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De Maurice MISTRE-RIMBAUD

UN PITCHOT ENTRE-CASTELEN  1/3

 

Emile Dubourg


Né le 25 juin 1889 à Villecroze, cultivateur, fils de Jean Baptiste Marius et de Guiol Marie Célestine,
1,69m. Matricule 554. Habitant aux Gaboins, commune d'Entrecasteaux (Var), marié.

Rappelé et mobilisé le 2 août, il arrive le 4 à Toulon au 4e Régiment d'Infanterie Coloniale, 2ème bataillon, 8ème compagnie. Ce jour là, il écrit à sa femme Célina :

"Toulon le 5 août 1914   Ma chère Nina,
Je vais te donner encore un peu de mes nouvelles. Je suis toujours en très bonne santé et je désire qu'il en soit de même pour toi et toute la maison. Quand tu mécriras, tu me diras un peu ce que vous faites là-bas. Je pense que vous devez avoir du travail. Mais ce que je te recommande de bien manger et bien boire et faites toujours bien courage parce que moi je fais la même chose.
Je pense bien que dans 30 jours je serai de retour. Nous devons partir vendredi matin, nous allons à Paris et nous ne combattrons pas, nous garderons Paris. Tu donneras de mes nouvelles à tous les parents de là-bas de Sante Pauli, de Gabouïl et de Coste longue.
Plus grand chose à te dire pour le moment. Quand tu écriras, tu me diras un peu à la position que tu es
(1)  et ça me fera plaisir.
Reçois de ton mari, une bonne caresse à toi et à toute la famille et vas voir un peu mes parents ça me fera plaisir. Ma chère Nine, je te dis au revoir".

Le départ est retardé, il s'effectue le samedi 8 août, à 4h, en wagon à bestiaux.
Le régiment débarque le 11 août à Mussey (région de Révigny (2) ,Meuse) à 17h.

 

Mucey-lagareGare de Mussey (Meuse)


Du 12 au 21 août, le 4e RIC, à pied, en pleine chaleur, va à Baâlon (55) en passant par Génicourt/Condé, Bulainville,Stenay. Epuisés beaucoup de soldats se couchent le long de la route, il faut les menacer pour les faire avancer.

BATAILLE DES ARDENNES
Le 22 août, le régiment quitte Baâlon pour aller avec la 2ème DIC en Belgique (Pinsamont, Izel et Valansart).

Le 23 août, le 4ème RIC essuie pendant plus de six heures une violente canonnade. Il prend une position défensive entre les villages de Jamoigne et de Valansart et contient l'ennemi avec l'appui de l'artillerie.

Incapable de tenir face aux forces allemandes, le 24 août vers 1h du matin, l'ordre est donné de se replier sur
Villers-devant-Orval, frontière Franco-Belge. Jusqu'à 4h du matin, les hommes du 4e RIC vont marcher de nuit dans la forêt pour établir un avant-poste à Margny (08).

Le 26, malgré ses positions qui tiennent tête à l'ennemi sur les hauteurs de Saint Walfroy et de Lamouilly, le régiment doit se replier vers Inor pour finalement atteindre le bois de Jaulnay.
La nuit est mise à profit pour organiser la défense de ce bois. Les bataillons Vallier (1er) et bataillon Pruneau (3e) sont chargés de couvrir les abords de Luzy (55) et de Martincourt, tandis que le bataillon Vacher (2e) reste en réserve sous le bois.
Pendant la nuit, les Allemands parviennent à se glisser par les ponts partiellement détruits d'Inor et de Martincourt et à établir des passerelles sur la Meuse.

Bois Jaulnay

Le 27 août, vers 7h du matin, sous la protection de leur artillerie, ils franchissent la Meuse, et attaquent les avant-postes du 4e RIC. Les trois bataillons du 4e RIC côte à côte, luttent avec bravoure mais n'ont pas  l'appui de leur propre artillerie, car le champ de bataille, couvert par la forêt et le mauvais temps, n'offre pas une visibilité suffisante.
Dans cette bataille du bois de Jaulnay, le 4e RIC aura 276 hommes tués. Les débris des trois bataillons se reforment à la ferme de Belle Tour, à 4km au SO de Beaumont (08).

Le 31 août à Châtillon-sur-Bar (08), les combats reprennent. L'ennemi se retire vers la Meuse. Le 3 septembre, les Allemands qui ont pu s'approcher par surprise de Saint-Rémy/Bussy où bivouaque le 4e RIC, provoquent une véritable panique. Le calme est rétabli vers 16h.

Le 4 septembre, le 4e RIC atteint Vannault-le-Châtel (51) vers 8h. Dans l'après-midi, il prend au nord du village sa position, mais aucun contact avec l'ennemi ne se produit.
          A suivre...

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(1) sa femme Céline est enceinte
(2) ce lieu, Révigny-Vassincourt, sera le 9 septembre 1914 le cimetière du 111e RI du 15e corps