de Jorgi NOGUIER (*)
Recaliéu e Belugueto
Imprimerie Bené
12, rue Pradier, Nîmes
15 juillet
1980

 

ELI
(AU SENATOUR GERVAIS)
 

Au desparti pèr la batesto
De-vers lou cèu levè la tèsto,
Laissé l'araire e lou bichard,
Sens espera fin de journado,
Laissé la jouncho entemenado,
Païsan se fagué soudard.

E pèr apara la bandiero,
Escalo mount, passa ribièro,
Desempièi quau-saup quant de jour ;
E desempiéi quant de nuechado,
S'enfangant dedins li tranchado.
Es aqui l'enfant dou Miejour.


Es aqui que bèu au cibòri,
De la misèri e de la glòri,
'Mé l'ahirance dins lou cor;
Mai se sa bevendo es amaro,
Ié segué ier, i'es encaro
Ié sara sèmpre sens descor.


Sèmpre valent dins la bataio
S'es esfata countro la Daio
E noun se coumpton sis estras ;
E pièi vous diran, li bramaire,
Qu'a pas fa soun devé... Pecaire !
Que se perd de cop de mastras !

Grand-Séraucourt (Aisne) 29 d'oùtobre 1917

(*) Georges Noguier combattait avec le 163e Régiment d'artillerie,
18° section
Il a été le correspondant de diverses revues, notamment
Lou Gal,  lou Cacalaca, la Revue des Indépendants
de 1917 à 19125l

Traduction:

EUX
(au sénateur Gervais)

"Ce sont les soldats du 15e corps qui sont responsables de nos premiers échecs" (1)
Gervais, sénateur embusqué et marchand de fromages. Article du Matin

En partant pour la lutte
Vers le ciel il leva la tête,
Laissa la charrue et la bêche,
Sans attendre la fin de la journée,
il laissa la tâche commencée.
De paysan il se fit soldat.

Et pour défendre le drapeau,
Il gravit les monts, traverse les rivières,
Depuis on ne sait combien de jours.
Et depuis on ne sait combien de nuits,
S'enlisant dans les tranchées,
Il est là l'enfant du Midi.


Il est là, buvant au ciboire
De la misère et de la gloire.
Avec la haine au fond du coeur.
Mais bien que son breuvage soit amer,
Il y était hier, il y est aujourd'hui,
Il y sera toujours sans se décourager.


Toujours valeureux dans la bataille
Il s'est déchiré contre la Faux
Et ses blessures ne se comptent pas.
Et puis, ils vous diront les râleurs,
Qu'il n'a pas fait son devoir... Peuchère !
Qu'il se perd de coups de bâtons !

 

 

(1) Attirés dans un guet-apens et mal commandés, les soldats du 15e corps se défendirent courageusement mais furent presque tous massacrés à l'attaque de Dieuze en août 1914.