A la Mémoire de Hugues DELPHIN,

maréchal-des-logis à la 2ème batterie du 19è R.A.C.

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Merci à Norbert, son petit-fils,

de nous avoir confié ces souvenirs de guerre.

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En août 1914, Hugues DELPHIN de la classe 12, né à Lyon, mais élevé à Nice, effectuait son service militaire au 19e R.A.C. à Nîmes. C'est ce régiment qu'il a suivi durant toute la guerre, tout d'abord sur le front de l'Est, puis en Argonne, plus tard en Orient. Deux de ses frères étaient également sur le front.

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En racontant "sa guerre" à ses petits-enfants, il aimait à dire : "Je n'ai été qu'un simple sous-officier d'artillerie de campagne, qui a déambulé du premier au dernier jour de la guerre sur tous les front avec sa batterie et son cheval..." (note 1) . Il s'est éteint en 1977.

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"Le bal débute mal"

Arrivant en Lorraine, après un voyage de trois jours, nous débarquons dans un patelin, en attendant d'entrer en Allemagne, très tranquillement... On nous racontait que déjà les troupes françaises avaient pénétré dans le pays et avançaient en direction de Berlin.

Le 7 août 1914 (note 2), nous partons pour la forêt de Farroy (note 3) (de triste mémoire pour notre régiment le 19 R.A.C.).  J'étais agent de liaison, c'est-à-dire que je devais faire la navette entre le commandant et le capitaine de notre batterie.

Nous attendions dans cette forêt qu'un ordre nous parvienne. A 10 heures je vis arriver à ma pièce (le canon) mon capitaine (Calliès). Il me dit qu'un riche Nîmois lui avait recommandé son fils et qu'il le désignait pour lui donner mon poste d'agent de liaison. Je ne fis aucune difficulté et je repris ma place avec mes hommes.

A 11 heures, ledit agent de liaison, qui était chez le commandant de l'autre côté du canal de la Marne au Rhin, arriva et dit à notre capitaine que le commandant lui donnait l'ordre d'aller mettre en position de l'autre côté du canal. Le capitaine refusa et chargea l'agent de liaison de dire au commandant qu'il ne pouvait exécuter un tel ordre sans un soutien d'infanterie suffisant.

A nouveau, l'agent de liaison, qui était allé porter la réponse du capitaine, revient en disant que le commandant exigeait que l'ordre soit exécuté. Une fois encore, notre capitaine refusa. Un quart d'heure après, nous entendîmes une fusillade accompagnée de cris et nous aperçûmes sur une crête, des uhlans allemands qui arrivaient. En trois minutes nous pliâmes bagages, à toute allure et nous fîmes une marche arrière mémorable.

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Grâce à notre capitaine, nous étions sains et saufs, mais la première et la deuxième (note 4) avaient été anéanties, après une lutte de quelques minutes. Tous les officiers, y compris le commandant, avaient été tués ou blessés.

Le soir, j'eus l'occasion de voir passer des charrettes de paysans, conduites par des brancardiers, qui allaient chercher des blessés et des morts. A cette époque, c'est-à-dire au début de la guerre, il n'était pas rare de voir les charrettes des brancardiers allemands et celles des brancardiers français se balader au lieu du combat pour faire leur travail. Cet accord n'eut qu'un temps d'ailleurs...

Notes :

1 - le nom de son cheval  : Nini

2 - 10 août d'après nos recherches

3 - certainement Parroy

4 - la première et la troisième