Sur les traces des "Midis" du XVe Corps - guerre 1914-1918

soldats du Midi (de Nîmes à Menton, en passant par la Corse) diffamés après la bataille de Dieuze, le 20 août 1914

13 avril 2008

Le 19è R.A.C. au combat de Dieuze

Souvenirs de Guerre

de Hugues DELPHIN,

maréchal-des-logis à la 2ème batterie du 19è R.A.C.

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DIEUZE, le 11 août 1914 (note 1)

Après la destruction de deux batteries de notre groupe, nous fûmes affectés à diverses missions et ce n'est qu'au bout de quelques jours que notre deuxième batterie du 19è R.A.C. fût affectée au 4è groupe du 38è R.A.C.

Auparavant, notre batterie restait avec le 38è R.A.C. en attendant l'affectation officielle et c'est à ce moment que nous prîmes la deuxième pilule.

Avec une intelligence remarquable, le Haut-Commandement nous avait fait placer en batterie sur le champs de tir de l'armée allemande (nous étions en Allemagne).  La riposte fut rapide : en un clin d'oeil alors que j'étais au poste de commandement avec le commandant, car j'avais repris mon rôle d'éclaireur agent de liaison, nous vîmes des fantassins partant vers l'arrière à toute allure, sans leurs armes, certains même sur les chevaux des artilleurs qu'ils avaient volés au passage.

artillerie_3b

Le commandant nous donna pour mission d'arrêter les fuyards non blessés, et le cas échéant, de les abattre. Nous n'eûmes pas le temps d'intervenir ; les balles sifflaient et nous ne pouvions plus faire qu'une seule chose : sauver nos canons en utilisant les quelques chevaux qui restaient ; ce que nous avons pu faire grâce aux chasseurs alpins du 6è bataillon (note 2) qui , se repliant en combattant, se mirent devant nous pour nous permettre de partir. La plupart d'entre eux furent tués.

artillerie_2b

Notre retraite nous conduisit à  70 km à l'arrière. Nous étions restés deux jours et deux nuits dans la bagarre. Les chevaux étaient exténués, quant à nous, nous dormions sur nos chevaux en marche.

Cette aventure eut un épilogue : on annonça que le 15ème corps avait fuit. En réalité, plusieurs régiments avaient effectivement lâché, mais tous les bataillons de chasseurs, l'artillerie et la cavalerie, ainsi que plusieurs régiments d'infanterie s'étaient fait décimer.

Il fallut deux ans pour faire cesser cette triste réputation du 15ème corps. Il est vrai que l'on fusilla bon nombre de troufions pour des broutilles ; je cite à titre d'exemple : dans la Meuse, un soldat fusillé pour avoir volé des pommes de terre ...

------------------------------------encore merci à Norbert, son petit-fils

Notes :                                       

1 - le 20 août d'après tous les récits

2 - ainsi que les 23 et 27e B.C.A.

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09 avril 2008

Le 19è R.A.C. au combat de Lagarde

A la Mémoire de Hugues DELPHIN,

maréchal-des-logis à la 2ème batterie du 19è R.A.C.

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Merci à Norbert, son petit-fils,

de nous avoir confié ces souvenirs de guerre.

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En août 1914, Hugues DELPHIN de la classe 12, né à Lyon, mais élevé à Nice, effectuait son service militaire au 19e R.A.C. à Nîmes. C'est ce régiment qu'il a suivi durant toute la guerre, tout d'abord sur le front de l'Est, puis en Argonne, plus tard en Orient. Deux de ses frères étaient également sur le front.

19RAC_caserne

En racontant "sa guerre" à ses petits-enfants, il aimait à dire : "Je n'ai été qu'un simple sous-officier d'artillerie de campagne, qui a déambulé du premier au dernier jour de la guerre sur tous les front avec sa batterie et son cheval..." (note 1) . Il s'est éteint en 1977.

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"Le bal débute mal"

Arrivant en Lorraine, après un voyage de trois jours, nous débarquons dans un patelin, en attendant d'entrer en Allemagne, très tranquillement... On nous racontait que déjà les troupes françaises avaient pénétré dans le pays et avançaient en direction de Berlin.

Le 7 août 1914 (note 2), nous partons pour la forêt de Farroy (note 3) (de triste mémoire pour notre régiment le 19 R.A.C.).  J'étais agent de liaison, c'est-à-dire que je devais faire la navette entre le commandant et le capitaine de notre batterie.

Nous attendions dans cette forêt qu'un ordre nous parvienne. A 10 heures je vis arriver à ma pièce (le canon) mon capitaine (Calliès). Il me dit qu'un riche Nîmois lui avait recommandé son fils et qu'il le désignait pour lui donner mon poste d'agent de liaison. Je ne fis aucune difficulté et je repris ma place avec mes hommes.

A 11 heures, ledit agent de liaison, qui était chez le commandant de l'autre côté du canal de la Marne au Rhin, arriva et dit à notre capitaine que le commandant lui donnait l'ordre d'aller mettre en position de l'autre côté du canal. Le capitaine refusa et chargea l'agent de liaison de dire au commandant qu'il ne pouvait exécuter un tel ordre sans un soutien d'infanterie suffisant.

A nouveau, l'agent de liaison, qui était allé porter la réponse du capitaine, revient en disant que le commandant exigeait que l'ordre soit exécuté. Une fois encore, notre capitaine refusa. Un quart d'heure après, nous entendîmes une fusillade accompagnée de cris et nous aperçûmes sur une crête, des uhlans allemands qui arrivaient. En trois minutes nous pliâmes bagages, à toute allure et nous fîmes une marche arrière mémorable.

lagarde

Grâce à notre capitaine, nous étions sains et saufs, mais la première et la deuxième (note 4) avaient été anéanties, après une lutte de quelques minutes. Tous les officiers, y compris le commandant, avaient été tués ou blessés.

Le soir, j'eus l'occasion de voir passer des charrettes de paysans, conduites par des brancardiers, qui allaient chercher des blessés et des morts. A cette époque, c'est-à-dire au début de la guerre, il n'était pas rare de voir les charrettes des brancardiers allemands et celles des brancardiers français se balader au lieu du combat pour faire leur travail. Cet accord n'eut qu'un temps d'ailleurs...

Notes :

1 - le nom de son cheval  : Nini

2 - 10 août d'après nos recherches

3 - certainement Parroy

4 - la première et la troisième

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17 août 2007

DEPOSITION

Transmis par Jacques DIDIER, que je remercie.


N° 162

Déposition reçue le 16 octobre 1914, à Saint-Genis-Laval (Rhône), par M. Galfard, juge de paix :

BLANC Pierre, 25 ans,

soldat au 58ème d'infanterie,

actuellement en traitement à l'hôpital auxiliaire n°48.

Serment prêté.

"Le 11 août, dans la matinée, à La Garde (Lorraine annexée), en sortant d'une maison, j'ai vu des soldats allemands achever deux ou trois blessés français, qui étaient étendus par terre à quelques mètres de moi.

Lorsque j'ai été blessé, j'avais perdu connaissance ; j'ai constaté, en revenant à moi, qu'il me manquait une bague en or que je portais à l'annulaire gauche et une montre-bracelet en argent."

Lecture faite, persiste et signe avec nous.


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