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De Maurice MISTRE-RIMBAUD

UN PITCHOT ENTRE-CASTELEN  3/3

 

BATAILLE DE CHAMPAGNE

Un grand merci à Didier le chtimiste pour m'avoir fourni certaines cartes !

champagne1915septembre_grand___Copie

Du 21 au 27 décembre 1914, le 4e RIC organise le terrain conquis et repousse deux violentes contre-attaques.
Il se contente de tenir. Pertes 10 tués.

Le 28 décembre, partant de la "main" de Massiges, le 4e RIC attaque les tranchées de la  Verrue au nord-ouest
de la cote 191. Très mauvais temps.
Le 1er bataillon Duchan se lance à l'attaque à 11h30. Cette action permet de prendre pied dans les tranchées
ennemies et de conserver cette position toute la journée. Au cours de cet assaut le 4e RIC a subi de lourdes
pertes,car les mitrailleuses allemandes ont fait beaucoup de dégâts (42 hommes tués).
A la tombée de la nuit, la position conquise est évacuée.

A partir du 1er janvier 1915, l'artillerie française mieux approvisionnée en munitions harcèle constament
l'ennemi. Le 29 janvier au soir, le 4e RIC est relevé pour aller au repos à Courtemont pendant 6 jours.


Le 3 février, alerte à minuit, les Allemands ont fait sauter plusieurs mines au nord de Massiges et lancent
une attaque. Le 4e RIC reçoit l'ordre de remonter par le pont de Minaucourt vers la cote 191 et Massiges.
Malgré tous ses efforts, il ne peut reprendre les positions et le commandement supérieur se résigne à l'abandon
de la cote 191 et de la "main" de Massiges. Il choisit au contraire de reporter la défense sur la rive droite de la
Tourbe, en conservant Massiges et la tête de pont de Ville-sur-Tourbe.
Ces deux journées ont coûté cher au 4e RIC : 213 tués.

Minaucourt_Pont

Le 16 février, les Allemands reprennent le fortin 
Le 21 février, Emilien Dubourg écrit à sa femme :
"Aujourd'hui il pleut mais il ne fait pas froid. Il faut faire toujours courage et patience encore un peu..." 
Qu'espère-t-il ?,

Le 22 février, à 16h, l'assaut est donné et le fortin est enlevé mais reperdu le lendemain.

25 février, arrivée à Minaucourt (Marne) des 1er et 2e bataillons (avec Emilien Dubourg) du 4e Colonial chargés
de faire, avec le 2e bataillon du 22e une nouvelle attaque du fortin allemand au nord de Beauséjour.

22 mars, bombardement intense de six heures sur les tranchées de 1ère lignes et les abris de réserve, fusillade
toute la nuit en première ligne : 3 tués et 8 blessés.
23 mars, le bombardement s'est ralenti dans la journée. Vers minuit, les Allemands attaquent le fortin.
Ils sont reçus par les 9e et 12e compagnies.
24 mars, 9h, les Allemands déclenchent une attaque à la balle explosive contre le fortin. A 21h, le 22e RIC est
relevé par le 4e RIC d'Emilien Dubourg. Relève jusqu'à 4h du matin. A l'arrivée dans le ravin de Beauséjour,
il est  bombardé par l'artillerie lourde allemande.
Les tranchées des premières lignes sont remplies de cadavres entassés.
Le 30 mars, le 24e Colonial vient relever le 4e RIC qui va au repos à Hans.

Début avril, l'armée allemande reprend l'offensive. Son artillerie recommence le bombardement implacable du
fortin de Beauséjour.

Beausejour_fortin_2
Le 5 avril, le 4e RIC reçoit l'ordre d'aller occuper le secteur de Beauséjour. Il quitte Hans à 16h30. En passant une
crête entre Hans et Margessoul, il est aperçu par l'ennemi qui occupe la cote 191. Il essuie le tir de l'artillerie lourde
qui l'oblige à attendre la tombée de la nuit dans une vallée. Le régiment arrive à la borne 16 vers 21h.
Le parcours dans le boyau qui relie la borne 16 aux tranchées est excessivement difficile car les hommes s'enlisent
dans une couche de boue de 50 cm. Vers 2h du matin la relève est achevée.

Le 6 avril, le 4e RIC est occupé à la réfection des parapets, des tranchées et au nettoyage du boyau de communication.

Un déserteur allemand fait prisonnier, Schlader, annonce une attaque pour le 8 sur le front de Beauséjour.
Ses affirmations sont tellement précises que des ordres sont donnés pour parer.
Effectivement, le 8 avril, l'attaque se déclenche vers 17h30 par un bombardement soutenu. Puis vers 18h30, les
Allemands sortent de leurs tranchées et sautent sur le fortin, les tranchées 1, 2 et E, soit à gauche et à droite du fortin.
Une fusillade intense éclate.
Ils réussissent à pénétrer dans les deux tranchées tenues par la 8e compagnie du sous-lieutenant Albertini, avec
Emilien Dubourg. On se bat à coups de baïonnettes.
Les Allemands se sont emparés d'environ 250m de tranchées qui doivent être reprises afin que l'ennemi ne puisse s'établir
de façon définitive.
Le 9 avril 1915, le reste du 2e bataillon est envoyé en renfort pour les chasser. Deux compagnies du 4e Colonial et la 7e
du 22e Colonial sont désignées pour exécuter l'assaut. La contre-attaque échoue. Des barrages de sacs de terre sont montés
pour arrêter l'avance ennemie.
Dans la nuit une deuxième contre-attaque est déclenchée. Mais dans l'obscurité de la nuit, il est difficile de coordoner les
efforts. Il fait un temps épouvantable, ce qui n'arrange pas les choses, la pluie est diluvienne, il fait froid et il y a de fortes
bourrasques de vent, et pour finir les tranchées sont inondées, et les hommes couverts de boue. Ces boyaux pleins de fange
rendent l'approche difficile, pourtant les Allemands sont néanmoins refoulés d'une quarantaine de mètres.
La vigueur et la rapidité de l'assaut, l'aide efficace apportée par les mitrailleuses et la précision de l'artillerie contribuent
largement au succès. La ligne est rétablie intégralement, mais le marmitage des 77 allemands sur les premières lignes
occasionne des pertes. Au cours de cette journée de bataille 73 hommes seront tués.

Est-ce lors de l'attaque allemande du 8 ou lors de la contre-attaque du 9 qu'Emilien Dubourg est tué ? En tous les cas il est porté
disparu au nord de la forêt de Beauséjour à Minaucourt. Et comme signe du destin, son fils Fernand naîtra le 15 avril 1915.

Sans nouvelles depuis le 21 février, sa femme Célina va entreprendre des recherches, tout azimut. Elle va collecter des articles
de journaux, évocateurs de sa détresse et de son espoir : Pensons aux soldats ;  Les phrases que l'on entend ; La durée de la guerre ;
Il ne faut pas désespérer ; Un disparu de 1914 arrive au Havre ; etc...

Elle écrit aux institutions civiles et militaires, à la croix rouge... Et...
Le 13 mars 1916, le ministre espagnol des affaires étrangères, lui adresse une lettre dans laquelle il lui signale que
"L'Ambassadeur de SM me communique qu'il a rencontré sur les listes de la croix rouge allemande un Emile Dubourg,
matricule 554, classe 1909, comme mort, ignorant d'autres détails".

Campagne contre l'Allemagne du 4 août 1914 au 9 avril 1915, soit 250 jours.
Il reçut 5 médailles (Médaille militaire, Croix de Guerre, Croix du combattant, Médaille commémorative 14-18,  Médaille Interalliés).

Hans_plaque___Copie