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De Maurice MISTRE-RIMBAUD
-Des républicains diffamés pour l'exemple, 2004
-La légende noire du 15e corps, 2008

Sacrifié, Diffamé, Blessé, Fusillé !  [1]...

La réhabilitation des fusillés pour l'exemple est un devoir d'honneur.
Réhabiliter les fusillés, c'est refuser l'arbitraire et le crime en toutes circonstances, d'où qu'ils émanent.

Dans le 15e corps provençal, pour l'année 1914, un chercheur amateur, le passionné Olivier Gaget a recensé 13 martyrs [2] et si on rapporte ce chiffre à celui de l'historien, le général Bach qui pour la même période en a trouvé 166 dans l'ensemble de l'armée, cela donne 7,83% alors que ce corps ne représentait que 4,7% des effectifs !
Mais ce taux pour septembre, premier mois des fusillés, est de 14,3% (6 sur 42) !!


Parmi eux :

ODDE Auguste, Jules, Léon       -     1ère partie

né il y a 117 ans, le 29 décembre 1892 à Six-Fours-Reynier dans le Var  [3] ; 24e B.C.A. victime de l'abominable légende du 15e corps.

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Le parcours

Au moment de la déclaration de guerre, le 24e Bataillon de Chasseurs Alpins de Villefranche où a été incorporé, le 10 octobre 1913, le jeune Odde, forgeron, fils d'André, gréeur et de Baptistine Ordy, termine ses manoeuvres dans les Alpes. Rapidement, dès le 8 août, il est dirigé sur la frontière de l'est au sein du 15e corps d'armée de Provence.

"On va attaquer c'est sûr, l'adjudant nous l'a dit et on entend le canon... On va devoir y aller ! On avance vers Morhange, Benestroff, Dieuze ; ça canarde de partout, obus, balles de mitrailleuses et déjà des collègues sont tombés ; le sergent brâme comme un veau juste à côté de moi et il faut monter la colline d'où les Boches sont en ce moment pour les enlever." [4]

A Dieuze (57), le 19 août, le 24e BCA a pour objectif les collines à l'est de Bidestroff, en liaison avec le 16e corps.
A peine les éléments de tête atteignent-ils ce village que ce dernier est violemment bombardé par l'artillerie ennemie puis par l'artillerie française ; une vive fusillade arrête la progression.
Le 20, le 24e BCA reçoit à 9h30 l'ordre de tenir Zommange jusqu'à 11h, de défendre le village à tout prix puis de se replier. Les Allemands trouvent, à leur arrivée vers 11h50, des blessés incapables de se tenir debout ou des morts.
Les pertes sont de 57 tués sur les 3 369 pour l'ensemble du 15e corps.

La retraite de Lorraine commence.
Elle occasionnera l'infâme article du sénateur Gervais sur Le Matin du 24 août, qui aura des répercussions néfastes pour les soldats du Midi en général et Odde en particulier
.

Le 28 et 29 août, le 24e BCA s'empare de Lamath (54), puis de Xermaménil et enfin d'une côte près du bois de Mansuy, bilan 16 tués.
Il s'empare même de l'ambulance du XXIe Corps allemand avec ses blessés, son personnel, son matériel
.

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Malgré cela, précédé de sa réputation sulfureuse [5], le 15e corps part renforcer la IIIe armée du côté de Bar-le-Duc (55).
Du 8 au 12 septembre, c'est la bataille de Couvonges-Vassincourt, paramètre de celle de la Marne :

-8 septembre, 4h du matin, le 24e BCA a pour objectif un bois à l'ouest de Vassincourt, mais progresse très difficilement. Vers 11h, surpris, menacé d'enveloppement sous l'action d'une forte contre-attaque allemande, il se replie rapidement vers Couvonges.

-9 septembre, le 24e BCA attaque Vassincourt, par le sud.
Il éprouve de grandes difficultés pour déboucher d'un bois et pour se maintenir.
Après plusieurs heures de combat, sous un intense bombardement, il cède du terrain.
Dans la soirée, après une contre-attaque, il rétablit la situation, bilan 47 tués.

Pendant cette période, règne une certaine agitation : le commandement s'aperçoit qu'il a affaire à des soldats qui essaient de fuir le front.
Ils ne protestent pas, ils ne se révoltent pas, ils se blessent volontairement pour éviter de remonter en 1ère ligne
.

Arrivent aussi les premiers cas de désobéissance passive. Des traînards et des fuyards sont arrêtés.

La prévôté du 15e corps recense 23 traînards, 18 fuyards, 8 blessés passibles (soupçon de blessures volontaires) du Conseil de Guerre et 4 inculpés d'abandon de poste.

Ces comportements ont un effet désastreux sur le reste de la troupe, il faut casser le mouvement, au moindre doute, on va fusiller "pour l'exemple".
La terreur s'impose et on ignore le nombre d'exécutions sommaires [6].
Le 11 septembre à Trémont-sur-Saulx, les premiers fusillés [7] du 55e et 61e RI (15e corps) sont exécutés
.

                                                                                         à suivre....

sources:
Marcelle ODDE, épouse ESTELLIN Louis
Jérôme PELISSIER
Marius JAUFFRET, correspondance personnelle (transmise par son fils Lucien)
R.G. REAU, les crimes des conseils de guerre, 1925
André BACH, Fusillés pour l'exemple, Tallandier 2003
Photos Marc ESTELLIN
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

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[1] Sacrifié le 20 août à Zommange, diffamé le 24 août à Paris, blessé le 8 septembre entre Couvonges et Vassincourt, fusillé le 19 septembre aux environs de Béthelainville.
[2] Fantassins : 1 aux 55e, 58e, 111e, 141e, 2 au 173e et 3 au 61e ; chasseurs alpins : 1 aux 23e et 24e, 2 au 6e
[3] Erreur sur sa fiche MplF, cf son extrait de naissance
[4] Emile Rocca brancardier au 24e BCA
[5] Le commandant de la IIIe Armée, Sarrail écrira "Le 15e corps m'a été envoyé au moment de la bataille de la Marne ; sa venue était annoncée par une lettre où il était chargé de tous les péchés d'Israël ; c'était un corps sur lequel il était impossible de compter, etc..."
[6] Nous avons trouvé, en août 1914, dans des carnets de soldats, des témoignages avérés de l'usage intempestif du revolver à ces fins !
[7] Joseph M. du 55e RI, Joseph E. et Jean T. du 61e RI à 5h30 sortie NO de Trémont lieu dit Le Pré