Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre,
ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

...suite et fin

Attaque générale du 20 août.

Le 20, à 5 heures du matin, notre préparation d’artillerie se déclenche d’un seul coup. Toutes les pièces donnent à la fois, je ne sais à quelle tempête, à quel bruit comparer ce tir d’artillerie, c’est inimaginable, indescriptible. Toute la terre tremble, une pluie d’éclats fait ressembler le sol à la surface de l’eau par temps d’orage de grêle ; cette préparation doit durer exactement 2 heures ; les Allemands répondent mais ils ont nettement le dessous.

Un peu avant 7 heures, le lieutenant chef de section me nomme de garde dans la tranchée, mais il n'y a pas 5 minutes que je suis de faction qu’un obus éclate devant moi et me renverse sur l'autre paroi de la tranchée sans cependant ne me faire aucun mal. Il va être 7 heures, les camarades sortent de la sape, se répandent dans la tranchée, le lieutenant tient sa montre à la main, nous avons tous les yeux fixés sur lui, et à 7 heures précises : « allez, les gars, dit-il, c’est l'heure, tout le monde dehors », et le premier, il enjambe le parapet, tous nous faisons comme lui. Nous devons progresser derrière notre barrage d’artillerie qui avance seulement de 100 m. en 4 minutes « ne vous groupez pas » dit encore le lieutenant, « gardez vos intervalles, à 4 pas les uns des autres et suivez-moi ».

Pour commencer nous descendons le mamelon au sommet duquel nous nous trouvions et nous avançons un peu trop vite de sorte que 2 ou 3 camarades de ma section sont blessés par notre propre artillerie; le plus atteint est le breton de mon escouade dont un éclat traverse la jambe juste au-dessus du genou et il est obligé de s'arrêter, il se fait évacuer, je le plains de tout mon coeur : « quel dommage pour lui, pensais-je, il ne verra pas la belle fête à laquelle nous allons ! » Un instant après je reçois moi-même un éclat sur le bras droit mais la blessure n’est que superficielle, je ne dis rien et continue à avancer avec les autres. Au bas du mamelon il y a un terrain marécageux et parsemé de trous de marmites. Mon tireur tombe dans un de ces trous et n’arrive pas à s'en sortir car il est petit et court sur jambes, alors je l'aide et il s’en tire mais il est plein de boue et ne peut marcher assez vite, je prends donc le fusil-mitrailleur et ainsi nous nous mettons à marcher à la hauteur des autres.

Je prends une mitrailleuse.

 

Fusil mitrailleur 1915

 

Après avoir traversé ce terrain marécageux il faut monter un autre mamelon couvert de taillis parsemés de clairières. Mais pendant que nous nous dépêtrions de notre marécage notre barrage d’artillerie a continué sa progression et maintenant nous sommes assez loin derrière lui. De plus il faut monter, et à travers les taillis on ne va pas vite comme en terrain libre et forcément nous sommes en file indienne.

Soudain je me trouve nez à nez avec une mitrailleuse allemande, les 3 mitrailleurs ne nous attendaient sans doute pas à ce moment, (ils étaient dans leur trou, derrière leur mitrailleuse). Quand ils m’aperçoivent j’ai déjà le fusil-mitrailleur braqué sur eux à 1 mètre de leur poitrine ils font camarade, c’est normal. Je garde mon fusil-mitrailleur braqué sur eux et attend qu’ils défassent leur ceinturon pour leur faire signe de passer derrière nous. (Tout soldat qui se rend doit déposer les armes et aussi son ceinturon car le port du ceinturon est signe que l'on est en « service », or le prisonnier renonce au service il doit donc se défaire du ceinturon). Mais les pauvres types sont tellement troublés de se voir dans pareille situation qu’ils ne pensent pas à défaire leur ceinturon, ils lèvent les bras et crient : « Kamerad ! Kamerad ! » . D’une main je leur fais le geste de défaire les ceinturons mais les camarades qui sont derrière moi et qui ne risquent rien puisqu’ils sont derrière, si quelqu’un pouvait risquer quelque chose c'était moi qui était face à face avec les allemands, mais j’étais bien tranquille, ils ne risquaient ni de me faire de mal, ni de s’échapper. Mes camarades donc qui sont derrière moi, s’impatientent (ils étaient sur le front depuis 5 ou 4 ans) et tirent, un Allemand tombe mort, le 2ème a un bras traversé par une balle, mais de son bras valide il se hâte de défaire son ceinturon et le 3ème a compris tout de suite il a quitté son ceinturon, on les laisse passer derrière nous. Je peux dire ainsi que… sans le faire exprès mais en toute vérité j'ai pris une mitrailleuse et fais, prisonniers les servants.

Pendant des années et des années j’ai pensé que mes camarades qui avaient tiré sur ces Allemands qui se rendaient, étaient des assassins et cette pensée me torturait, car enfin ces Allemands étaient des hommes comme nous. Ils avaient eux aussi un papa, une maman qui les attendaient… Ils avaient des frères, des soeurs, des amis, une femme peut-être et des enfants. Pourquoi donc les tuer ainsi ? Ils ne pouvaient plus nous faire de mal et ils ne demandaient qu’à vivre. Ce n'est que longtemps après que j'ai compris ce que j'ai dit plus haut, que la guerre (et c'est l’un de ses grands maux) risque de faire oublier et fait oublier à certains de ceux qui la font depuis longtemps le respect des choses et des gens et même de la vie humaine, alors j'ai excusé mes camarades mais j'ai un peu plus détesté la guerre.

Le Capitaine WELSCHINGER.

Cne WelschingerAprès cet incident nous reprenons notre marche en avant et voilà qu'on aperçoit des allemands qui se sauvent. Notre Capitaine, Capitaine LAURENT (c'est un ancien sous-officier de carrière, il a un fusil à la main comme un simple soldat) se met à crier : « baïonnette au canon ! Faites passer baïonnette au canon ! » Mais des baïonnettes il y en a bien peu qui en ont, un ou deux par escouade peut-être, alors les Allemands ont le temps de se sauver. D'ailleurs à ce moment notre tir de barrage étant très loin en avant de nous, les mitrailleurs allemands qui n'ont pas été touchés sortent de leurs trous et de tous côtés tirent sur nous, nous avançons dans une nappe de balles.  

J'ai devant moi le Capitaine WELSCHINGER, très aimé de tous, officiers et soldats, à son baudrier il a son étui de revolver mais à la main il n'a qu'une canne et il avance comme cela. J'avance derrière lui mais à un moment je ne sais pourquoi, je regarde en arrière et je m'aperçois que nous sommes tous les deux en avance de 100 mètres sur les autres qui se sont arrêtés, un genou à terre et attendent que le feu des mitrailleuses ennemies soit un peu moins violent. Nous arrivons à la lisière d'une clairière, je fais mine de m’arrêter car malgré tout je ne veux pas que les camarades s'imaginent que je veux faire le brave. Le capitaine WELSCHINGER se rend sans doute compte de ce qui se passe dans ma tête car il me dit : « continuez avec moi, vous n'allez pas me laisser avancer seul ? » En l'entendant ainsi parler je pense au fond de moi-même : « Il se croit au cinéma, le capitaine ! » Mais bien sûr je ne le laisse pas seul, j'avance avec lui.

 Nos remerciements à Henri WELSCHINGER
petit fils du Capitaine WELSCHINGER
qui a bien voulu nous communiquer une photographie de son grand-père

Extraits de l’historique du 289ème Régiment d’Infanterie (ndr)

Le 18 août, à 18 heures, le 289e reçoit comme objectifs d’attaque :

- 1° un objectif normal (tranchée de la Socialdémokratie et de Landrath)

- 2° un objectif éventuel jalonné par une série de creutes (sic).

Précédemment, le 289e a été avisé à 12 h. 15 que le front d’attaque a été étendu. En conséquence, le 4e bataillon prendra part à l’attaque en prolongeant à droite le 5e bataillon.

A 18 heures, les trois bataillons mènent rapidement l’attaque. Les 5e et 6e bataillons s’établissent sur l’objectif normal et poussent des postes sur l’objectif éventuel. Le 4e bataillon se heurte devant son centre à deux îlots de résistance qui tiennent pendant une heure. Il atteint enfin son objectif. Les prisonniers faits au cours de l’avance appartiennent à la 202e division : 408e, 411e, 412e régiments d’infanterie.

Cette opération du 18 au soir terminée et les premiers objectifs atteints, le régiment se prépare à prendre le dispositif prévu pour le jour J. Les 5e et 6e bataillons en ligne, 4ebataillon en réserve d’infanterie divisionnaire, 36e bataillon sénégalais à la disposition du régiment.

Le 19, au point du jour, une reconnaissance du 6e bataillon est poussée sur Audignicourt, une du 5ebataillon sur Vézin. Elles confirment la présence de l’ennemi au bas des pentes nord du ravin d’Audignicourt-Le Mesnil.

Le 20 août, jour J, à l’heure H (7 h. 10), les 5e et 6e bataillons, précédés par un barrage roulant, dévalent le ravin d’Audignicourt malgré le tir d’artillerie ennemie et les feux des mitrailleuses. En raison des difficultés du terrain, les vagues d’assaut ne peuvent coller exactement au barrage et subissent des pertes du fait des mitrailleuses ennemies qui garnissent les pentes.

Le 5e bataillon gagne les abords du village du Mesnil sous de violentes rafales de mitrailleuses partant de la creute (sic) du Mesnil ; un canon contre tanks tire de la lisière et arrête la progression aux abords du village ; finalement il est enlevé et 80 Allemands sont faits prisonniers.

Le 6e bataillon prend pied sur les pentes nord d’Audignicourt ; la 21e compagnie commence l’encerclement de la creute (sic) du Mesnil. A 10 heures, la creute (sic) est enlevée et 200 Allemands faits prisonniers ; une dizaine de mitrailleuses et une batterie d’artillerie sont également prises.

Le capitaine adjudant-major WELSCHINGER, pendant toute cette progression, ne cesse pas un moment de marcher en tête du bataillon. Revolver au poing, il tient l’entrée d’un abri oblige une trentaine de Boches à se rendre.

Le 5e bataillon, malgré des pertes sensibles, reprend sa marche en avant ; il est arrêté à 200 mètres au nord de la creute (sic) par un feu intense de mitrailleuses ; toutefois, la 21e compagnie peut progresser par infiltration jusqu’à 1.000 mètres au nord de la creute (sic). Le 6e bataillon est lui aussi obligé de se terrer. A 11 h. 30, le 30e bataillon de Sénégalais et le 4e bataillon du 289e s’installent à la creute (sic) ouest du Mesnil ; le régiment reste sur ses positions jusqu’au soir 19 h. 30. Après une préparation d’artillerie et derrière un barrage roulant, les deux bataillons de tête (5e et 6e) se portent en avant et conquièrent la tranchée du Canal où 200 prisonniers sont capturés.

Le capitaine LAURENT, commandant la 21e compagnie est blessé à la fin de la deuxième attaque.

Le 21 août, la 55e division doit reprendre l’attaque à 7 h 30 ; le régiment a ses trois bataillons échelonnés en profondeur dans l’ordre suivant :
- 4e bataillon en première ligne -
- 6e bataillon en deuxième ligne
- 5e bataillon en 3e ligne (réserve de l’infanterie divisionnaire).
Le bataillon de sénégalais fournit des éléments aux 4e et 5e bataillons.

 

JMO289e-besson

extrait du JMO du 289e RI -Alfred Besson blessé (3e ligne)

 

Blessé

La clairière dans laquelle nous venons d'entrer n'est pas grande. A notre droite, un excellent abri allemand, vide; à notre gauche un trou d'ordures à moitié plein. Je fais encore 8 ou 10 mètres et soudain, sur ma droite, à 60 mètres une mitrailleuse allemande se démasque et me tire dessus. Une balle me traverse les deux cuisses, le choc me fait faire un quart de tour sur moi-même et je tombe; je sens une masse chaude et gluante dans mon pantalon au-dessus des genoux où les molletières le ferment, c'est mon sang, et la mitrailleuse continue de me tirer dessus, je vois les balles qui entrent dans la terre en soulevant un peu de poussière à 20 cm. de mon côté gauche. L’impression que l'on a quand on sert de cible à une mitrailleuse qui tire à 60 mètres de vous ? « Que ça finisse vite » et « Pourvu que ça dure ». « Que ça finisse vite » car ce n’est pas du tout intéressant. « Pourvu que ça dure » car les balles me ratent mais si le tireur fait le moindre mouvement ou si son pourvoyeur en enlevant la bande ou le chargeur ou en en mettant un autre, fait bouger tant soit peu le canon de la mitrailleuse je suis perdu. En même temps que ces deux pensées étaient dans mon esprit, je voyais aussi défiler en grands tableaux toute ma vie devant les yeux de mon âme et je fis mon acte de contrition, il était environ 9 heures du matin. Certains disent que lorsqu'on est sur le point de mourir on revoit en un clin d'oeil toute sa vie passée, quelques uns le nient, pour moi ce fut vrai.

La mitrailleuse cesse enfin de tirer car les camarades ont repris leur marche en avant.

J'épingle sur ma poitrine le fanion du Sacré-Coeur afin d'être reconnu comme français et catholique si je viens à mourir et je me traîne en rampant car des balles sifflent de nouveau, jusqu’ au trou d'ordures où je serai un peu protégé. Un caporal de ma compagnie, blessé lui-même au mollet, prend mon paquet de pansement individuel et me fait un pansement sommaire, heureusement le sang a de lui-même cessé de couler, je fais fonctionner mes jambes, elles fonctionnent normalement, donc rien de grave n'a été touché, je suis content.

 

Fanion Sacré Coeur - Copie

 

Du champ de bataille au poste de secours.

Dans les quelques heures qui suivirent nous eûmes beaucoup de blessés, les mitrailleurs allemands travaillaient bien, nos brancardiers eurent donc eux aussi beaucoup de travail !

Après avoir transporté les blessés au ventre, ils me transportèrent à mon tour dans l’abri qui était à côté. Je n'avais gardé que ma boite à masque et mon bidon de vin avant de ramper vers le trou à ordures, j'avais laissé ma capote avec mes papiers et mon portefeuille plein d’argent sur le terrain (nous avions « touché » quelques jours plus tôt notre prêt et des rappels d'indemnité et de primes de combat), cela ne m’intéressait pas, mais les brancardiers de ma compagnie allèrent chercher mes affaires et me les apportèrent.

L’abri était plein de blessés lorsqu’ arriva un camarade qui n'avait aucune blessure, il avait vu tomber autour de lui les uns après les autres tous ses compagnons alors, pris de peur, il avait fui la bataille et voulait déserter à l’intérieur. Il nous fit pitié à tous et essayâmes tous de lui remonter le moral et de le persuader de retourner au combat. Il hésitait toujours, tellement il était traumatisé par la mort de ses compagnons alors quelqu’un lui dit : « Et puis, tu sais, mon vieux, si tu fous le camp, tu n’iras pas loin, penses un peu ! Tu es sûr d’être pris et fusillé, tu n’y coupes pas ! Retourne donc à la compagnie, tu risques beaucoup moins ! »

Après avoir réfléchi un instant notre camarade partit, où alla-t-il ? Faire son devoir comme les autres sans doute mais jamais je n'entendis plus parler de lui.

Le soir, vers 8 heures, les brancardiers divisionnaires me transportèrent au poste de secours où un major me fit de vrais pansements. On me mit ensuite sur un autre brancard et avec trois autres blessés couchés comme moi on nous enfourna dans une petite voiture ambulance de la Croix-Rouge.

Du poste de secours à l'intérieur.

L'ambulance nous conduisit à l'hôpital d’armée installé dans le parc du château de Pierrefonds où les blessés ne cessèrent d’affluer ce soir du 1er jour de la grande offensive de l'armée MANGIN.

Le lendemain, 21 août, je passai sur la table d'opération et comme je mettais trop de temps pour m'endormir on commença à me "charcuter" alors que je n'étais pas encore endormi.

Depuis ce jour-là j'ai une forte prévention contre la table d’opération.

Quelques jours après je fus évacué sur Orléans. Là, on me mit dans une grande salle vitrée aménagée, me semble-t-il, dans la cour d'un Lycée; toute la journée j'avais le soleil sur la tête, on était mal soigné et mal nourri (inutile que je précise davantage), j'eus une hémorragie telle que sur le drap de lit je ne distinguais plus mes mains. Elles étaient diaphanes. Je fis alors cette promesse à la Vierge Marie: « si dans 3 mois je suis guéri, je vous promets d'aller à Lourdes ».

 

montauban-hopital-mixte

Montauban hôpital mixte

 Je ne restai pas longtemps à Orléans, quelques jours seulement, car les blessés graves étaient de plus en plus nombreux, alors je fus évacué sur Montauban à « l’Hôpital Mixte », d'où, lorsque mes blessures furent suffisamment cicatrisées, on m'envoya pour 8 jours de pré-convalescence à Montbeton. Phénomène curieux, c’est à l'Hôpital Mixte de Montauban que j'ai eu ce que j'appellerai … l’âge de raison. Un après-midi, j'étais assis dans mon lit et soudain j’ai eu une lumière intérieure, j’ai compris un certain nombre de choses autrement que je les avais comprises et mon comportement extérieur en a été modifié, il est devenu celui d'un homme, il a cessé d’être celui d’un enfant, d’un collégien.

Permission. Lourdes. La Javie. L'armistice.

Après 8 jours passés à me promener dans le jardin de l’hôpital complémentaire de Montbeton on me délivre enfin ma permission de détente de 10 jours avec 10 jours de convalescence.

 

montbeton-le-chateau

                                                                L’hôpital complémentaire de Montbeton

Mon titre de permission ne m’autorisait pas à aller à Lourdes, mais je m'y autorisais moimême puisque j'avais promis à la Sainte Vierge d’aller la remercier à Lourdes si j'étais guéri en 3 mois et je l'étais en un peu plus de deux mois. Alors à Toulouse, je changeais de train et j’allais à Lourdes.

La Sainte Vierge m’a bien aidé encore dans ce voyage mais ce n'est pas la peine de dire comment elle l’a fait, elle a fait tellement de choses plus extraordinaires mais enfin elle a fait ça pour moi.

Après avoir fait mes dévotions à Lourdes, Je repris le train pour Toulouse d'où sans encombre je me rendis à mon village natal : La Javie, Basses-Alpes.

Je m'y trouvais le 11 novembre et c'est moi qui montais au clocher sonner la cloche à haute volée et longtemps pour annoncer la cessation des hostilités.

 

La Javie l'église en couleurs

 L’église de La Javie, c’est là que le 11 novembre 1918,
Alfred sonne la cloche à haute volée pour célébrer la fin de la Grande Guerre.

 Après la Grande Guerre.

 

BESSON Alfred militaire en permission, Abel en casquette à c

 

Alfred permissionnaire (en uniforme), au côté de son frère Abel,
en visite chez les cousins de Seyne les Alpes (ou de Selonnet).

 Postface

Les « aventures » d’Alfred ne se terminent pas avec la fin de la Grande Guerre.

Après l’armistice, sa Division ayant été dissoute du fait des pertes subies pendant les combats sur l’Ailette, il est affecté au 47ème RI en Alsace, puis comme stagiaire au Conseil de Guerre de la 20ème DI.

Au printemps 1919, en permission de détente il est à Marseille, remontant la Canebière il croise son ancien lieutenant chef de section à la 21ème Cie du 289ème RI. Celui-ci lui demande pourquoi il ne porte pas sa Croix de guerre. Alfred apprend qu’il avait été cité, toutefois tous les officiers avaient été mis hors de combat, et le seul cadre qui restait à la Cie était un sous-officier anticlérical qui tenait souvent des propos obscènes et qu’Alfred avait « mouché » publiquement plusieurs fois. Ce sous-officier se garda bien de faire suivre la citation...

A l’automne 1919, la 20ème DI rejoint Rennes et le Conseil de Guerre est dissous. La vie en caserne ne lui souriant pas, Alfred veut rejoindre l’Armée de l’amiral KOLTCHAK en Sibérie (Russes blancs, luttant contre les Bolchéviques), car "il s’y trouvait quelqu’un qu’il avait connu à son village natal », mais ses parents l’en détournent.

Des volontaires étant demandés pour le Maroc, il s’engage. Rassemblés à Bordeaux plusieurs centaines de soldats sont, dans l’attente de leur embarquement, condamnés à l’inaction pendant 3 à 4 semaines. L’oisiveté lui pèse, Alfred en profite pour travailler comme docker sur le port ! Le départ arrive enfin le 20 novembre 1919, il embarque sur « Le Figuig » pour Casablanca. Affecté au 1er Régiment de Tirailleurs Marocains, il « fera colonne » et participera notamment au combat de Mahajibat le 31 janvier 1920. Il sera « rendu à la vie civile » le 1er juin 1920.

Mobilisé en 1940, il prétend ne savoir ni lire ni écrire pour être envoyé au front, mais reconnu par un des cadres de réserve (il était le confesseur de sa mère !) il se retrouve au contrôle téléphonique, il engage ensuite de nouvelles démarches pour être envoyé au front ce qu’il obtient le 21 mai 1940 date à laquelle il rejoint le 71ème Bataillon de Chasseurs à Pied en Lorraine. Son unité connaitra le baptême du feu le 5 juin sur la Somme près de Faverolles, prise pour cible par l’aviation allemande. Puis c’est le repli. Il se trouve séparé de son unité et poursuit la retraite de la Somme jusqu’à Bordeaux, par Pont Sainte Maxence, Paris, Chartres, Le Mans, Rennes, Nantes. Démobilisé le 15 juillet 1940, il regagne son couvent de Clermont –Ferrant par le « chemin des écoliers », en passant par Marseille Digne, La Javie, Volonne, Crest, Val Brian, Lyon, Saint Etienne.

Il demande, sans succès, au Ministère de la Guerre à Vichy d’être nommé aumônier dans une unité combattante.

Enfin, en 1943, il part comme prêtre ouvrier clandestin au service des travailleurs français en Allemagne.
Alfred a relaté cette époque de sa vie dans un livre :
« Prêtre ouvrier clandestin »,
Jean DAMASCENE de La Javie, o.f.m. cap.
Ed. France-Empire, 1967, 235 pages.

------

 

voir Mémoires de guerre d'Alfred BESSON-4