Réflexions de Maurice MISTRE

"Et ils étaient où ?  et ils étaient où ? Les cavaliers !"


Cette interrogation de GdeJ rejoint les questionnements des officiers du 15e CA sur la présence et le rôle de la cavalerie à Lagarde et à Dieuze.
Peut-on être aussi provocateur que ce carabin faisant fonction de médecin :
"un escadron de hussards défile au trot accéléré, sabre au clair; l'officier qui est en tête a le revolver au poing, et en quelques secondes, ils disparaissent, au tournant de la route, dans un nuage de poussière. Je ne puis m'empêcher de sourire en voyant cela et, me tournant vers mon Médecin chef : "quels bluffeurs ces hussards ! Les avez-vous vus avec le sabre au clair et l'officier revolver au poing ! Ne dirait-on pas que les boches sont là à quelques cent mètres !" "Toujours les mêmes ces cavaliers me répond-il, ils veulent nous épater !".
Au début de la guerre, les 2e et 10e divisions de cavalerie sont chargées de la couverture des frontières. Rappelons aussi que le renseignement, liaison (estafettes) et reconnaissance (sentinelles et observateurs) est son domaine spécifique.

Lagarde__concentration

D'après les récits, il y règne une anarchie dans ces différentes fonctions. Ne voit-on pas le samedi 8 août, une flopée de cavaliers qui se croisent à Arracourt (le 5è hussard, le 7e hussard (ou plutôt le 6e hussard) et la 12e division de dragons,  tout cela parce que des uhlans ont été signalés.
Des escarmouches se produisent fréquemment entre les cavaliers Allemands et Français du côté d'Arracourt et de Coincourt. Des cyclistes, des chasseurs à cheval, des dragons ou des hussards sont tués.
Par contre que faisaient-ils les 10 et 11 août, jours de combat de Lagarde ? Certains ont été aperçus nettement à la jumelle, à la lisière est du bois du Haut-de-la Croix. Alors que deux pelotons du 6e hussard étaient détachés à Drouville et Vitrimont, en liaison avec les 2e et 10e divisions de cavalerie.

Mardi 11 août, la 2e DC est en couverture entre Moncourt et la forêt de Parroy. La 10e DC est à droite, au nord de la forêt de Parroy, tenant par le 2e bataillon de chasseurs les débouchés est de la forêt.

A 10h, le 4e dragon gagne les crêtes voisines de Réchicourt-la-Petite, pied à terre, attendant des instructions, alors que la 2è brigade de cavalerie légère est en surveillance sur la crête de Parroy (7km O de Lagarde) et à midi rassemblée derrière la crête de la Fourasse pour charger mais quelques minutes après, les cavaliers font demi-tour!!!! Jamais une quelconque aide n'interviendra de leur part alors que du renfort est demandé aux fantassins du 15e CA. Le 11e hussard aura néanmoins un tué.

Vendredi 14 août au cours de la bataille de Coincourt-Moncourt, le 6e hussard en avant-garde de la 29e DI a trois cavaliers blessés et vers 18h30, lors d'une tentative d'attaque sur le bois du Haut-de-la-Croix, un cavalier est blessé et deux tués.

Lundi 17 août, le 15e CA entame sa marche en avant en territoire annexé. Six pelotons du 6e hussards sont détachés avec les divisions d'infanterie du CA (3 pelotons à chacun des 29e et 30e DI); un peloton avec le 24e BCA, chargé d'une mission de flanc-garde. Le reste du régiment avec le 27e BCA, s'empare des écluses de Lindre-Basse. Des patrouilles sont envoyées sur Dieuze. Une partie du 11e hussard s'en va sur Sarrebourg (Ière Armée).

Mardi 18 août, une reconnaissance du 6e hussard signale la présence au nord de la Seille d'importants détachements des 67e, 69e, 97e et 138e d'infanterie allemande, quelques éléments du 5e dragons dans la région Bidestroff-Bassing-Vergaville. Et dire que Castelnau et consorts diront qu'ils ne savaient pas ce que le 15e CA  avait devant lui ! Du côté de Sarrebourg, les détachés du 11e hussard ont 10 tués.

Mercredi 19 août, le 6e hussard, formant l'avant-garde, essuie un feu nourri à Vergaville. Il se porte à l'aile droite, vers Zommange, pour assurer la liaison avec le 16e CA. Le soir, il cantonne à la caserne des chevau-légers bavarois, à Dieuze.

Dieuze_15e

Du côté de la 30e dans la forêt de Bride, les hussards se désorientent, certains se couchent le long des fossés de la route, tenant leur cheval par la bride et sans se préoccuper de savoir si le chemin est libre devant le 58e RI.

Plus tard dans la soirée, c'est le 173e RI qui pose problème : "Nous ne savons pas où il est ni où il va ! Pas de cartes ! Un gros ruisseau nous barre la route et nous ne savons où aller. Retour auprès du colonel qui nous dit : "Allez voir s'il y a des Prussiens dans le bois", nous y allons, on nous tire dessus. Nous croisons l'ordonnance d'un capitaine qui nous dit : "N'avancez plus, vous allez vous faire massacrer ! C'est plein de Prussiens dans le bois". Nous tournons bride avec l'ordonnance et apportons ces renseignements au colonel".

Jeudi 20 août, dès 7h, le 6e hussard se porte sur Kerprich, à la disposition de la 30e DI (pour la liaison de cette division avec les troupes occupant la forêt de Bride et de Koëking). Il se conforme au mouvement, restant en soutien des batteries qui protègent la retraite de notre infanterie. Un de ses escadrons garde le pont de Mulcey, sur la ligne de retraite. Dans la soirée, le 2e escadron rencontre un escadron de uhlans qui se laisse poursuivre, et lui fait un prisonnier.

Le 6e hussard a eu 11 tués pour cette période 10-20 août.

Voilà en l'état de nos connaissances ce que nous pouvons avancer sur la cavalerie .

M.M.