Etude de Maurice MISTRE


PARLONS RAVITAILLEMENT  (1/2)

Au cours des premières semaines de la guerre, le ravitaillement a posé des problèmes au 15e corps, rajoutant encore, si besoin était, aux tracasseries dont les pauvres biffins se seraient volontiers passés et surtout pour le remerciement que la nation française leur fera le 24 août et les années suivantes !

6 août - Aussi la température, le ravitaillement, l'humeur des soldats, son équipement, la durée des marches, le manque d'eau et de sommeil prennent ici toute leur valeur relative, après la succession des ordres et des contre-ordres -(1)

7 août - Puis, l'on se préoccupe de préparer un repas réconfortant. Les uns vont toucher les vivres, les autres vont faire des achats, ceux qui restent cherchent du bois et, à l'exemple des bohémiens, dressent de grosses pierres en guise de foyer et allument le feu -(2)


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8 août - Le ravitaillement n'avait pas pu nous suivre. Malgré notre fatigue, notre premier soin fut de rechercher une boulangerie ou une épicierie encore ouverte. Vers dix heures, voyant que notre ravitaillement n'arrivait pas, le commandant nous fit transmettre l'ordre de préparer un otage en utilisant le paquet de concentré faisant partie de nos vivres de réserve. Ces derniers comprenaient : six biscuits de soldat, du chocolat, une boîte de singe, un paquet de potage concentré.

J'ordonnais à l'homme de mon escouade chargé du rôle de cuistot, de rassembler les paquets nécessaires et de nous préparer un bon potage. L'ordre fut exécuté suivant la consigne, c'est-à-dire "sans hésitation ni murmure". Il fallut même que j'intervinsse pour que les biscuits et la boîte de "singe" ne prissent pas le même chemin que le potage. Je ne sais d'ailleurs pas si mes conseils ont été suivis sur ce point.

Enfin, à midi, les vivres arrivèrent. Une ample distribution fut faite, ce qui nous permit de nous restaurer complètement.-(2)

9 août - Après un repos d'une heure et demi, c'est-à-dire vers midi, alors que nous avions déjà mis sac au dos pour reprendre le chemin, le ravitaillement nous rejoignit. Je reçus en hâte du pain, des haricots secs, de la viande et du fromage que je répartis entre les hommes de mon escouade. La viande fut mise dans les gamelles sur le sommet de nos sacs, les haricots, le fromage et le pain dans nos musettes. -(2)

9 août - Nous n'en pouvons plus et, pour comble de malheur, pas de ravitaillement, pas de distribution.

En ville, même à prix d'or, il m'est impossible de trouver un morceau de viande. Je parviens à acheter deux oeufs, et muni d'une boîte de "singe", je rentre dans un bistro qui accepte de me faire cuire ces oeufs ; en guise de remerciements , et pour me remettre un peu de mes fatigues, j'essaie, mais en vain, de boire un Pernod-(3), mais il est tellement infect, que malgré toute ma bonne volonté, je n'en puis venir à bout.-(2)

10 août - Notre premier soin fut de nous procurer à manger ; nous avions semé notre service de ravitaillement et nous savions malheureusement par expérience qu'il ne fallait pas compter sur lui pour nous approvisionner.

Notre capitaine eut alors l'excellente idée d'acheter une certaine quantité de lapins qu'il répartit entre les différentes escouades de sa compagnie. Nous eûmes vite fait de dépecer et de faire cuire ceux que j'avais touchés pour la mienne.


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Pendant la préparation de ce plat de roi, j'avais demandé à de braves gens devant la maison desquels nous étions arrêtés, de nous préparer une soupe chaude moyennant rétribution. Afin de nous donner "du coeur au ventre" pour employer l'expression militaire, notre service de ravitaillement qui avait enfin pu rejoindre pendant la nuit, nous distribua une copieuse ration de gnole, un bon quart par homme. -(2)


(1) 112e RI.

(2) 58e RI.

(3) absinthe