Carnet de guerre de  Paul CABASSON

né à Marseille le 16 août 1881

Mort pour la France

le 28 novembre 1914 à Senones (Vosges)

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REMERCIEMENTS à Julien COPPOLANI

son arrière-arrière petit-fils qui nous a transmis ce récit....

"...afin de lui rendre hommage. ... mettre ainsi à disposition ces documents est une bonne chose. Je vois cela comme un acte de mémoire et de respect envers ces hommes. Même si le récit est bref (il est déclaré "tué à l'ennemi" le 28 Novembre 1914, à Senones dans les Vosges) et retrace un quotidien moins éprouvant que les mois et les années qui suivront pour ces centaines de milliers d'hommes, enterrés vivants dans le sol labouré d'obus et de misères; les derniers mots de cet homme, justes, simples, sont d'autant plus poignants qu'ils sont les derniers qu'il fera parvenir à sa famille, sa dernière note étant daté du 27 Novembre 1914."



L'orthographe du récit transmis a été respecté


GUERRE DE 1914

J’écris ce petit livre à l’intention de ma femme Marie-Louise Cabasson et de ma fille Reine, Edvige Cabasson.

Je vais noter tout ce que j’ai fait à partir du jour où j’ai revêtu l’uniforme militaire et je terminerais lorsque la guerre sera finie ou que j’y serais contraint par une blessure ou bien par une cause plus grave, la mort ; dans ce cas-là je prie le camarade qui me relèvera de faire parvenir ce carnet ainsi que les objets et effets que je puis avoir à ma femme ci-dessus nommée.

Merci d’avance

- Je Commence -

- 1ère Phase -

Mardi 4 Août - Départ de Marseille le 3ème jour de mobilisation – arrivée à Nice le même jour à 11 h du soir – Visa des livrets et permission de coucher en ville.


Mercredi 5 Août – Je suis affecté à la 21ème Cie du 363ème Régiment d’infanterie et suis habillé sitôt arrivé au pensionnat Sasserno, notre cantonnement.



Sasserno2



Jeudi 6 Août – On continue à nous donner des effets et équipements ; les autres vont à l’exercice, je me débine – on peut sortir en ville et je ne reste pas dedans, j’en profite pour aller voir des amis du 115ème – 145ème (note 1) qui viennent d’arriver.

Vendredi 7 Août – même journée qu’hier.

Samedi 8 Août – vie sans entrain, mal couché sur les carreaux avec un peu de paille – mauvaise nouvelle, interdiction de l’absinthe mais on se débrouille toujours un peu.


Dimanche 9 Août – on mène la Cie aux bains de mer. Je ne puis y aller car je me suis fait porter malade pour la gorge – Reconnu.


Lundi 10 Août – Grande Journée. Revue du Général. Remise du drapeau. Discours du Colonel. Nous avons comme Lieutenant Colonel l’anamite qui était au 3ème. Il fait une chaleur terrible, défilé, et transpiration. Après-midi – malade.


Mardi 11 Août – malade. Je reçois des lettres de ma femme qui me font plaisir d’avoir de leurs nouvelles. Aux annonces, Mulhouse évacué par les français. Nouvelles démenties.


Mercredi 12 Août – service en campagne – malade. J’ai reçu par la femme de Martin une lettre et un colis de fruit. Cette brave femme me soigne bien – je commence à m’habituer à la nourriture.


Jeudi 13 Août – je me repose toujours pendant que les autres s’entraînent. Je suis avec Isidore entrain de boire l’apéro.

Vendredi 14 Août – La Cie va au tir, on nous donne la médaille d’identité et le campement.


Samedi 15 Août – Je vais avec les autres – service campagne – Col de Villefranche, mais il fait trop chaud. Après – midi repos. Ce soir le 3ème Bataillon du 163ème est parti. Cela nous fait quelque chose. On les accompagne avec toute la population.


Dimanche 16 Août – Bain de mer – pluies. La Cie est consignée. Je reçois plusieurs lettres et cartes de ma femme, mon oncle et mes sœurs à qui je réponds de suite.


Lundi 17 Août – Je suis commandé de garde au bateau allemand où je vois 17 prisonniers. On peut pas se comprendre – le soir je revois les amis Coitton ( ? ), Martin, Ginesy ( ?)Baretty ( ?) avec qui j’ai déjà soupé.

Mardi 18 Août – je me fais porter de nouveau malade pour courbatures, reconnu.


Mercredi 19 Août – matin exercice – après – midi repos. Le soir 8 heures de marche de nuit, je suis obligé d’y aller car je ne l’avais pas prévu et je n’étais pas malade. On a un peu tiré la langue.


Jeudi 20 Août – matin repos, après – midi sieste obligatoire, on s’ennuie.


Vendredi 21 Août – Malade pour torticolis, reconnu. J’ai reçu aujourd’hui une lettre de ma femme et une carte de mes sœurs. j’y réponds.


Samedi 22 Août – malade – même maladie, reconnu. Les autres prennent la garde. Du temps je promène.

Dimanche 23 Août – Pour pouvoir sortir je porte la soupe aux hommes de garde. Je dîne en ville, je vois Martin et sa femme qui a passé 10 jours ici.


Lundi 24 Août - je me fais embauché pour la corvée que je ne fais pas. Je sors et j’écris à ma femme et ma fille, le soir comme d’habitude je vais voir les dépêches.


Mardi 25 Août – Malade – baignade pour la Cie, j’y vais mais le Major me reconnait et m’empêche de me baigner – le soir promenade.


Mercredi 26 Août – Ecole de Bataillon, à 1h ½. Lavage au Paillon, j’envoie une lettre à ma femme et à ma fille.



Paillon4



Jeudi 27 Août – Malade – la Cie part à 3h du matin pour manœuvrer au Col du Mont-Lauzan (note 2) – je dors jusqu’ à 8h et je vais me faire frictionner, reconnu 2 jours.


Vendredi 28 Août – exempt de service, je me repose du temps que les autres s’entraînent. Le soir je revois les amis et je vois la femme Coitton ( ?)


Samedi 29 Août - Matin exercice – après–midi lavage au Paillon sans savon, je revois la femme de martin qui me donne un paquet et 15 francs. Je réponds de suite et donne ma lettre à Martin.


Dimanche 30 Août – repos – quartier libre à partir de 10h. le soir de garde au Parc d’Artillerie.


Lundi 31 Août – On quitte la garde à 5 heures du soir et on va promener.


Mardi 1er Septembre – Malade – La Cie part à 4 heures du matin pour faire une marche manœuvre et rentre à 4 heures du soir.


Mercredi 2 Septembre – je suis de nouveau malade et reconnu, j’écris 4 lettres.


Jeudi 3 Septembre – Il y a tir au Var, comme c’est trop loin je me fais porter malade.


Vendredi 4 Septembre – Je vais à l’exercice et ne m’en plaint pas. Je vois des collègues. Le soir je sors et je promène avec eux.


Samedi 5 septembre – Marche de Régiment. Départ à 3 heures. Mont Lauzé  ( ?) (note 2) Après-midi repos.


Dimanche 6 Septembre – On me commande de garde au Parc d’artillerie.


Lundi 7 Septembre – Je descends de garde à 5 heures le soir et je vais promener dans la ville.


Mardi 8 Septembre – Je me fais porter malade et je suis reconnu, mais le major me dit que dans quelques jours je n’y aille plus car on doit partir.


Mercredi 9 Septembre – Service en campagne dans le Paillon, j’y vais et je ris des bêtises que nous faisons.


Jeudi 10 Septembre– Marche militaire et en rentrant on nous annonce que nous devons partir lundi.


Vendredi 11 Septembre – Pendant que les autres vont au tir, j’écris à ma femme que nous devons passer à Marseille, Lundi à 7 heures.


Samedi 12 Septembre – Marche de bataillon, j’y vais et j’en ai pas du regret car nous arrivons noyés.


Dimanche 13 Septembre – Nous nous préparons pour partir car c’est officiel c’est pour demain, on murmure le camp de Valbonne.

à suivre


note 1 - régiments d'infanterie territoriale (R.I.T.) de Marseille et d'Aix


note 2 - certainement le Mont-Leuze au dessus de Villefranche sur Mer