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De Maurice MISTRE-RIMBAUD
-Des républicains diffamés pour l'exemple, 2004
-La légende noire du 15e corps, 2008 
 

 

MORHANGE LA NON-VICTOIRE,
              SARREBOURG, LA DEFAITE,
                                DIEUZE,  LA HONTE !!

Appliquant à la lettre, le plan XVII, prônant l'offensive en Lorraine annexée (Moselle) le 12e jour suivant la mobilisation, la IIe armée de Castenau "envahit" le 14 août, l'Allemagne direction Berlin via Morhange, Dieuze et Sarrebourg.

La bataille des frontières commence. C'est l'offensive à outrance, la guerre de mouvement. Les Français, habillés de pantalons rouges et de capotes bleu foncé, s'élancent, baïonnette au canon, à la rencontre des Allemands, comme au temps des guerres napoléonniennes !
Ceux-ci ayant connaissance du plan se sont repliés sur les hauteurs, avec leur artillerie et les attendent, laissant la plaine libre.

 

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                                                               lignes de front les 19 et 20 août 1914

Le 18 août, Castelnau donne son instruction n° 3 :
"Le 16e CA (général Taverna) débouchera de la zone des étangs entre Loudrefing et la ferme de l'Espérance,
le 15e  CA (général Espinasse) attaquera depuis Zommange jusqu'à Mulcey en direction de Benestroff, sa gauche prendra pied dans la forêt de Bride et de Koeking et cheminera par les lisières sud-est,
le 20e CA (général Foch) attaquera entre Marsal et Chambrey en vue d'atteindre le front Rodalbe-Baronville."

Le 19 août, le sergent-major Toussaint Martelli cherche à se rassurer :
"J'ai eu le bonheur, ce matin, de voir Jean. Il n'est pas loin de moi et se porte bien. Pour le moment tout va bien. Espérons que ce sera toujours la même chose." (1)

A 14h, Espinasse lance à Castelnau un SOS pathétique :
"Bidestroff est battu de façon méthodique et terrible par l'artillerie ennemie. Impossible de se maintenir et de déboucher du front Bidestroff-Wolfert si on ne fait pas taire l'artillerie ennemie qui tire et paraît en position entre Domnon et Bassing ou bien si le 16e corps n'enlève pas les positions des batteries ennemies. Première ligne et réserve se maintiennent sous une grêle d'obus." (2)

A Paris, à 23h, le communiqué officiel annonce :
"Nos troupes débouchent sur la Seille : elles occupent Château-Salins et Dieuze, mais la progression est forcément très lente, dans la partie centrale. En fin de journée, nous atteignons d'un côté Delme, de l'autre, Morhange."

Le 20 août encouragée par un brouillard qui règne sur tout le champ de bataille, débute la grande contre-attaque allemande. Ce sont les batailles de Dieuze (15e CA), de Cutting (16e CA) et de Morhange (20e CA).
"Quelle tuerie ! Quel enfer ! L'infanterie provençale amenée au pied de l'échafaud, le carnage va s'acharner sur elle, sans trêve pendant des heures." déclare le lieutenant Rostin (3)

 

Loudrefing



"Lorsque le matin arriva, nous entendîmes, dans le lointain, les coups de feu des éléments de sûreté qui se repliaient sur le village de Vergaville. C'était la formidable offensive allemande qui venait de se déclencher à son tour et qui força l'armée de Lorraine à se replier sur Nancy et sur Lunéville... Bientôt, pendant que le soleil se levait, nous eûmes une vision qu'il vaut vraiment la peine d'évoquer. Environ à 800 mètres de nous se profilait une crête. A cette crête, apparurent d'abord les patrouilleurs, puis les unités ennemies qui, brusquement, se déployaient lorsqu'elles arrivaient à la ligne de faîte. On voyait les fantassins grisâtres se porter en courant vers la droite et vers la gauche, et dégringoler la pente au plus vite pour aller chercher un abri dans un chemin creux, en progressant droit sur nous... Mais nous ne restions pas inactifs et mes hommes, abrités derrière leur mur, tiraient sans arrêt sur cette véritable avalanche humaine ; car les troupes ennemies qui pousssaient ainsi de l'avant et marchaient sur Dieuze étaient vraiment nombreuses."(4)

Voici la même situation vue du côté allemand :

"Nous avons passé la nuit du 19 au 20 à Burgaltdorf, dans les tranchées, nous attendant à une attaque de la part des Français. De temps en temps, des coups étaient échangés par des patrouilles en reconnaissance. Mais les Français n'avancent pas.
A 5 heures et demie du matin, l'ordre est donné d'attaquer les positions françaises à l'ouest de Dieuze.  Les Français avaient une position avancée dans les bois de Monack au nord-ouest de Vergaville. En dépit des obstacles (l'avoine très haute en était un dans les champs), nos mitrailleuses eurent bientôt raison de ces résistances. L'attaque à la baïonnette fut ordonnée contre l'aile doite. Les Français durent regagner leurs positions principales d'où leur artillerie tâchait de nous arrêter, mais en vain. Nous avancions toujours. Les champs jonchés de cadavres français montrent l'acharnement de la lutte. Notre artillerie prit l'ennemi sous ses feux. A gauche, les Français se replient sur Dieuze. Le chemin de Vergaville à Guebling était jonché de pantalons rouges." (5)

C'est la défaite et Castelnau ordonne, à 10h10, un mouvement de retraite générale prescrivant au 15e corps de venir s'établir sur Marsal, indique au 16e corps de prendre comme direction de repli Réchicourt-le-Château, somme le 20e CA de tenir Château-Salins.
Notre étude comptabilise, du 2 au 20 août 1914 :  4172 tués au 15e CA de Provence d'Espinasse
et le Service Historique de la Défense 3462 au 20e corps de Lorraine de Foch.

A Paris, 23h, communiqué officiel :

"La journée d'hier a été moins heureuse que les précédentes. Nos avant-gardes se sont heurtées à des positions très fortes et ont été ramenées par une contre-attaque sur nos gros, qui se sont solidement établis sur la Selle et sur le canal de la Marne au Rhin."

 

AK-Schlacht-Gefecht-bei-Saarburg-am-20-Aug-1914-Deutsche-Infanterie-Attacke-Kreuz-der-Jesus-Statue-wird-zerschossen


21 août, 19h, le général Joffre déclare par téléphone à Messimy, ministre de la guerre :
"J'ai fait replier en arrière le 15e corps qui n'a pas tenu sous le feu et qui a été cause de l'échec de notre offensive...."

22 août, à Paris, Le Matin écrit : "communiqué officiel : en Lorraine nos troupes se replient."
24 août, à Paris, un article infamant, consacré à la bataille de Morhange paraît dans Le Matin :
"la vérité sur l'affaire du 21 août, le recul en Lorraine."
... Un incident  déplorable s'est produit ...  Une division du 15e corps, composée de contingents d'Antibes, de Toulon, de Marseille et d'Aix, a lâché pied devant l'ennemi..."
Il est signé d'un sénateur-journaliste parisien, Auguste Gervais, la légende noire du 15e CA vient de naître.

Seuls des  esprits simples, préparés par une presse chauvine et revancharde, abusée par des communiqués glorieux, étaient persuadés que la victoire était assurée.
Ils retiendront la non-victoire impensable de Foch et de son corps d'élite à Morhange et la lâcheté des méridionaux à Dieuze !

Notes:

(1) Toussaint Martelli sergent-major au 173e RI 15e compagnie le 19 août à Dieuze. Retranscrit par Monique Bourgeois-Martelli
(2) 14h, note d'Espinasse à l'E.M. de la IIe armée
(3) Gaget Olivier, "Un Officier du 15e corps" - C'est-à-dire Editions 2008
(4) Un carnet d'un officier de chasseurs alpins Georges Bertrand, Berger-Levrault, 1916
(5) lodace.com/histoire/bataille