de Marcel ANDRE dit ANDRE-BELLOT
(poète aveugle et sourd)
auteur de Fleurs de sang - Nîmes 1921

 

couronne-3 - Copie

 

LA COURONNE

Là-bas, au champ d'honneur, il avait dû tomber,

Blessé grièvement, il vient de succomber,

Le major, bien souvent, examinant ce brave,

En secouant la tête, il répétait : C'est grave !

Déjà, dans le jardin, le char funèbre attend

Ce sublime héros, cet ardent combattant,

 

Aux abords de l'hospice et jusques à la grille,

La foule au fantassin, lui tient lieu de famille,

Ah ! quel recueillement ! chacun verse des pleurs !

Sur le char, on a mis le drap aux trois couleurs.

Dans cette foule émue, où chaque âme frissonne,

Une d'elles aperçoit le char nu, sans couronne.

 

Vos aïeules, jadis, livrèrent des combats,

Devant vous, je m'incline et je dis : « Chapeau bas !

Dans votre dévouement, vous bravâtes la peste,

Femme de Marseille, humble et toujours modeste

Et, celle que je chante au cœur noble ignoré,

Surgit subitement, dans un groupe éploré.

 

Son regard ne pouvait voir ce char sans couronne ;

Ce luxe, à cet enfant, il faut qu'on le lui donne !

Et soudain, relevant les coins du tablier,

Sans penser au refus, qui peut l'humilier,

D'un pas ferme, elle part, avec cette sébille,

Quêtant dans tous les rangs de la foule immobile !

 

« Donnez, mes bons amis ! donnez un petit sou,

« C'est pour une couronne à ce brave pioupiou !

Tandis qu'à ce héros, on présente les armes,

La foule émue a peine à retenir ses larmes, 

 

Cette couronne, avec son ruban violet,

Donne, à cette heure triste, encore un gai reflet,

Sur cet emblème, on lit : “Aux morts pour la Patrie” !

Derrière le convoi, la foule pleure et prie.

 

 A Marseille, 3 Novembre 1914.