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        Auguste Caremil

Mardi 29/09 : Voilà exactement un mois que nous avons pris contact avec l'ennemi. Hier une patrouille française opérait devant nous et s'est rapproché des Prussiens. Nous avons suivi tous les mouvements et nous pensions pouvoir marcher en avant. Nous sommes toujours à notre poste et voilà la sixième nuit passée au grand air. Il fait très froid et la pluie a commencé à nous arriver. La nuit dernière nous recevons une grêle de balles à la tombée de la nuit, les Prussiens nous tâtent mais nous ne répondons presque pas, on leur laisse ignorer le nombre des troupes qui sont devant eux. Nous allons encore coucher à la tranchée cela fait la septième nuit.


Mercredi 30/09 : Jamais je n'avais eu aussi froid que cette nuit ci. Enfin à 07h00 on vient nous donner l'ordre de partir. Nous voici au quartier général où nous sommes ensemble, qu'allons nous y faire? Après marche et contremarche nous nous installons à la nuit tombante à la lisière d'un bois pour dormir. A peine installés on nous donne l'ordre de partir et nous faisons quatre kilomètres sous bois pour nous rendre à MONTZEVILLE où nous cantonnons.

 

montzeville

 


Jeudi 1er octobre : Bonne nuit passée à MONTZEVILLE. Départ à 14h00 et nous venons à PAROIS, où nous avons séjourné trois jours il y a une semaine. Nous arrivons à 18h00. Je suis chef du poste de police. A PAROIS nous trouvons du changement. Bien que l'ennemi ait reculé, les arbres sont coupés, les habitants partis et tout le village entouré de barrages et de tranchées. Je me demande quelle manoeœuvre nous faisons. Nous tournons toujours autour de MONTFAUCON, Tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Nous prépare-t-on une campagne d'hiver ?


Vendredi 2/10 : Réveil à 05h00 et prêts à partir, comme toujours on attend des ordres. Nous demeurons à PAROIS et sur ma demande je reste au poste de police. Nous sommes très bien logés et les hommes sont très heureux que j'ai obtenu de rester là.


Samedi 3/10 : PAROIS encore, et poste de police pour ma demi-section. Demain à 6h00 j'irai à la messe pour mes pauvres camarades morts depuis le début de la guerre.


Dimanche 4/10 : Ce matin à 6h00 je suis allé à la messe. J'en sors tout impressionné et ému. En voyant le prêtre monter à l'autel, les larmes me sont venues aux yeux et je me suis retenu pour ne pas pleurer à chaudes larmes. Je voyais ma mère, ma femme, mon grand-père et tous les miens agenouillés à l'église de mon cher pays priant pour ceux qui sont loin d'eux. Ce soir nous repartons aux tranchées en première ligne face à l'ennemi. Nous allons à la forêt de HESSE.

hesse-messe - Copie



Lundi 5/10 : Nous avons quitté PAROIS à 16h45 et nous arrivons aux tranchées à 19h00. Nuit tranquille. On nous a apporté de la paille pour mettre dans les tranchées sur nos jambes. Nous avons moins froid.


Mardi 6/10 : Journée tranquille aux tranchées.


Mercredi 7/10 : Attaque par notre artillerie à 08h00. J'ai passé une partie de la soirée d'hier à faire des barrages en fil de fer devant l'ennemi. A 09h00 notre artillerie attaque le bois de CHEPPY et le bombardement continue jusqu'à 14h00. Sur notre droite une compagnie du 112e monte prudemment par section jusqu'à 100 mètres du bois. Arrivée là et protégée par le feu de nos mitrailleuses et par l'artillerie elle monte à l'assaut en essuyant le feu de l'ennemi. Elle est arrêtée à la lisière du bois par les fils de fer allemands et est obligée de se replier en arrière. Je crois qu'il n'y a pas eu beaucoup de morts. Cette attaque ayant manqué, nous passons encore la nuit en haleine car on ne vient pas nous relever.


Jeudi 8/10 : Nous avons reçu hier des obus toute la journée. La nuit a été très froide. Ce matin tout était blanc autour de nous. Les Allemands commencent le feu avec leur artillerie, il est 08h00. Les nôtres ne répondent pas. A 17h00 ils commencent et à 19h00 le 3e de ligne vient après avoir mangé nous nous couchons et le matin à 5h00 nous allons faire des tranchées. La journée se passe bien et nous nous reposons.


Vendredi 9/10 : PAROIS et repos.

parois2




Samedi 10/10 : Repos


Dimanche 11/10 : Repos, je crois que nous partirons ce soir. J'ai quitté PAROIS à midi pour aller avec les sous-officiers du régiment pour reconnaître les emplacements occupés par le 3e de ligne que nous allons relever. Au moment où nous avions terminé la reconnaissance les obus sont tombés en quantité et les balles des shrapnels sifflaient à nos oreilles. Cinq ou six hommes sont blessés à côté de moi et un autre pauvre malheureux décapité. A 07h00 nous allons rejoindre le régiment pour l'emmener à sa place. Nuit assez tranquille.


Lundi 12/10 : Journée peu mouvementée. Le soir nous plaçons des fils de fer devant les tranchées pour nous protéger des attaques. Fusillade de nuit très courte.


Mardi 13/10 : Grêle d'obus dans l'après-midi. Nos tranchées sont couvertes de terre et les éclats tombent à côté. Personne n'est blessé à la compagnie. Le soir, vive canonnade, fusillade sur la gauche.

Mercredi 14/10 : Journée mouvementée. Les obus tombent à côté de nous et tuent quatre artilleurs et en blessent cinq autres à 10 mètres de la tranchée de notre capitaine. On doit venir nous relever ce soir. A 13h00 on nous annonce que l'infanterie allemande va nous attaquer. Nous sommes prêts à la recevoir. Passerons nous pour cela une nuit et un jour de plus aux tranchées ? A 17h00 une grêle d'obus encadre notre tranchée. Nous n'avons qu'un blessé, c'est vraiment miracle. Le 3e de ligne peut nous relever. Nous partons et arrivons à BRABANT EN ARGONNE à 09h00 du matin.


Jeudi 15/10 : Repos à BRABANT.


Vendredi 16/10 : Repos.


Samedi 17/10 : Repos. Nous comptions partir ce soir mais nous restons une nuit de plus.


Dimanche 18/10 : Départ à midi pour les tranchées. Nous arrivons à 7h00 du soir pour relever le 3e de ligne. Je suis avec ma section aux avant-postes. Nous sommes à 60 mètres de l'ennemi et nous n'avons qu'un petit ruisseau qui nous sépare. Nous sommes au "pont des quatre enfants" au pied des forêts de HESSE et de CHEPPY.


Lundi 19/10 : Réveil par les coups de fusil. Journée tranquille, mais impossible de faire un mouvement, si nous nous montrions on ne manquerait pas de nous tirer dessus. A la nuit on nous apporte les vivres et nous mangeons tout froid.


Mardi 20 et mercredi 21/10 : Toujours même position.


Jeudi 22/10 : On a reçu hier à la nuit un paquet de lettres. Il y en a quatre pour moi. Avec quelle impatience j'ai attendu le petit jour pour les lire ! J'en suis tout heureux. Maintenant nous allons prendre le café froid que l'on nous a apporté hier. Ce soir nous serons relevés. Sommes relevés à 7h00. Nous recommandons la vigilance à nos remplaçants car le poste que nous venons d'occuper est des plus dangereux. La relève nous prend un temps infini en raison de la clarté. Nous arrivons à PAROIS à 01h00 du matin. Notre brave capitaine nous avait fait préparer un repas chaud et en route il nous avait laissé des cuisiniers qui nous attendaient avec du thé chaud ; délicate attention dont nous lui serons tous, moi en particulier, très reconnaissants.


Vendredi 23/10 : Bonne nuit passée dans un lit avec le sergent major. C'est la première fois depuis deux mois que je me déshabille pour dormir. Nous apprenons avec peine au réveil que le petit poste que nous venions de quitter hier, a été enlevé pendant la nuit. Les hommes et gradés du 3e n'avaient sûrement pas écouté nos recommandations et devaient s'être endormis. Il y a eu plusieurs morts et des prisonniers. Le jour même que nous étions venus l'occuper il y avait eu également quatre hommes du 3e qui avaient été tués.


Samedi 24/10 : Repos. Avons travaillé aux tranchées ce matin.


Dimanche 25/10 : Repos.

                                                 à suivre---------------------------------