Carnet de guerre de  Paul CABASSON du 363e R.I. -                               Suite..


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2ème Phase –

Lundi 14 SeptembreDépart de Nice, tous fleuris, musique en tête on nous accompagne en chantant, « vive le 363 ! » - arrive à Marseille à 7 heures. J’embrasse ma femme, ma fille n’a pas voulu venir.

Mardi , Arrive à Lyon à 9 heures moins le quart. Nous sommes cantonné dans un  petit village nommé Montluel. Nous sommes dans une ferme.

Mercredi, Nous sommes toujours à Montluel, nous ne pouvons plus parler de ce que nous avons crié. Le soir, je vois Manu qui marchera avec nous. Je me rends compte au vaguemestre qui me dit n’avoir rien vu du mandat de mon oncle.

- 2ème Phase

Lundi 14 Septembre

            Départ de Nice à 11 h, nous sommes tous plein de drapeaux. Les femmes et les filles nous couvrent de fleurs et gaiement musique en tête nous allons à la gare. C’est Alfred qui est mécanicien et qui nous mène. Tout le long nous ne faisons que crier et chanter. Nous arrivons à Marseille à 7h, juste à la nuit. Nous restons ¼ d’heure où j’ai le temps d’embrasser ma chère femme qui me remet un paquet avec des bas, de quoi manger et de l’argent. Elle en fait trop pour moi. J’aurais embrassé ma fille volontiers, mais paraît-il elle n’a pas voulu venir. On siffle, j’embrasse encore une fois ma femme et en route.

Mardi 15 Septembre – On a passé une nuit tant bien que mal, la plus grande partie à manger et à boire, on chante, on crie, on arrive à 9h ½ à Lyon. J’envoie une carte à mon oncle et ma femme. Nous arrivons à Montluel où nous descendons 20 minutes après. On est cantonnés un peu dans les remises, un peu dans les fermes.


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Mercredi 16 Septembre – Après avoir dormi une bonne nuit, on sort un peu pour visiter ce pays qui n’est pas bien grand et non plus pas bien joli. Le soir j’ai la surprise de rencontrer Manu qui vont venir faire brigade avec nous. On parle et on boit un bon coup.

Jeudi 17 Septembre – nous devons partir à 11h du soir pour nous embarquer à Messimieux d’où nous partons vers les 2h ½ du matin direction de Besançon. On ne crie plus, ça commence à sentir les boches 

Vendredi 18 Septembre – Après avoir passé la nuit en wagon, nous atterrissons dans une voie de garage. Beaucoup après Belfort, nous devons même avoir passé Epinal, nous débarquons enfin sous une pluie battante et nous faisons ainsi 26h.

Samedi 19 Septembre – Nous débarquons à l’Aveline de Bruyeres à  26km de St Dié. Nous marchons tout le jour sous la pluie. Tout le long de la route, tout n’est que ruine. Les Albrochs ont passé par là et ont tout incendié. C’est terrible à voir.

Dimanche 20 Septembre – nous sommes couchés dans la caserne  du 10ème chasseur à pied. Nous avons repos. On allume du feu pour se faire sécher les frusques. Le soir on dort. Je vois manu, on boit des bières. Les habitants sont plutôt pour les boches que pour nous.


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Lundi 21 Septembre – Nous devons partir pour les tranchées, mais il y a contre-ordre, le soir on sort de nouveau pour s’approvisionner. J’écris à ma femme et à mon oncle.

Mardi 22 Septembre – Le matin je me fais embaucher pour l’ordinaire et l’après-midi il y a repos. Les frusques sont sèches, on respire mais on entend tonner le canon toute la journée. Le 6ème  bataillon part, nous ne tarderons guère.

Mercredi 23 Septembre – Le commandant prend fantaisie de nous faire faire du service en campagne. Il nous mène par son inexpérience jusque sous le feu de l’artillerie. Avertis à temps, nous rentrons par un détour qui nous oblige à faire environ 25 km.

Jeudi 24 Septembre – Ne voulant pas être exposé bêtement, je réponds à l’appel et je me défile. Les autres partent.

Vendredi 25 septembre – Nouveau bruit de départ. Le 115ème vient renforcer le 152ème. Je vois pas mal de collègues. Le frère de Sanguinetti, Michel le peintre.

Samedi 26 septembre – Cette fois-ci, ça a l’air plus sérieux, on nous fait faire les sacs. J’écris à ma femme, à mon cousin et à nos sœurs. Nous passerons peut-être encore  la nuit ici.  J’ai cherché Manu, je ne l’ai plus revu.  

Dimanche 27 septembre – Départ de St Dié à 9h ½. Nous arrivons dans un village, la  Voivre. Nous arrivons dans une ferme à moitié brûlée, mais à 11h, alerte, nous partons vers Moyenmoutier où nous arrivons devant les boches à 5h ½ après nous être perdus. Bon début.

Lundi 28 Septembre – Nous sommes cantonnés dans une ferme qui appartenait à des boches et qu’ils ont abandonné. Nous sommes à 400 m de l’ennemi. Dans la journée, une patrouille de douze hommes fût attaquée par des bavarois. Nous avons trois blessés dans la compagnie. On dort assez bien dans cette ferme, mais souvent réveillé par la fusillade.

Mardi 29 Septembre – Le matin nous allons en corvée de cartouches. Au moment de la distribution, les obus boches nous éclatent sur la tête et nous sommes obligés de nous coucher à l’abri des arbres. La ferme Maryotte est brûlée, le clairon Bossy est blessé.

Mercredi 30 Septembre – La matin pas grand bruit, mais à 9h, un obus éclate sur nos têtes, le 75 riposte et réduit au silence les biches. Nous changeons de tranchées de peur d’être tournés.

Jeudi 1er Octobre – Il y a eu une fusillade toute la nuit et au matin je tire avec mon ami Carret sur 4 ou 5 boches qui nous passent à une vingtaine de mètres. On en trouve deux morts. J’ai beaucoup sommeil.

Vendredi 2 Octobre – Après avoir eu une fusillade toute la nuit, c’est un peu calme, mais de temps à autres  on est obligé de se serrer car les balles sifflent. Dans la cahute à côté un collègue se blesse à la main. Hier, nous devons avoir tombé une quarantaine de boches.

Samedi 3 Octobre – L’artillerie bombarde la ville pendant 20 minutes, nous mangeons cuit mais froid, les cuisines sont trop loin et en arrivant c’est gelé. L’artillerie reprend de 11h à 3h de l’après-midi. Nous avons entre morts et blessés plus de 110 hommes mais les boches en ont beaucoup plus.

Dimanche 4 Octobre – C’est calme mais comme nous sommes trop près des boches on ne peut pas faire cuire, aussi nous mangeons des conserves. On va en patrouille et nous ramassons des sacs, des fusils et des casques boches.

Lundi 5 Octobre – Aujourd’hui comme hier, nous n’avons pas eu beaucoup à nous plaindre. Les boches ne se font pas voir et nous arrangeons notre tranchée. Je suis avec Carret et un Niçois dit Baguetta On fait que rigoler.

Mardi 6 Octobre – Cette nuit il a plu et je me suis mouillé car la branche n’est recouverte que de feuilles. Je vais voir le major. Le capitaine me donne Carret pour m’accompagner. Je vois Blaise à la ferme des fossés. Le major me dit de me reposer.

Mercredi 7 octobre – La major me donne la permission de coucher à la ferme et je suis content car j’ai un collègue qui fait la cuisine. Je n’ai plus rien. Je mange bien et je dors encore mieux.

Jeudi 8 Octobre – Comme hier je passe la journée avec Pétrole à la ferme des fossés. Je suis allé à Moyenmoutier et j’ai vu Manu en prévention de Conseil de Guerre. Je peux écrire plusieurs lettres.


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Vendredi 9 Octobre – On nous réveille à 4h pour aller dans une tranchée plus basse que la nôtre et inachevée.

Samedi 10 Octobre – Nous travaillons à notre tranchée. Nous sommes toujours tous les trois, Baguetta, Carret et moi, mais c’est un travail critique, les boches nous tirent dessus. J’écris à ma femme.

Dimanche 11 Octobre – A 6h ½ le lieutenant me prend, ainsi qu’un collègue, un Niçois et mon caporal pour faire une petite patrouille que nous faisons sans avoir à tirer un coup de fusil. Après la soupe nous repartons et cette fois, nous nous aventurons un peu plus loin, si près des tranchées boches que nous sommes dans leurs fils de fer. Deux coups de feu et mon copain la cuisse traversée. Je me couche mais il me crie de le porter. Je passe mon fusil au culot et je le mets sur mon dos. Arrivé, je le panse et sur un brancard de fortune au poste de secours, fini par passer à travers.

Lundi 12 Octobre- Aujourd’hui c’est peut-être le calme et nous avons toute la nuit pensé à ce pauvre Baguetta pour qui la guerre est finie mais il aura peut-être une jambe de moins.

Mardi 13 Octobre – Nous sommes encore tranquille, les boches ne bougent guère si l’on ne va pas les embêter. Comme nous sommes un peu tranquille on va nous faire changer de tranchée et c’est pour demain. J’envoie une carte à ma femme.

Mercredi 14 Octobre – Nous sommes placés dans une tranchée à proximité d’une ferme où nous pouvons avoir un peu de lait. Le soir nous allons coucher dans la ferme des fossés et nous y restons la nuit.

Jeudi 15 Octobre – Nous revenons dans ces tranchées et on nous place près des mitrailleuses. Mais le soir nous allons sur la route de Senones pour préserver les habitants et la route. Nous y passons une mauvaise nuit. Fusillade toute la nuit.

Vendredi 15 Octobre – On nous relève de bonne heure pour aller au Fossé et de là à Moyenmoutier pour prendre du repos. Ce n’est pas malheur, on pourra un peu s’approprier. Nous arrivons à midi et nous pouvons sortir en ville.

Samedi 16 Octobre - Nous sommes à Moyenmoutier au repos. Je vois pas Manu que je cherche. Je souffre de coliques et je ne mange pas ; j’ai reçu deux colis de ma femme où il y a du chocolat et du tabac, chemise et, caleçons.

Dimanche 17 Octobre -  Je n’ai presque pas dormi des coliques. Je vais chez un pharmacien où je prends des pilules qui me calment un peu. Je prends du lait et du bouillon. J’écris à ma femme.

Lundi 18 Octobre – J’ai un peu dormi cette nuit mais j’ai la diarrhée aussi. Je mange beaucoup de chocolat et je vais un peu mieux. J’ai à me plaindre de Courrot ( ?) qui ne me demande même pas ce que j’ai et qui couche à mes côtés.

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