, nous continuons à battre en retraite car nous sommes poursuivis par les boches". 7)
Le capitaine Blanc de la 7e cie du 58e RI essaie de ralentir le repli sur Coincourt :
"(II) était descendu de cheval et parlait à un lieutenant laissant respirer quelques uns de ses hommes échappés au massacre. Visiblement en proie à une violent agitation, un rictus nerveux contractait étrangement son visage. Il disait textuellement, en parlant de ses soldats : "Ils se sont enfuis comme des péteux..." Et Dieu seul savait ce qu'il pensait en lui même : " Si j'en renconre un, je le brûle !..." Il avait ensuite enfourché son carcan et s'en était allé comme un fou..." 8)
Le sous-lieutenant Fontmagne de la même compagnie n'hésite pas à faire cesser le feu de ses hommes, à sortir du fossé qui leur sert d'abri, pour se rendre compte de la situation, leur montrer que les Allemands tirent trop haut et qu'on peut encore tenir. Presque entouré par l'ennemi, il réussit à ramener dans les lignes françaises tout son détachement.
A 9H50, deux compagnies du 1er bataillon du 40e RI Santini ont été envoyées d'Arracourt à la disposition du colonel du 58e vers Coincourt , elles ne peuvent que recueillir les bataillons du 58e RI en retraite.
Vers 10H, les Allemands du 131e RI traversent le bois du Haut de la Croix. Subitement l'infanterie allemande apparaît sur le mamelon nord à quelques dizaines de mètres en avant de la 1ère batterie, émergeant de l'avoine. Des soldats vêtus de gris, surmontés de casques gris surgissent entre les épis. Pour enrayer cette attaque, il faut tourner les pièces de 45e au moins à gauche. La manoeuvre est pénible vu l'état du terrain et la nécessité de déplacer également les caissons. A ce moment, beaucoup d'hommes tombent sous les balles pendant cette opération et ensuite pendant le tir.
La 1ère batterie est d'abord un peu surprise par le tir de la 3e, puis elle comprend, oriente une pièce et tire dès qu'elle peut apercevoir l'ennemi, mais ses obus tombent un peu trop court au début.
Les balles sifflent. Les artilleurs continuent à tirer. L'infanterie ennemie s'est arrêtée. Aux sifflements s'ajoute un crépitement de grêle sur les boucliers et sur le fond blindé des caissons.
Ce n'est d'ailleurs qu'après avoir criblé de balles la 1ère batterie et réduit sa résistance, que l'infanterie allemande s'oriente vers la 3e. Les derniers servants se défendent avec leur mousqueton et se font tuer sur place défendant héroïquement leurs pièces. Peu en réchappe.
La manoeuvre d'encerclement de l'infanterie prussienne se poursuit. A présent les pièces allemandes bombardent le village. Des flammes s'élèvent des toitures des maisons.
Soudain, un groupe ennemi se démasque à 600 mètres du 58e et se porte en courant sur la droite où il se terre aussitôt.
Les obus d'une salve d'artillerie explosent dans un bruit assourdissant. Leurs shrapnells s'abattent tel un orage de grêle, causant des ravages énormes. Cependant la riposte acharnée du 58e RI semble contenir l'attaque allemande. Les deux régiments de Uhlans chargent alors et se font massacrer.
Par ailleurs, la situation du 2e bataillon du 40e et la suivante :
Secteur sud :
6e compagnie du capitaine Roubineau : le long du canal,
2e section Macé : pont est,
3e section Duley, moins le groupe du sergent Marcel, entre les ponts est et ouest,
1ère section Flory : à droite du pont ouest,
4e section Trives : 3 escouades dans des maisons au croisement rue parallèle au canal - rue montant à la Mairie, 1 escouade derrière une barricade bouchant l'accès aux vergers ouest ; 2e section des mitrailleuses Tuset : dans les vergers au nord-ouest du pont est.
Secteur est :
4e section Michel (8è compagnie où le lieutenant Gallis a été tué) au saillant est, 3 escouades face au canal et 1 escouade face à l'est,
1ère section Bosquier (5è cie) : à cheval sur la route de Bourdonnay,
1ère section Bellat (8è cie) : au nord de la route de Bourdonnay,
3e section Brandibas (5e cie) : derrière la section Bellat dans le parc,
2è section Landranchi (8e cie Lt Girard blessé) : à cheval sur le chemin N-E de l'église,
3è section Gontard (8è cie) : à gauche de la section Lanfranchi.
Secteur nord :
4è section Davet (5è cie) : au nord,
1ère section Haas (7e cie) : à la droite de la 10è compagnie du 58e.
Le reste du régiment se trouve près de la mairie en réserve.
~à suivre~
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5) Felix Faures 7e Cie du 58e RI
6) Emile Castanié 8e Cie du 58e RI
7) Emile Castanié 8e Cie du 58e RI
8)Henry George, brancardier du 58e RI









