04 février 2009
Soldats du Midi et femmes lorraines
Etude de :
Maurice Mistre
Auteur de "La Légende Noire du 15e Corps"
SOLDATS DU MIDI ET FEMMES LORRAINES
Ils avaient 20 ans et sentaient le chêne vert et la farigoule, aqueli drolles, mais leur arrivée en Lorraine, dans ces contrées étrangères pour eux, dénote le peu d'intérêt pour la gent féminine et réciproquement ! Enfin c'est ce que l'on ne peut pas lire dans leurs carnets ! Ces femmes de Lorraine annexée devaient se méfier de ces soldats qui baragouinent en patois et lorsqu'ils parlent en français, le font fort et vite et avec un accent déplorable !
...sans compter les gestes.
Un caporal de la 11e compagnie du 58e R.I d'Avignon, dans Lagarde, le 10 août 1914, écrit:
"La porte s'ouvrit aussitôt et nous vîmes trois femmes à genoux, nous implorant de ne pas leur faire de mal. Elles causaient parfaitement le français.
Nous leur expliquâmes le but de notre intrusion dans leur demeure. Sans que nous ayons eu besoin de les interroger, la plus jeune nous déclara que malgré notre bombardement et notre avance, elles n'avaient pas voulu fuir, car elles avaient eu confiance en nous; elle ajouta "notre Grand-père était Français; nous sommes Allemandes par la force des choses, mais notre coeur est français."
Le 16 août, dans le même village, un sous-lieutenant de la 2e compagnie du 6e BCA de Nice, rajoute :
"Je rencontrai une bande de femmes en proie à une terreur folle. Réfugiées dans leurs caves depuis trois jours, elles avaient entendu, du fond de leur retraite, les échos du combat sanglant qui se déroulait dans le village. Assistant à la victoire successive des Allemands et des Français, elles ne savaient plus que penser ni que dire, et nous regardaient d'un oeil hagard, sans oser ouvrir la bouche".
Un adjudant du 3e RAL, le 18 août, à Bourdonnay, note leurs positions ambiguës :
"Il y avait une jeune femme dans cette maison qui pleurait constamment à chaudes larmes parce que son mari mobilisé, évidemment dans l'armée allemande serait obligé de se battre en premier contre nous car il paraît que nos barbares ennemis ont la bonne précaution de mettre au premier rang ceux de l'Alsace et de la Lorraine".
Confirmé le 19 août, par un brancardier du 58e RI, à Saint Médard :
"Je me rappelle la réponse de ces femmes à qui l'un de nous dit en riant : "Ils sont beaux, hein ! les Français. Vous êtes contents de les voir ?" - "Oh, oui, répondirent-elles ; mais vous aller tuer nos gars".
Et par ce soldat du 40e RI de Nîmes, à Marsal :
"Je revois encore à la fenêtre d'une grande et riche maison de Marsal, deux visages de femme, la mère et la fille sans doute, qui pleuraient de rage à la vue des pantalons rouges".
Cette attitude rend méfiant un infirmier de la 3e compagnie du 58e RI, à Blanche-Eglise :
"J'entre donc et demande du lait. Deux femmes, encore assez jeunes, s'empressent, à mon grand étonnement, de m'apporter un grand bol d'un pot de lait. Je déguste un premier bol et lui trouve un goût bizarre... une des deux femmes, en me versant un second bol, m'engage à le boire pour me réconforter ; malgré mes soupçons, je me laisse tenter. Puis, ce fut un troisième bol, c'est si bon du lait ! Quand on ne sait pas si on aura quelque chose à manger dans la journée et surtout si le temps ne manquera pas pour faire un repas, même des plus simples ! Mais mon étonnement devant l'amabilité de ces deux Lorraines devait se changer en véritable crainte lorsque le moment de payer venu, l'une d'elles me dit "ça fait 16 pfennigs" (4 sous) et, comme je m'étonnais que ce fut si bon marché, elle me dit "oh, nous ne compterons pas le 3ème bol ! " Je paye et sors sans commentaire, mais une fois en route, et réunissant tous ces faits, je trouvai bizarre cette insistance que ces femmes avaient mise à me faire boire ces trois bols de lait, ce mauvais goût qui dominait, ce prix modique qu'elles m'avaient fait payer et je pensai que, certainement, j'étais empoisonné... Par bonheur il n'en fut rien ! ...
En tous cas, cet épisode ne ralentit pas son baratin :
"Quelques jeunes filles, blondes comme toutes les Lorraines, nous apportent dans des paniers, des poires et des prunes qu'elles nous offrent gentiment pour calmer notre soif, aucun de nous ne se fait prier et, tout en mangeant, l'on entame la conversation sur un ton plein de gaieté. Cependant l'une d'entre elles a l'air triste et inquiet, elle ne sourit pas et, par sa mine triste et affligée, inspire la pitié ! ...
"Eh bien ! Mademoiselle, lui dis-je, vous ne souriez pas, vous n'avez pas l'air contente, n'êtes vous pas heureuse de l'arrivée des Français ?" "Et comment voulez-vous que je sois heureuse de l'arrivée des Français ? Que m'importe que ce soit les Français ou les Allemands qui soient victorieux !... Et comme je bondis d'indignation, elle poursuit, me calmant d'un geste résigné : "J'ai deux frères qui se battent pour la France et un pour l'Allemagne : ils viennent de s'entretuer. Pour qui donc voulez vous que je fasse des voeux ?..." Une autre jeune fille était dans un cas analogue, et je ne pus que déplorer cette fâcheuse situation.
Il continue son étude" de la psychologie féminine en territoire occupé ? libéré ? :
"... Je me rends aussitôt chez la marchande de miel : je trouve là une femme d'une quarantaine d'années, le regard haineux, qui tout en nous vendant son miel, murmure entre ses dents "J'avais bien juré tout de même, quand j'ai fait ce miel, que je n'en donnerais jamais aux soldats français !". Indigné, je lui demande la raison de ce serment inconcevable. "Mais, Monsieur, vous allez me tuer mon fils qui est dans les rangs de l'armée allemande". Evidemment, il n'y avait rien à dire contre ce sentiment maternel bien compréhensible, nous avions beau être Français et lui apporter la délivrance, nous n'en étions pas moins peut-être les bourreaux de son fils ! d'autant qu'à son avis, peu lui importait d'être française ou allemande, elle avait grandi sous le régime allemand et ne désirait aucunement devenir Française".
Pourtant la veille à Donnelay, un capitaine de la 2e batterie du 19e RA de Nîmes n'avait pas eu à se plaindre :
"Arrivés sur l'autre rive, les habitants de Mulcey nous font fête. Une femme demande à embrasser le premier officier français qui se présente, c'est moi et je m'exécute de bonne grâce : il peut être 17h".
Le capitaine d'artillerie, lui, poursuit sa virée dans Dieuze, le 20 août :
"C'est un riche propriétaire habitant une belle maison en face de l'hôtel de ville. Sa femme, grosse boulette de 45 ans, vive et alerte, nous sert. Ils sont très français et ne cachent ni leurs sympathies, ni leurs espoirs, ni leurs craintes au cas où les Allemands reviendraient. Lui a été Maire de Dieuze et révoqué en raison de ses sentiments francophiles; "S'ils reviennent, mon mari sera fusillé" dit la femme".
Il est vrai qu'ils n'étaient pas venus pour faire de l'ethnologie mais ils découvrirent l'anthropologie plus généralement , eux qui survécurent à la terrible boucherie inhumaine.
M.M
13 janvier 2008
Prix de guerre
Etude de Maurice MISTRE-RIMBAUD
Auteur de "des Républicains diffamés pour l'exemple"
LE COÛT DES CHOSES
Extraits de carnets de soldats du 15è corps d'Armée de Provence

Lorraine, Août 1914
11 août : De là, nous allons cantonner à Tantonville, pays célèbre pour sa brasserie (bière Tourtel). Il fait une chaleur terrible, aussi, on s'enfile quelque chose comme "sérieux". Les sérieux sont des verres de bière contenant un litre, vendu 0,10 ou 0,15. (1)
14 août : Nous faisons une pause durant laquelle nous mangeons des prunes et des pommes, le vin se paye 1F le litre. (2)
16 août : Pendant que nous causions, j'entends une voix qui criait "Qui en veut ?" "2F le paquet de tabac". Je bondis aussitôt vers cet envoyé du ciel qui nous proposait une chose introuvable dans la région, devenant ainsi une chose de luxe, et qui, pour moi, comme pour tout bon poilu fumeur était mon principal soutien, mon "nerf de la guerre" et je fus bien content d'obtenir de ce poilu qui continuait à marcher avec sa colonne, ce précieux paque de gros tabac qu'il me vendait 2F, alors qu'il coûtait normalement o,15F. (3)
17 août : Départ de Parroy à 6 heures du matin pour un dernier village français occupé par les boches pendant deux jours [Xures], qui volent les valeurs dans la Poste et rançonnent les habitants. Ici, on trouve de l'eau de vie de mirabelle à 4F le litre et du vin blanc bouché à 1,25F la bouteille. (4)
18 août : A 16 heures, nous allons à Juvelise où nous passons une bonne nuit sur la paille. On nous vend du lait à 5 sous le litre et la bière à 4 sous. (5)
19 août : Ici [Dieuze], nous trouvons du vin, il y a déjà quelques jours que nous n'en avions pas bu, presque pas depuis Saint Nicolas. On achère du tabac à 0,35F le paquet de 100 grammes et le soir lorsqu'il fait nuit, on fait des beefs. On ne mange pas souvent ! (4)
19 août : Nous avons traversé la ville de Dieuze dans la matinée. Nous y sommes acclamés, les femmes distribuent du vin et du tabac à nos soldats, les jeunes filles leur donnent des bouquets de fleurs ; j'achète deux ou trois paquets de cigarettes, le tabac ne coûte pas cher en Allemagne, 0,40F les 100 grammes. (4)
19 août : Les batteries tirent autour de la ville [Dieuze], ça chauffe. Une femme me donne des bonbons. Une autre veut me faire boire un verre de vin pour 5 sous, toutes disent "bonjour" (5)
20 août : Les paquets de tabac que j'avais achetés 1F et même 2F à Xures, à Juvelize et que j'avais soigneusement cachés dans les souliers placés sur mon sac, tout ce tabac est perdu, je n'en n'ai presque plus sur moi et si je venais à en manquer, je souffrirais atrocement, on ne peut pas se faire une idée de l'importance du tabac pour un fumeur, surtout dans ces terribles instants : c'est aussi important, sinon plus que le ravitaillement. (3)
22 août : Nous allons coucher au village de Froville situé à 800 mètres environ. Là, je trouve dans une maison, du bon vin bouché à 0,75F le litre et de l'eau de vie à 3F. (4)
22 août : [Bayon] J'ai mis1,30F pour avoir un morceau de pain, une boite de sardines et un bidon de bière. (4)
23 août : On trouve de la bière qui est très bonne à 3,30F la bouteille. (4) ????? (6)
26 août : Puis nous ravitaillons la batterie et retournons former notre parc à Einvaux, où l'on arrive à la nuit toute noire et par la pluie et le froid. Heureusement ici, on trouve du vin d'Algérie à 0,50F le lietre. Depuuis longtemps, on était habitué à le payer 1,25F et plus. (4)
5 septembre : Départ vers 1h. Tantonville vers 10h exténués. Le commandant fait acheter une bouteille de bière par homme (0,25 le litre). (7)
Un franc 1914 vaut environ 2,21 € 2006
1 38è R.A.
2 141è R.I.
3 58è R.I.
4 3è R.A.L.
5 6è hussard
6 ? de ma part
7 6è B.C.A.
29 novembre 2007
Histoire de ravitaillement (2ème partie)
Etude de Maurice MISTRE
HISTOIRE DE RAVITAILLEMENT (suite et fin)
Et dire qu'à Nice au moment du départ, certains rêvent :
11 août- Viguier et compagnie vont bien et vous envoient mille choses aimables, et nous attendrons le retour !!... pour manger une bouillabaisse -4
14 août- Je n'ai dans l'estomac qu'un morceau de pain et de viande depuis le matin. Nous entamons le singe et les galettes. Ravitaillement en munitions -5
14 août- C'est seulement une heure après son occupation que quelques rares habitants cachés dans les caves se montrent et nous donnent quelques provisions qui sont les bienvenues, car on ne dispose que des vivres de réserve -6
15 août- Nous repartons de Coincourt à 6h après un ravitaillement rapide, pour nous diriger de nouveau du côté de la frontière -7
15 août- Pas de ravitaillement nous mangeons des mirabelles, les arbres en sont garnis. Ordre de rester sur place. Pluie torrentielle. Dans la nuit arrive un ravitaillement en pain, assuré par des autobus de Paris, devenus voitures de réquisition -8
15 août- Nous avons déjà mangé nos biscuits et le ravitaillement de la veille ne nous a pas rejoints. Il y a bien les prunes mais elles ne sont qu'à demi mures et celui qui en mange trop a des coliques, vu que nous avons tous la dysenterie occasionnée par l'eau et la température des nuits trop froide -7
15 août- On retourne à Bures, nous n'avons plus de vivres, nous avons mangé un cheval qui a été excellent -9
15 août- Nous arrivons enfin à 6 heures du soir dans un terrain labouré. Ni viande, ni pain ; on fait cuire quelques pommes à l'eau, mais une pluie torrentielle se met à tomber, les feux s'éteignent, pas de tentes. On met des gerbes sur les canons et, après avoir absorbé une pomme de terre moitié crue, nous nous couchons sous cet abri de fortune -9
15 août- A 22h les vivres qui nous manquaient depuis deux jours arrivent. Ravitaillement -5
15 août- Les régiments relevés très tardivement arrivent au bivouac entre 1h et 2h du matin. Le ravitaillement en vivres et munitions se fait durant la nuit -10
16 août- Pas de ravitaillement. La guerre ne se fait pas pourtant qu'avec les jambes -8
16 août- A 23h un morceau de bidoche chaude. A 24h ravitaillement -5
17 août- Pas de ravitaillement, nous nous accommodons de mirablelles, et de pommes de terre cuites sous la cendre -8
17 août- On trouve du pain à acheter, enfin après la soupe, notre ravitaillement nous rejoint -6
17 août- Et la pluie continuant toujours à tomber, nous prenons philosophiquement le parti de nous asseoir sur le talus boueux qui borde la route tout en grignotant des pommes encore vertes pour calmer notre soif -10
18 août- Guéblanche. Dévastons les jardins pour faire la soupe. Le ravitaillement n'arrivera que pendant la nuit. Les sous-officiers de la 5e compagnie ayant trouvé à se faire préparer un repas dans une maison, mon frère m'invite à manger avec eux, bonne aubaine -8
19 août- Nous sommes à jeun et n'avons pas de vivres ; j'ai eu le tort de laisser mon sac au poste de secours. Mais il y a du pain tombé sur le champ de bataille, dont les propriétaires n'ont plus besoin. Il nous servira -11
19 août- Je remplis ma gamelle de façon à pouvoir en donner à mes frères au repas du soir car le ravitaillement était précaire depuis quelques jours, et nous commencions à nous serrer la ceinture -12
Un silence plein de choses bruissantes, pas des compagnies qui cherchent un bivouac, tandis que les avant-postes tapis envoient des patrouilles, roulements sourds des caissons venus au ravitaillement. Défense d'allumer des feux. On mange froid un peu de viande sortie des boites de singe et l'on se couche enfin à l'ombre des faisceaux, tout équipé, à même le sol, et l'on s'endort -13
20 août- Fatigués, le ventre creux, ordre de consommer une demi-journée de vivres de réserve -8
Le 55e, après des journées de marche et de contre marche et des nuits sans repos, une nourriture insuffisante (le service régimentaire doit être mis hors de cause car il se multiplia, mais la viande ne pût presque jamais être cuite), se battit énergiquement pendans les journées des 19 et 20 août -14
Retraite : nous avons marché 2 jours et une nuit sans nous arrêter sans avoir le temps de manger pas de ravitaillement quand nous trouvions quelques morceaux de pain au bord de la route on se disputait pour l'avoir -15
Cela n'a rien à voir avec les envolées homériques des mémoires d'après guerre des fringants officiers, sachant que pendant les attaques, ceux-ci, au-dessus du grade de capitaine, étaient rarement en premières lignes !
Et la boustifaille, quelle vulgarité !!!
MM
4- 27e BCA
5- 55e RA
6- 57e BI
7- 3e RAL
8- 6e BCA
9- 38e RA
10- 58e BI
11- 23e BCA
12- 61e RI
13- 29e DI
14- 55e RI
15- 111e RI
22 novembre 2007
Histoire de ravitaillement (1ère partie)
Etude de Maurice MISTRE
PARLONS RAVITAILLEMENT (1/2)
Au cours des premières semaines de la guerre, le ravitaillement a posé des problèmes au 15e corps, rajoutant encore, si besoin était, aux tracasseries dont les pauvres biffins se seraient volontiers passés et surtout pour le remerciement que la nation française leur fera le 24 août et les années suivantes !
6 août - Aussi la température, le ravitaillement, l'humeur des soldats, son équipement, la durée des marches, le manque d'eau et de sommeil prennent ici toute leur valeur relative, après la succession des ordres et des contre-ordres -(1)
7 août - Puis, l'on se préoccupe de préparer un repas réconfortant. Les uns vont toucher les vivres, les autres vont faire des achats, ceux qui restent cherchent du bois et, à l'exemple des bohémiens, dressent de grosses pierres en guise de foyer et allument le feu -(2)
8 août - Le ravitaillement n'avait pas pu nous suivre. Malgré notre fatigue, notre premier soin fut de rechercher une boulangerie ou une épicierie encore ouverte. Vers dix heures, voyant que notre ravitaillement n'arrivait pas, le commandant nous fit transmettre l'ordre de préparer un otage en utilisant le paquet de concentré faisant partie de nos vivres de réserve. Ces derniers comprenaient : six biscuits de soldat, du chocolat, une boîte de singe, un paquet de potage concentré.
J'ordonnais à l'homme de mon escouade chargé du rôle de cuistot, de rassembler les paquets nécessaires et de nous préparer un bon potage. L'ordre fut exécuté suivant la consigne, c'est-à-dire "sans hésitation ni murmure". Il fallut même que j'intervinsse pour que les biscuits et la boîte de "singe" ne prissent pas le même chemin que le potage. Je ne sais d'ailleurs pas si mes conseils ont été suivis sur ce point.
Enfin, à midi, les vivres arrivèrent. Une ample distribution fut faite, ce qui nous permit de nous restaurer complètement.-(2)
9 août - Après un repos d'une heure et demi, c'est-à-dire vers midi, alors que nous avions déjà mis sac au dos pour reprendre le chemin, le ravitaillement nous rejoignit. Je reçus en hâte du pain, des haricots secs, de la viande et du fromage que je répartis entre les hommes de mon escouade. La viande fut mise dans les gamelles sur le sommet de nos sacs, les haricots, le fromage et le pain dans nos musettes. -(2)
9 août - Nous n'en pouvons plus et, pour comble de malheur, pas de ravitaillement, pas de distribution.
En ville, même à prix d'or, il m'est impossible de trouver un morceau de viande. Je parviens à acheter deux oeufs, et muni d'une boîte de "singe", je rentre dans un bistro qui accepte de me faire cuire ces oeufs ; en guise de remerciements , et pour me remettre un peu de mes fatigues, j'essaie, mais en vain, de boire un Pernod-(3), mais il est tellement infect, que malgré toute ma bonne volonté, je n'en puis venir à bout.-(2)
10 août - Notre premier soin fut de nous procurer à manger ; nous avions semé notre service de ravitaillement et nous savions malheureusement par expérience qu'il ne fallait pas compter sur lui pour nous approvisionner.
Notre capitaine eut alors l'excellente idée d'acheter une certaine quantité de lapins qu'il répartit entre les différentes escouades de sa compagnie. Nous eûmes vite fait de dépecer et de faire cuire ceux que j'avais touchés pour la mienne.
Pendant la préparation de ce plat de roi, j'avais demandé à de braves gens devant la maison desquels nous étions arrêtés, de nous préparer une soupe chaude moyennant rétribution. Afin de nous donner "du coeur au ventre" pour employer l'expression militaire, notre service de ravitaillement qui avait enfin pu rejoindre pendant la nuit, nous distribua une copieuse ration de gnole, un bon quart par homme. -(2)
(1) 112e RI.
(2) 58e RI.
(3) absinthe
28 août 2007
Cavalerie ou cavalcade!
Réflexions de Maurice MISTRE
"Et ils étaient où ? et ils étaient où ? Les cavaliers !"
Cette interrogation de GdeJ rejoint les questionnements des officiers du 15e CA sur la présence et le rôle de la cavalerie à Lagarde et à Dieuze.
Peut-on être aussi provocateur que ce carabin faisant fonction de médecin :
"un escadron de hussards défile au trot accéléré, sabre au clair; l'officier qui est en tête a le revolver au poing, et en quelques secondes, ils disparaissent, au tournant de la route, dans un nuage de poussière. Je ne puis m'empêcher de sourire en voyant cela et, me tournant vers mon Médecin chef : "quels bluffeurs ces hussards ! Les avez-vous vus avec le sabre au clair et l'officier revolver au poing ! Ne dirait-on pas que les boches sont là à quelques cent mètres !" "Toujours les mêmes ces cavaliers me répond-il, ils veulent nous épater !".
Au début de la guerre, les 2e et 10e divisions de cavalerie sont chargées de la couverture des frontières. Rappelons aussi que le renseignement, liaison (estafettes) et reconnaissance (sentinelles et observateurs) est son domaine spécifique.
D'après les récits, il y règne une anarchie dans ces différentes fonctions. Ne voit-on pas le samedi 8 août, une flopée de cavaliers qui se croisent à Arracourt (le 5è hussard, le 7e hussard (ou plutôt le 6e hussard) et la 12e division de dragons, tout cela parce que des uhlans ont été signalés.
Des escarmouches se produisent fréquemment entre les cavaliers Allemands et Français du côté d'Arracourt et de Coincourt. Des cyclistes, des chasseurs à cheval, des dragons ou des hussards sont tués.
Par contre que faisaient-ils les 10 et 11 août, jours de combat de Lagarde ? Certains ont été aperçus nettement à la jumelle, à la lisière est du bois du Haut-de-la Croix. Alors que deux pelotons du 6e hussard étaient détachés à Drouville et Vitrimont, en liaison avec les 2e et 10e divisions de cavalerie.
Mardi 11 août, la 2e DC est en couverture entre Moncourt et la forêt de Parroy. La 10e DC est à droite, au nord de la forêt de Parroy, tenant par le 2e bataillon de chasseurs les débouchés est de la forêt.
A 10h, le 4e dragon gagne les crêtes voisines de Réchicourt-la-Petite, pied à terre, attendant des instructions, alors que la 2è brigade de cavalerie légère est en surveillance sur la crête de Parroy (7km O de Lagarde) et à midi rassemblée derrière la crête de la Fourasse pour charger mais quelques minutes après, les cavaliers font demi-tour!!!! Jamais une quelconque aide n'interviendra de leur part alors que du renfort est demandé aux fantassins du 15e CA. Le 11e hussard aura néanmoins un tué.
Vendredi 14 août au cours de la bataille de Coincourt-Moncourt, le 6e hussard en avant-garde de la 29e DI a trois cavaliers blessés et vers 18h30, lors d'une tentative d'attaque sur le bois du Haut-de-la-Croix, un cavalier est blessé et deux tués.
Lundi 17 août, le 15e CA entame sa marche en avant en territoire annexé. Six pelotons du 6e hussards sont détachés avec les divisions d'infanterie du CA (3 pelotons à chacun des 29e et 30e DI); un peloton avec le 24e BCA, chargé d'une mission de flanc-garde. Le reste du régiment avec le 27e BCA, s'empare des écluses de Lindre-Basse. Des patrouilles sont envoyées sur Dieuze. Une partie du 11e hussard s'en va sur Sarrebourg (Ière Armée).
Mardi 18 août, une reconnaissance du 6e hussard signale la présence au nord de la Seille d'importants détachements des 67e, 69e, 97e et 138e d'infanterie allemande, quelques éléments du 5e dragons dans la région Bidestroff-Bassing-Vergaville. Et dire que Castelnau et consorts diront qu'ils ne savaient pas ce que le 15e CA avait devant lui ! Du côté de Sarrebourg, les détachés du 11e hussard ont 10 tués.
Mercredi 19 août, le 6e hussard, formant l'avant-garde, essuie un feu nourri à Vergaville. Il se porte à l'aile droite, vers Zommange, pour assurer la liaison avec le 16e CA. Le soir, il cantonne à la caserne des chevau-légers bavarois, à Dieuze.
Du côté de la 30e dans la forêt de Bride, les hussards se désorientent, certains se couchent le long des fossés de la route, tenant leur cheval par la bride et sans se préoccuper de savoir si le chemin est libre devant le 58e RI.
Plus tard dans la soirée, c'est le 173e RI qui pose problème : "Nous ne savons pas où il est ni où il va ! Pas de cartes ! Un gros ruisseau nous barre la route et nous ne savons où aller. Retour auprès du colonel qui nous dit : "Allez voir s'il y a des Prussiens dans le bois", nous y allons, on nous tire dessus. Nous croisons l'ordonnance d'un capitaine qui nous dit : "N'avancez plus, vous allez vous faire massacrer ! C'est plein de Prussiens dans le bois". Nous tournons bride avec l'ordonnance et apportons ces renseignements au colonel".
Jeudi 20 août, dès 7h, le 6e hussard se porte sur Kerprich, à la disposition de la 30e DI (pour la liaison de cette division avec les troupes occupant la forêt de Bride et de Koëking). Il se conforme au mouvement, restant en soutien des batteries qui protègent la retraite de notre infanterie. Un de ses escadrons garde le pont de Mulcey, sur la ligne de retraite. Dans la soirée, le 2e escadron rencontre un escadron de uhlans qui se laisse poursuivre, et lui fait un prisonnier.
Le 6e hussard a eu 11 tués pour cette période 10-20 août.
Voilà en l'état de nos connaissances ce que nous pouvons avancer sur la cavalerie .
M.M.
26 septembre 2005
Pourquoi Lagarde ?? > Maurice
Par Maurice Mistre-Rimbaud
Notre visite sur le terrain a permis de relativiser les écrits des hagiographes passés, présents ou à venir, des officiers intouchables, des apologistes des corps forcément glorieux, voire des acteurs eux-mêmes.
Qui peut imaginer 5 000 soldats (5 bataillons : 40ème R.I. à l'Est, 58ème R.I. à l'Ouest, 131ème R.I. au Nord, 138ème R.I. au Sud-Est, 2ème Chasseurs au Nord-Est) plus la brigade de Uhlans dans un espace de 600 m. de long sur 100 m. de large ?
Si oui, on peut alors conjecturer la férocité du contact et la violence du combat de Lagarde !
Mais qu'allaient-ils faire dans un village bordant un canal et une rivière, donc dans une vallée ?
Le coup de main sur Martincourt valait-il ce coup de folie, plus de 1 000 tués français et allemands ?
Tout cela pour une étoile !
Et l'attaque officielle de Moncourt et surtout celle du bois du Haut-de-la-Croix ? Leurs accès dénudés et progressifs, avait-on besoin de jeter sur ces bastions une division si "peu patriotique" forte de 12 000 biffins ? L'artillerie n'était-elle pas mieux appropriée ?
Enfin, pourquoi engager le 15ème Corps dans une impasse : d'un côté la forêt de Bride, de l'autre l'étang de Lindre et au fond les hauteurs de Bourgaltroff, Bassing et Dommon, fauteur d'orchestre pour l'artillerie allemande !
Et l'avancée dans cette plaine de Dieuze, à gauche de la route Dieuze-Vergaville pour la 30ème D.I. et à droite pour la 29ème ?
Les Allemands n'avaient pas besoin de la jalonner, il leur suffisait de se hausser sur la pointe des pieds à Dommon ou Bassing pour voir le mouvement de nos troupes ! Seules les meules de paille, s'il en restait, leur faisaient un abri.
Le 58ème R.I. avait-il besoin de déboucher de la forêt de Bride-Koeking ? Celle-ci aurait fait un observatoire magnifique sur Morhange et Guébling.
Quant à Bidestroff, qui a eu cette idée saugrenue de le prendre ?
C'est là que la plus grande partie de la 29ème D.I. cherche à s'abriter. Les pauvres hères s'engouffrent là, se blottissent derrière les haies, contre les murs, dans les granges. Dans cet espace restreint, une telle concentration de troupes dans un village repéré en font des cibles parfaites !
Leur faiblesse (celle des soldats du 15ème C.A.) fut-elle impardonnable, n'en était pas moins compréhensible. Ils avaient lâché pied alors qu'ils avaient donné tête baissée . L'aimable Provence n'aurait du rien dire.
C'est vrai qu'à la guerre, c'est arrivé à tous de faire la déshonorante UNE du Matin !
C'est vrai qu'il n'y a rien à voir à Dieuze pour qui ne sait rien !
Maurice
27 août 2005
J'ai enfin vu le "Point du Gard" ! > Michel l'Ardéchois
....oui, c'est fini, l'escouade des joyeux lurons est rentrée au bercail...
Nous avons jeté le trouble et la confusion à Lagarde où ils ne sont pas prêts de nous oublier, à Coincourt, à Dieuze, Vergaville et j'en passe....
Compte-rendu de fin de mission à venir le plus tôt possible après le tri des centaines de photos, de la doc en vrac et du barda ....
Mais déjà ...première impression : i n o u b l i a b l e !!!!!
Le seul bémol....le froid de canard et la pluie pendant deux jours....
... mais les Lorrains : "chapeau pour l'accueil !" Vous avez été tout simplement "super"
En visitant ces lieux de Mémoire, nous avons tous eu une pensée pour les membres du forum XV...

Nous avons bien évidemment visité toutes les nécropoles de
du secteur : Cutting,
Vergaville,
Riche,
Bidestroff,
Lagarde, Lidrezing ...
Par contre, nous n'avons pas photographié toutes les tombes !....
Le but essentiel de notre voyage était de connaître plus particulièrement les lignes d'horizon du pays, les caractéristiques du paysage, car sur une carte même au 25.000/e ce n'est pas très parlant.
Je crois que nous avons maintenant une bonne idée de la topographie des lieux et grâce aux connaissances de Maurice Mistre nous avons pu reconstituer le déplacement de toutes les unités.
Le lieu dit "le bout du Gard" devant le cimetière militaire de Vergaville m'a particulièrement ému puisqu'il s'agit de l'avancée extrême de la 60ème brigade d'infanterie (55 et 61e R.I.).
J'ai tenté de faire un film numérique, mais n'ayant obtenu le matériel que juste avant notre départ, le résultat n'est pas à la hauteur de ce que j'en espérais. J'ai du apprendre sur le terrain alors, c'est n'est pas demain que je pourrai m’ inscrire pour la palme d'or du festival de Cannes !
Je souligne l'accueil des Lorrains qui se sont énormément investis pour nous faciliter nos recherches et nos déplacements sur le terrain.
En particulier Hervé SEVE de Bézange-la-Petite.
Michel l'ardéchois
26 août 2005
Mes Impressions sur la Lorraine (1) > Michèle
Impressions de voyage de Michèle :
C’est personnellement avec beaucoup d’émotion que j’ai parcouru tous ces lieux de respect et de souvenir.
Je me demandais pourquoi certaines familles n’avaient pas réclamé le corps de leur parent. Après avoir vu tous ces cimetières où ils reposent en paix, je comprends maintenant qu’il vaut mieux que ces soldats restent dans le sol à l’endroit où ils sont tombés.
Ces nécropoles sont d’une extrême beauté et vouloir les visiter n’est pas du tout la conséquence d’un esprit morbide. Les monuments sobres mais majestueux et cet alignement parfait de croix imposent le respect et le recueillement.
Monument à la gloire du XV ème Corps dans le cimetière de Vergaville
Bien que la Lorraine soit marquée pour toujours par ce souvenir du sang versé, elle n’en reste pas moins une belle province française qui mérite d’être connue.
Ce voyage a été une belle leçon d’histoire et nous pouvons dire merci à tous ceux qui y ont contribué.
Thomas et Maurice s’entretiennent avec le maire de Lagarde qui nous a très gentiment reçus
Après la conférence de Maurice, un pot tous ensemble avant que Fernande et Marc ne reprennent la route …
Michèle











