De Joseph DELORT (1894-1916)
173e R.I.
2 novembre 1915

LE JOUR DES MORTS

Lugubrement la cloche tinte,
C'est aujourd'hui le Jour des Morts
Le vent jette sa longue plainte
Dans la campagne couleur d'or...

Dans les cyprès du cimetière
Les moineaux gris, bien tristement
Jettent leurs cris, douce prière,
De ceux qu'on croit indifférents.

La vieille église, en sentinelle,
Voit défiler les pèlerins
Qui vont couronner d'immortelles
les vieux crucifix de fer peint...

La foule anxieuse et recueillie
S'agenouille autour des tombeaux...
Chacun dans un murmure prie,
Tristement, comme les moineaux...

L'angoisse étreint les coeurs, les âmes,
On se relève pieusement,
Les pleurs voilent les yeux des femmes,
Qui se signent dévotement.

L'angelus sonne dans la brume,
On prend le chemin du retour,
Sans hâte vers le bourg qui fume
En songeant et priant toujours.

Copie_de_chapelle_provence