Sur les traces des "Midi" du XVe Corps - guerre 1914-1918

soldats du Midi (de Nîmes à Menton, en passant par la Corse) diffamés lors de la bataille de Dieuze, le 20 août 1914

13 septembre 2009

Le 15e C.A. dans la bataille de la Marne

Copie_de_6sept1914_Joffre

Appelé en renfort de la 3e Armée,
le 15e Corps d'Armée
a joué un rôle décisif dans les combats de la région
de Mognéville et Vassincourt

où il débarque le 7 septembre au soir

La journée du 8 septembre 1914 :
Pour notre 2e corps (4e armée), la journée commence, à la droite par une violente poussée du XVIIIe corps de réserve allemand,
qui était à Sermaize et à Contrisson.
Pressé de front à Pargny-sur-Saulx et sur sa droite, notre 2e C.A. demande aide à la 3e armée.

Celle-ci envoie en secours, dès le matin une brigade du 15e corps (A) qui se dirige sur Robert-Espagne, orientée vers
l' Ouest et menaçant l'ennemi de flanc, tandis que son gros agît dans la direction de Contrisson.

Le 15e corps a réoccupé aisément, le soir, le terrain qui avait dû être cédé un moment par le 2e corps.

(A)détachement de la 57e brigade, comprenant les 6e et 24e bataillons de chasseurs, un groupe d'artillerie et 2 escadrons du 6e hussards)

La journée du 9 septembre 1914 :
Le 2e corps continue sa poussée contre Andernay et Sermaize, toujours appuyé par l'action du 15e corps, qui a repris dès 8 heures du matin son attaque contre la ligne Vassincourt-Mognéville-Contrisson.
Avec la 3e armée, le 15e corps a soutenu toute la journée l'attaque qu'il a reprise le matin contre Andernay, Mognéville, Vassincourt, en liaison avec l'armée de Langle de Cary. Au soir, il a progressé  vers Trois-Fontaines.

La journée du 10 septembre 1914 :
Situation de la 3e armée en fin de journée: a gauche le 15e corps a progressé sensiblement, repoussant le XVIIIe corps de réserve. Il occupe toutes les lisières de la forêt de Trois-Fontaines. Il a repris Sermaize, ou plutôt ses lamentables ruines, Andernay, la crête Ouest de Vassincourt et fait de nombreux prisonniers
.

Vassincourt_prisede

La journée du 11 septembre 1914 :
Le 2e corps tient l'Ornain, d'Etrepy à Sermaize, et demeure en liaison avec le 15e corps de la 3e armée, qui lui aussi, continue à progresser, qui a, dès le matin atteint le canal de la Marne au Rhin, entre Contrisson et Neuville-sur-Orne, et poussé des patrouilles vers Revigny.
En face de la 3e armée, c'est au matin de ce même jour, le calme "un calme impressionnant".

A 19h15, le mouvement en avant de la droite de la 4e armée permet au 15e corps d'avancer au delà du canal, entre Contrisson et Neuville.

A 21h, le compte rendu signale partout une situation pleinement satisfaisante.
Le 15e corps occupe Alliancelles, Rancourt, Revigny et progresse vers Brabant-le-Roi ; il a enlevé au XVIIIe corps de réserve, en retraite vers le Nord-Ouest, quatre canons, cinq mitrailleuses et quinze caissons.

La journée du 13 septembre 1914 :
Le 13 septembre, l'ennemi est en retraite générale sur le front des 4e et 3e armées ; mais celle-ci se trouve en présence de retranchements établis sur la ligne Villers-aux-Vents - Louppy-le-Château - Rembercourt-aux-Pots. Il lui faudra faire un vigoureux et décisif effort pour rejeter l'armée du Kronprinz sur Vionne-la-Ville, Varennes, Montfaucon, Consenvoye et dégager ainsi la voie ferrée de Sainte-Menehould à Verdun par les Islettes, dont la possession est d'importance capitale.

Alors commence la guerre de siège, cette guerre de tranchée ardue, interminable,qui se poursuite encore, un an plus tard, d'un bout à l'autre du front.

Marne_victoire14

Sources :
Gustave BABIN, ESQUISSE D'UN TABLEAU D'ENSEMBLE

Pour en savoir plus sur LA BATAILLE DE VASSINCOURT

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13 novembre 2006

Bataille de la Marne (5) le 6ème B.C.A. 11 septembre 1914

de Jean-françois Burais

LE 6è B.C.A. à la bataille de la Marne (4)

Vendredi 11 septembre 1914
9h – l’ennemi semble avoir abandonné ses tranchées. Une patrouille de la 4ème Cie vient à la lisière du village et trouve cette lisière libre.

9h20 – l’artillerie allemande tire sur le village. Ce sont des coups de 105 à shrapnels et obusiers. La 4ème Cie avance tout entière avec précaution vers la partie sud du village et vers la Tuilerie.

9h30 – dans les tranchées allemandes à gauche du village, on trouve 3 mitrailleuses, des caisses de cartouches ainsi qu’un matériel important abandonné précipitamment.

10h50 – la 4ème Cie est au village. Le reste du bataillon est à cheval sur la route de Couvonges à Vassincourt. A cet instant une batterie française installée avec le 24eme Chasseur, en arrière de la côte 142, tire sur les compagnies.

11h45 – le bataillon est arrêté et se retranche contre les effets de l’artillerie qui se trouve dans les bois de Soulagnes. Le 24ème bataillon de Chasseurs qui n’a pas eu la précaution d’envoyer une patrouille jusqu’à la crête en avant, ne s’est pas aperçu que cette crête est évacuée, ainsi l’artillerie française n’aurait pas tiré sur le bataillon.
Le bataillon se porte plus à gauche pour s’assurer qu’il n’y a plus d’Allemands sur le flanc.

La 4ème Cie atteint Vassincourt, appuyée par le bataillon.

13h10 – prise de Vassincourt. Le premier, le 6ème bataillon de chasseurs à pied occupe le village de Vassincourt. En rentrant dans Vassincourt une batterie d’accompagnement du 24ème nous tire encore dessus, sans mal heureusement. Colère du commandant.

Une odeur fétide se dégage des ruines et des décombres. Les blessés, allemands comme français, ont été brûlés par l’incendie. Le village et ses abords présentent un spectacle d’inoubliable horreur. Pas une maison intacte, des morts partout, Le tir de la batterie de 75 a été terrible. Les tranchées allemandes sont littéralement comblées de cadavres. Des cadavres calcinés dans les décombres, des canons, des mitrailleuses et même des blessés du 112ème et du 24ème et Allemands que ces derniers ont abandonnés en se retirant.

Avant d’abandonner Révigny et Vassincourt, les Allemands y mirent le feu en jetant, dans les foyers allumés par eux, soit du pétrole, soit des tablettes de poudre comprimée. Je tiens ces renseignements d’un prisonnier blessé.
Je retrouve l’officier allemand tombé sur le rebord de la tranchée que nous avions pris à partie avec notre mitrailleuse. Elle est littéralement remplie de cadavres ennemis qui baignent dans leur sang. J’en compte soixante dix. Aucun n’a été épargné. Les premiers, criblés de balles, les derniers, moins mutilés, mais dont la face semble encore torturée dans la mort par un rictus d’agonie.

Une bonne vieille sort d’une cave à moitié folle.

19h – le commandant demande encore une batterie de 75 qui arrive et bombarde à 1080 et 900m. des tranchées allemandes au N-O du village. Le feu paraît très efficace cette section bat les lisières des bois N en avant et sur la droite du village.

20h – le bataillon se fortifie dans le village et la ligne d’A.P est à 200 m en avant et sur la droite du village. Des patrouilles poussent des reconnaissances jusque sur les hauteurs de la cote 185 que la 4ème Cie réussit à occuper le lendemain.


Le ravitaillement ayant fait défaut les 8, 9 et 10, le commandant donne l’ordre de récupérer tout ce qui sera possible (poules, cochons, conserves etc..). Nous trouvons pas mal de vin dans les caves et celliers. Nous nous croisons tous avec des bouteilles des meilleurs crus sous le bras. Je vois le chasseur Faisandier, boucher d’occasion, qui après une lutte épique, s’empare de deux porcs en les attachant chacun par une patte. Les bêtes ne sont pas d’accord, l’une part vers la droite et l’autre par la gauche. Faisandier pour excuser son larcin tape sur eux à tour de bras. Le commandant le voit et lui dit en le regardant : « Ne te donne pas tant de mal ; tu n’y arriveras pas à les réconcilier : l’un est boche et l’autre français ! »
L’auberge qui se trouve près de l’écluse a été mise à sac par les Allemands, ils ont tout pillé ou détruit. Pourtant dans la salle où gisent, les tables, les tonneaux et les bouteilles cassés, reste fixée à l’un des murs une photographie du président. Ils voulaient s’en doute qu’il puisse contempler leur œuvre de destruction.

Durant toute la journée, défilèrent inlassablement sur le canal des cadavres allemand. Ils allaient, le ventre gonflé, en des poses diverses, tout doucement, comme pour se faire admirer.
Nous formons un cercle de camarades, afin de boire ensemble à la victoire si bien que le soir, malgré la pluie je dors à poings fermés et je ne suis pas le seul.

A noter : que pendant les 3 jours de combat, nous n’avons pas vu de brancardiers divisionnaires. Beaucoup de blessés, relevés la nuit sont morts sous nos yeux avant d’avoir pu être évacués. Les brancardiers de corps étaient insuffisants et ils devaient aller jusqu’à Véel à 6 km.

Les premiers donnaient paraît-il comme excuse de ne pouvoir avancer, les routes étant bombardées, ils se contentaient de recueillir à Véel les blessés qui avaient pu s’y rendre eux-mêmes et ceux qu’on leur apportait.

A noter également la façon déplorable du fonctionnement du service de santé et cela depuis le début des opérations. Au bout de quinze jours les corps de troupes n’avaient plus de teinture d’iode pour désinfecter les plaies. Pas de moyen d’évacuation rapide. Les voitures d’ambulances divisionnaires servant au transport des bien-portants de l’arrière. Tout est organisé par les corps avec des moyens de fortune. Je veux bien admettre qu’on n’avait pas pu prévoir une guerre aussi meurtrière, mais on avait bien prévu que le médecin divisionnaire s’occuperait d’hygiène jusqu’à nous empoisonner quelquefois pendant les courts séjours que nous passions en cantonnement, alors que tout le monde ne désirait que le repos et la tranquillité.

Par contre, le ravitaillement en vivres n’a jamais manqué, mais par suite de nos déplacements rapides et imprévus, le train régimentaire ne savait ou ne pouvait nous rejoindre alors que nous manquions de vivres, eux étaient obligés d’abandonner le long des routes, leurs denrées périssables.

Pertes des journées des 8, 9, 10 et 11 : 18 tués, 96 blessés, 11 disparus

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07 novembre 2006

Bataille de la Marne (4) - le 6ème B.C.A le 9 septembre

de Jean-françois Burais

LE 6è B.C.A. à la bataille de la Marne (3)

Mercredi 9 septembre 1914

3h - attaque de Vassincourt par le 112ème et le 111ème par la droite. Contre-attaque allemande.

Mis en éveil, les Allemands accueillent par leurs feux les fractions de ce régiment qui débouchent sur le plateau. A ce moment ce régiment présente une vraie pagaille. Pas de liaison, un chef de bataillon nous dit que deux compagnies sont dans Vassincourt, ce qui est faux ; des fractions et des chefs cherchent à se dérober à leur mission, d'autres disent qu'on ne peut avancer parce qu'on leur tire dessus ; sonnerie du cessez-le-feu.

Le jour va arriver, quelques fractions se portent à l'assaut à 100 mètres des éléments de tranchées que les Allemands ont creusés pendant la nuit. Elles se débandent.

Le 111ème et le 112ème ne réussissent pas et se replient derrière la crête face à Vassincourt.

La 3ème compagnie en tête du bataillon ayant reçu l'ordre d'appuyer le mouvement, nous débouchons à notre tour, colonne par 8, sur le plateau. Les balles sifflent, des hommes tombent, nous enjambons morts et blessés.

Lâchés par le 111ème, nous restons seuls en première ligne, pris de face et de flanc par les mitrailleuses, une trentaine d'hommes dont le sergent-fourrier Coingt sont déjà tombés.

Recevons l'ordre de nous reporter à 150 m. en arrière, à l'abri d'un pli de terrain.

Le lieutenant Marc désigne le sergent-major Fontanille pour amorçer le mouvement et arrêter les hommes à l'endroit désigné. Le repli se fait homme par homme, à 30 pas, car à ce moment il fait grand jour. Ce mouvement s'effectue bien d'abord, pour se précipiter ensuite, mais pas sans pertes.

Au point de rassemblement, seuls 63 hommes sur 115 que la compagnie comptait le matin, sont présents. Pendant ce repli les balles sifflent et claquent si nombreuses qu'à chaque pas de course on entrevoit la mort.

Les autres unités du bataillon ont arrêté le recul du 111ème et baïonnette au canon l'ont ramené à la lisière du plateau. A notre gauche le 24ème n'a pas débouché du bois dans lequel il s'est engagé, malgré les demandes du chef de bataillon Lançon, commandant le 6ème.

Le 6ème est à droite, le 24ème à gauche en liaison avec la 30ème Division.

Une compagnie est prêtée comme soutien d'artillerie à une batterie du 19ème régiment d'artillerie (15ème Corps) et une batterie du 5ème Corps.

9h - le commandant du 6ème Chasseur obtient du général commandant la 57ème Brigade que cette batterie de 75 m/m (19ème régiment d'artillerie) vienne se placer sur la crête face à Vassincourt et tire à 550 mètres, battant de plein fouet les tranchées allemandes en avant du village.

Nos chasseurs aident les pourvoyeurs. Une autre batterie, placée un peu en arrière fait du tir trop rasant, tue deux hommes de la section Fontanille, et en blesse plusieurs. Nous faisons signe à cette batterie, qui a vu et arrête son tir.

Décidément, ils n'ont pas de chance à la 3ème compagnie avec notre artillerie. Le capitaine Creutzer observe le tir de l'artillerie et le conduit à l'aide du téléphone du 6ème. Il accomplit sa mission d'observateur d'une façon peu ordinaire. Voilà que j'appelle la liaison des armes, mais pour qu'elle réalise, il faut que les artilleurs n'aient pas trop peur de notre fréquentation... et des dangers qui en résultent.

C'est curieux comme ils aiment les obus et détestent les balles ! ...

Cette batterie tirant toute la journée ne subit aucune perte.

Dans l'après midi, d'autres tranchées très fortement garnies sont découvertes au sud-ouest du village. Le capitaine Creutzer nous demande d'installer nos mitrailleuses. Nous en installons une dans un cerisier, le télémetreur détermine avec soin la distance de tir. Sans se presser, nos tireurs pointent et sur ordre ouvent le feu. Les deux instruments de mort déclenchent une rafale à tir rapide, environ 600 coups minute. Le spectacle est horrible. La mort fait son oeuvre. Les balles entrent dans la tranchée par un côté et la suivent sur toute sa longueur, empêchant tout occupant d'en sortir. Je vois encore un officier, debout sur le parapet, les bras grands ouverts et s'érigeant comme une croix en plein ciel, tomber, figé dans cette position, face contre terre.

Pendant ce temps, le 75 continue son oeuvre. J'aperçois une rafale de quatre éclatements qui tombe exactement dans une tranchée allemande. Le résultat, je n'en sais rien, mais je vis sauter en l'air des bras, des jambes mélangés à des équipements, et le tout noyé dans la fumée qui monte de la tranchée.

L'ennemi est obligé d'évacuer la position, laissant des quantités de cadavres qui témoignent de ses pertes.

15h - une contre-attaque allemande dirigée sur la crête de Vassincourt,  accueillie à coups de canon et de mitrailleuses est immédiatement arrêtée.

Nous passons sur place le reste de la journée et la nuit. Le tir des Allemands semble faiblir, sauf celui de leur artillerie qui pourtant semble venir de plus loin. Vassincourt flambe.

Le soir tombe. Les nuages se sont amoncelés au-dessus du champ de bataille. La pluie se met à tomber. La nuit est maintenant complètement venue. Nous attendons toujours la contre-attaque allemande. L'ensemble du bataillon est regroupé afin d'être prêts à recevoir l'ennemi. Aucune ligne de tirailleurs ne nous précède. De la sorte, nous ne perdrons pas de temps lorsque l'ennemi s'avancera. Nous avons mis baïonnette au canon et nous sommes debouts, enveloppés dans nos grands manteaux bleus. Nous devons ressembler à des spectres glacés. La pluie tombe toujours, déprimante. Nous avons les yeux dilatés, le regard fixé dans l'obscurité. Un troupeau de mouton errant devant nous semble déceler un mouvement ennemi. Dans la nuit, comme un écho funèbre, retentissent, du  côté de l'adversaire, des appels désespérés. Ce sont les blessés des tranchées allemandes qui réclament le secours de leurs frères d'armes.

A minuit, nous les entendons distinctement, ils nous appellent "franzosen ! franzosen !"

De temps à autre, un camarade vient me trouver et nous nous posons la question de savoir quand ils vont attaquer.

Au coeur de la nuit, nous voyons surgir un fantôme. Après 36 heures passées en terrain ennemi, Cabannes après avoir fait le mort, a réussi à traverser les lignes et à rejoindre le bataillon.

Jeudi 10 septembre 1914

Le bataillon se maintient sur ses positions en dépit des nombreux retours offensifs de l'ennemi autour du village qui, chaque fois, sont repoussés avec des pertes sanglantes.

Dans la soirée, pressé de toutes parts, menacé d'enveloppement, il entame un mouvement de retraite.

Il pleut, je me réveille roulé dans mon manteau avec quatre doigts d'eau sous les reins. Les Allemands ont mis le feu à Vassincourt, tout flambe. De hautes colonnes de feu et de fumée montent vers le ciel et éclairent sinistrement la nuit.

(à suivre)

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26 octobre 2006

Bataille de la Marne (3) - le 6ème B.C.A le 8 septembre

Par Jean-François Burais

(suite 1)

Mardi 8 septembre 1914. 
4h30 – l’ennemi tient Vassincourt qui est attaqué à droite par le 5ème Corps, au centre par le 112ème, à l’Ouest par le 6ème. Les 1ère et 6ème Cies gagnent la cote 187. La 4ème, débouchant du bois de Soulagnes franchit la Beuse et marche sur l’éperon boisé à 1 km au sud  de Vassincourt.

Vassincourt a été sérieusement mise en état de défense par une brigade Wurtembergeoise.

Ce village se trouve sur une éminence qu’entoure une série de crêtes.
La 5ème Cie à gauche prenant comme direction la Tuilerie s’avance par la lisière du bois à gauche avec la section de mitrailleuses. La 2ème marche derrière la 5ème, la 3ème derrière la 4ème.

Nous devons occuper une série de crêtes.

Avec la compagnie que j’accompagne nous devons occuper l’une d’elle. On doit servir de liaison entre deux bataillons. Il n’est pas facile d’aborder cette crête, l’ennemi la tient en surveillance, ainsi que la ferme de la Tuilerie et y dirige des feux nourris, chaque fois qu’un élément veut y prendre position.
Alors que le commandant de compagnie réfléchit au problème, surgit le commandant.

Après une brève discussion entre les deux officiers nous voilà déployés en tirailleurs, avançant sur la crête poussant devant nous un nouveau genre de couvert.
Chacun d’entre nous a devant lui un fagot de bois. C’est la poussée offensive des buissons qui marchent. Ceux qui soutiennent que dans la guerre, la ruse et les moyens de fortune ne sont plus de mise ! 

7h45 – 4 compagnies et la section de mitrailleuses occupent la croupe boisée orientée N-E, S-O entre la Beuse et Vassincourt. Les Cies se retranchent sur leurs positions.

L’infanterie allemande paraît être nombreuse et bien retranchée, on aperçoit des emplacements de batteries et des mitrailleuses. Sur ordre nous ouvrons le feu.
J’entends non loin de moi le cri répété et stupide d’une oie apeurée. C’est la fidèle compagne d’un chasseur de la compagnie qui la traîne depuis hier soir de la ferme du Goulot. Il n’a pas voulu la sacrifier, et pendant plusieurs jours, il va la traîner. Elle se comporte bien au combat, me dit-il. Elle mérite de vivre encore quelques heures et du reste elle nous portera bonheur.
Avec ma pièce je me porte sur la gauche de la compagnie et rejoint mon chef de section le Lt Creutzer. Bien dissimulés derrière un bosquet, nous prenons pour objectif la ferme de la Tuilerie.
Non loin de moi, un chasseur prend à parti un allemand qui rampe avec peine. Il est repris à l’ordre par son camarade : « tu tires sur un blessé ?», « oh ! Non répond-il fait semblant …. Et puis d’ailleurs, tant mieux je vais pouvoir le tuer plus facilement. »

Un jeune sergent de la 5ème Cie qui nous épaule, est blessé au genou ; le caporal Séassal, que les cris dérangent fait taire le blessé.

10h45 – le bataillon reçoit l’ordre du général de Division de se porter à l’écluse.
La lutte bat son plein. Nous apercevons des groupes d’allemands qui se défilent du village de Vassincourt vers Tuilerie. Ce sont des fuyards, talonnés, la baïonnette dans les reins par une charge du 112ème, qui les mènent jusqu'à l’entrée du village, mais ils ne peuvent aller plus loin, car tous ceux qui la conduisent sont fauchés par les mitrailleuses ennemies.
Nous en profitons pour tirer sans relâche sur ces groupes d’allemands, à chaque fois que l’un d’eux ce montre notre mitrailleuse se met en branle.

11h – nous entendons dans le vallon entourant l’éminence où nous sommes, un bruit lointain de fifres et de tambours accompagnés de chants. Ce bruit va s’accroissant, devient plus rapide cette mélopée fait place peu à peu à des cris sauvages. Qu’y a t il ? A ce moment le 24ème Bataillon de Chasseurs qui tenait les bois à gauche et le bois de la Verrerie, surpris par une contre-attaque, se replie rapidement, vient se jeter dans le flanc de la ligne de résistance du bataillon.

Une brigade allemande au pas de course prononce sur notre gauche une contre-attaque ; les uniformes gris déferlent dans la prairie. Ils semblent poussés par une force invisible, et bien qu’ils commencent à tomber en grand nombre, on en voit toujours d’autres qui les remplacent.

Les Allemands poursuivent le 24ème énergiquement et les tranchées du 6ème sont prises de revers. Le lieutenant Creutzer qui a compris la situation demande au plus gros de la section de mitrailleuses de rejoindre le bataillon. Voilà que, de la contre attaque allemande se détachent des unités qui montent vers nous. A travers les vergers elles se déploient pour l’assaut. Et toujours ce bruit de fifres qui redouble, cette musique monotone et lancinante.
Nous ouvrons le feu sur l’ennemi qui approche.
Cela ne sert à rien. Les voici à quelques mètres. Nous allons contre-attaquer et dégringoler sur eux. Instinctivement nous mettons la baïonnette aux canons. Le lieutenant de Bertrand s’avance devant nous et crie de toutes ces forces : « en avant ! A la baïonnette ! ».
Ce qu’il s’est passé durant cette minute là, je n’en sais véritablement rien. Je vois encore quelques détails, mais l’ensemble se noie comme un brouillard. Je vois Cabannes, qui nous a tous dépassés de 5 à 6 mètres, brandissant son arme comme un fou enfonçant sa Rosalie dans le ventre des allemands qui l’entourent. Lui-même est blessé de 4 coups de baïonnette et d’une balle. J’entre-aperçois un officier appuyé contre un arbre, et qui à trois pas de moi se permet de me mettre en joue. Je lui tire dessus. Avant qu’il n’ait touché terre un camarade le cloue contre l’arbre avec sa baïonnette.
Devant moi un chasseur trop avancé. Au moment où il se retourne pour revenir vers nous, un Allemand le poursuit et lui plonge sa baïonnette dans les fesses, celui ci se retourne et lui plante la sienne dans la bouche.
Je vois un blessé allemand, attrapant un de nos hommes par le pied, le fait trébucher sur lui-même. S’en suit un corps à corps d’hommes roulés sur le sol, et se servant de leurs baïonnettes comme d’un poignard.
Enfin c’est fini pour l’instant. Je m’aperçois que nous avons rejeté les Allemands dans le fond du ravin. Mais ils vont revenir, ils sont plus nombreux.
La deuxième attaque allemande se dessine. Ils remontent vers nous.
Personne n’attend les ordres, et nous tombons sur les assaillants spontanément. C’est de nouveau la mêlée sanglante. Plus rien ne compte, il n’y a que des hommes qui défendent leur peau, la bouche ouverte, les traits contractés, le regard halluciné. On marche sur les blessés et sur les morts, Allemands ou Français, uniformes grisâtres ou bleus. On entend leurs cris de douleur et d’agonie. Et pour une seconde fois l’ennemi fait demi-tour.
Le bataillon se dégage en contre-attaquant avec ses 2 compagnies de soutien. La 2ème compagnie en tête charge à la baïonnette, mais est contre attaquée par des forces supérieures pendant que le reste se replie lentement et en bon ordre sur Véel.
Des 120 hommes de la compagnie partis à la contre-attaque, seuls quarante huit répondent à l’appel.

15h – notre attaque sur Vassincourt a échouée et la 57ème Brigade se reforme à Véel.

Les différents corps se regroupent peu à peu. Ils arrivent l’un après l’autre. Nous sommes épuisés. On lit dans nos yeux la fatigue et nous traînons misérablement.
Le bataillon se reforme, tandis que nous attendons les ordres. Le commandant appelle les officiers. Peu de temps après les ordres tombent sans appel : « Tenez-vous prêts à partir dans une demi-heure, la division va recommencer son attaque ».
J’avoue qu’un sentiment de révolte nous traverse le cœur. Nous n’avons pas mangé, nous n’en pouvons plus

17h – la 57ème Brigade en deux colonnes se porte sur Vassincourt, le 6ème Bataillon de Chasseurs reçoit la mission de tenir jusqu’au sacrifice. Conformément aux ordres du commandant en chef : « l’heure des derniers sacrifices est arrivée. Il s’agit maintenant de tenir sur place et de mourir plutôt que de céder le terrain ».

19h – le bataillon arrive sur la crête en face de Vassincourt. La brume s’est levée, et la pluie commence à tomber.
Le bataillon reprend sa marche contre l’ennemi.
Le bataillon est placé derrière le 111e d’infanterie avec ordre de tirer sur tous les fuyards.

Marche à travers bois, le 111e fait un vacarme infernal . Nous sommes obligés de pousser des fractions entières de ce régiment.
(à suivre)

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Bataille de la Marne (2) - le 6ème B.C.A le 7 septembre

                     En souvenir de Terrisse Auguste,  de Meyras, Ardèche

                                     Chasseur de 1ère classe au 6è B.C.A.

                                            du 3 août 1914 au 19 août 1919

Texte composé par  Jean-François BURAIS à partir de différents témoignages.

Le 6ème B.C.A. à Vassincourt (1ère partie)

Lundi 7 septembre 1914
1h – départ de Guerpont sur Bar-le-Duc et Véel. Tout le monde tombe de fatigue.

La route est encombrée par une colonne de civils, surtout femmes et enfants fuyant l’envahisseur, emportant, certains un simple paquet, d’autres poussant une brouette ou une voiture d’enfant, d’autres encore juchés sur des voitures, ou des charrettes et poussant leur bétail.

Je croise une vieille grand-mère qui s’est toute endimanchée pour l’occasion, afin d’emporter sur elle toutes ses richesses. Elle pousse péniblement dans une brouette de campagne un petit gamin. Pauvre gosse, il est tout heureux et souffle désespérément dans un mirliton.

Tous ces gens surpris par l’ordre d’évacuation ont rassemblé à la hâte ce qu’ils pouvaient emporter et se sont mis en route sans savoir bien souvent de quel côté se diriger.

Vision lamentable qui me fait faire la réflexion : « il n’y a pas, il faut se faire tuer s’il le faut, mais venger ces pauvres gens ».

La pluie vient doubler notre fatigue du jour ! La colonne stoppe.
Est ce la peine de faire une pause ? On attend, on hésite, et bientôt un homme, puis deux, puis toute la section se couchent dans les fossés, comme résignés. Ah ! Ces arrêts, auteurs de désordre et de lassitude, qui par les à-coups qu’ils produisent, donnent l’impression d’un manque de méthode. Ils vont me rester longtemps gravés dans l’esprit.


Avant d’arriver à Bar-le-Duc, déjà la moitié du bataillon est à la traîne.

Pour me donner du courage et pour oublier la dysenterie qui me ronge les intestins j’essaye de me remémorer un vieil air appris à Peira Cava pendant mes classes :
            A quelle triste vie ?
            Que la vie de chasseurs !
            Qui vont là- bas à Nice !
            Comme des travailleurs !
            Quand toute la semaine !
            On a bien travaillé
            La salle de police
            Est là pour nous soigner (bis)……


Harassés de fatigue, nous marchons plus avec le cœur qu’avec les pieds.

7h – arrivée à Bar-le-Duc. Pour la première fois, nous avons laissé des traînards en route. Le bataillon est émietté, désagrégé, et pourtant il avance toujours.
Les gens de Bar-le-Duc nous regardent passer, avec une douloureuse émotion, on ne lit dans leurs yeux aucun reproche, je pense qu’ils sentent que nous ne pouvons pas faire d’effort plus grand. Ils ont devant eux un bataillon fantôme.

A Fains un pauvre ouvrier et sa petite fille ayant reçu l’ordre d’évacuer, nous donnent ce qu’il leur reste de victuailles en disant :

« Il vaut mieux que ce soit vous, que les Allemands qui en profitent ».

Le commandant arrive et attrape le Lieutenant Marc parce qu’il nous a permis de faire un café en attendant les traînards. Nous aurions dû aller sur la position d’abord et coûte que coûte.

Nous partons. Arrivés sur la position, la compagnie est représentée par Lieutenant Marc, Martinaggi, moi et 4 chasseurs. Le capitaine Faulconnier a été évacué, que faire ? Harassés, nous nous couchons.

Des traînards rejoignent petit à petit. D’autre part comment mettre une position en défense avec les quelques malheureuses petites pelles pioches dont nous pouvons disposer.
Toute la journée, un par un ou par petits groupes, les retardataires rejoignent leurs unités. « Les poussins égarés retrouvent l’aide protectrice de leur mère » dira l’un d’entre nous.

10h – le bataillon se rassemble à Véel avec le 24eme pour constituer un détachement de flanc. Il fait une chaleur lourde, nous apercevons au loin vers le nord, dans la direction de Laimont et Louppy le château, de l’autre côté du canal de la Marne au Rhin, comme de légers flocons de nuages. Ce sont les éclatements de l’artillerie adverse.

Un civil qui observe à l’aide d’une lunette dans la direction des explosions est ramené par le Lieutenant de Bertrand et présenté au Commandant. Le devenir de cet homme je n’en sais rien, espionnage ou curiosité procèdent trop souvent d’une façon semblable.

Nous n'avons rien mangé depuis deux jours.

15h – arrivée à Véel, le bataillon marche sur la ferme du Goulot et Couvonges.            

17h – nous occupons la ferme du Goulot. La ferme est pleine d’oies, de canards, de poulet etc.… je trouve le fermier et marchande avec lui pour lui en acheter. Je me dispute avec lui car il en veut un prix exorbitant.
Les avant-postes sont pris en avant de la ferme face à l’Ouest. La lune s’est levée, et la nuit s’annonce calme et belle, nous nous roulons dans nos manteaux à même le sol et nous nous endormons sur place. Voila bien l’agrément de la vie de campagne ! On se couche là où l’on se trouve.

Comme par hasard nous sommes dans un champ de betteraves !

Oh ! Ces champs de betteraves des plaines du nord ! J’en garde le souvenir hallucinant, car combien de fois ils furent le théâtre de nos luttes et de nos peines ! Le train régimentaire qui nous a laissés à Badonvillers et qui a rejoint par la route, nous ravitaille pendant la nuit.

Nous passons une nuit à la belle étoile, qui mérite pour une fois sont épithète, sans que la pluie vînt nous transpercer les os et la peau.

                                                         

(à suivre)

8h – le bataillon se porte sur une crête entre Fains et Véel et l’organise définitivement.

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Bataille de la Marne (1)

Par Monique B.

Le XVe C.A. à la bataille de la Marne :

Les régiments du XVe Corps ont joué un rôle capital dans la région de Vassincourt, en fermant aux Allemands l'accès de Bar le Duc.
C'est le 2 septembre qu'arriva l'ordre pour le 15e Corps de venir renforcer d'urgence la 3è Armée dans la région de Bar-le- Duc.
Par marches forcées, brûlant les étapes, sans repos depuis le 20 août, après avoir participé à l'offensive du Grand Couronné de Nancy, les soldats du XV se dirigent vers l'Ouest.


Le Général Carbillet qui a tenté en vain d'obtenir la garantie d'un jour de repos pour ses troupes, note dans son journal :
"Et on on repartira cette nuit, encore la marche sans arrêt, de la Mortagne à la Moselle, de la Moselle à la Meuse, de la Meuse à l'Ornain ! Où nous arrêterons nous "bone Deus" ?

Le 4, nous croyions pouvoir nous reposer aux cantonnements enfin atteints, mais... le repos est supprimé. On va nous embarquer en chemin de fer (sauf l'artillerie qui suivra les routes).
Diable, ça presse donc !"

Arrivés à Bar le Duc le 7 septembre au matin, les soldats, sans repos, sans ravitaillement, minés par la "cholérine" reçoivent l'accueil délirant d'une population anxieuse.
Sans tarder les régiments se reforment : les chasseurs alpins et le 112è sur la crête entre Véel et Fains, le 111è en arrière à 1500 mètres à l'est ; la 58è brigade se regroupe en réserve entre Véel et Combles.
Peu avant midi, le 38è régiment d'Artillerie débouche par la route poussiéreuse du Petit Juré et va se placer en position d'attente à l'est du château. Le 19e R.A. suit.
Mais pas d'intendance et pour tout ravitaillement, une seule distribution de pain.
Les hommes se partagent les fonds de musette, arrachent les quelques prunes vertes qui pendent aux arbres et en cette chaude journée, mendient l'eau rare que les villageois tirent inlassablement de leurs puits, vite épuisés.
Vassincourt est laissé aux mains de l'ennemi. C'est un coup dur.
Il est temps pour le XVe C.A. d'entrer en action.
Les Hussard sont déjà partis, le 24è BCA quitte Véel à 14h ; il est à Couvonges à 15h30, à Mogneville à 17h, le 6è BCA suit mais s'arrête à Goulot.
Le 111è et le 112è sont dirigés sur le chemin du Goulot à Mussey, sur le chemin du Bois de la Vaux-Vautier , et à Couvonges.
Un régiment de la 58è brigade se rassemble aux abords de Véel.
La 30è D.I. qui vient de débarquer à Nançois et Longeville fournit un détachement à Louppy.

Posté par moniqueB à 13:19 - Bataille de la Marne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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