de A. GUIDUCCI

Ajaccio, septembre 1920

------------------------------------------------------------------------------------

Voir la vidéo réalisée à partir de ce poème.

 

------------------------------------------------------------------------------------

V E R D U N

J'ai vu pendant trois ans tomber les feuilles mortes

Sur la tombe ent'ouverte, ou dans le trou béant

J'ai vu lutter la vie avec le noir néant

Et du Kaiser grouiller les immondes cohortes...

Verdun ! Parmi tes forts dans la Woëvre lointaine

Dans tes ravins maudits et sur tes verts coteaux

Quand l'astre d'or coulait sur toi sa chaude haleine

J'ai vu sur nos soldats planer les vils corbeaux

Copie_de_croix_corbeau

 

 

°°0°°

J'ai vu les noirs obus foudroyer tes domaines

J'ai vu, quand la nuit l'ombre couvrait tes plaines

Nos soldats s'élancer à l'assaut en chantant.

J'ai vu le feu léchant des ruines, des poussières

J'ai vu la mort peupler de vastes cimetières

Et bien des front rougir par son sceptre sanglant.

bataille_verdun_1

J'ai vu tes arbres morts dressant au ciel immense

Leurs moignons suppliants, leurs tronçons mutilés.

Et quand le vent du nord, en ces lieux désolés,

Complétait ses forfaits, brisant leur résistance,

J'ai vu leurs troncs maudits secoués de frissons

Et leurs bras calcinés, faits de branches tremblantes

Tressaillir tristement, clamer leur épouvante...

Et j'entendais souvent gémir les noirs buissons !

°°0°°

Et puis parfois aussi, dans l'humide tranchée

S'écroulant sous l'acier des engins monstrueux

Quant au corps pantelant, l'âme semble arrachée

J'ai vu des bras humains se dresser vers les cieux !

eparges

°°0°°

J'ai vu des compagnies hâves et décharnées

S'incliner à genoux dans la plaine ou le bois

J'ai vu courber leurs fronts devant une humble croix

Alors que jaillissaient en leurs lèvres fanées

TM_tombeMeuse2

Des paroles de foi ! J'ai vu cela, tandis

Que des obus venant des horizons maudits

Affluaient sans répit en violentes rafales

Tandis que quelque part, des appels et des râles

Vibraient plaintivement dans le bruit infernal.

°°0°°

Maintenant se sont tus les sanglots importuns

Des funestes canons vomissant la mitraille,

Mais je verrai toujours, éclairant la bataille

Les tragiques lueurs de ton ciel, O Verdun !

Copie_de_douaumont_verdun_poeme_w

°0°