Par Maurice Mistre-Rimbaud

                                                      

Notre visite sur le terrain a permis de relativiser les écrits des hagiographes passés, présents ou à venir, des officiers intouchables, des apologistes des corps forcément glorieux, voire des acteurs eux-mêmes.

Qui peut imaginer 5 000 soldats  (5 bataillons : 40ème R.I. à l'Est, 58ème R.I. à l'Ouest, 131ème R.I. au Nord, 138ème R.I. au Sud-Est, 2ème Chasseurs au Nord-Est) plus la brigade de Uhlans dans un espace de 600 m. de long sur 100 m. de large ?

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Si oui, on peut alors conjecturer la férocité du contact et la violence du combat de Lagarde !

Mais qu'allaient-ils faire dans un village bordant un canal et une rivière, donc dans une vallée ?

Le coup de main sur Martincourt valait-il ce coup de folie, plus de 1 000 tués français et allemands ?

Tout cela pour une étoile !

Et l'attaque officielle de Moncourt et surtout celle du bois du Haut-de-la-Croix ? Leurs accès dénudés et progressifs, avait-on besoin de jeter sur ces bastions une division si "peu patriotique" forte de 12 000 biffins ? L'artillerie n'était-elle pas mieux appropriée ?

Enfin, pourquoi engager le 15ème Corps dans une impasse : d'un côté la forêt de Bride, de l'autre l'étang de Lindre et au fond les hauteurs de Bourgaltroff, Bassing et Dommon, fauteur d'orchestre pour l'artillerie allemande !

Et l'avancée dans cette plaine de Dieuze, à gauche de la route Dieuze-Vergaville pour la 30ème D.I. et à droite pour la 29ème ?

Les Allemands n'avaient pas besoin de la jalonner, il leur suffisait de se hausser sur la pointe des pieds à Dommon ou Bassing pour voir le mouvement de nos troupes ! Seules les meules de paille, s'il en restait, leur faisaient un abri.

Le 58ème R.I. avait-il besoin de déboucher de la forêt de Bride-Koeking ? Celle-ci aurait fait un observatoire magnifique sur Morhange et Guébling.

Quant à Bidestroff, qui a eu cette idée saugrenue de le prendre ?

C'est là que la plus grande partie de la 29ème D.I. cherche à s'abriter. Les pauvres hères s'engouffrent là, se blottissent derrière les haies, contre les murs, dans les granges. Dans cet espace restreint, une telle concentration de troupes dans un village repéré en font des cibles parfaites !

Leur faiblesse (celle des soldats du 15ème C.A.) fut-elle impardonnable, n'en était pas moins compréhensible. Ils avaient lâché pied alors qu'ils avaient donné tête baissée . L'aimable Provence n'aurait du rien dire.

C'est vrai qu'à la guerre, c'est arrivé à tous de faire la déshonorante UNE du Matin !

C'est vrai qu'il n'y a rien à voir à Dieuze pour qui ne sait rien !

Maurice