Sur les traces des "Midis" du XVe Corps - guerre 1914-1918

soldats du Midi (de Nîmes à Menton, en passant par la Corse) diffamés après la bataille de Dieuze, le 20 août 1914

31 octobre 2007

Un du 363e R.I. : Paul CABASSON 4/4

CARNET DE GUERRE DE Paul CABASSON (suite et fin)


Dimanche 8 novembre : même fourbu d'hier, je fais toujours la cuisine et le chocolat le matin me met le coeur en place. On fait griller le pain. Je profite car ça ne doit pas durer. J'écris deux lettres et je me régale à faire des bons frichtis. Le soir nous lisons le journal, nous avons du vin et du (illisible).

Lundi 9 novembre : nous allons 2 à Moyenmoutier, je prends mon linge, Manu va partir, nous sommes relevés de notre poste.


vosges1

Mardi 10 novembre : nous attendons que les hommes de la 24ème viennent nous relever. Ils viennent à 14 heures de l'après-midi et nous partons pour aller rejoindre notre Cie. Nous arrivons à la nuit et on est placé un peu dans chaque cahute. On dort tant bien que mal. Ce matin j'ai écrit à ma femme.

Mercredi 11 novembre : nous ne sommes pas encore bien réveillés qu'il faut partir pour faire des trous et des tranchées en avant de 50 mètres. Nous n'avons pas le temps de les finir mais il faut les occuper quand même. Le soir, on couvre comme l'on peut mais le malheur nous poursuit la nuit : il pleut et nous n'avons rien de sec... toute la nuit on a grelotté.

Jeudi 12 novembre : à 5 heures on nous relève pour aller dans une ferme occupée par les officiers et les uns après les autres on passe dans la cuisine se sécher mais le temps est toujours le même. A 3 heures de l'après midi il tombe de petits grêlons et la nuit arrive avec une pluie fine.

Vendredi 13 novembre : de bon matin, j'envoie une lettre à ma femme car hier on m'en a remis deux. Ensuite on prend le café à 8 heures, il est gelé et on nous change encore pour occuper une autre tranchée, celle-là est un peu mieux faite. Mais la nuit il pleut assez longtemps et nous voilà de nouveau à nous mouiller. On est assis attendant le jour avec impatience. Nous prenons la faction dehors.

Samedi 14 novembre : au matin, je suis de corvée de café. On part à 6 heures et demi. Il pleut de retour de la corvée. On a encore changé et nous sommes dans la tranchée où il pleut autant que dehors. Je suis obligé de m'arrêter car je me noie. Je reprends un peu à l'abri mais nous sommes tous trempés. Nous nous faisons des cheveux pour la nuit. La neige commence.

Dimanche 15 novembre : après avoir passé une nuit d'estansi, au matin on nous fait préparer, pour changer de nouveau et aller faire des tranchées beaucoup en avant. Nous arrivons, nous nous mettons en train pour la nuit. Je reçois 2 colis, un de ma soeur et un de ma femme. La tranchée que nous faisons est sur la cote 675 et juste fini que nous mettons la toile de tente et nous nous mettons à l'abri. Il pleut et il pleut toute la nuit. J'écris deux lettres , à ma soeur et à ma femme.

Lundi 16 novembre : il pleut depuis ce matin, j'envoie 4 lettres, une à ma soeur, une à ma femme, une à mon cousin et une à mon oncle. Nous sommes dans notre tranchée, en train de grelotter. Nous sommes tout trempés. On a un peu arrangé le couvert pour pas qu'il pleuve trop et on attend la nuit qui arrive, accompagnée de la pluie qui, cette fois, n'a pas cessé de la nuit.

Mardi 17 novembre : A 4 heures et demi, nous sommes complètement gelés.  Je n'ai pas encore eu si froid. A 5 heures, nous allumons ma lampe improvisée et nous faisons le chocolat. A 6 heures, on le boit. Sitôt fini, la neige commence à tomber à 9 heures et demi. Je reçois un 2ème colis de ma femme. Je ne suis pas à court de tabac, j'en ai 10 paquets. J'envoie une carte à ma femme et une à ma tante. L'après midi se passe sans incident, nous touchons de la paille. Arrive l'heure de la soupe, on la mange. La nuit est là, on tire de nouveau des plans pour la nuit.

Mercredi 18 novembre : nous avons passé une triste nuit, il a gelé et nos couvre-pieds encore humides, étaient raides. On a passé la moitié de la nuit à fumer et à regarder brûler la bougie. On a inderdit d'allumer du feu, une escouade ayant mis le feu à sa tranchée. Mais je crois que cette nuit nous passerons outre. Il fait une belle journée, il y a un bon soleil mais ça ne dégèle pas.  Je vais à la corvée de soupe et l'on entend dire que demain nous attaquons.

Jeudi 19 novembre : nous avons passé une nuit assez bien. Un peu froid, il a gelé, on prend le chocolat, puis on se prépare à l'attaque qui va avoir lieu. C'est une attaque de tout le front. Je sais qu'il y a des batteries de montagne. Je n'ai pas pu savoir si il y avait Titin.  L'attaque a commencé à 11 jeures et demi et a durée jusqu'à la nuit. Nous avons eu 1 capitaine de la 24ème blessé, 1 lieutenant et 1 adjudant de la 22ème morts. Notre compagnie a eu 1 caporal blessé à la jambe. Le soir il s'en est fallu de peu que nous couchions dehors. Nous avons encore eu de la chance de rentrer dans les cahutes. On est toujours mieux que dehors. J'ai écrit une carte à ma fille.

Vendredi 20 novembre : au petit jour, nous partons pour réoccuper les positions que nous avions hier au soir. A 7 heures et demi, en guise de café, on nous a fait boire un peu du thé, ensuite on se met en train pour faire des nouvelles cahutes. Nous sommes quatre collègues ensemble : Carret, Beltramo, Giordano, et moi. Nous commençons à creuser un grand trou pour le recouvrir ensuite. Il a fait bien froid, mais nous transpirons car on se dépêche, nous avons les boches en face. Je reçois 3 lettres, une de ma femme, une autre de ma fille et une lettre de Chouquet (?). La tranchée est finie à 3 heures de l'après-midi et nous sommes un peu à l'abri pour la nuit. Je réponds à la lettre de ma femme.

Samedi 21 novembre : nuit bien fraîche mais tranquille. On a entendu toute la nuit des détonations . Je crois que ce sont des pétards pour faire sauter les fils de fer des boches. C'est calme ce matin, je me répare un peu les boutons qui ne tiennent plus, j'envoie une carte à ma femme et une à ma fille. Nous avons fait du feu et on a assez bien dormi.

Dimanche 22 novembre : je suis de corvée de café. En route, je rencontre la 19ème Cie qui viennent nous relever. Nous le sommes à 8 heures et demi et nous allons les remplacer tout près de la Margotte. En outre, je vois le cousin Ferry Amboise qui est sergent à la 19ème. Nous arrivons et nous sommes placés dans de bonnes cahutes, mais comme les Compagnies diminuent beaucoup, on est plus que 2 par cahute. Je me mets avec mon collègue Carret. Nous avons bien de paille, on devrait bien dormir, mais toutes les 4 heures, il faut prendre la faction. J'avais oublié de dire que vendredi nous avons eu un mort et 3 blessés. Je reçois une lettre de ma femme et une carte. Je ris de son boche habillé en vieille.

Lundi 23 novembre : j'ai assez bien dormi. Hier au soir à 7 heures, il y a eu une fusillade assez nourrie, mais pas pour ma section. Nous faisons le chocolat et j'écris à ma femme et ma fille. A 9 heures, je reçois une lettre où ma femme me fait des reproches de ne pas lui écrire.  Pourtant, j'écris tous les jours. Je revois le cousin Ferry-Lazare.

Mardi 24 novembre : nous sommes assez tranquilles et je voudrais que la guerre se termine comme ça dans une cahute bien couverte. En face, nous avons un blockhaus pour faire du feu et où j'ai fait sécher des bas que je viens de louer. Je ne souffre pas trop du froid, par contre mes collègues sont plus malheureux : il faut qu'ils fournissent un petit poste, et il y gèle. J'écris une lettre à ma femme, une carte à ma fille. Nous entendons le canon au dessus de nos têtes. J'écris pour demain une lettre à ma femme, une carte à mon oncle et une à Chouquet. Comme nous mangions la soupe, il y a eu un  bombardement, c'est la 22ème qui s'est fait repérée par ses feux allumés dans chaque cahute.

Mercredi 25 novembre : nous occupons toujours les mêmes tranchées. Ce matin en sortant, tout était blanc de neige, elle continua à tomber. Il ne fait pas bien froid. Je suis auprès du feu et j'écris une carte à ma femme. Il est tombé de la neige toute la journée.

Jeudi 26 novembre : ce matin, nous sommes allés relever un petit poste où nous devons passer la journée et la nuit mais c'est tranquille, il fait beau temps, le soleil fond la neige. Nous devons partir demain matin pour la cote 641 relever la 24ème Cie. Je n'ai rien reçu de ma femme. J'écris une carte. Tout comme avant hier, il y a un duel d'artillerie et de part e d'autre, il s'en envoie tant qu'ils veulent. Les obus nous passent au dessus de la tête et éclatent non loin de nous. Nous allons dans un petit poste. Il est environ 4 heures et la nuit va arriver. Vive fusillade à 5 heures et demi.

Vendredi 27 novembre : après une nuit calme, nous partons pour la relève de la 17ème au lieu de la 24ème en passant près de la cahute du Major, nous portons les armes devant un petit cimetière. Il doit y en avoir 10 à 12 et au bombardement d'hier au soir, la 17ème a eu 4 morts que nous voyons enterrés pendant que nous passons. Nous avons pris position. Je suis dans un petit trou, tout seul, à 6 mètres du Cabot. Je creuse pour être un peu à l'abri car il pleut et nous avons passé la nuit ici. A 5 mètres au dessus de moi, il y a un mort, je ne puis pas savoir à quelle Cie il appartient. Au dessus, nous avons la 22ème. J'ai reçu ce matin 2 lettres de ma femme datée du 20 et une carte de ma fille datée du 23. Je réponds de suite ainsi qu'à Moscat. Je ne sais pas trop la nuit que nous allons passer. J'ai les pieds gelés complètement. Je n'ai pas trop froid. J'ai dormi près de 3 morts français et 2 boches.

                                                    _____________________________

Paul CABASSON est mort, tué à l'ennemi  le 28 novembre 1914

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12 octobre 2007

Un du 363e R.I. : Paul CABASSON 3/4


CARNET DE ROUTE DE PAUL CABASSON (suite)


Mardi 19 Octobre – Dans l’après-midi, Carret descend de l’Observatoire pour demander deux hommes de plus. J’y vais car je sais que la Cie doit partir demain matin et j’arrive juste à la soupe à l’Observatoire.

Mercredi 20 octobre – sur le matin nous sommes relevés, je n’ai pas eu de chance. J’ai juste passé la nuit.

Nous allons occuper les tranchées qui sont près de la ferme où nous étions le 1er jour que nous sommes arrivés. Je reçois une lettre de mon cousin.

Jeudi 21 Octobre – Nous sommes assez bien dans cette tranchée où il y a du foin et nous

nous mettons à le sortir un peu pour le faire sécher. Nous avons des tours de garde à fournir

la nuit car nous sommes tout de même en face de l’ennemi. J’écrirai demain.

Vendredi 22 Octobre – Nous nous arrangeons un peu dans cette tranchée,

nous y sommes 4 et on peut assez bien se bouger. Il y a Carret, Lapin et Beynet de Vaucluse.

Il fait beau et nous nous occupons à faire des escaliers et des rampes le tour de nos tranchées.

On dort assez bien. Je reçois une lettre.

Samedi 24 Octobre – Nous sommes toujours tranquilles, il semble que la guerre est finie.

Nous allons laver et nous nous arrangeons un peu les frusques qui commencent à tomber.

J’écris à ma femme et à ma sœur.

Dimanche 25 Octobre – Toute la durée de la guerre comme ça, ça pourrait aller.

Je fais le chocolat ce matin et il est bon quoique sans lait ni sucre.

Il y a eu une attaque par le 5ème bataillon. Ils ont eu 7 morts, 17 blessés et 3 disparus.

Lundi 26 Octobre – Nous sommes toujours tranquilles dans nos tranchées mais

la pluie commence à nous embêter. Mais heureusement nos tranchées sont assez bien faîtes et

il ne pleut pas. Je reçois un colis de ma femme avec une lettre et une lettre de mon oncle.

Mardi 27 Octobre – Les mitrailleuses ont tiré sur les boches. Avec la lunette il fallait les voir courir ! Mais ils ripostent et durant que je me lave les balles me sifflent aux oreilles.

Je me mets vite à l’abri. Je réponds à une lettre de ma femme qui m’a envoyé un colis.

Mercredi 28 octobre – Ce matin la mitrailleuse boche a tiré sur nous mais sans faire de

blessés. Nous sommes dans notre tranchée. Nous ne bougeons pas car il pleut et nous

sommes un peu à l’abri. J’écris 5 cartes et lettres à mon oncle, ma femme, ma fille et mes sœurs.

Jeudi 29 octobre – la pluie tombe toujours fine. Le 1er peloton part, pour remplacer

la 20ème Cie qui est à la côte 675. Nous devons partir demain matin.

Je fais le café avec ma lampe et je le bois avec Carret, Lapin et Beltrumo ( ?).



scierieMalfosse



Vendredi 30 octobre – Nous partons à 7 heures pour rejoindre le 1er peloton.

Nous passons aux « 4 chemins » puis par la scierie de Malfosse.

A la maison forestière de Cochouat (note 1) et nous arrivons à la Côte 675 à midi

après avoir marché et monté 5 heures. Nous sommes près de Raon L’Etape.

J’écris une carte postale à ma femme.



coichot_maisonforestiere



Samedi 31 Octobre –Après avoir passé une nuit assez tranquille nous sommes désignés

ma section et moi pour aider à une attaque générale. Ca barde tout le jour et de temps à

autre, on entend crier et pleurer. La nuit arrive, on reste en place.

Dimanche 1er Novembre-Toussaint. Nuit un peu mouvementée.

On a couché à la belle étoile. Je reçois de ma femme 2 lettres. Je réponds de suite.

Lundi 2 Novembre – La nuit a été bien mauvaise. On a été dérangés 7 à 8 fois.

Les boches nous ont fait une contre-attaque et toute la journée le canon nous a pété

sur la tête. Je croyais être sourd. Je suis dans un trou où je ne crains rien des balles

mais nous avons du mal : 2 morts et 6 blessés.

La nuit arrive et nous couchons sur place. Je veille 6 heures et je dors 6 heures.

Le matin on nous relève pour aller dans les tranchées. On fait du feu.

Mardi 3 Novembre – Nous avons passé la journée à tendre des fils de fer.

Ca empêche beaucoup la marche. Nous ne sommes pas trop embêtés mais nous souffrons

de l’eau. Je mange des navets crus.

Je reçois 3 lettres : une de mon oncle, de mon cousin, de ma femme

Mercredi 4 Novembre – Nous avons passés une nuit à peu près. Il y avait du feu.

J’écris 3 lettres à ma femme, mon oncle et mon cousin qui peut-être va venir de ces côtés.

On se prépare, il paraît que nous allons descendre à Moyenmoutiers pour nous reposer

trois ou quatre jours, ce n’est pas malheureux.

Jeudi 5 Novembre – Nous partons pour le repos.

Nous traversons Cachoat(note 1) puis Clairefontaine.

Nous souffrons de la chaleur, il fait un soleil de plomb. Nous traînons tous la patte.

En arrivant je vois manu qui est à l’infirmerie. Je me change, il prend mon linge pour

me le faire laver.

Vendredi 6 Novembre – Nous partons une escouade pour l’Observatoire.

Je suis cuisinier. Nous sommes obligés de faire notre cahute. Je reçois un colis de ma femme.

J’écris une lettre

Samedi 7 Novembre – Après avoir passé une nuit très froide, je vais faire le café

pour mes hommes. L’après-midi je vais à Moyenmoutier et je vois Manu avec qui nous

parlons un peu. Lui aussi a reçu un colis avec le passe-montagne. J’envoie une carte.

note 1 - sans doute Coichot

                                                                                        A suivre...

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24 septembre 2007

Un du 363e R.I. : Paul CABASSON 2/4


Carnet de guerre de  Paul CABASSON du 363e R.I. -                               Suite..


-

 
2ème Phase –

Lundi 14 SeptembreDépart de Nice, tous fleuris, musique en tête on nous accompagne en chantant, « vive le 363 ! » - arrive à Marseille à 7 heures. J’embrasse ma femme, ma fille n’a pas voulu venir.

Mardi , Arrive à Lyon à 9 heures moins le quart. Nous sommes cantonné dans un  petit village nommé Montluel. Nous sommes dans une ferme.

Mercredi, Nous sommes toujours à Montluel, nous ne pouvons plus parler de ce que nous avons crié. Le soir, je vois Manu qui marchera avec nous. Je me rends compte au vaguemestre qui me dit n’avoir rien vu du mandat de mon oncle.

- 2ème Phase

Lundi 14 Septembre

            Départ de Nice à 11 h, nous sommes tous plein de drapeaux. Les femmes et les filles nous couvrent de fleurs et gaiement musique en tête nous allons à la gare. C’est Alfred qui est mécanicien et qui nous mène. Tout le long nous ne faisons que crier et chanter. Nous arrivons à Marseille à 7h, juste à la nuit. Nous restons ¼ d’heure où j’ai le temps d’embrasser ma chère femme qui me remet un paquet avec des bas, de quoi manger et de l’argent. Elle en fait trop pour moi. J’aurais embrassé ma fille volontiers, mais paraît-il elle n’a pas voulu venir. On siffle, j’embrasse encore une fois ma femme et en route.

Mardi 15 Septembre – On a passé une nuit tant bien que mal, la plus grande partie à manger et à boire, on chante, on crie, on arrive à 9h ½ à Lyon. J’envoie une carte à mon oncle et ma femme. Nous arrivons à Montluel où nous descendons 20 minutes après. On est cantonnés un peu dans les remises, un peu dans les fermes.


montluel_1


Mercredi 16 Septembre – Après avoir dormi une bonne nuit, on sort un peu pour visiter ce pays qui n’est pas bien grand et non plus pas bien joli. Le soir j’ai la surprise de rencontrer Manu qui vont venir faire brigade avec nous. On parle et on boit un bon coup.

Jeudi 17 Septembre – nous devons partir à 11h du soir pour nous embarquer à Messimieux d’où nous partons vers les 2h ½ du matin direction de Besançon. On ne crie plus, ça commence à sentir les boches 

Vendredi 18 Septembre – Après avoir passé la nuit en wagon, nous atterrissons dans une voie de garage. Beaucoup après Belfort, nous devons même avoir passé Epinal, nous débarquons enfin sous une pluie battante et nous faisons ainsi 26h.

Samedi 19 Septembre – Nous débarquons à l’Aveline de Bruyeres à  26km de St Dié. Nous marchons tout le jour sous la pluie. Tout le long de la route, tout n’est que ruine. Les Albrochs ont passé par là et ont tout incendié. C’est terrible à voir.

Dimanche 20 Septembre – nous sommes couchés dans la caserne  du 10ème chasseur à pied. Nous avons repos. On allume du feu pour se faire sécher les frusques. Le soir on dort. Je vois manu, on boit des bières. Les habitants sont plutôt pour les boches que pour nous.


st_die_caserne10chasseurs


Lundi 21 Septembre – Nous devons partir pour les tranchées, mais il y a contre-ordre, le soir on sort de nouveau pour s’approvisionner. J’écris à ma femme et à mon oncle.

Mardi 22 Septembre – Le matin je me fais embaucher pour l’ordinaire et l’après-midi il y a repos. Les frusques sont sèches, on respire mais on entend tonner le canon toute la journée. Le 6ème  bataillon part, nous ne tarderons guère.

Mercredi 23 Septembre – Le commandant prend fantaisie de nous faire faire du service en campagne. Il nous mène par son inexpérience jusque sous le feu de l’artillerie. Avertis à temps, nous rentrons par un détour qui nous oblige à faire environ 25 km.

Jeudi 24 Septembre – Ne voulant pas être exposé bêtement, je réponds à l’appel et je me défile. Les autres partent.

Vendredi 25 septembre – Nouveau bruit de départ. Le 115ème vient renforcer le 152ème. Je vois pas mal de collègues. Le frère de Sanguinetti, Michel le peintre.

Samedi 26 septembre – Cette fois-ci, ça a l’air plus sérieux, on nous fait faire les sacs. J’écris à ma femme, à mon cousin et à nos sœurs. Nous passerons peut-être encore  la nuit ici.  J’ai cherché Manu, je ne l’ai plus revu.  

Dimanche 27 septembre – Départ de St Dié à 9h ½. Nous arrivons dans un village, la  Voivre. Nous arrivons dans une ferme à moitié brûlée, mais à 11h, alerte, nous partons vers Moyenmoutier où nous arrivons devant les boches à 5h ½ après nous être perdus. Bon début.

Lundi 28 Septembre – Nous sommes cantonnés dans une ferme qui appartenait à des boches et qu’ils ont abandonné. Nous sommes à 400 m de l’ennemi. Dans la journée, une patrouille de douze hommes fût attaquée par des bavarois. Nous avons trois blessés dans la compagnie. On dort assez bien dans cette ferme, mais souvent réveillé par la fusillade.

Mardi 29 Septembre – Le matin nous allons en corvée de cartouches. Au moment de la distribution, les obus boches nous éclatent sur la tête et nous sommes obligés de nous coucher à l’abri des arbres. La ferme Maryotte est brûlée, le clairon Bossy est blessé.

Mercredi 30 Septembre – La matin pas grand bruit, mais à 9h, un obus éclate sur nos têtes, le 75 riposte et réduit au silence les biches. Nous changeons de tranchées de peur d’être tournés.

Jeudi 1er Octobre – Il y a eu une fusillade toute la nuit et au matin je tire avec mon ami Carret sur 4 ou 5 boches qui nous passent à une vingtaine de mètres. On en trouve deux morts. J’ai beaucoup sommeil.

Vendredi 2 Octobre – Après avoir eu une fusillade toute la nuit, c’est un peu calme, mais de temps à autres  on est obligé de se serrer car les balles sifflent. Dans la cahute à côté un collègue se blesse à la main. Hier, nous devons avoir tombé une quarantaine de boches.

Samedi 3 Octobre – L’artillerie bombarde la ville pendant 20 minutes, nous mangeons cuit mais froid, les cuisines sont trop loin et en arrivant c’est gelé. L’artillerie reprend de 11h à 3h de l’après-midi. Nous avons entre morts et blessés plus de 110 hommes mais les boches en ont beaucoup plus.

Dimanche 4 Octobre – C’est calme mais comme nous sommes trop près des boches on ne peut pas faire cuire, aussi nous mangeons des conserves. On va en patrouille et nous ramassons des sacs, des fusils et des casques boches.

Lundi 5 Octobre – Aujourd’hui comme hier, nous n’avons pas eu beaucoup à nous plaindre. Les boches ne se font pas voir et nous arrangeons notre tranchée. Je suis avec Carret et un Niçois dit Baguetta On fait que rigoler.

Mardi 6 Octobre – Cette nuit il a plu et je me suis mouillé car la branche n’est recouverte que de feuilles. Je vais voir le major. Le capitaine me donne Carret pour m’accompagner. Je vois Blaise à la ferme des fossés. Le major me dit de me reposer.

Mercredi 7 octobre – La major me donne la permission de coucher à la ferme et je suis content car j’ai un collègue qui fait la cuisine. Je n’ai plus rien. Je mange bien et je dors encore mieux.

Jeudi 8 Octobre – Comme hier je passe la journée avec Pétrole à la ferme des fossés. Je suis allé à Moyenmoutier et j’ai vu Manu en prévention de Conseil de Guerre. Je peux écrire plusieurs lettres.


moyenmoutier_1


Vendredi 9 Octobre – On nous réveille à 4h pour aller dans une tranchée plus basse que la nôtre et inachevée.

Samedi 10 Octobre – Nous travaillons à notre tranchée. Nous sommes toujours tous les trois, Baguetta, Carret et moi, mais c’est un travail critique, les boches nous tirent dessus. J’écris à ma femme.

Dimanche 11 Octobre – A 6h ½ le lieutenant me prend, ainsi qu’un collègue, un Niçois et mon caporal pour faire une petite patrouille que nous faisons sans avoir à tirer un coup de fusil. Après la soupe nous repartons et cette fois, nous nous aventurons un peu plus loin, si près des tranchées boches que nous sommes dans leurs fils de fer. Deux coups de feu et mon copain la cuisse traversée. Je me couche mais il me crie de le porter. Je passe mon fusil au culot et je le mets sur mon dos. Arrivé, je le panse et sur un brancard de fortune au poste de secours, fini par passer à travers.

Lundi 12 Octobre- Aujourd’hui c’est peut-être le calme et nous avons toute la nuit pensé à ce pauvre Baguetta pour qui la guerre est finie mais il aura peut-être une jambe de moins.

Mardi 13 Octobre – Nous sommes encore tranquille, les boches ne bougent guère si l’on ne va pas les embêter. Comme nous sommes un peu tranquille on va nous faire changer de tranchée et c’est pour demain. J’envoie une carte à ma femme.

Mercredi 14 Octobre – Nous sommes placés dans une tranchée à proximité d’une ferme où nous pouvons avoir un peu de lait. Le soir nous allons coucher dans la ferme des fossés et nous y restons la nuit.

Jeudi 15 Octobre – Nous revenons dans ces tranchées et on nous place près des mitrailleuses. Mais le soir nous allons sur la route de Senones pour préserver les habitants et la route. Nous y passons une mauvaise nuit. Fusillade toute la nuit.

Vendredi 15 Octobre – On nous relève de bonne heure pour aller au Fossé et de là à Moyenmoutier pour prendre du repos. Ce n’est pas malheur, on pourra un peu s’approprier. Nous arrivons à midi et nous pouvons sortir en ville.

Samedi 16 Octobre - Nous sommes à Moyenmoutier au repos. Je vois pas Manu que je cherche. Je souffre de coliques et je ne mange pas ; j’ai reçu deux colis de ma femme où il y a du chocolat et du tabac, chemise et, caleçons.

Dimanche 17 Octobre -  Je n’ai presque pas dormi des coliques. Je vais chez un pharmacien où je prends des pilules qui me calment un peu. Je prends du lait et du bouillon. J’écris à ma femme.

Lundi 18 Octobre – J’ai un peu dormi cette nuit mais j’ai la diarrhée aussi. Je mange beaucoup de chocolat et je vais un peu mieux. J’ai à me plaindre de Courrot ( ?) qui ne me demande même pas ce que j’ai et qui couche à mes côtés.

                                                                à suivre..........

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22 septembre 2007

Un du 363e R.I. : Paul CABASSON 1/4



Carnet de guerre de  Paul CABASSON

né à Marseille le 16 août 1881

Mort pour la France

le 28 novembre 1914 à Senones (Vosges)

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REMERCIEMENTS à Julien COPPOLANI

son arrière-arrière petit-fils qui nous a transmis ce récit....

"...afin de lui rendre hommage. ... mettre ainsi à disposition ces documents est une bonne chose. Je vois cela comme un acte de mémoire et de respect envers ces hommes. Même si le récit est bref (il est déclaré "tué à l'ennemi" le 28 Novembre 1914, à Senones dans les Vosges) et retrace un quotidien moins éprouvant que les mois et les années qui suivront pour ces centaines de milliers d'hommes, enterrés vivants dans le sol labouré d'obus et de misères; les derniers mots de cet homme, justes, simples, sont d'autant plus poignants qu'ils sont les derniers qu'il fera parvenir à sa famille, sa dernière note étant daté du 27 Novembre 1914."



L'orthographe du récit transmis a été respecté


GUERRE DE 1914

J’écris ce petit livre à l’intention de ma femme Marie-Louise Cabasson et de ma fille Reine, Edvige Cabasson.

Je vais noter tout ce que j’ai fait à partir du jour où j’ai revêtu l’uniforme militaire et je terminerais lorsque la guerre sera finie ou que j’y serais contraint par une blessure ou bien par une cause plus grave, la mort ; dans ce cas-là je prie le camarade qui me relèvera de faire parvenir ce carnet ainsi que les objets et effets que je puis avoir à ma femme ci-dessus nommée.

Merci d’avance

- Je Commence -

- 1ère Phase -

Mardi 4 Août - Départ de Marseille le 3ème jour de mobilisation – arrivée à Nice le même jour à 11 h du soir – Visa des livrets et permission de coucher en ville.


Mercredi 5 Août – Je suis affecté à la 21ème Cie du 363ème Régiment d’infanterie et suis habillé sitôt arrivé au pensionnat Sasserno, notre cantonnement.



Sasserno2



Jeudi 6 Août – On continue à nous donner des effets et équipements ; les autres vont à l’exercice, je me débine – on peut sortir en ville et je ne reste pas dedans, j’en profite pour aller voir des amis du 115ème – 145ème (note 1) qui viennent d’arriver.

Vendredi 7 Août – même journée qu’hier.

Samedi 8 Août – vie sans entrain, mal couché sur les carreaux avec un peu de paille – mauvaise nouvelle, interdiction de l’absinthe mais on se débrouille toujours un peu.


Dimanche 9 Août – on mène la Cie aux bains de mer. Je ne puis y aller car je me suis fait porter malade pour la gorge – Reconnu.


Lundi 10 Août – Grande Journée. Revue du Général. Remise du drapeau. Discours du Colonel. Nous avons comme Lieutenant Colonel l’anamite qui était au 3ème. Il fait une chaleur terrible, défilé, et transpiration. Après-midi – malade.


Mardi 11 Août – malade. Je reçois des lettres de ma femme qui me font plaisir d’avoir de leurs nouvelles. Aux annonces, Mulhouse évacué par les français. Nouvelles démenties.


Mercredi 12 Août – service en campagne – malade. J’ai reçu par la femme de Martin une lettre et un colis de fruit. Cette brave femme me soigne bien – je commence à m’habituer à la nourriture.


Jeudi 13 Août – je me repose toujours pendant que les autres s’entraînent. Je suis avec Isidore entrain de boire l’apéro.

Vendredi 14 Août – La Cie va au tir, on nous donne la médaille d’identité et le campement.


Samedi 15 Août – Je vais avec les autres – service campagne – Col de Villefranche, mais il fait trop chaud. Après – midi repos. Ce soir le 3ème Bataillon du 163ème est parti. Cela nous fait quelque chose. On les accompagne avec toute la population.


Dimanche 16 Août – Bain de mer – pluies. La Cie est consignée. Je reçois plusieurs lettres et cartes de ma femme, mon oncle et mes sœurs à qui je réponds de suite.


Lundi 17 Août – Je suis commandé de garde au bateau allemand où je vois 17 prisonniers. On peut pas se comprendre – le soir je revois les amis Coitton ( ? ), Martin, Ginesy ( ?)Baretty ( ?) avec qui j’ai déjà soupé.

Mardi 18 Août – je me fais porter de nouveau malade pour courbatures, reconnu.


Mercredi 19 Août – matin exercice – après – midi repos. Le soir 8 heures de marche de nuit, je suis obligé d’y aller car je ne l’avais pas prévu et je n’étais pas malade. On a un peu tiré la langue.


Jeudi 20 Août – matin repos, après – midi sieste obligatoire, on s’ennuie.


Vendredi 21 Août – Malade pour torticolis, reconnu. J’ai reçu aujourd’hui une lettre de ma femme et une carte de mes sœurs. j’y réponds.


Samedi 22 Août – malade – même maladie, reconnu. Les autres prennent la garde. Du temps je promène.

Dimanche 23 Août – Pour pouvoir sortir je porte la soupe aux hommes de garde. Je dîne en ville, je vois Martin et sa femme qui a passé 10 jours ici.


Lundi 24 Août - je me fais embauché pour la corvée que je ne fais pas. Je sors et j’écris à ma femme et ma fille, le soir comme d’habitude je vais voir les dépêches.


Mardi 25 Août – Malade – baignade pour la Cie, j’y vais mais le Major me reconnait et m’empêche de me baigner – le soir promenade.


Mercredi 26 Août – Ecole de Bataillon, à 1h ½. Lavage au Paillon, j’envoie une lettre à ma femme et à ma fille.



Paillon4



Jeudi 27 Août – Malade – la Cie part à 3h du matin pour manœuvrer au Col du Mont-Lauzan (note 2) – je dors jusqu’ à 8h et je vais me faire frictionner, reconnu 2 jours.


Vendredi 28 Août – exempt de service, je me repose du temps que les autres s’entraînent. Le soir je revois les amis et je vois la femme Coitton ( ?)


Samedi 29 Août - Matin exercice – après–midi lavage au Paillon sans savon, je revois la femme de martin qui me donne un paquet et 15 francs. Je réponds de suite et donne ma lettre à Martin.


Dimanche 30 Août – repos – quartier libre à partir de 10h. le soir de garde au Parc d’Artillerie.


Lundi 31 Août – On quitte la garde à 5 heures du soir et on va promener.


Mardi 1er Septembre – Malade – La Cie part à 4 heures du matin pour faire une marche manœuvre et rentre à 4 heures du soir.


Mercredi 2 Septembre – je suis de nouveau malade et reconnu, j’écris 4 lettres.


Jeudi 3 Septembre – Il y a tir au Var, comme c’est trop loin je me fais porter malade.


Vendredi 4 Septembre – Je vais à l’exercice et ne m’en plaint pas. Je vois des collègues. Le soir je sors et je promène avec eux.


Samedi 5 septembre – Marche de Régiment. Départ à 3 heures. Mont Lauzé  ( ?) (note 2) Après-midi repos.


Dimanche 6 Septembre – On me commande de garde au Parc d’artillerie.


Lundi 7 Septembre – Je descends de garde à 5 heures le soir et je vais promener dans la ville.


Mardi 8 Septembre – Je me fais porter malade et je suis reconnu, mais le major me dit que dans quelques jours je n’y aille plus car on doit partir.


Mercredi 9 Septembre – Service en campagne dans le Paillon, j’y vais et je ris des bêtises que nous faisons.


Jeudi 10 Septembre– Marche militaire et en rentrant on nous annonce que nous devons partir lundi.


Vendredi 11 Septembre – Pendant que les autres vont au tir, j’écris à ma femme que nous devons passer à Marseille, Lundi à 7 heures.


Samedi 12 Septembre – Marche de bataillon, j’y vais et j’en ai pas du regret car nous arrivons noyés.


Dimanche 13 Septembre – Nous nous préparons pour partir car c’est officiel c’est pour demain, on murmure le camp de Valbonne.

à suivre


note 1 - régiments d'infanterie territoriale (R.I.T.) de Marseille et d'Aix


note 2 - certainement le Mont-Leuze au dessus de Villefranche sur Mer

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16 mars 2007

Souvenirs de guerre d'un du 19e RAC (4)

D'après le  carnet de Damien CHAUVIN

campOrient

1918 -  Sofia(Bulgarie) - Sistovoz - Alexandria (Roumanie) - Bucarest

Les canons et les caisses étaient la plupart du temps traînés par des boeufs que l'on réquisitionnait dans chaque village traversé. Après une nuit dans le train, le matin du 12 novembre 1918, on se trouva arrêté dans une gare lorsque l'ordonnance du colonel passa le long du train en nous annonçant que l'Armistice était signé sur le front français. Quelques minutes après ce fut des cris de joie, une farandole effrénée sur le quai. Après quoi, le train se remit en marche et nous débarquâmes sur les rives du Danube aux abords d'une grande plaine : Sistovoz. Là, après avoir formé le cantonnement, du ravitaillement nous vint par le Danube le lendemain. On nous distribua des conserves et du vin, un quart seulement par homme, car le capitaine ne tenait pas à avoir des hommes en état d'ivresse.

Il y avait dans la plaine de vrais troupeaux de porcs. Après avoir essayé d'en attraper un ou plusieurs, cela nous fut impossible, ils nous auraient mordus, on en avait tout de même regroupé quelques dizaines sous un pont de chemin de fer, mais il fallut les laisser repartir. J'allais chercher mon mousqueton et en abattais plusieurs. Après les avoir saignés, échaudés, nous avons pu manger du porc.

Au bout de quelques jours nous embarquons sur un grand radeau pour traverser le Danube, lequel avait plusieurs kilomètres de large en cet endroit. On aborda sur l'autre rive, quelques centaines de mètres plus bas, pas très loin d'une agglomération roumaine, Alexandria, où les premiers soldats français débarqués firent prisonniers des Allemands.

Bulgarie_alexandria2

Un Arc de Triomphe nous attendait à l'entrée du bourg où nous allions cantonner. Au-dessus de cet Arc de Triomphe on pouvait lire :" Soyez les bienvenus Frères libérateurs".

Le Maire avait demandé aux habitants de partager leur ration de pain avec nous, ce qui fut accepté par la population et nous pûmes avoir un morceau de pain. Mais quel pain ! On se demandait s'il n'y avait pas de la paille dedans ! et noir par dessus le marché. Enfin, c'était avec la joie et le bon coeur qu'il nous était offert.

De cet endroit devait partir un groupe de permissionnaires pour la France. J'étais le dernier de la liste. Ce jour-là je fus envoyé ravitailler les pièces qui étaient toujours en avant en cas de quelque chose.

A mon retour, j'appris que les permissionnaires étaient partis et qu'un maréchal des logis, Fournis, originaire de Beauvezer, avait été désigné à ma place. J'étais furieux. Il y avait de quoi.

Enfin, au bout de quelques jours, je fus désigné (vu que mon livret portait la mention "boucher-charcutier") pour conduire le troupeau qui servait à alimenter le régiment en viande, et à abattre les bêtes composées de boeufs, moutons... A l'arrivée, pendant que les copains étaient de repos, je fis l'abattage et distribution de viande à chaque batterie. Et ensuite, re-départ. Je n'avais jamais de repos.

Rompu de fatigue, je tombais malade. On me mis dans un véhicule traîné par un mulet, couché sur de la paille de maïs. Mon ami de la batterie, un Alsacien, Léon Vingendes, demeurant à Paris près de St Denis venait de temps en temps me donner à boire du jus d'orge grillée. Un matin, je me retrouve couché sur un brancard dans une salle entre deux rangées de lits, transpirant comme si on m'avait plongé dans l'eau. Mes premières paroles furent : "Oh ! que ma cuisse me fait mal". Un malade soldat me dit que la veille, à mon arrivée, on m'avait fait une piqûre et c'est probablement cette piqûre qui m'a sauvé la vie. J'étais atteint de la grippe espagnole, plutôt un choléra qu'autre chose, car cette grippe avait tué en Orient plus d'hommes que la guerre.

Heureusement on m'avait admis dans cet hôpital civil, ce qui me valut d'être bien soigné. Aussi, je garde de la Roumanie un très bon souvenir. La reine de Roumanie nous fît une visite en nous distribuant des souvenirs. Un médecin qui causait un matin au pied de mon lit avec un aumônier, lui dit en me désignant : "voilà un malade qui ne serait plus là s'il avait eu des tares".

Je sortis de l'hôpital de Coltea (1) (qui existe toujours). Je fus envoyé en convalescence ainsi que beaucoup d'autres malades, dans un établissement désaffecté qui avait servi autrefois d'hôpital psychiatrique. J'y suis resté plusieurs semaines. On avait une très mauvaise nourriture.

Un jour, à la suite d'une visite médicale, j'ai été désigné pour rentrer en France, car depuis 2 ans et demi, je n'y étais pas retourné, mais la majorité me trouvait jeune et tenait à ce que je reste.

Roumanie_cartetotale

Je pus partir et on prit un train à Bucarest pour un port sur la Mer Noire : Constantza. Les wagons du train n'avaient plus aucune vitre et un courant d'air pas très chaud nous venait dessus.

constanta_mosquee

Enfin, arrivé au port, je restais une huitaine en attendant un bateau, lequel était un navire allemand qui avait passé les années de guerre en Mer Noire. Il était en très mauvais état de marche.

Nous sommes partis le soir et le lendemain nous étions à Constantinople

constantinople_1

constantinople_2

où nous sommes restés 24 heures avant de rejoindre Salonique.

salonique_landscape

Nous attendons là une huitaine de jours pour que les réparations aux machines du navire se fassent.

Départ pour la Mer Egée et le sud de l'Italie.

De temps en temps nous étions en panne et après avoir franchi des détroits italiens et vu les volcans en éruption, nous nous trouvons un matin en panne et enlisés sur la côte sud-est de la Corse.

Débarquement des passagers à bord de divers bateaux civils et militaires et direction Bastia. Une musique avec drapeaux nous attendait et nous escorta jusqu'au fort qui domine la ville. Nous étions très bien accueillis par la population.

Bastia_citadelle_2

Un bateau nous amena ensuite à Marseille.

En vue de la ville, ce fut du délire sur le pont. Nous étions enfin en France avec une permission d'un mois pour convalescence.

marseille

Ma première visite fut d'aller chez l'oncle Orgnon installé à la Vieille Chapelle au bord de mer. Je passais quelques jours que j'occupais à dire bonjour à d'anciens patrons, route de Lyon, puis je partis pour Digne disant bonjour au passage à tante Marie Orgnon qui habitait rue des Chapeliers depuis plusieurs années. Je trouvais Joseph du Moulin qui était de retour d'Allemagne où il avait été prisonnier.

Je passais quelques jours et partis pour Prads où était ma maman et mon frère Camille, mon père étant en Camargue avec mon frère Auguste et Jean Daumas (le père de Marie Daumas du Moulin).

Après ma permission je rejoignis Nîmes où je fus affecté au ravitaillement, distribution des vivres aux batteries. Le brigadier cuisinier fut démobilisé, je le remplaçais donc et surveillais la cuisine pour 500 hommes et cela jusqu'en septembre 1919, date de ma démobilisation.

Je me trouvais à ce moment-là en permission à Mont de Lans chez grand-mère et oncle Pierre à la Rolandière. Je partis donc pour Nîmes en train.

permissionnaire1

De Vienne à Tarascon, le train était bondé de soldats et je fis le voyage assis sur le marchepied. A Tarascon, j'étais en train de faire un brin de toilette à la fontaine qui se trouvait à l'angle de la gare, lorsque j'aperçus le commandant Guallon, mon ancien capitaine, mais il ne m'a pas reconnu.

A Nîmes, on me donna 500 francs de pécule et un costume de mauvais drap que l'on appelait costume Clémenceau et je partis pour Marseille chez mes anciens patrons où je repris le travail, à leur grande joie.

Une nouvelle vie commençait pour moi mais ce n'était plus la même chose. 25 ans, pas le sou en poche, la santé ébranlée par les gaz, bronchites... Enfin, c'était à être dégoûté de la vie.

Je travaillais, mais plus avec la même ardeur. Après une année, je remontais à Prads pour me reposer un peu. A Digne où je demeurais chez tante, je me laissais entraîner à m'expatrier au Mexique.

Je partis en compagnie de plusieurs de mes amis de Digne, en septembre 1920.

....                                           FIN

(1) à Bucarest

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11 mars 2007

Souvenirs de guerre d'un du 19e RAC (3)

D'après le carnet de Damien CHAUVIN

1918 - Monastir - Sofia

Monastir_1917

La Plaine de Monastir

A la fin de l'hiver on nous déplaça pour aller nous mettre en batterie sur une montagne à 2400 m. d'altitude. Plus d'arbres. Il fallait aller chercher le bois pour le feu très loin dans la vallée. Nous étions installés derrière des crêtes ou en avant il y avait de belles montagnes gazonnées comme celles qu'on trouve dans les Alpes, un petit lac...

La fin de l'été 1918 nous a trouvés en cet endroit où on croyait y passer l'hiver. Aussi nous avions prévu de construire des abris en dur en plein flanc de montagne, en pierres garnies de terre pour le froid, avec cheminée, rien ne manquait, avec lits superposés. On aurait pas eu froid.

Mais ce qui était mieux c'est l'armistice signée avec la Turquie et la Bulgarie en septembre 1918, ce qui nous a fait redescendre dans la plaine près de Monastir. Plaine que nous avions tous les jours sous les yeux et où  l'été il devait faire très chaud.

Il y avait tout près le cantonnement de l'artillerie de montagne, le 2ème R.A.M.  dont faisait partie Léon Roux de La Javie, lequel était maréchal-ferrant. Aussi venait-il souvent nous voir, ainsi que Bertrand et Besson.

Arrivés dans la ville de Monastir, nous avons vu défiler des régiments bulgares en débandade et ils étaient contents que la guerre soit terminée pour eux. Beaucoup marchaient pieds nus afin de conserver leurs bottes.

Monastir_1

Partis de Monastir, vers le nord de la Yougoslavie, après plusieurs jours de marche nous fîmes demi-tour par Monastir pour prendre la route vers la Bulgarie. Quelques jours après, le ravitaillement ne nous arrivait plus, il fallut réquisitionner du fourrage pour les chevaux, des bêtes pour avoir de la viande, quant au pain, on mangeait des grains de maïs que nous faisions griller sur la braise.

Monastir

Après de nombreux kilomètres en montagne, la neige se mit à tomber. C'est alors qu'il fallut abandonner les chevaux car ils ne se tenaient plus debouts d'épuisement, faute de nourriture.

Au cantonnement, des hommes étaient désignés pour récupérer ces bêtes mais on ne trouvait plus que leur carcasse, les Bulgares ou d'autres les avaient écorchés pour avoir la peau. Heureusement leur harnachement leur était enlevé avant leur abandon.

Dans le village où nous allions cantonner, la neige couvrait le sol et pour coucher sous les tentes, nous réquisitionnions de la paille en meule chez les paysans, mais ces derniers vinrent sur nous pour nous empêcher de la prendre. Il fallut que les chefs fassent mettre des nôtres avec carabine au poing afin d'avoir un peu de paille sur le sol mouillé après avoir enlevé la neige (mentalité de campagne).

Par contre, à Sofia, où nous avons cantonné dans les faubourgs de la ville, la mentalité fut meilleure. On ne nous fît pas de fêtes, bien sûr, mais pas d'hostilité non plus.

sofia_souvenir

Souvenir de Sofia

On ne trouvait pas de pain, mais chez les pâtissiers on pouvait manger des gâteaux, ce que nous fîmes avec un camarade, lequel parlait bien l'allemand  Il était Alsacien et à l'école il l'avait appris, vu que l'Alsace étit allemande depuis 1870.

Nous promenions en ville et après avoir mangé pas mal de gâteaux, dans la rue, un groupe de jeunes filles marchait devant nous. Ne trouvant pas de pain, je fis la remarque à mon collègue à haute voix, lorsqu'une jeune fille du groupe se retourna et nous expliqua en français le pourquoi. Il n'y avait pas de pain dans les boulangeries car chaque famille touchait de la farine au prorata du nombre de personnes et se faisait leur pain. Justement, ses parents le faisaient ce jour-là et elle nous offrit de nous en faire avoir un peu. Elle nous conduisit chez elle. A notre arrivée, juste on sortait le pain du four. C'était du pain rond de plusieurs kilos. Nous en prenons un, je donnais un écu de 5 Francs que je possédais, en bien remerciant ces gens-là. Mais, pour leur malheur, un groupe de soldats français, des Bataillons d'Afrique, ayant vu cela, ils dévalisèrent ces gens de tout le pain qui leur restait sans rien leur donner, ce que nous avons trouvé être du pillage et du vol (enfin, c'était la guerre).

Après quelques jours nous embarquons pour continuer notre marche à travers la Bulgarie.

En allant à la gare de chaque côté de la route se tenaient des gens avec des corbeilles pleines d'oeufs cuits et peints de différentes couleurs et nous les distribuaient.

                                           A suivre.....

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02 mars 2007

Souvenirs de guerre d'un du 19e RAC (2)

D'après le carnet de Damien CHAUVIN

1916 - Reims - Verdun - Soissons

A la fin de l'hiver 1915/1916, nous sommes allés à Reims, nous étions en batterie en bordure du canal du Rhin à la Marne, à l'ouest de la ville, où nous sommes restés jusqu'en juin. On entendait le roulement de la canonnade à Verdun où la bataille avait commencé.

En juin 1916, nous voilà partis en renfort dans l'enfer de Verdun, prendre position en pleine nuit au ravin de Gravier. L'échelon était cantonné dans les environs de Verdun, quartier Faubourg Pavé, tout près du hangar à dirigeables.

verdun_juin_aout_1916_

Après plusieurs  mois au ravin du Gravier et après avoir échappé à de dures attaques, nous nous roulions sur les cadavres, nous avons changé de position. Nous sommes venus à l'arrière, à droite de la Redoute Belleville où nous avons fini l'été sans avoir eu beaucoup de pertes.

Nous avions une pièce de 75, éclatée par la chaleur des obus tirés avec un obus dans le canon. Je pus, à l'aide du refouloir sortir l'obus sans qu'il éclate.

Les jours suivants, je fus désigné pour aller faire la cuisine tout au bas de Cote Belleville, au Faubourg Pavé, longeant la Meuse. J'étais dans une maison abandonnée, en compagnie d'un camarade, lequel cuisinait pour la 2ème section. Plusieurs d'entre nous furent blessés en allant ravitailler les pièces en passant sur les ponts qui traversent la Meuse. Moi-même, un jour, je fus pris sous le feu régulier d'une pièce allemande alors que j'allais ravitailler une Redoute. J'ai été repéré par un ballon captif (saucisse). Arrivé à la Redoute, un obus fusant éclata au moment où j'entrais, blessant les deux sentinelles. J'eus beaucoup de chance.

Début hiver 1916/1917, on a été envoyés au sud de Soissons. Nous étions logés aux abords des carrières de pierre. Le secteur était assez tranquille. C'est d'ici que nous sommes partis à Toulouse, cantonnés à Castanet, en formation pour rejoindre l'Armée d'Orient. Nous passâmes le mois de décembre jusqu'à la mi-janvier 1917. 

On nous envoya alors en permission pour 10 jours à tour de rôle.

Je passais la moitié de ma permission à Marseille, l'autre à Prads.

1917 -  Marseille - Malte - Vardar - Monastir
Vers le 15 janvier, nous partîmes de Castanet, par train, pour Marseille où nous étions cantonnés au rond-point du Prado (Parc des Expositions).

Prado1

En remontant la Canebière, arrivé à l'angle du cours St Louis, on m'avait donné un attelage à conduire, le conducteur ayant déserté à Toulouse, je le remplaçais provisoirement, le cheval porteur a glissé et me voilà au milieu de la chaussée. Des curieux ont aidé le cheval à se redresser avec moi dessus, sans aucun mal pour personne.

Arrivé au campement je pris le tram pour aller voir l'oncle à la Vieille Chapelle. Il fut bien surpris de me voir. J'allais me renseigner chaque jour pour savoir le jour du départ et je passais ainsi quelques jours en famille. 

Je fus avisé un matin que nous embarquions l'après-midi, sur un cargo anglais, lequel craquait de toute part.  Il n'était sûrement pas neuf.

Ce voyage dura huit jours après avoir fait escale  à l'île de Malte pour nous soustraire aux sous-marins allemands. Un bateau du convoi, le dernier, fût torpillé à l'entrée du port de Malte

Malta_fleet

...sans leurs vêtements et la majeure partie nous revînt habillée qui d'une façon, qui d'une autre.

Après plusieurs jours à Malte, nous changeâmes de port et allons dans la baie de Lavalette.

Malte_la_valette

Nous passâmes en Grèce par le détroit de Corinthe et arrivâmes dans le port de Salonique sans encombres.

salonique

Après le débarquement, on nous dirigea sur le camp de Zetinlik à plusieurs kilomètres de la ville. Ce camp se trouvait dans la plaine de Vardar. Pas un arbre, pas une ferme, la voie de chemin de fer à proximité et nous étions couchés sous des toiles de tente.

Nous avons subi un mois de mauvais temps, pluie, vent. Les tentes étaient arrachées, le fourrage des chevaux enlevés, enfin, un vrai désastre.

fronOrient_1917

En février 1917, nous nous mettons en marche le long de la plaine de Vardar, traversant les rivières, marais à guet, ou pullulaient les sangsues qui collaient aux pattes des chevaux ou a leurs naseaux quand ils buvaient.

Vardar

Après quelques jours de marche, nous arrivâmes à Monastir où on nous mit en batterie au pied de la cote 204, au nord de la ville. On avait, à peu de distance, une mosquée avec un minaret et le cimetière musulman. On entendait le mufti chaque matin dire la prière et en même temps il signalait à l'ennemi nos emplacements, ce qui nous attira un jour des bombardements. Le mufti fût arrêté et la tranquillité revint pour quelques temps, jusqu'au 10 mai au soir (jour de mon anniversaire).

Monastir_photo

Ce soir-là nous fûmes bombardés par obus à gaz jusqu'à 4 h. du matin. Toute la nuit, j'ai fermé la culasse du canon et tiré le cordon de mise à feu car en position j'étais soit chargeur, soit tireur.

Au cessez-le-feu, j'avais tellement respiré des gaz, malgré le masque protecteur, que je tombais derrière l'affût du canon. Le lieutenant commandant la section fit monter tous les hommes sur un balcon de la maison où nous étions cantonnés afin d'être au-dessus de la nappe de gaz. S'apercevant de mon absence, il fit redescendre plusieurs collègues pour voir où j'étais. Ce fut un nommé Charles Dauphin, maître pointeur qui me trouva et me remonta sur ses épaules. Je n'étais pas le seul à être atteint, une dizaine des nôtres avaient plus ou moins respiré ces gaz maudits, dont le maréchal des logis de la 2ème pièce, Mosse originaire de Montpellier.

On nous conduisit à l'infirmerie. Là, le major, Docteur Allemand, originaire de Marseille, nous garda pendant quelques jours en observation pour se rendre compte si vraiment nous étions malades. Il couchait dans la même pièce que nous.

On nous évacua au bout de quelques jours à l'hôpital temporaire de Florina en Grèce, proche de la frontière albanaise, où je fus bien soigné pendant 4 mois. Je reçus la visite d'Abel Besson de La Javie.

Florina_hopital

Pendant ce temps, mon régiment fut envoyé à Athènes lors de la rebellion de l'armée grecque. 

Ce fut sur mon lit d'hôpital que mon capitaine Tuhaillon, originaire de Toulouse vint me remettre la Croix de Guerre.

Au bout de plusieurs mois de soins, on me garda comme aide-infirmier jusqu'à ce que le capitaine vint voir comment ça allait. 

C'est alors qu'au retour de mon unité d'Athènes, je rejoignis ma batterie à l'ouest de Monastir, au village de Lacsse (région de Peristeri) où on me mis comme cuisinier  au début de l'hiver 1917/1918.

Monastir_ravitallement

Nous passâmes l'hiver à flanc de montagne (nord du Peristeri) dans une forêt de hêtres. C'est là qu'un après midi où j'étais en train de ramasser du bois mort, je vis un fantassin venir à moi en suivant la piste de ravitaillement. C'était Albert Bertrand, lequel je n'avais pas revu depuis que mes parent m'avaient conduit de Prads à Bourg d'Oisans (j'avais 6 ans). Il était dans un régiment d'infanterie dans notre secteur et ayant appris que j'étais là par ses parents de Prads, il me cherchait. A la suite de cette retrouvaille en pareil endroit, on était souvent ensemble. Chaque fois qu'il y avait une petite fête, il en était.

C'est aussi là qu'un copain de la 2ème section mourut dans me bras après avoir reçu un éclat d'obus en haut de la cuisse droite, sans que je puisse faire quelque chose pour lui, tellement la blessure était haute et profonde. Il se nommait Mondant (1), originaire de la Lozère.

sal08

J'eus plusieurs incidents avec les sous-officiers de la section au sujet de la cuisine. Ils voulaient un plat à part pour eux. Je leur demandais la marchandise ou de l'argent pour l'acheter car je ne voulais pas enlever ce qu'il fallait sur les rations des camarades. Cela n'a pas plu au chef de section Padovani qui voulut me punir. J'eus la visite du capitaine et après explication, tout fut fini et on ne me parla plus de rien.

(1) Probablement MONDAN Adrien Emile, de Bourg Saint Andréol (07), Mort pour la France  le 17 mars 1918 à Brusnik (Orient)

                                          A suivre .................

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20 février 2007

Souvenirs de guerre d'un du 19e RAC (1)

A la mémoire de  Damien CHAUVIN                              19RAC_Chauvin_Damien 

19e R.A.C.

                                          

né le 11 mai 1894

à l'Alpe du Mont de Lans (Isère)

Lieu-dit La Renardière


Un grand merci

  à son petit-fils Rémy qui nous a transmis le journal,

  à Claudie et Dan, précieux intermédiaires 



1914 - Nîmes

...

Alors cela me rappela qu'en gare de St Auban, en montant, il y avait le 3ème régiment d'infanterie de Digne qui retournait de manoeuvres anticipées. L'approche de la guerre se faisait sentir.

De retour à Marseille, après ces quelques jours passés dans une bonne ambiance, les rumeurs de la guerre se faisaient de plus en plus sûres.

Le 2 août se fut la mobilisation générale. Quel enthousiasme ! L'esprit patriotique, la revanche de 1870 étaient dans la pensée de chacun et c'est avec des chants que l'on apprît cette nouvelle. Toute la population avait dans l'idée que ce serait fini dans 3 mois  (hélas ça devait durer 4 annnées).

J'avais plus de responsabilités dans mon travail, car mon patron (réserviste) fut rappelé à Nice et le beau-fils de l'oncle à Nîmes dans l'artillerie. J'allais seul me ravitailler à l'abattoir où un oncle de M. Achard, mon patron, était contrôleur (M. Chaffard). Il m'aidait dans les achats et cela jusqu'à mon départ le 1er septembre 1914.

Pendant ce long mois, les clients me disaient :"Vous n'êtes pas Français ? Mon mari, mon frère, mon père sont tous partis, pourquoi pas vous ?" car je paraissais plus que mon âge. Mais mon tour vint le 1er septembre 1914.

caserne19RAC1

Je fus incorporé au 19ème d'artillerie de campagne à Nîmes avec un ami de La Javie avec qui j'avais passé le conseil de révision, Abel Besson, mais pas dans la  même batterie : lui à la 16ème, moi à la 64ème. On pouvait se voir car les bâtiments étaient contigus.

Après mon départ ce fut le vide à la maison Achard. Ils durent prendre un garçon espagnol, mais ce dernier profitant qu'il avait à faire qu'à des femmes, travaillait à sa guise. Heureusement M. Achard fut réformé au bout de quelques mois et revint mettre de l'ordre.

Pendant ma période de classes, j'eus plusieurs permissions qui me permirent de garder le contact avec mes patrons où j'allais comme chez moi. Je les considérais comme mes parents. J'allais le dimanche à St Gilles, chez la famille de Moïse où venait de naître un garçon René. Je fis la connaissance de René bien avant son père, car celui-ci était parti au front au début des hostilités.

1915 - Mort-Homme - Bois de la Gruerie

Le 15 février 1915 ce fut mon tour de rejoindre les camarades au front.

Nous partîmes de Nîmes un après-midi de janvier. A notre passage en gare d'Avignon, nous fûmes insultés par des soldats qui se trouvaient dans un train évacuant des soldats d'artillerie venant du nord, ce fut la bagarre. Tout ça parce qu'on avait calomnié les soldats du Midi. Enfin tout se calma avec leur départ. On nous distribua le repas du soir et du fourrage pour les chevaux que nous accompagnions.

Le surlendemain nous débarquons à Dombasle et par la route, à pied, nous prenons la direction de Verdun. Mon régiment, le 19e A.C. était dans les environs de cette ville, cantonné à Chattancourt (Capitaine Portal) et en batterie au Mort-Homme ouest, face à Montfaucon où étaient les Allemands.

Mort_homme

Je fus affecté au 2ème groupe, 6ème batterie, 3ème pièce, comme canonnier (hautpied).  C'est à dire que je montais en ligne comme servant et au repos, je soignais la jument du maréchal des logis Jules Cesari, sous-officier de carrière.

Notre canon était placé en plein air, sans abri, et nous, nous avions un trou recouvert de gerbes de paille et de terre. Il y pleuvait aussi bien dehors que dedans. Un soir de relève, on n'avait pas pu porter du pain pour 4 jours. Je fus désigné pour retourner à Chattancourt pour aller en chercher. De retour, il faisait nuit noire, je manque le chemin et je glisse dans un trou d'obus plein d'eau boueuse. Grâce aux hommes d'une batterie lourde qui se trouvaient à proximité, j'ai pu être sauvé d'un enlisement certain.  En arrivant à ma batterie, je devais prendre mon tour de garde. Je pris mon poste et tout en surveillant je râclais avec mon couteau mes vêtements couverts de boue. La neige commença à tomber et un projecteur allemand éclairait tout le coin et chaque fois que le faisceau lumineux passait sur moi, je me faisais tout petit dans la neige. Pour mon début au front, ce n'était pas brillant, mais le moral était bon.

Au printemps 1915, nous changeâmes de secteur après 4 jours de marche de nuit.

Pendant ce déplacement, j'ai pu voir des connaissances dont les régiments étaient sur notre passage : Camille Segond et Albert Burle. J'étais à ce moment là "conducteur". Nous nous sommes retrouvés au Mort-Homme Est, cantonné dans un village se trouvant à 2km de Chattancourt, nommé Marre.

Après un mois environ, nous sommes repartis en Argonne pour y passer une partie de l'été. Ensuite à Souain Trou-Bricot où nous avons remplacé les troupes coloniales du général Mangin (hiver 1915/1916).

champagne_front

Nous revenons dans le Bois de la Gruerie. En arrivant, nous avons eu l'avantage de trouver après la bataille des quantités de matériel pris aux Allemands. Dans les tranchées, les abris étaient remplis de cadavres et bouchés seulement avec de la terre et une odeur de cadavre s'en échappait. C'était presque insupportable avec la chaleur.

                                               à suivre...

Posté par moniqueB à 00:36 - carnet de guerre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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