Edité par la famille BESSON à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ce carnet ne peut pas être reproduit sans son autorisation

Carnet transcrit et annoté par Jean-Marie BESSON

 suite....JUILLET-OCTOBRE 1916

       Abel Besson

 

Juillet 1916  

1er juillet : Journée assez calme. 
Mon Parrain (1) est venu me voir. Cela nous a fait grand plaisir de nous revoir.
Le soir je suis monté ravitailler, les Boches nous ont fait deux tirs de barrage.   

2 juillet : Belle journée assez calme.   

3 juillet : Journée de pluie et assez calme.  
Bombardement vers 3 heures 30 du soir.   

4 juillet : Journée assez calme.  
J’ai appris que les deux beaux-frères de Louis Pichotin étaient enterrés à Issoncourt.    

5 juillet : Journée assez calme, violents orages. 
On doit changer de position.    

6 juillet : Grand calme, l’offensive Anglo-Française doit effrayer les Boches. 
Suis commandé pour aller changer les caissons de position. 
Ce n’est pas trop tôt de quitter Froide-Terre.  
On a de nouveau passé la nuit, cela ne fait rien car on est beaucoup mieux.  
La position est à la ferme de « Villers aux Moines ».   

7 juillet : Pluie durant toute la journée, calme dans le secteur.    

8 juillet : Journée assez calme.    

9 juillet : Journée assez calme.  
Les Boches ont tiré des fusants sur les saucisses qui sont près de nous. 
J’ai oublié de dire qu’après nos pertes ce sont des Noirs qui sont venus nous renforcer. Ils sont très gentils. Il y en a douze à la batterie.   

10 juillet : Journée assez calme.    

11 juillet : Violent bombardement durant la nuit.   

12 juillet : Journée assez calme.  
Je suis monté ravitailler à la ferme. 
De retour au « Bois de Ville » à 3 heures du matin.    

13 juillet : Journée de pluie et assez mouvementée.  
Le Capitaine Picheral a enfin foutu le camp. Ce n’est pas malheureux.   
(1) Parrain : Achille, Ludovic Besson (1878-1962) mobilisé au 112e RI (à.c du 2 août 1914), passé au 271e RI (le 20 février 1915).(NDE)

14 juillet : Jour de fête pour les Troupes. 
Voici le Menu : 
. Jambon cru, 
. Petits pois, 
. Demi-litre de vin, 
. Quart de Champagne, 
. Biscuits,  
. Cigare.   

15 juillet : Réveil en fanfare.  
Je crois que toute l’artillerie française doit donner. 
Quel enfer. Sans doute nous offrons la fête aux Boches. 
Tous les jours il passe des prisonniers.   

16 juillet : Journée de pluie et assez calme. 
Le soir je suis allé ravitailler à la 4e batterie. Cela a bien un peu bardé, mais on y est habitué.   

17 juillet : Journée assez calme. 
Le soir, réveillon avec Léon Roux.  
Une vingtaine de prisonniers sont encore passés dans l’après-midi.    

18 juillet : Journée assez calme. 
Nombreux prisonniers boches. 
On cause de nouveau de départ.    

19 juillet : Violent bombardement dans la soirée.  
Nos pertes depuis le 21 juin s’élèvent à 350 hommes pour le 19e.   

20 juillet : Journée assez calme. 
Monté ravitailler. 
140 prisonniers viennent de passer. Beaucoup sont très jeunes, de 16 à 17 ans.   

21 juillet : Journée assez calme. 
On parle toujours de partir. 
Les Boches ont tiré sur le « Bois de la Ville », où nous sommes bivouaqués. Pas d’accident de personnes. 

 

BoisdeVille-1916

Localisation du Bois de Ville, entre le Bois des Caures et l'Herbebois

  

22 juillet : Belle journée et assez calme.    

23 juillet : Belle journée et assez tiré toute la journée. 
80 prisonniers sont de nouveau passés. Un wagon de munitions a pris feu à Baleycourt, en pleine gare. 
Suis monté ravitailler à la position. Tir de barrage en arrivant là-haut. Cela bardait. 
Arrivé sans encombre.   

24 juillet : Journée assez calme.   

25 juillet : Bombardement très violent pendant toute la journée. 
On ne parle plus d’être relevé mais de faire les deux périodes de suite. 
Quel malheur. Quand sortirons-nous de Verdun, le tombeau de l’Armée française.   

26 juillet : Au réveil on m’a appris que le camarade Gabriel avait été tué en allant ravitailler. 
Il y a eu deux blessés et trois chevaux tués. Tout cela par un 105 fusant. 
L’enterrement de Gabriel a eu lieu ce soir.   

27 juillet : Bombardement violent. 
Beaucoup de fantassins de ma Division sont évacués pour Cholérine (1). Environ 300 par jour.   

28 juillet : Canonnade intermittente. 
J’ai appris que beaucoup de mariages étaient sous roche à La Javie. Quels sont les fiancés. 
Défilé de prisonniers boches.       

(1) Cholérine : violente diarrhée, signe ou forme atténuée du choléra. (NDE)

29 juillet : Journée assez calme. 
Comme dessert, les Boches ont balancé quelques marmites dans le bois où nous sommes.  Ni pertes ni dégâts.
Tous les ouvriers et moi nous sommes fait photographier.

                    

Abel est le deuxième en partant de la gauche, 
cliché pris le 29 juillet, et carte adressée à son frère Norbert le 31 juillet 1916


Verso de la carte postale adressée à Norbert

30 juillet : Journée très belle et très calme.
On parle d’une offensive pour le 1er août. 
Sera-ce vrai cette fois.     

31 juillet : Belle journée.  
Je suis allé à Souilly avec le chef acheter des vivres. 
Les troupes noires sont justes derrière nous.  
De nouveau on parle de partir. Qu’attend-t-on de nous relever. 
Le soir je suis monté ravitailler à la 6e batterie. Les Boches étaient bien tranquilles. 

Août 1916

1er août : La canonnade est très intense. 
Les gaz lacrymogènes arrivent à l’échelon. Ils sont assez violents. Plusieurs morts au Régiment.  

2 août : Journée assez tranquille. Violente canonnade à la tombée de la nuit. J’étais commandé pour aller ravitailler. Après avoir rouscaillé, l’adjudant m’a exempté de cela.  

3 août : Il a été dit que nous avions un peu avancé. C’est le 61e d’infanterie qui a fait l’attaque. Violent bombardement pendant la matinée. A une heure du soir, 400 prisonniers défilent devant nous. Hier il en est passé 60. 
Je suis allé voir les blessés qui sont soignés à Baleycourt. Leurs pertes sont sérieuses, du 45 au 50 %.

 4 août : Nouvelle attaque, le 61e devait à nouveau attaquer. La canonnade est fort vive. 
A 11 heures, 125 rangées de 4, les Boches passent où nous sommes. La canonnade continue, 128 nouvelles rangées de 4 passent à nouveau à 6 heures du soir. 
Le bilan à cette heure est de :  125 X 4 =   500  
                                                 128 X 4 =   512       
                             Total des prisonniers : 1 012 
Nous avons beaucoup avancé du côté de Fleury.   

5 août : Violente canonnade durant toute la journée.  
Toute la 30e Division a attaqué.  
60 prisonniers viennent encore de passer.    

6 août : la canonnade est toujours violente.   

7 août : Bombardement violent.  
Le soir je suis monté ravitailler à Froide-Terre. Nous sommes allés à la 3e batterie. Cela bardait un peu. En passant entre la 4e batterie et le carrefour après Belleville un fusant nous éclate juste au-dessus de nos têtes. Il n’y a pas eu de mal pour personne. 
Au retour, je suis tombé dans un trou d’obus. Blessé à la main  droite et aux deux genoux. En quittant Froide-Terre les tirs de barrage ont commencé, c’était les Boches qui attaquaient.    

8 août : On parle encore d’être relevés. Serait-ce le vrai « dit-on » ? 
Verdun est le tombeau de l’Armée française et aussi de l’Artillerie. Un Inspecteur Général a dit que nos usines ne pouvaient fabrique de 75 pour l’usure qui se fait à Verdun.  
La batterie a une pièce de 90.    

9 août : Violent bombardement.  
Le Général commandant la 30e Division ne répond plus du secteur vu la fatigue de l’Infanterie. Le Général est, je crois, Castaing.

10 août : Journée relativement calme. Pas un seul coup de canon. On dirait que les Boches ont foutu le camp.   

11 août : Journée assez calme. On parle encore de partir, ce serait pour le 15 août.   

Du 12 au 14 août : Journées très calmes.   

15 août : Journée assez calme. 
Malgré cela c’est encore une fête de passée dans les bois. 
Enfin, on sait à peu près officiellement que l’on doit partir dans la nuit du 18 au 19 courant. Quelle chance. 
Les Boches fauchent le blé juste devant nous.     

16 août : Journée très calme.    

17 août : On parle de partir.   

18 août : Départ fixé au 20. 
Le 18ème est de retour.   

19 août : Journée très calme.   

20 août : Voilà deux mois de passés à Verdun. 
Ce n’est pas malheureux d’être relevé. 
Départ du Bois la Ville à 5 heures du matin. On passe à Niexeville, les Soushesmes, Ippecourt, Saint-André en Barrois et on arrive à Deuxnouds devant Beauzée à 11 heures du matin. 
Il fait beau temps.    

21 août : Départ à 5 heures. 
On passe à Rambercourt aux Pots, Condé en Barrois, j’ai oublié les autres patelins. 
Arrivés à Mussey à 4 heures du soir.    

22 août : Départ de Mussey à 6 heures.  
On est passé à Trémont sur Saulx, Lisle en Rigault, Ville sur Saulx, Saudrupt, Anderville (1) et on arrive à midi à Rupt aux Nonains.   

23 août : On a repos. 
Grand déballage du magasin. On a tout distribué. Il ne reste rien de rien. 
Audibert est parti en permission car ces dernières ont recommencé.   

24 août : Départ à 5 heures du matin. 
On passe à La Houpette, Cousancelles, Chamouilley et on embarque à Eurville (2)
On prend une ligne que nous connaissons déjà. On embarque à Mezy et on repart de suite. 
On passe à Mont Saint-Père, Epieds et on arrive à Bézu Saint-Germain.   

(1) Non mentionnée sur la carte, serait ce Haironville ? (NDE)
(2) De Eurville SE de Saint-Dizier à Mezy N.NE de Château-Thierry est-ce un déplacement par voie ferrée ? (NDE)

Dans un jour on est passé dans 4 départements : Meuse, Haute-Marne, Marne et nous voilà dans l’Aisne. 

25 août : On m’engueule parce que je suis en retard pour atteler la charrette. 
Serais-je puni ? 
On est parti à 7 heures du matin, on passe à Brecy, Fère en Tardenois et nous arrivons à Lhuys à midi.   

26 août : On est toujours à Lhuys.   

27 août : Départ à 7 heures du matin.  
Il fait un temps épouvantable. On a pris un bon poisson. On fait halte à Septmonts. De nouveau grande averse. On repart à 7 heures du soir pour Buzancy. Orage tout le long de la route. Arrivés à Buzancy à 11 heures du soir.
On est tout trempé et on se couche tout trempé n’ayant rien pour changer de linge.   

28 août : Enfin nous voilà arrivés. 
Les positions sont aux environs de Soissons. L’échelon reste à Buzancy. 
Le secteur est très bon, il fait beau temps.    

29 août : Très mauvaise journée. 
Il pleut et il fait vent.     

30 et 31 août : Très belles journées. 
Le 30 un aéro boche a lâché deux bombes à côté du poste du Commandant.  

Septembre 1916

1er septembre : Journée très belle.   

2 septembre : Cauvain et moi faisons les charpentiers. On construit une casba pour pouvoir travailler.  

3 septembre : On s’installe dans la casba.   

4 septembre : Audibert et Bondil sont rentrés de permission.   

5 au 10 septembre : Toujours grand calme, on parle encore de partir.   

11 septembre : Revue du commandant Lacombe ; cela n’a guère bardé.   

12 septembre : Journée très calme.   

13 septembre : Le départ est fixé à demain.   

14 septembre : Journée bien tranquille. On prépare les charrettes. Départ à 7 heures du soir. On passe à Rozières sur Crise et Septmonts. On arrive à Jouaignes à 11 heures du soir.   

15 septembre : On passe la journée à Jouaignes, il pleut.   

16 septembre : Départ 6 heures du matin. On passe à Quincy sur le Mont, Mont Notre dame, Bazoches sur Vesle, Longueval, Villiers en Prayères et nous arrivons à Oeully à midi.   

17 septembre : On reste à Oeully. La 2e section a été relevée.   

18 septembre : Départ à 5 heures du soir. On passe à Serval et nous arrivons à Glennes. Nous sommes dans un bois à 500 mètres du patelin. Il est environ 6 heures 30 du soir.   

19 septembre : On aménage les cagnas et on est très bien. Le ravitaillement se fait de jour.   

20 septembre : Il fait presque froid et le temps est couvert.   

21 septembre : Journée assez froide.   

22 septembre : Très belle journée aussi, les avions font bonne garde. Un aéro boche a été violemment canonné. Canonnade peu vive.  

23 septembre : Rien à signaler.   

24 et 25 septembre : Toujours très pénard. Belles journées.

26 septembre : Très belle journée. Belmont de la 31e est venu me voir.  

27 septembre : Journée très belle et toujours très calme.   

28 septembre : Cauvin est rentré de perm. M. Gassend de Digne qui est ici à l’ambulance m’a fait appeler. Il donnera de mes nouvelles car il part demain en permission.   

29 septembre : Rien à signaler.   

30 septembre : Journée assez belle. Je suis allé voir Pellegrino à la 31e. Quelle tuile. 
Sur le journal on voit que les Poilus auront 7 jours de permission à dater du 1er octobre, et cela tous les 4 mois. Ce n’est pas malheureux.  

Octobre 1916

1er octobre : Les camarades sont venus me voir. Rendez-vous pour mardi. Les permissions marchent grand train. Mon tour approche.   

2 octobre : Journée froide et pluvieuse. Peut-être si cela continue, je serais dimanche à la maison.   

3 octobre : Malgré la pluie, je suis allé à Villers en Prayères. On s’est pas mal amusé et on est rentré à 10 heures 30 du soir. Tout a bien marché.   

4 octobre : La pluie continue. Journée très calme.   

5 octobre :

Le carnet de route d’Abel BESSON, n’est plus tenu à partir de cette date, seule y sera encore mentionnée la liste des localités traversées lors de la campagne du Front d’Orient.

 

honneur-au-19eRAC

  

Abel ne s’est jamais étendu sur les raisons de ce silence. A la question de son fils André (lequel devait alors avoir, selon ses souvenirs, 8 ou 9 ans) il répondit simplement « c’était trop dangereux ».   

Faisait-il allusion à une censure plus rigoureuse et aussi à son voyage « aller » qu’il fit sur Le « Melbourne» ?

    A SUIVRE ...