Ce texte est la propriété de son auteur-La reproduction n'est pas autorisée

 

De Maurice MISTRE-RIMBAUD

Sources:
Henry ANDRAUD "Quand on fusillait des innocents" Gallimard 1935
Jacques GIRAULT "Le Var rouge" publication de la Sorbonne 1995
Témoignage de sa petite-fille
.

 

 

Marius MARCEL de Carcès    (suite) 

Ce 6 août, Carcès apprend donc la nouvelles ! Cette information sibylline a du en troubler plus d'un !
La sinistre dépêche a-t-elle été affichée à la mairie ? [6]

La flétrissure s'abat sur le village jusqu'en 1919, lorsque la Ligue des Droits de l'Homme entame une campagne en faveur des victimes des conseils de guerre et des cours martiales.

Les dossiers varois concernent Auguste ODDE de Six-Fours et Marius MARCEL de Carcès mais aussi ceux de Marty et des marins mutins de la mer Noire.[7]

Pour Marius MARCEL, ce fut long. Après le rejet d'un recours en révision par la cour d'appel d'Orléans le 12 décembre 1922, il fallut attendre une lettre du garde des Sceaux du 27 janvier 1926 pour permettre la révision.

carces_squarepoilu

Gazan, le maire bleu horizon de Carcès est quelque peu timoré.
La Ligue des associations des mutilés de Draguignan s'associe à sa famille, qui, avec l'aide de la préfecture et d'un avocat bénévole, retrouve un témoin capital du 7e RIC, habitant Brignoles (?) et étant nommé juré à un procès à Draguignan. Puis Joseph Julien, Philémon Zunino, anciens soldats du 7e colonial, Alexandre Maurel, demeurant à la Seyne-sur-Mer (Var) et M. Espanet, habitant La Garde (Var) témoignent et affirment que les mines en explosant avaient bouleversé l'ouvrage "Pruneau", qu'une attaque brusquée fut déclenchée par un ennemi très supérieur en nombre et qu'un recul français s'en suivit.
Ces déclarations démontrent l'innocence du malheureux Marius MARCEL. Après huit ans de procédure l'affaire arrive enfin devant la cour de cassation qui statue ainsi :

"Audience du 30 juin 1927
Affaire FARJOUNEL, MARCEL, PERRON et DASPE
Attendu que les soldats Farjounel, Marcel, Perron et Daspe ont été poursuivis pour abandon de poste en présence de l'ennemi ;
Qu'ils ont été condamnés à la peine de mort par jugement du 28 mai 1915 ;
Attendu qu'il résulte de la procédure et de l'enquête complémentaire qu'à la date du 15 mai 1915, par le fait de l'explosion de trois fourneaux de mine préparés par l'ennemi, que la plupart des soldats de la 4e compagnie du 7e régiment d'infanterie coloniale furent ensevelis par l'éboulement de la tranchée qu'ils occupaient dans la partie avancée du secteur de Ville-sur-Tourbe ;
Que Farjounel, Marcel, Perron et Daspe parvinrent à se dégager, mais que privés de leur  équipement et de leurs armes ils durent se porter en arrière ;
Attendu qu'il n'est pas établi que, durant le court espace de temps qui s'est écoulé entre l'explosion et le moment où ils ont été arrêtés, ils aient rencontré une troupe appartenant à une autre unité à laquelle  ils auraient pu se rallier ;
Attendu qu'en l'état de ces faits et des témoignages recueillis on ne saurait faire grief aux sus-nommés, mis dans l'impossibilité, par suite de la privatisation de leurs armes, de prendre part aux combats, d'avoir abandonné une tranchée bouleversée et prise par l'ennemi ;
Que le crime relevé contre eux n'est dès lors pas caractérisé.

Pour ces motifs :
Réforme le jugement du conseil de guerre de la 3e division coloniale, en date du 28 mai 1915, et, statuant définitivement sur le fond de l'affaire, déclare les soldats Farjounel, Marcel, Perron et Daspe acquittés de la prévention d'abandon de poste en présence de l'ennemi, qui avait entraîné leur condamnation à la peine de mort.
Ordonne que le présent arrêt sera affiché et publié conformément à la loi, qu'il sera transcrit sur les registres du conseil de guerre du 5e corps d'armée et qu'il en sera fait mention en marge ou la suite de la décision réformée."

 

Marius MARCEL est lavé de son infamante accusation.
Le conseil municipal de Carcès dans sa séance du 30 juillet 1927, fixe "la date de la cérémonie en l'honneur de la réhabilitation de MARCEL Marius, injustement condamné à la peine de mort durant la guerre..." au dimanche 4 septembre 1927.
De Draguignan émane cet appel :

"Manifestation MARCEL Marius.
Les membres de la Ligue, des associations des mutilés
et autres personnes qui doivent assister aujourd'hui à la manifestation
organisée en l'honneur de Marcel Marius à Carcès
sont priés de se trouver à 13h15 devant la préfecture
." [8]

 

 

 

Petit Niçois du 5 septembre 1927

PN_5SEP1927_MariusMarcel

Ainsi deux mois après l'arrêt de la Cour de Cassation, a donc lieu à Carcès devant la population entière, la réhabilitation de Marius MARCEL sur l'initiative de la Ligue des associations des mutilés de Draguignan, de la Ligue des Droits de l'Homme [9] et de la municipalité. La place du pont d'Argens devient place Marius MARCEL.

Un peu plus tard, l'hebdomadaire socialiste Le Réveil du Var du 22 décembre 1927 [10] annonça une manifestation à Carcès "contre la guerre, pour la paix et le désarmement, lors de la commémoration du souvenir de Marius MARCEL, fusillé en 1915, reconnu depuis innoncent".

Une plaque fut déposée au cimetière
"Martyr de la patrie 1915. Réhabilité le 30 juin 1927",
la même se trouve au cimetière de Draguignan.

plaque_Marcel_Marius

 

Maurice MISTRE-RIMBAUD
   - Des républicains diffamés pour l'exemple, 2004
   - La légende noire du 15e corps, 2008

notes :
[6] Comité secret du 16 juin 1916, M. Claussat, député socialiste : Vous faites bien afficher dans les comunes les noms des soldats fusillés ! 
[7] Jacques Girault "Le Var rouge", publication de la Sorbonne 1995
[8] Le Petit Var du 4 septembre 1927
[9] Son président est Antonin Aubert, adjoint au maire de Draguignan "Le Var rouge" Jacques Girault
[10]  "Le Var rouge" Jacques Girault p. 667