de Charles Albert POIRIER
caporal au 97e R.I.
+ le 21/03/1917 à Coeuvres, Aisne

 

LaMarseillaise

LA VOIX DES TOMBES

Lorsque vous passerez après nous sur la route
Où nous avons peiné, où nous avons souffert
Sans avoir d'autre abri que la céleste voûte,
Lorsque tous les démons rentreront en enfer,
Lorsque la paix enfin renaîtra sur le monde,
Vous chercherez en vain la trace de nos pas ?
D'autres auront passé dans l'orage qui gronde ;
Nous aurons disparu des choses d'ici-bas,
Et nous aurons péri comme ont péri les autres
Dans la plaine de sang où nous serons tombés ;
Quelques croix, seulement, au milieu des épeautres
Diront dans quels sillons nous aurons succombé.
Peut être bien qu'alors, les yeux mouillés de larmes,
Vous vous arrêterez sur nos jeunes tombeaux
Où nous fûmes couchés dans le fracas des armes.
Vous jetterez des fleurs et des lauriers nouveaux
Sur des noms inconnus, ignorés de la foule,
Et vous vous souviendrez de vos jeunes aînés
Que la mort a saisis comme un torrent qui roule
Des arbres, des rochers, par le flot entraînés...
Lorsque le soir viendra, assis à votre table
Entourés de bonheur, d'amour et de douceur,
Que vous respirerez une joie ineffable,
Pensez, pensez à nous dans vos fêtes du coeur !
Vous songerez alors que, si la vie est douce,
Si votre femme est belle et vous sourit toujours,
si votre nid d'amour est bâti sur la mousse,
Si vos enfants rieurs égaient vos alentours,
C'est parce qu'autrefois de fiers soldats de France
Ont quitté pour toujours les espoirs d'ici-bas,
Qu'ils ont abandonné les lieux de leur enfance,
Qu'ils sont partis gaiement ne se retournant pas,
Que la terre leur fut une sûre défense
Où pendant de long mois ils se tinrent cachés,
Et parce qu'ils sont morts dans les plaines immenses
Où comme de grands blés ils ont été fauchés !

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